musulman soninké de la région de Boromo, nommé _Mamadou-Mori_, ayant
acquis une certaine réputation à la suite d’un pèlerinage à La Mecque,
se constitua vers 1850 une petite principauté dans la Boucle de la Volta
Noire ; il résidait habituellement à Banga (canton de Safané), au centre
de cette boucle. Vers 1860, il s’empara de Boromo, battit les Nounouma
et les Niénigué à Téharako, fonda _Ouahabou_, au Sud-Ouest de Boromo, et
en fit sa capitale politique et religieuse, prit Oury et Pompoï dans le
Nord-Ouest de Boromo, s’avança jusqu’à Dédougou, près et au Sud de
Koury, revint en arrière pour razzier Bagassi (à l’Ouest de Ouahabou),
franchit la Volta et alla guerroyer à Poura (au Sud-Est de Boromo)
contre les Nounouma. Revenu à Ouahabou, il fixa sa résidence tout près
de cette localité, à Sahirou, où il mourut en 1878.
Il fut remplacé par son fils _Moktarou-Karamorho_ qui, venant de
Ouahabou et se dirigeant vers le Sud, attaqua les Pougouli et en
réduisit un grand nombre en esclavage. Au cours d’une deuxième colonne,
il razzia les Oulé et les Dian de la province de Dano (cercle actuel de
Gaoua) ; mais, embarrassé par son butin et ses captifs, il se laissa
surprendre près de Dano par les Oulé alliés aux Pougouli ; son armée fut
anéantie et lui-même ne dut son salut qu’à la rapidité de sa fuite. Vers
1882, menacé par les Bobo, il contracta alliance avec le conquérant
zaberma Babato, dont il sera question un peu plus loin, et vint avec lui
mettre le siège devant Safané ; cependant, un chef bobo nommé Londané,
ayant réussi à rassembler une armée nombreuse, repoussa Moktarou-
Karamorho jusqu’à Ouahabou et obligea Babato à repasser la Volta. Douze
ans plus tard, nous occupions Ouahabou, où Moktarou-Karamorho, mis
désormais hors d’état de dévaster le pays, était maintenu comme chef de
canton.
3o _La principauté peule de Barani_ (cercle actuel de Koury). — Vers
1830, un chef peul nommé _Malik Sidibé_ était parvenu à établir son
autorité sur les Bobo-Oulé de Ouonkoro, Kouna et Kossidéré, à l’Ouest du
coude du Sourou. Sékou-Hamadou, qui régnait alors au Massina, envoya
dans ce pays une colonne commandée par Alfa-Samba ; celui-ci prit
Ouonkoro, chassa Malik à l’Est du Sourou et repartit au Massina après
avoir laissé, comme gouverneur du pays bobo, un nommé Ousmân-Oumarou.
Quant à Malik Sidibé, il s’établit du côté de Louta, auprès des Samo.
Lorsqu’El-hadj-Omar se fut emparé du Massina et eut fait périr Hamadou-
Hamadou (1862), Ousmân-Oumarou se rendit à Tombouctou pour s’entendre
avec Ba-Lobbo, oncle du dernier roi peul du Massina, au sujet de la
conduite à tenir vis-à-vis des Toucouleurs. _Dian Sidibé_, qui venait de
succéder à son père Malik, en profita pour repasser le Sourou et vint
s’établir à _Barani_, à une cinquantaine de kilomètres dans le Sud de
Ouonkoro.
Cependant Ba-Lobbo, rejeté vers 1872 au Sud de Dienné par Tidiani, neveu
d’El-hadj et son successeur au Massina, avait détaché son lieutenant
Boubakar chez les Bobo-Oulé du Sud ; à la suite d’une colonne, Boubakar
confia le commandement de la région à un Peul nommé _Demba Bari_ ou
Demba Sangaré, qui établit sa résidence à _Dokuy_, dans le Sud-Ouest de
Koury. Dian Sidibé ne tarda pas à faire alliance avec Demba Bari.
Vers 1875, _Ouidi Sidibé_, frère de Dian, chercha à enlever le pouvoir à
ce dernier avec l’aide de Soninké établis à Tissé ou Tissi, sur la route
de Barani à Koury ; n’ayant pu réussir, il alla demander une armée à
Tidiani, auquel il fit acte de soumission ; Tidiani lui confia des
troupes, grâce auxquelles Ouidi s’empara de Barani et en chassa son
frère. Celui-ci alla se réfugier à Dokuy auprès de Saloun, fils de Demba
Bari, et y mourut peu après (1878).
Une fois maître de Barani, Ouidi s’empara de Ouarkoy et étendit peu à
peu son autorité sur la majorité des Bobo-Oulé. Avec la complicité des
gens de Sono (près et au Nord de Koury), il réussit à passer le Sourou,
pilla le pays samo et alla jusqu’à Biban (à mi chemin entre Koury et
Yâko) pour châtier un chef peul qui avait refusé de reconnaître sa
suzeraineté. Mais, lorsque la puissance des Toucouleurs fut anéantie à
Ségou par l’occupation française (1890) et commença à s’effriter au
Massina, les Soninké riverains du Sourou se révoltèrent contre Ouidi, à
la voix d’un marabout qui avait fait le pèlerinage de La Mecque et qu’on
appelait à cause de cela _Lagui_ (pour El-hadj). Lagui parvint à battre
Ouidi et à affranchir de son joug la région de Lanfiéra et celle d’Ira
(1891). En 1894, un an après la prise du Massina par le général
Archinard, un autre pèlerin soninké appelé aussi Lagui prêcha à Boussé
la révolte contre Ouidi, rassembla tous les Soninké épars de Ouaninkoro
à Sono, ainsi que les Peuls de Dakka et de Téri, et devint rapidement
maître de tout le Souroudougou (rive gauche du Sourou en aval de son
coude). Ouidi marcha contre lui, mais fut repoussé à deux reprises, à
Oué et à Kassoun.
A ce moment intervint le commandant Destenave, qui maintint Ouidi comme
chef de province à Barani et dirigea une expédition contre les Soninké
du Souroudougou. Ouidi mourut vers 1900 ; son fils Idrissa est
actuellement chef du canton de Barani.
4o _La principauté zaberma de Sati_ (Gourounsi). — Vers 1880, un Zaberma
ou Songaï du Sud-Est, nommé _Gandiari_, ayant recruté une armée de
partisans dans le Kebbi et le Gando, traversa le Niger à Say et, de
proche en proche, s’avança jusque dans le Gourounsi dont il s’empara,
installant à _Sati_, près de Léo, le siège central de ses opérations.
Ses principaux lieutenants étaient _Alfa-Haïnou_ ou _Alfa-Himé_[349] et
_Babato_. Ayant voulu conquérir aussi le Kipirsi, Gandiari fut tué par
le chef de Réo, au cours d’un combat au Sud de Tialgo, en 1885.
_Babato_ alors prit le commandement de l’armée et, pour se ménager un
allié en cas de besoin, envoya des présents à Sanom, alors empereur de
Ouagadougou, et lui offrit son amitié. Puis, poussant ses conquêtes vers
le Nord-Ouest, à travers les Nounouma et les Yilsé, il remonta la rive
gauche de la Volta jusqu’à hauteur de Koury, pénétrant dans le pays des
Samo du Sourou au moment où le commandant Destenave y arrivait lui-même
pour combattre les Soninké (1894). Babato retourna alors au Gourounsi,
puis se porta vers le Sud, pillant les villages dagari situés entre Léo
et Oua et se heurtant près de cette dernière ville, en 1896, à
Sarankièni-Mori, fils et lieutenant de Samori. Les deux conquérants se
firent peur l’un à l’autre et, après un court essai de lutte, firent la
paix dans une entrevue qui rappela, par certains points, la fameuse
entrevue du Camp du Drap d’Or. Sarankièni-Mori repassa sur la rive
occidentale de la Volta Noire. Quant à Babato, menacé du côté du Nord
par les colonnes françaises et du côté du Sud par les Anglais, il
traversa la Volta Blanche et se réfugia du côté de Sansanné-Mango, où il
mourut vers 1899.
La domination des Zaberma dans le Gourounsi avait été de courte durée,
mais elle avait cependant réussi à ruiner ce pays riche et peuplé, pour
lequel la fuite de Babato marqua le début d’une véritable renaissance.
=VIII. — Le royaume de Sikasso.=
Vers le début du XIXe siècle, un métis de Dioula et de Sénoufo nommé
_Tapri Taraoré_, originaire de Kankira (circonscription actuelle de
Banfora), vint s’établir à Finkolo, à 18 kilomètres de Sikasso, et
arriva à exercer une sorte d’hégémonie sur les Siénérhè du Kénédougou. A
sa mort, il fut remplacé par son fils _Massa-Toroma_, auquel succédèrent
l’un après l’autre ses frères _Famorhoba_, _Nagnama_ et _Daoula_. Ce
dernier quitta Finkolo et s’établit à Bougoula, à 8 kilomètres de
Sikasso ; il obtint la soumission des Samorho de l’Ouest, réduisit à
l’obéissance les Sénoufo du Koursoudougou et du Sonondougou, organisa
une sorte d’armée permanente et devint le maître absolu, non seulement
des Siénérhè, mais aussi d’une partie des Tagba et des Folo. Attaqué par
les Samorho de l’Est, il fut tué dans le combat qu’il leur livra.
Son fils aîné _Molo_, surnommé Kounansa, lui succéda. Ce prince, par ses
cruautés et ses vexations, excita contre lui une grande partie de ses
sujets. Fafa, chef de Kinian, profitant du mécontentement général, se
mit à la tête d’un mouvement d’insurrection et vint mettre le siège
devant Bougoula vers 1875. Molo fit appel à Ahmadou, qui régnait alors à
Ségou et qui envoya à son secours une armée commandée par un Toucouleur
nommé Yahia. Cette armée battit Fafa près de Natié ; Fafa pourtant
parvint à s’échapper à la faveur de la nuit et se rendit dans le
Sonondougou, où il organisa une nouvelle révolte.
Cependant Molo, délivré par Yahia, fut obligé de se convertir à
l’islamisme, condition qu’Ahmadou avait imposée en envoyant une armée à
son secours, et quelques notables sénoufo, pour se faire bien venir de
leur roi et de Yahia, devenu son conseiller tout puissant, embrassèrent
la religion nouvelle ; celle-ci n’était pratiquée jusqu’alors que par
les Dioula établis dans le pays, notamment à Sikasso et à Kinian. Molo
fut tué dans une embuscade en allant de nouveau combattre Fafa.
Son frère _Tièba_ lui succéda et, aidé de Yahia, passa les premières
années de son règne à lutter avec Fafa et ses partisans, sans remporter
d’ailleurs aucun succès définitif. Il transféra la capitale de Bougoula
à _Sikasso_[350], où était née sa mère, et y construisit une forteresse.
Par la suite, il fit la conquête du Ganadougou afin de s’emparer des
troupeaux des Foulanké, dirigea des razzias dans le Folona (cercles
actuels de Bobo-Dioulasso et de Koroko) et en ramena de nombreux captifs
qu’il employa à élever autour de Sikasso un double mur d’enceinte. Cette
précaution devait lui être de la plus grande utilité : en effet, en
1887, Samori venait mettre le siège devant la ville, et c’est
certainement grâce à ses fortifications comme à ses approvisionnements
judicieusement préparés que Tièba put obliger son adversaire à se
retirer au bout de seize mois d’investissement, en août 1888. Pendant
que Samori, de 1889 à 1892, était aux prises avec les colonnes
françaises dans la région du haut Niger, Tièba profita de l’amitié que
nous lui témoignions pour agrandir ses Etats vers le Sud : son rêve
était de constituer un empire sénoufo assez puissant pour s’opposer à
l’extension de l’empire mandingue de Samori. Chaque fois qu’il avait
obtenu la soumission d’un chef de canton, il réclamait à ce dernier l’un
de ses fils à titre d’otage ; tous ces fils de chefs étaient élevés à
Sikasso auprès du roi, qui leur faisait donner une éducation militaire
et administrative conforme à ses vues.
Cependant Fafa demeurait toujours indépendant à Kinian et il avait
étendu son autorité sur une fraction importante des Minianka du cercle
actuel de Koutiala, notamment sur ceux des cantons du Sao et de
Konséguéla. En 1890, Simogo Koné, chef de ce dernier village, fatigué
des exigences de Fafa, fit offrir son alliance à Tièba contre le chef de
Kinian ; grâce à l’appui de Simogo et surtout à l’intervention du
capitaine Quiquandon et du lieutenant Spitzer, Tièba parvint enfin à
s’emparer de Kinian (mars 1891) et à annexer à son royaume les provinces
qui jusque là étaient soumises à Fafa. Cependant les Minianka du Sao,
sous la conduite de Baki Ounogo, résistèrent victorieusement à Tièba et
ne se soumirent à lui qu’après la prise de Tiéré par ce dernier (1891) ;
ceux des cantons d’Ourikéla et de Molobala n’acceptèrent jamais
complètement la suzeraineté du roi de Sikasso.
Celui-ci avait installé à Koutiala un membre de sa famille nommé Sinali
Taraoré, qu’il avait chargé d’administrer le pays minianka ; dans un but
analogue, il avait placé à Bougounso, comme gouverneur militaire, un
nommé Bérété Kourouma, et à Ntossoni résidait Fo Taraoré, l’un des fils
du roi.
Tièba mourut le 28 janvier 1893 et fut remplacé par _Babemba_, son frère
— ou son neveu selon certains témoignages —, qui étendit plus loin
encore l’autorité royale, achevant la conquête du pays minianka en
s’emparant de Yorosso et en y installant un gouverneur nommé Zanga Piré,
puis soumettant à peu près toutes les tribus sénoufo répandues entre le
haut Bagbê et le Bandama dans le cercle actuel de Korhogo (Côte
d’Ivoire). C’est dans cette région qu’il se heurta aux bandes de Samori
vers 1894 ; la lutte entre les deux conquérants dura jusqu’en 1898, avec
des chances variables.
Babemba avait perfectionné le système militaire et administratif
organisé par Tièba : une garde de 200 hommes environ formait une petite
armée permanente ; de plus, au commencement de chaque saison sèche, le
roi levait tous les hommes valides et partait en expédition pour
ramasser des captifs et des troupeaux. Chaque province était administrée
par un chef d’armée ou _kélétigui_ choisi par le roi, qu’assistait
parfois un chef civil (_diamanatigui_) dont l’autorité s’effaçait devant
celle du premier. Les jeunes gens devaient travailler aux plantations du
roi ; tous les ans, à l’époque des grandes fêtes musulmanes de la
rupture du jeûne et de la journée des sacrifices, chaque village devait
apporter au souverain un tribut consistant en bœufs, moutons, poulets,
miel et cauries ; on percevait de plus une taxe sur les colporteurs.
Cependant Babemba, en même temps qu’il combattait Samori, cherchait à se
dégager du protectorat français que Tièba avait accepté[351] et qui
gênait le nouveau roi dans son désir d’expansion territoriale. Après
avoir fraîchement accueilli le capitaine Braulot en 1897, il reçut plus
mal encore le capitaine Morisson l’année suivante et même l’expulsa de
Sikasso et le fit dépouiller, ainsi que son escorte, à quelque distance
de la capitale (janvier 1898). A la suite de ce renvoi insultant du
représentant de la France, Babemba poussa l’audace et la provocation
jusqu’à envoyer attaquer des villages voisins du poste que nous avions
établi à Bougouni. Une colonne fut alors organisée à la hâte sous le
commandement du lieutenant-colonel Audéoud et du commandant Pineau, au
moyen de détachements prélevés sur les garnisons des postes et de
nombreux auxiliaires ; elle se concentrait le 9 avril 1898 a Ouo, sur le
Bagbê, s’emparait de Kinian et arrivait le 15 avril en vue de Sikasso.
La ville, défendue par 10.000 fantassins et 3.000 cavaliers, était
protégée par deux murs concentriques d’une épaisseur de cinq mètres à la
base et d’une hauteur de quatre à cinq mètres. Du 16 au 30 avril,
Babemba organisa de nombreuses sorties et nous livra quatorze combats,
qui nous coûtèrent 18 tués (dont le lieutenant Gallet) et 58 blessés sur
un effectif de 1395 hommes dont 95 Européens (officiers, sous-officiers
et artilleurs). Le 30 avril, le lieutenant-colonel Audéoud fit ouvrir
trois brèches à l’aide des pièces de siège et, le 1er mai, on donna
l’assaut au lever du jour, pendant que 3.000 ennemis, sortis de la place
pendant la nuit, attaquaient notre camp : cette attaque fut repoussée
par nos armes et l’assaut ne fut pas ralenti ; mais nos colonnes,
exposées, une fois dans la ville, au feu partant des maisons et de la
forteresse royale, se trouvaient dans une position critique. On bombarda
alors le réduit central où se tenait le roi et, vers trois heures, le
commandant Pineau y pénétrait par une brèche. Babemba se fit tuer d’un
coup de révolver par son lieutenant Tiékoro Sarhanorho et, à 3 heures et
demi, Sikasso était à nous : nous avions eu un officier tué (lieutenant
Loury), deux officiers et cinq sous-officiers blessés, 36 indigènes tués
et 85 indigènes blessés.
Au moment de son apogée, c’est-à-dire vers 1893, le royaume de Sikasso
avait compris tout le cercle actuel de Sikasso, la majeure portion du
cercle actuel de Koutiala[352], une fraction de celui de Bobo-Dioulasso
(Tagbana ou pays des Tagba et Folona ou canton de Ngorho) et, dans la
Côte d’Ivoire actuelle, tout le Nord du cercle de Korhogo (districts de
Tombougou et de Korhogo).
=IX — Le Loudamar ou royaume des Oulad-Mbarek.=
Nous savons qu’au début du XVIIe siècle, après la mort de Osmân-ould-
Barkani-ould-Maghfar, chef de l’invasion arabe des Beni-Hassân en
Mauritanie, son frère _Mbarek_ s’avança vers le Sud-Est, soumettant les
Zenaga du Hodh, refoulant les Soninké de la lisière saharienne vers le
Sud et vers l’Est et établissant au Nord du Kingui et du Bakounou sa
tribu, qui prit le nom d’_Oulad-Mbarek_. La famille royale des Oulad-
Mbarek se recruta dans la fraction des _Ahl-ould-Amar_ et c’est à cause
de cela que le royaume arabo-berbère fondé par Mbarek fut désigné par
les Noirs du Soudan et par les voyageurs européens sous le nom de
_Loudamar_, corruption de celui de l’ancêtre de la famille royale (Ould-
Amar).
J’ai signalé à plus d’une reprise, en relatant l’histoire du royaume de
Diara, de l’empire du Kaarta et de la conquête de Nioro par El-hadj-
Omar, les interventions des Oulad-Mbarek dans les évènements qui se
déroulèrent au Kingui et au Bakounou.
Le premier des successeurs de Mbarek dont la tradition nous ait conservé
le nom fut _Hannoun_, qui conquit le Bakounou sur les Peuls et mourut
vers 1755. Son fils _Omar_ régna de 1755 à 1762 et eut pour successeur
son propre fils _Ali_ (1762-1800). Vers la fin du XVIIIe siècle,
l’autorité du roi du « Loudamar » se faisait sentir jusqu’à Diara et les
Diawara du Kingui s’appuyaient sur elle pour résister aux Banmana-
Massassi. C’est, semble-t-il, sur les ordres émanant du roi des Oulad-
Mbarek que le major Houghton fut tué en 1791 à Simbi, à une trentaine de
kilomètres au Sud-Sud-Ouest de Nioro ; la chose d’ailleurs n’est pas
certaine, car, d’après certains témoignages, Houghton serait mort de
privations et de maladie. En 1796, l’explorateur Mungo-Park fut arrêté à
Diara sur l’ordre de Ali, qui résidait alors à _Bénoum_, à peu de
distance au Nord-Est de Diara[353] ; retenu prisonnier durant quatre
mois à Bénoum, Mungo-Park réussit à s’échapper en profitant du désarroi
causé dans l’entourage du roi par l’attaque dirigée contre Diara par
Dassé Kouloubali, empereur du Kaarta. Ali mourut peu après, vers 1800,
après 38 à 40 ans de règne.
J’ignore qui commanda les Oulad-Mbarek de 1800 à 1840. Vers cette
dernière date se place l’avènement de _Ammar-ould-Ousmân_, qui engagea
la lutte avec les Idao-Aïch, vainquit Bakar-ould-Soueïd, chef de la
fraction des Abakak de cette dernière tribu, et étendit l’autorité du
« Loudamar » sur la majeure partie du Hodh et du Nord du Sahel, arrivant
à se faire payer tribut par Sinakoré Doukouré, alors chef de Goumbou et
du Ouagadou. Lorsqu’El-hadj-Omar s’empara de Nioro en 1854, il trouva un
très sérieux adversaire en la personne de Ammar ; ce dernier, ayant
trouvé un concours précieux chez les Peuls Sambourou, battit El-hadj à
Sampaka et à Bassaka (ou Bassatcha) dans le Bakounou et l’obligea à
reculer jusqu’à Diongoï, au Sud-Ouest de Ouossébougou ; rejeté ensuite
dans le Hodh, à Mantiouga, par Alfa-Oumar, lieutenant d’El-Hadj, Ammar y
mourut vers 1859.
Son successeur _Baddi-ould-Mokhtar_ vint attaquer Moustafa à Nioro et
parvint à pénétrer dans cette ville et à la piller ; comme il s’en
retournait dans le Nord, il fut rejoint à Ouarguetta par Moustafa, qui
lui reprit tout son butin et lui infligea une déroute complète. Mais
Baddi rassembla tous les guerriers de sa tribu et reprit l’offensive,
pour être battu de nouveau au puits de Tini. Alors, voyant son pouvoir
réduit considérablement et craignant d’autre part d’être attaqué par les
Mejdouf, qui s’étaient ralliés à El-hadj-Omar grâce aux conseils des
Taleb-Mokhtar, Baddi se rendit à Ségou, dont El-hadj venait de
s’emparer, pour faire sa soumission. Il mourut lors de son retour en son
pays (1861).
_Ali_, fils de Baddi, essaya quelque temps après de secouer le joug des
Toucouleurs, mais il fut battu à Touroungoumbé par Lantaro-Samba,
lieutenant de Moustafa : ce fut la fin des hostilités des Oulad-Mbarek
contre les Toucouleurs et aussi la fin de la puissance du royaume maure
du « Loudamar ».
[Note 327 : Cette histoire sera complétée — et sans doute rectifiée en
plus d’un point —, dans un avenir rapproché, par la publication de la
traduction d’une chronique du Fouta en arabe recueillie au Sénégal par
M. le commandant Gaden.]
[Note 328 : Voir Ire partie, page 235, note [169].]
[Note 329 : « Tekrour » pourrait signifier en berbère « l’endroit où
l’on est volé », de _aker_ « voler » mis à la VIIe forme. J’ai lu
quelque part que « Tekrour » serait un mot arabe signifiant « les
affinés » et appliqué aux Noirs musulmans du Soudan septentrional :
cette étymologie me semble inacceptable ; la racine arabe _karr_ ne
pourrait revêtir ce sens que sous la forme _tekerror_, qui s’écrirait
d’une manière très différente de celle employée par tous les Arabes pour
transcrire le mot _Tekrour_ et ses dérivés. Un manuscrit arabe cité par
Cooley (British Museum, MS. no 7483) dit : « Les Noirs sont maintenant
appelés Tekrouri en général, mais anciennement le nom de Tekrouri
n’était appelé qu’aux habitants du pays portant ce nom. »]
[Note 330 : Les variantes des manuscrits arabes permettent de lire le
nom de ces trois manières : « Diâdié » est un nom peul ou toucouleur,
« Diâbi » est un nom de clan soninké, « Ndiaye » un nom ouolof ; il
s’ensuit que le personnage qui enleva le pouvoir à la première dynastie
peule pouvait être d’origine soit toucouleure, soit soninké, soit
ouolove. Certaines traditions disent qu’il appartenait au clan des
Koliâbé, mais, selon d’autres, ce clan serait bien postérieur et aurait
été constitué par les serfs de Koli Galadio (voir plus loin).]
[Note 331 : D’après les traditions qui ne font remonter les Koliâbé qu’à
l’époque de Koli Galadio, les Dénianké ne se seraient constitués qu’à la
même époque et seraient, non pas des autochtones du Tekrour, mais un
mélange de Peuls et de Mandingues.]
[Note 332 : Des traditions recueillies par M. le commandant Gaden
donnent à la première dynastie étrangère — vraisemblablement celle que
j’appelle « dynastie judéo-syrienne » — le nom de _Diaogo_ et font des
gens qui envahirent le Fouta vers la fin du VIIIe siècle un mélange de
Blancs et de Noirs, venus avec beaucoup de bœufs et comprenant un grand
nombre de forgerons ; elles donnent le nom de _Manna_ à la dynastie qui
s’empara du pouvoir sur les Diaogo — sans doute celle issue de Ouâr
Diâdié — et celui de _Tondion_ ou _Toundiougne_ à celle qui succéda aux
Manna — sans doute la dynastie sossé. — Après les Tondion, les mêmes
traditions font intervenir, non pas des Ouolofs, mais des Peuls blancs
mélangés de Mandingues venus de _Termess_ — sans doute le « Tirmissi »
placé dans le Kaniaga par Sa’di —, puis des gens d’origine indécise qui
établirent au _Toro_ le centre de leur domination, et placent ensuite
l’arrivée de Koli Galadio.]
[Note 333 : Tendo Galadio est appelé aussi — sans doute par abréviation
— _Ten-Gala_ ou _Ten-Guélé_ : de là le nom de _Koli-Tenguélé_ (Koli fils
de Tendo Galadio) donné souvent à Koli Galadio.]
[Note 334 : Certaines traditions font des Dénianké des métis de Peuls et
de Mandingues issus de Tendo Galadio et de cette princesse Keïta ; en
réalité, ils doivent être plus anciens et être de souche toucouleure, si
nous en croyons cette autre tradition qui fait remonter leur origine au
temps de Ouâr Diâdié (voir 1er volume, page 225) ; mais il paraît établi
qu’ils prirent parti pour Koli, comme ils avaient pris parti pour les
Sossé d’ailleurs, et c’est ainsi sans doute que la famille de Koli fut
identifiée avec les Dénianké.]
[Note 335 : D’autres traditions rapportent qu’il le poursuivit de Gallat
à Ndar (St-Louis) et le tua sur le bord de la mer.]
[Note 336 : Jeannequin de Rochefort, dans le voyage qu’il fit en 1638
sur le bas Sénégal, entendit parler de ce Samba-Lam, dans le royaume
duquel on allait en chaloupe chercher des cuirs ; il relate que les
Etats de « Samba Lame » confinaient à ceux du roi de _Tombuto_
(Tombouctou) et que ce prince était suzerain du Damel (roi du Cayor), du
Brac (roi du Oualo) et des Maures de Barbarie (Maures Brakna).]
[Note 337 : Il ne s’agit pas ici du _Goumal_ de nos cartes, situé bien
plus en amont et à mi-chemin à peu près entre Matam et Bakel, puisque
Brue compte deux jours de Guyorel à Goumel et six jours de Guyorel à
_Dembacané_, point voisin de Bakel.]
[Note 338 : Voir 1er volume, page 262.]