Dans le courant du XVIIIe siècle, vers 1720 selon les uns, en 1776

seulement d’après les autres, un marabout toucouleur appartenant au clan

des Tôrobé et nommé _Abdoulkader_ prêcha la guerre sainte contre les

infidèles, vainquit les Dénianké, renversa la dynastie peule des

descendants de Koli et établit au Fouta une sorte de monarchie

théocratique qui se maintint jusqu’à la conquête française, le pouvoir

appartenant désormais à des religieux du clan des _Tôrobé_.

=II. — Le royaume du Galam ou Gadiaga.=

Lors de la dispersion des Soninké du Ouagadou, vers la fin du VIIIe

siècle, _Alikassa Sempré_ alla fonder _Galambou_ ou _Kounguel_, au

confluent de la Falémé et du Sénégal, et d’autres chefs de familles

soninké fondèrent dans la même région _Yaressi_ ou Diaressi (ou encore

Diarissona), sur la rive nord du Sénégal, en face d’Ambidédi, et

_Silla_, près de Bakel. Ces diverses colonies formèrent le royaume du

Galam ou du Gadiaga, avec Galambou comme capitale, royaume qui se

composait approximativement des provinces actuelles du Goye et du

Kaméra, sur la rive gauche du fleuve, formant le Galam ou Gadiaga

proprement dit, et du Guidimaka, sur la rive droite. Le pouvoir se

transmit parmi les descendants d’Alikassa, qui échangèrent leur nom de

Sempré contre celui de _Bakili_[338]. Les autres grandes familles

étaient celles des Yaressi ou Diarisso, des Sibi, des Silla et, plus

tard, des Diakhaté ou Niakaté et des Diâbi.

Cet Etat eut à diverses reprises des périodes d’indépendance, mais il

fut le plus souvent vassal de quelque grand empire, la suzeraineté étant

exercée successivement par Tekrour, Ghana, Diara, Mali et même, au moins

momentanément, par le roi du Khasso.

Alikassa aurait eu comme successeurs Salounga I, puis Salounga II dit

Ndoungoumé, puis Findiougné Diâbi, puis Mari-Kassa. A la mort de ce

dernier, le royaume se divisa en quatre parties à peu près autonomes, le

Goye, le Kaméra, le Guidimaka et le Diomboko, le pouvoir souverain étant

exercé tantôt par le chef de l’une de ces provinces et tantôt par celui

d’une autre, selon leur rang d’ancienneté dans la famille. Les quatre

fils de Mari-Kassa Bakili se seraient en effet partagé le royaume,

Souleïmân-Kassa se fixant au Goye, Alikassa II au Kaméra, Amadou-Bé au

Diomboko et un prince dont je ne possède pas le nom au Guidimaka.

Nous n’avons que fort peu de documents concernant l’histoire et les

destinées de cet Etat, en dehors des faits que j’ai mentionnés dans les

chapitres précédents et de ceux que l’on trouvera dans le récit de

l’occupation du Soudan par les Français. Le Galam fut en effet en

relations suivies avec nos premiers établissements du Sénégal, pour la

même raison qu’il était au Moyen-Age en relations étroites avec Ghana :

là en effet se trouvait la porte d’accès aux mines d’or du Bambouk.

=III. — Royaumes du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran.=

Nous avons vu comment, au début du XIIIe siècle, le Bambouk et le

Gangaran avaient été conquis par un général de Soundiata nommé Amari-

Sonko et comment, un peu plus tard, vers 1255, les royaumes mandingues

du _Bambouk_, du _Konkodougou_ et du _Gangaran_ avaient été fondés, le

premier par _Moussa-Son-Koroma Sissoko_ avec _Koundian_ comme capitale,

le second par _Siriman Keïta_ avec _Dékou_ comme chef-lieu et le

troisième par _Sané-Nianga Taraoré_.

Le Bambouk ou Bambougou s’étendait entre la Falémé et le Bafing,

comprenant les montagnes aurifères du Tambaoura ; il n’allait pas au

Nord-Ouest jusqu’au Sénégal, dont il était séparé par le Kaméra et le

Khasso, mais il débordait sur la rive droite de ce fleuve du côté de

Bafoulabé ; au Sud, il ne s’avançait que peu au delà du parallèle de

Koundian. Le Konkodougou lui faisait suite vers le Sud, correspondant à

peu près au cercle actuel de Satadougou. Enfin le Gangaran était compris

entre le Sénégal au Nord, le Bafing à l’Ouest, le Bakhoy à l’Est et les

montagnes enfermant la vallée du Tinkisso au Sud. Ces trois royaumes,

avec le Manding proprement dit ou Mandé et le Bouré, qui leur faisaient

suite vers l’Est, composaient le territoire connu des anciens sous le

nom de _Ouangara_, _Gbangara_ ou _Gangara_.

Les trois royaumes du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran furent

vassaux de l’empire de Mali pendant toute la période de puissance de ce

dernier Etat ; par la suite, ils se rendirent indépendants, mais eurent

à souffrir des incursions des bandes du Tekrour au XVIe siècle, et, plus

tard, se trouvèrent plus ou moins englobés dans l’empire banmana du

Kaarta, puis dans celui d’El-hadj-Omar, pour servir enfin de théâtre aux

premières incursions de Samori.

1o _Le Bambouk._ — Le plus important de ces trois royaumes fut celui du

Bambouk qui, au moment de son apogée, comprenait : le Bambougou

proprement dit (canton de Koundian), le Barinta, le Bétéya, le

Diébédougou, le Diébelli, le Farimboula, le Makadougou, le Niambiya et

le Tomora, dans le cercle actuel de Bafoulabé ; le Sintédougou, dans le

cercle actuel de Satadougou, et le Bilidougou, le Logo, le Sirimana et

le Tambaoura, dans le cercle actuel de Kayes. Vers 1802, au dire de

Golberry, le _siratigui_ ou roi du Bambouk était même suzerain du

Konkodougou et de la ville de Satadougou.

Moussa-Son-Koroma passe pour être mort vers la fin du XIIIe siècle,

laissant dix-sept fils dont l’aîné, nommé Kamakan-Dyita, lui succéda ;

les seize autres prirent chacun le commandement de l’une des seize

provinces dont l’ensemble constituait le royaume. Le Bambougou formait

deux provinces (Nanifara et Kourouba) et le Diébédougou également

(Kassama et Yatéra). Le pouvoir royal se transmit sans interruption dans

la famille des _Sissoko_. Les rois dont le souvenir s’est le mieux

conservé jusqu’à nous furent _Sanga-Moussa_, ancien chef du Tomora, dont

la tombe, située dans cette dernière province, est honorée de nos jours

encore par un sacrifice solennel qui a lieu chaque année, et _Guimé_,

qui repoussa au XVIe siècle les bandes peules et toucouleures conduites

par Koli Galadio.

C’est sous le règne de ce Guimé Sissoko que les Malinké du Bambouk, qui

étaient musulmans depuis la conquête du pays par Amari-Sonko, revinrent

au culte de leurs lointains ancêtres : les marabouts du pays, ayant

cherché à s’emparer des mines d’or, furent tous massacrés et l’islamisme

fut abandonné par le roi et par tous ses sujets (1540 environ). Quelques

années plus tard, vers 1550, les Portugais s’emparèrent à leur tour des

mines d’or, mais ils ne tardèrent pas à disparaître : les uns moururent

de maladie, d’autres s’entretuèrent à la suite de rivalités pour la

possession des meilleurs placers, les derniers furent massacrés par les

indigènes.

2o _Le Konkodougou._ — Tandis que le Bambouk fut toujours peuplé en

majorité de Malinké, le Konkodougou renfermait à l’origine uniquement

des Diallonké (Dao, Monékata, Kessékho, Dagnokho, Touré, Kontaga, etc.).

Des Mandingues des clans Sissoko, Taraoré et Doumbouya, venus du

Sangaran et du Bouré, s’y installèrent et y furent rejoints par les

Keïta du Manding qui accompagnaient Siriman au moment de sa prise de

possession du pays. A partir de cette époque, le pouvoir appartint

toujours aux _Keïta_ de la famille de Siriman, mais cette famille se

divisa en deux fractions rivales, celle des _Kanessi_ et celle des

_Batassi_ : Siriman Keïta, après son installation à Dékou, avait épousé

une femme nommée Kané, fille d’un chef diallonké du clan des Dagnokho,

qui ne lui donnait pas d’enfants ; un devin, consulté par le roi,

déclara que Kané cesserait d’être stérile dès que son époux aurait

fécondé une autre femme ; Kané alors autorisa Siriman à faire partager

sa couche à une nommée Bata, qui était la propre esclave de Kané ; Bata

devint enceinte et Kané le devint elle-même peu de temps après ; la

descendance de Bata forma la fraction des Keïta-Batassi, de souche

servile, mais ayant le privilège de la primogéniture, tandis que la

descendance de Kané forma la fraction des Keïta-Kanessi, de souche noble

et ayant par là même le privilège de fournir les rois.

En dehors de _Mali-Siriman_, fondateur du royaume, voici les princes du

Konkodougou dont la tradition a conservé les noms : _Mali-Guimé_, qui

fit la guerre au Bambouk, défit l’armée des Sissoko dans le Tambaoura et

exigea, pour évacuer ce dernier pays, un tribut en or qui lui fut versé

intégralement ; — _Ténemba-Tamba_, qui dirigea une expédition sur la

haute Gambie ; — _Ténemba-Siriman_, frère du précédent, qui eut des

démêlés avec la famille impériale de Mali (les Keïta-Mansaré) et lui

livra, au Nord-Est du Konkodougou, un combat où il remporta la

victoire ; mais il dut retourner en hâte dans son pays pour le défendre

contre les incursions du chef de Tamba (cercle actuel de Dinguiray, dans

la Guinée Française) ; de plus, son règne fut troublé par des tentatives

de révolte de la part des Batassi ; — _Diguimadi_, qui parvint à ramener

les Batassi à l’obéissance ; — _Dabakoutou_, qui, menacé à son tour par

les Batassi, appela à son aide les Khassonkè du Logo et mit le siège

devant Dabia, l’une des places fortes des Batassi ; vaincu, il dut

s’enfermer dans Tembé, où il avait sa résidence ; ce Dabakoutou régnait

aux environs de 1880 : ce fut lui qui signa le traité plaçant le

Konkodougou sous le protectorat français ; — son successeur _Diamadi_

fut le dernier roi du Konkodougou.

Le royaume n’avait pas de capitale fixe : lorsqu’un roi venait à mourir,

son successeur continuait à résider dans le village qu’il occupait avant

de monter sur le trône. Le chef-lieu du cercle actuel, Satadougou, ne

fut jamais une résidence royale : c’était une colonie fondée d’abord sur

la rive gauche de la Falémé par des Soninké et des Malinké venus de

Sansanding[339] et par des Toucouleurs venus du Fouta, et transportée

ensuite sur la rive droite.

Le roi percevait un tribut sur les villages conquis et sur ceux qui

réclamaient sa protection ; de plus, un impôt était prélevé sur les

caravanes traversant le pays et un autre sur la vente des colas. Enfin

chaque famille devait acquitter une sorte d’impôt national payable en

céréales[340].

=IV. — Le royaume du Khasso.=

J’ai relaté ailleurs[341] les origines des Khassonkè, leur établissement

dans le Khasso proprement dit (région de Kayes) et le Diomboko (région

de Koniakari et de Séro), ainsi que les luttes entre les rois de Séro et

de Koniakari, luttes dont le résultat final fut la fondation de

_Médine_, dans le Logo, par _Demba Séga_, dernier roi khassonkè de

Koniakari, vers 1810[342].

Kombossi, fils et successeur du roi de Séro vainqueur de Demba Séga, eut

à lutter contre les Banmana-Massassi, anciens alliés de son père ;

vaincu par eux, il se réfugia au Fouta, abandonnant vers 1825 la

province et la ville de Séro aux Banmana, déjà maîtres de Koniakari

depuis 1810[343].

Le domaine des Khassonkè indépendants se trouva ainsi réduit à une bande

assez étroite de terrain située sur la rive gauche du Sénégal, entre

l’embouchure du Bafing et le Galam, et comprenant le Natiaga (région de

Dinguira), le Logo (région de Médine) et le Khasso propre (région de

Kayes), avec Médine comme capitale.

_Haoua-Demba_ succéda à Demba Séga de 1825 environ à 1840 ; il eut à

lutter contre les Banmana du Kaarta et fut soutenu à cette occasion par

un colon français nommé Duranton, qui était installé au Khasso et qui,

ayant épousé Sadioba, fille du roi, était devenu le conseiller de ce

dernier. Haoua-Demba fut remplacé par _Kinnti-Sambala_, qui fut assiégé

avec nous à Médine par El-hadj-Omar en 1857[344], et plaça le Khasso

sous le protectorat français. Ensuite régnèrent _Diouga-Sambala_, puis

_Makhani-Sambala_, lequel mourut en 1891. A cette époque, le canton de

Koniakari fut de nouveau réuni au Khasso et _Demba-Yamadou_, successeur

de Makhani-Sambala, quitta Médine pour transporter sa résidence à

Koniakari ; les Toucouleurs demeurés dans cette province furent

contraints d’accepter son autorité, tout en conservant un chef de leur

nationalité, qui fut Tierno-Diala. Le canton de Séro échappa à la même

époque au joug des Toucouleurs mais demeura, comme dans l’ancien temps,

indépendant du Khasso et eut comme roi un nommé Niamé-Fali, auquel

succéda Tiékouta.

Quant à Demba-Yamadou, il mourut en 1902 et fut remplacé par _Sidi-

Guessé_. A la mort de ce dernier (1905), le royaume du Khasso fut divisé

en deux provinces : celle de Koniakari avec, comme chef, _Sadio-

Sambala_, et celle comprenant le Khasso propre, le Logo et le Natiaga,

placée sous le commandement de _Kita-Demba_, frère de Sadio-Sambala.

=V. — Le Tombola.=

Le Tombola ou pays des Tombo a toujours conservé son indépendance, même

lors des guerres que lui firent les _askia_ de Gao, puis les pachas de

Tombouctou, ainsi qu’à l’époque où il prêta son concours à El-hadj-Omar

et à ses successeurs contre les Peuls du Massina. Mais il ne forma

jamais un Etat à proprement parler et fut sans cesse divisé en une

multitude de petits cantons dont les chefs étaient indépendants les uns

des autres.

Chacun de ces cantons formait en réalité une sorte de petit royaume

assez fortement organisé, avec des traditions et une étiquette assez

comparables à celles qui avaient cours dans les empires mossi. Le chef

de chaque canton portait — et porte encore — le titre de _hogon_ ou

_hogoun_ ; il cumule les fonctions de chef territorial et de grand-

prêtre. Ces fonctions ne sont pas héréditaires : le _hogon_ est élu par

l’assemblée des patriarches ou chefs de famille, ou plutôt il est

proclamé par cette assemblée après consultation des génies ou divinités

locales, car c’est toujours le candidat désigné par les génies qui est

élu par l’assemblée des anciens. Une fois nommé, le nouveau _hogon_ vit

pendant trois ans isolé, dans une retraite d’accès difficile, et il est

ensuite installé solennellement dans la maison où sont conservés les

objets consacrés au culte et les reliques et talismans des chefs

défunts.

La personne du _hogon_ est sacrée : on ne doit ni le toucher ni lui

adresser la parole directement ; sa demeure est un lieu d’asile. Ses

insignes sont une mitre rouge et un trident. En cas de rixe dans le

village, on porte le trident du _hogon_ sur le lieu du combat et ce

dernier cesse aussitôt. Beaucoup de prohibitions d’ordre magico-

religieux sont attachées aux fonctions de _hogon_ : le titulaire de ces

fonctions ne peut manger ni viande de chèvre ni l’espèce de mil appelée

_fonio_ ou _fonion_ en langue mandingue ; il ne doit boire que l’eau

provenant d’une source spéciale et ne peut boire, lorsqu’un de ses

sujets vient à décéder, tant que le défunt n’est pas enterré ; il peut

épouser toute femme qui lui plaît, mais à condition que cette femme soit

vierge, et ses veuves ne peuvent se remarier. Il lui est interdit de

quitter le village où il réside ; s’il tombe malade, on ne peut lui

donner aucun médicament et sa santé demeure entièrement entre les mains

de la divinité ; lorsqu’il vient à mourir, personne ne peut toucher à

son cadavre, en dehors des hommes de la caste des forgerons, qui

procèdent à sa toilette funèbre et à son enterrement. Après sa mort, on

attend trois ans avant de publier la nouvelle de son décès et d’élire

son successeur, et l’intérim du pouvoir est confié durant cette période

au fils du _hogon_ défunt.

Cette fonction, par ailleurs, est la source de certains avantages

matériels. Les sujets du _hogon_ doivent en effet cultiver ses champs et

lui assurer ainsi la nourriture ; de plus, il est de droit maître des

biens des jeteurs de sorts tués pour leurs méfaits, de ceux des

meurtriers, des objets perdus non réclamés, des animaux qui ont tué ou

blessé grièvement une personne, du premier produit mâle de tout animal

domestique, des bêtes ne possédant qu’un testicule (à l’exception

toutefois des chevaux et des ânes qui se trouvent dans ce cas), des

poules à plumes longues, des chiens d’une certaine espèce et enfin des

moutons égarés.

Le _hogon_ est entouré de plusieurs ministres ou _kédiou_, dont chacun a

sa fonction spéciale et est assisté lui-même d’un lieutenant ou _saga_,

qui le remplacera lors de sa mort. L’un de ces ministres, le _laggam_,

est chargé de présider aux cérémonies du culte et a seul qualité pour

entrer en relations avec les génies ; un autre a pour fonctions de

transmettre la parole du _hogon_ à ses sujets et de lui traduire les

demandes et les réponses de ces derniers.

=VI. — Le Liptako[345].=

Les premiers chefs du Liptako dont on ait conservé le souvenir

appartenaient au peuple des _Déforo_ ; leur dynastie demeura au pouvoir

durant les cent ans qui précédèrent la domination marocaine à Tombouctou

(1491-1591). Après eux, le pays fut occupé par les Kouroumankobé ou

_Gourmankobé_ — vraisemblablement les Gourmantché —, qui refoulèrent les

Déforo vers Aribinda et exercèrent également le pouvoir durant un siècle

(1591 à 1690 environ), et fournirent huit rois dont voici les noms :

Belba-Galfermi, Diêr-Galfermi, Koro-Belbéga, Alfâkir (ou Aldjâkir)[346],

Ouontambéri, Mossogo, Famaba et enfin Diari fils d’Alfao.

Ce _Diari_ eut une querelle avec le chef des Peuls établis dans le pays,

qui s’appelait _Ibrahima-Saïdou_ ; une guerre s’ensuivit, qui se termina

par la victoire d’Ibrahima : ce dernier chassa Diari du Liptako et

s’empara du pouvoir. Les Peuls du Liptako conservèrent depuis lors

l’autorité, mais leur indépendance prit fin vers 1800, lors des

conquêtes de _Ousmân-dan-Fodio_, qui, une fois maître de Sokoto, établit

sa suzeraineté au moins nominale dans le Liptako.

Les premiers Peuls qui firent leur apparition dans la région de Dori

étaient commandés par un nommé Bir-Mâri, du clan ou de la tribu des Faté

ou Paté. Ce Bir-Mâri fut remplacé par son fils Yaro ou Yoro, auquel

succéda son propre fils Yamé-Dikko ; ensuite vint Saïdou, fils de Yamé-

Dikko, qui conserva le pouvoir deux ans et fut remplacé pendant dix-sept

ans par son frère Oumar ; à celui-ci succéda, pendant quatorze ans,

Hamma, fils de Saïdou ; c’est après lui qu’Ibrahima, autre fils de

Saïdou, devint le chef des Peuls du Liptako et c’est sept ans après son

avènement qu’il s’empara du pouvoir sur les Gourmantché vers 1690[347].

_Ibrahima-Saïdou_ (1690-1714), après avoir refoulé les Gourmantché au

Sud du Liptako, eut à lutter contre des bandes — songaï probablement —

qui étaient venues à Tibaré[348] sous le commandement d’un nommé Daouda-

Bengaï ; il repoussa ces bandes. Ensuite le pays fut envahi par des

Touareg, dirigés par un nommé Kâoua, qui fut également vaincu et chassé

par Ibrahima, lequel, au retour de cette expédition, s’installa à Kamfat

(?). Sur ces entrefaites, un esclave nommé Yobi-Kâta s’en fut dans le

Mossi d’où il ramena une armée pour attaquer Ibrahima, mais cette armée

fut mise en déroute. Ibrahima vainquit ensuite un chef gourmantché nommé

Bâbou-Binoï, qui avait envahi le Liptako, et le tua. En 1710, un nommé

Korandi, chef du village de Sébong (peut-être Zebba, chef-lieu du

Yagha), s’avança vers Boloï, au Sud de Dori ; Ibrahima envoya contre lui

deux cents hommes, qui le surprirent et le mirent en déroute. Quatre ans

après cet événement, Ibrahima mourut, au bout d’un règne bien rempli de

31 ans, dont 24 ans depuis la défaite du dernier roi gourmantché.

_Salihou_, fils de Hamma-Saïdou, régna de 1714 à 1730 ; attaqué,

quelques jours après son avènement, par un conquérant dioula ou soninké

nommé Daïkara, fils de Do Kouroubari, il le mit en déroute et le tua ;

la même année, il vainquit un chef touareg, Ouentag fils d’Assoua. La

paix ne cessa pas de régner ensuite au Liptako jusqu’à la mort de

Salihou.

Sous _Ibrahima-Hamma_ (1730-58), frère de Salihou, un chef mossi nommé

Diamondi envahit le Liptako et vainquit les Peuls à Boureï, à une

vingtaine de kilomètres dans le Sud-Ouest de Dori ; les Mossi pillèrent

Boureï, tuèrent le chef du village, qui s’appelait Béda-Hamma, et

partirent en emmenant avec eux tous les bœufs. Sept ans plus tard, un

parti de Touareg Logomaten, dirigé par le chef Soudara, vint razzier une

localité du Liptako appelée Adyidi, tuant 47 hommes et enlevant les

bœufs. Ce fut ensuite le tour de Boundoubâbou d’être pillé par des gens

du Yagha, qui tuèrent un grand nombre de personnes, dont Bouido-Ali-

Bangal, chef de Boundoubâbou. A cette période de revers pour le Liptako

succéda une période de victoires : Ibrahima-Hamma, ayant réussi à

constituer une cavalerie, se débarrassa de ses ennemis et dirigea même

de fructueuses expéditions jusque sur Boromo et sur Salaga, vers 1750.

_Sékou_, fils de Salihou (1758-79), eut comme principal lieutenant

Hamadou-Aïssata, qui fit plusieurs expéditions heureuses contre Boromo

et divers villages mossi dépendant de Ouagadougou et du Yatenga.

_Hamadou-Aïssata_ (1779-83) s’empara du pouvoir à la mort de Sékou ;

après lui régnèrent _Aboubakari_ (1783-84) et _Hamma-Taoua_ (1784-1803).

C’est vers la fin du règne de ce dernier que le Liptako fut incorporé à

l’empire de Sokoto, récemment créé par le cheikh Ousmân, fils de

Mohammed-ben-Ousmân, plus connu sous le nom de Ousmân-dan-Fodio.

=VII. — Les petits Etats de la haute Volta.=

1o _La principauté dioula de Loto_ (cercle actuel de Gaoua). — Un dioula

de Bobo-Dioulasso, nommé _Bé-Bakari Ouatara_, conquit, vers le début du

XIXe siècle, le pays des Gan et des Lorho, dans le Sud-Ouest du cercle

actuel de Gaoua, et fit un moment de Lorhosso son centre d’action.

Appelé par les Dian et les Pougouli de la région de Diébougou pour les

soutenir contre les Dagari-Oulé, il transporta sa résidence à _Loto_,

non loin du poste actuel de Diébougou, et s’empara de tout le pays

environnant. Il voulut même pousser ses conquêtes sur la rive gauche de

la Volta et s’avança dans le Gourounsi, mais, vaincu par les Sissala, il

s’empoisonna.

DELAFOSSE Planche XXVII

[Illustration : _Cliché Fortier_

FIG. 53. — Maison habitée par René CAILLIÉ, à Tombouctou.]

[Illustration : _Cliché Fortier_

FIG. 54. — Maison habitée par BARTH, à Tombouctou.]

Son fils _Karakara_, qui se trouvait à Bobo-Dioulasso lorsqu’il apprit

la mort de son père, vint recueillir sa succession à Loto ; les Gan

s’étant révoltés contre son autorité, il marcha contre Obiri, leur

capitale, massacrant tout sur son passage ; mais il ne put s’emparer

d’Obiri et les Gan conservèrent leur indépendance.

_Ansoumana_, fils de Karakara, lui succéda et fut lui-même remplacé par

son frère _Dabila_, qui régnait vers 1850. Dabila, comme ses

prédécesseurs, résidait habituellement à Bobo-Dioulasso, mais il avait

un pied-à-terre à Loto et y établissait son quartier-général chaque fois

qu’il organisait une colonne dans sa principauté. Comme il avait expédié

de Bobo-Dioulasso des envoyés à Da, chef des Dian, pour s’assurer de ses

intentions, ses envoyés furent massacrés à Bapla par des Oulé ou par des

Birifo, qui firent remettre à Da les têtes de leurs victimes ; Dabila

fit réclamer les têtes à Da qui les lui envoya, en l’informant que cet

acte de déférence de sa part allait lui attirer la haine des Oulé et des

Birifo et en suppliant le chef ouatara de venir à son secours. Dabila se

rendit donc à Loto et repoussa les Oulé jusque vers Gaoua, d’où les Lobi

les chassèrent du côté de la Volta, faisant un grand nombre de

prisonniers qu’ils expédièrent à Dabila en priant ce dernier de ne pas

s’avancer dans leur pays. Dabila se tourna alors vers le Nord,

combattant successivement les Oulé et les Pougouli, mais, vaincu par une

coalition de ces deux tribus, il s’empoisonna.

Son fils et successeur _Koutoukou_ se maintint à Loto, où il fut

remplacé par _Karamorho_, frère de Dabila. Celui-ci essaya d’aller

recruter des partisans à Bouna, échoua dans son entreprise et mourut à

Lorhosso lors de son retour.

Son fils _Barkatou_, qui l’accompagnait, ramena la colonne à Loto, mais

ne put conserver son autorité, en raison des attaques sans cesse

renouvelées des Oulé et des Birifo. Ces derniers vinrent même mettre le

siège devant Loto en 1890, puis se retirèrent en 1897. Peu après, le

commandant Caudrelier occupait le pays au nom de la France ; Barkatou,

réduit aux proportions d’un simple notable, mourut paisiblement en 1907.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 30 / 36 段