seulement d’après les autres, un marabout toucouleur appartenant au clan
des Tôrobé et nommé _Abdoulkader_ prêcha la guerre sainte contre les
infidèles, vainquit les Dénianké, renversa la dynastie peule des
descendants de Koli et établit au Fouta une sorte de monarchie
théocratique qui se maintint jusqu’à la conquête française, le pouvoir
appartenant désormais à des religieux du clan des _Tôrobé_.
=II. — Le royaume du Galam ou Gadiaga.=
Lors de la dispersion des Soninké du Ouagadou, vers la fin du VIIIe
siècle, _Alikassa Sempré_ alla fonder _Galambou_ ou _Kounguel_, au
confluent de la Falémé et du Sénégal, et d’autres chefs de familles
soninké fondèrent dans la même région _Yaressi_ ou Diaressi (ou encore
Diarissona), sur la rive nord du Sénégal, en face d’Ambidédi, et
_Silla_, près de Bakel. Ces diverses colonies formèrent le royaume du
Galam ou du Gadiaga, avec Galambou comme capitale, royaume qui se
composait approximativement des provinces actuelles du Goye et du
Kaméra, sur la rive gauche du fleuve, formant le Galam ou Gadiaga
proprement dit, et du Guidimaka, sur la rive droite. Le pouvoir se
transmit parmi les descendants d’Alikassa, qui échangèrent leur nom de
Sempré contre celui de _Bakili_[338]. Les autres grandes familles
étaient celles des Yaressi ou Diarisso, des Sibi, des Silla et, plus
tard, des Diakhaté ou Niakaté et des Diâbi.
Cet Etat eut à diverses reprises des périodes d’indépendance, mais il
fut le plus souvent vassal de quelque grand empire, la suzeraineté étant
exercée successivement par Tekrour, Ghana, Diara, Mali et même, au moins
momentanément, par le roi du Khasso.
Alikassa aurait eu comme successeurs Salounga I, puis Salounga II dit
Ndoungoumé, puis Findiougné Diâbi, puis Mari-Kassa. A la mort de ce
dernier, le royaume se divisa en quatre parties à peu près autonomes, le
Goye, le Kaméra, le Guidimaka et le Diomboko, le pouvoir souverain étant
exercé tantôt par le chef de l’une de ces provinces et tantôt par celui
d’une autre, selon leur rang d’ancienneté dans la famille. Les quatre
fils de Mari-Kassa Bakili se seraient en effet partagé le royaume,
Souleïmân-Kassa se fixant au Goye, Alikassa II au Kaméra, Amadou-Bé au
Diomboko et un prince dont je ne possède pas le nom au Guidimaka.
Nous n’avons que fort peu de documents concernant l’histoire et les
destinées de cet Etat, en dehors des faits que j’ai mentionnés dans les
chapitres précédents et de ceux que l’on trouvera dans le récit de
l’occupation du Soudan par les Français. Le Galam fut en effet en
relations suivies avec nos premiers établissements du Sénégal, pour la
même raison qu’il était au Moyen-Age en relations étroites avec Ghana :
là en effet se trouvait la porte d’accès aux mines d’or du Bambouk.
=III. — Royaumes du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran.=
Nous avons vu comment, au début du XIIIe siècle, le Bambouk et le
Gangaran avaient été conquis par un général de Soundiata nommé Amari-
Sonko et comment, un peu plus tard, vers 1255, les royaumes mandingues
du _Bambouk_, du _Konkodougou_ et du _Gangaran_ avaient été fondés, le
premier par _Moussa-Son-Koroma Sissoko_ avec _Koundian_ comme capitale,
le second par _Siriman Keïta_ avec _Dékou_ comme chef-lieu et le
troisième par _Sané-Nianga Taraoré_.
Le Bambouk ou Bambougou s’étendait entre la Falémé et le Bafing,
comprenant les montagnes aurifères du Tambaoura ; il n’allait pas au
Nord-Ouest jusqu’au Sénégal, dont il était séparé par le Kaméra et le
Khasso, mais il débordait sur la rive droite de ce fleuve du côté de
Bafoulabé ; au Sud, il ne s’avançait que peu au delà du parallèle de
Koundian. Le Konkodougou lui faisait suite vers le Sud, correspondant à
peu près au cercle actuel de Satadougou. Enfin le Gangaran était compris
entre le Sénégal au Nord, le Bafing à l’Ouest, le Bakhoy à l’Est et les
montagnes enfermant la vallée du Tinkisso au Sud. Ces trois royaumes,
avec le Manding proprement dit ou Mandé et le Bouré, qui leur faisaient
suite vers l’Est, composaient le territoire connu des anciens sous le
nom de _Ouangara_, _Gbangara_ ou _Gangara_.
Les trois royaumes du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran furent
vassaux de l’empire de Mali pendant toute la période de puissance de ce
dernier Etat ; par la suite, ils se rendirent indépendants, mais eurent
à souffrir des incursions des bandes du Tekrour au XVIe siècle, et, plus
tard, se trouvèrent plus ou moins englobés dans l’empire banmana du
Kaarta, puis dans celui d’El-hadj-Omar, pour servir enfin de théâtre aux
premières incursions de Samori.
1o _Le Bambouk._ — Le plus important de ces trois royaumes fut celui du
Bambouk qui, au moment de son apogée, comprenait : le Bambougou
proprement dit (canton de Koundian), le Barinta, le Bétéya, le
Diébédougou, le Diébelli, le Farimboula, le Makadougou, le Niambiya et
le Tomora, dans le cercle actuel de Bafoulabé ; le Sintédougou, dans le
cercle actuel de Satadougou, et le Bilidougou, le Logo, le Sirimana et
le Tambaoura, dans le cercle actuel de Kayes. Vers 1802, au dire de
Golberry, le _siratigui_ ou roi du Bambouk était même suzerain du
Konkodougou et de la ville de Satadougou.
Moussa-Son-Koroma passe pour être mort vers la fin du XIIIe siècle,
laissant dix-sept fils dont l’aîné, nommé Kamakan-Dyita, lui succéda ;
les seize autres prirent chacun le commandement de l’une des seize
provinces dont l’ensemble constituait le royaume. Le Bambougou formait
deux provinces (Nanifara et Kourouba) et le Diébédougou également
(Kassama et Yatéra). Le pouvoir royal se transmit sans interruption dans
la famille des _Sissoko_. Les rois dont le souvenir s’est le mieux
conservé jusqu’à nous furent _Sanga-Moussa_, ancien chef du Tomora, dont
la tombe, située dans cette dernière province, est honorée de nos jours
encore par un sacrifice solennel qui a lieu chaque année, et _Guimé_,
qui repoussa au XVIe siècle les bandes peules et toucouleures conduites
par Koli Galadio.
C’est sous le règne de ce Guimé Sissoko que les Malinké du Bambouk, qui
étaient musulmans depuis la conquête du pays par Amari-Sonko, revinrent
au culte de leurs lointains ancêtres : les marabouts du pays, ayant
cherché à s’emparer des mines d’or, furent tous massacrés et l’islamisme
fut abandonné par le roi et par tous ses sujets (1540 environ). Quelques
années plus tard, vers 1550, les Portugais s’emparèrent à leur tour des
mines d’or, mais ils ne tardèrent pas à disparaître : les uns moururent
de maladie, d’autres s’entretuèrent à la suite de rivalités pour la
possession des meilleurs placers, les derniers furent massacrés par les
indigènes.
2o _Le Konkodougou._ — Tandis que le Bambouk fut toujours peuplé en
majorité de Malinké, le Konkodougou renfermait à l’origine uniquement
des Diallonké (Dao, Monékata, Kessékho, Dagnokho, Touré, Kontaga, etc.).
Des Mandingues des clans Sissoko, Taraoré et Doumbouya, venus du
Sangaran et du Bouré, s’y installèrent et y furent rejoints par les
Keïta du Manding qui accompagnaient Siriman au moment de sa prise de
possession du pays. A partir de cette époque, le pouvoir appartint
toujours aux _Keïta_ de la famille de Siriman, mais cette famille se
divisa en deux fractions rivales, celle des _Kanessi_ et celle des
_Batassi_ : Siriman Keïta, après son installation à Dékou, avait épousé
une femme nommée Kané, fille d’un chef diallonké du clan des Dagnokho,
qui ne lui donnait pas d’enfants ; un devin, consulté par le roi,
déclara que Kané cesserait d’être stérile dès que son époux aurait
fécondé une autre femme ; Kané alors autorisa Siriman à faire partager
sa couche à une nommée Bata, qui était la propre esclave de Kané ; Bata
devint enceinte et Kané le devint elle-même peu de temps après ; la
descendance de Bata forma la fraction des Keïta-Batassi, de souche
servile, mais ayant le privilège de la primogéniture, tandis que la
descendance de Kané forma la fraction des Keïta-Kanessi, de souche noble
et ayant par là même le privilège de fournir les rois.
En dehors de _Mali-Siriman_, fondateur du royaume, voici les princes du
Konkodougou dont la tradition a conservé les noms : _Mali-Guimé_, qui
fit la guerre au Bambouk, défit l’armée des Sissoko dans le Tambaoura et
exigea, pour évacuer ce dernier pays, un tribut en or qui lui fut versé
intégralement ; — _Ténemba-Tamba_, qui dirigea une expédition sur la
haute Gambie ; — _Ténemba-Siriman_, frère du précédent, qui eut des
démêlés avec la famille impériale de Mali (les Keïta-Mansaré) et lui
livra, au Nord-Est du Konkodougou, un combat où il remporta la
victoire ; mais il dut retourner en hâte dans son pays pour le défendre
contre les incursions du chef de Tamba (cercle actuel de Dinguiray, dans
la Guinée Française) ; de plus, son règne fut troublé par des tentatives
de révolte de la part des Batassi ; — _Diguimadi_, qui parvint à ramener
les Batassi à l’obéissance ; — _Dabakoutou_, qui, menacé à son tour par
les Batassi, appela à son aide les Khassonkè du Logo et mit le siège
devant Dabia, l’une des places fortes des Batassi ; vaincu, il dut
s’enfermer dans Tembé, où il avait sa résidence ; ce Dabakoutou régnait
aux environs de 1880 : ce fut lui qui signa le traité plaçant le
Konkodougou sous le protectorat français ; — son successeur _Diamadi_
fut le dernier roi du Konkodougou.
Le royaume n’avait pas de capitale fixe : lorsqu’un roi venait à mourir,
son successeur continuait à résider dans le village qu’il occupait avant
de monter sur le trône. Le chef-lieu du cercle actuel, Satadougou, ne
fut jamais une résidence royale : c’était une colonie fondée d’abord sur
la rive gauche de la Falémé par des Soninké et des Malinké venus de
Sansanding[339] et par des Toucouleurs venus du Fouta, et transportée
ensuite sur la rive droite.
Le roi percevait un tribut sur les villages conquis et sur ceux qui
réclamaient sa protection ; de plus, un impôt était prélevé sur les
caravanes traversant le pays et un autre sur la vente des colas. Enfin
chaque famille devait acquitter une sorte d’impôt national payable en
céréales[340].
=IV. — Le royaume du Khasso.=
J’ai relaté ailleurs[341] les origines des Khassonkè, leur établissement
dans le Khasso proprement dit (région de Kayes) et le Diomboko (région
de Koniakari et de Séro), ainsi que les luttes entre les rois de Séro et
de Koniakari, luttes dont le résultat final fut la fondation de
_Médine_, dans le Logo, par _Demba Séga_, dernier roi khassonkè de
Koniakari, vers 1810[342].
Kombossi, fils et successeur du roi de Séro vainqueur de Demba Séga, eut
à lutter contre les Banmana-Massassi, anciens alliés de son père ;
vaincu par eux, il se réfugia au Fouta, abandonnant vers 1825 la
province et la ville de Séro aux Banmana, déjà maîtres de Koniakari
depuis 1810[343].
Le domaine des Khassonkè indépendants se trouva ainsi réduit à une bande
assez étroite de terrain située sur la rive gauche du Sénégal, entre
l’embouchure du Bafing et le Galam, et comprenant le Natiaga (région de
Dinguira), le Logo (région de Médine) et le Khasso propre (région de
Kayes), avec Médine comme capitale.
_Haoua-Demba_ succéda à Demba Séga de 1825 environ à 1840 ; il eut à
lutter contre les Banmana du Kaarta et fut soutenu à cette occasion par
un colon français nommé Duranton, qui était installé au Khasso et qui,
ayant épousé Sadioba, fille du roi, était devenu le conseiller de ce
dernier. Haoua-Demba fut remplacé par _Kinnti-Sambala_, qui fut assiégé
avec nous à Médine par El-hadj-Omar en 1857[344], et plaça le Khasso
sous le protectorat français. Ensuite régnèrent _Diouga-Sambala_, puis
_Makhani-Sambala_, lequel mourut en 1891. A cette époque, le canton de
Koniakari fut de nouveau réuni au Khasso et _Demba-Yamadou_, successeur
de Makhani-Sambala, quitta Médine pour transporter sa résidence à
Koniakari ; les Toucouleurs demeurés dans cette province furent
contraints d’accepter son autorité, tout en conservant un chef de leur
nationalité, qui fut Tierno-Diala. Le canton de Séro échappa à la même
époque au joug des Toucouleurs mais demeura, comme dans l’ancien temps,
indépendant du Khasso et eut comme roi un nommé Niamé-Fali, auquel
succéda Tiékouta.
Quant à Demba-Yamadou, il mourut en 1902 et fut remplacé par _Sidi-
Guessé_. A la mort de ce dernier (1905), le royaume du Khasso fut divisé
en deux provinces : celle de Koniakari avec, comme chef, _Sadio-
Sambala_, et celle comprenant le Khasso propre, le Logo et le Natiaga,
placée sous le commandement de _Kita-Demba_, frère de Sadio-Sambala.
=V. — Le Tombola.=
Le Tombola ou pays des Tombo a toujours conservé son indépendance, même
lors des guerres que lui firent les _askia_ de Gao, puis les pachas de
Tombouctou, ainsi qu’à l’époque où il prêta son concours à El-hadj-Omar
et à ses successeurs contre les Peuls du Massina. Mais il ne forma
jamais un Etat à proprement parler et fut sans cesse divisé en une
multitude de petits cantons dont les chefs étaient indépendants les uns
des autres.
Chacun de ces cantons formait en réalité une sorte de petit royaume
assez fortement organisé, avec des traditions et une étiquette assez
comparables à celles qui avaient cours dans les empires mossi. Le chef
de chaque canton portait — et porte encore — le titre de _hogon_ ou
_hogoun_ ; il cumule les fonctions de chef territorial et de grand-
prêtre. Ces fonctions ne sont pas héréditaires : le _hogon_ est élu par
l’assemblée des patriarches ou chefs de famille, ou plutôt il est
proclamé par cette assemblée après consultation des génies ou divinités
locales, car c’est toujours le candidat désigné par les génies qui est
élu par l’assemblée des anciens. Une fois nommé, le nouveau _hogon_ vit
pendant trois ans isolé, dans une retraite d’accès difficile, et il est
ensuite installé solennellement dans la maison où sont conservés les
objets consacrés au culte et les reliques et talismans des chefs
défunts.
La personne du _hogon_ est sacrée : on ne doit ni le toucher ni lui
adresser la parole directement ; sa demeure est un lieu d’asile. Ses
insignes sont une mitre rouge et un trident. En cas de rixe dans le
village, on porte le trident du _hogon_ sur le lieu du combat et ce
dernier cesse aussitôt. Beaucoup de prohibitions d’ordre magico-
religieux sont attachées aux fonctions de _hogon_ : le titulaire de ces
fonctions ne peut manger ni viande de chèvre ni l’espèce de mil appelée
_fonio_ ou _fonion_ en langue mandingue ; il ne doit boire que l’eau
provenant d’une source spéciale et ne peut boire, lorsqu’un de ses
sujets vient à décéder, tant que le défunt n’est pas enterré ; il peut
épouser toute femme qui lui plaît, mais à condition que cette femme soit
vierge, et ses veuves ne peuvent se remarier. Il lui est interdit de
quitter le village où il réside ; s’il tombe malade, on ne peut lui
donner aucun médicament et sa santé demeure entièrement entre les mains
de la divinité ; lorsqu’il vient à mourir, personne ne peut toucher à
son cadavre, en dehors des hommes de la caste des forgerons, qui
procèdent à sa toilette funèbre et à son enterrement. Après sa mort, on
attend trois ans avant de publier la nouvelle de son décès et d’élire
son successeur, et l’intérim du pouvoir est confié durant cette période
au fils du _hogon_ défunt.
Cette fonction, par ailleurs, est la source de certains avantages
matériels. Les sujets du _hogon_ doivent en effet cultiver ses champs et
lui assurer ainsi la nourriture ; de plus, il est de droit maître des
biens des jeteurs de sorts tués pour leurs méfaits, de ceux des
meurtriers, des objets perdus non réclamés, des animaux qui ont tué ou
blessé grièvement une personne, du premier produit mâle de tout animal
domestique, des bêtes ne possédant qu’un testicule (à l’exception
toutefois des chevaux et des ânes qui se trouvent dans ce cas), des
poules à plumes longues, des chiens d’une certaine espèce et enfin des
moutons égarés.
Le _hogon_ est entouré de plusieurs ministres ou _kédiou_, dont chacun a
sa fonction spéciale et est assisté lui-même d’un lieutenant ou _saga_,
qui le remplacera lors de sa mort. L’un de ces ministres, le _laggam_,
est chargé de présider aux cérémonies du culte et a seul qualité pour
entrer en relations avec les génies ; un autre a pour fonctions de
transmettre la parole du _hogon_ à ses sujets et de lui traduire les
demandes et les réponses de ces derniers.
=VI. — Le Liptako[345].=
Les premiers chefs du Liptako dont on ait conservé le souvenir
appartenaient au peuple des _Déforo_ ; leur dynastie demeura au pouvoir
durant les cent ans qui précédèrent la domination marocaine à Tombouctou
(1491-1591). Après eux, le pays fut occupé par les Kouroumankobé ou
_Gourmankobé_ — vraisemblablement les Gourmantché —, qui refoulèrent les
Déforo vers Aribinda et exercèrent également le pouvoir durant un siècle
(1591 à 1690 environ), et fournirent huit rois dont voici les noms :
Belba-Galfermi, Diêr-Galfermi, Koro-Belbéga, Alfâkir (ou Aldjâkir)[346],
Ouontambéri, Mossogo, Famaba et enfin Diari fils d’Alfao.
Ce _Diari_ eut une querelle avec le chef des Peuls établis dans le pays,
qui s’appelait _Ibrahima-Saïdou_ ; une guerre s’ensuivit, qui se termina
par la victoire d’Ibrahima : ce dernier chassa Diari du Liptako et
s’empara du pouvoir. Les Peuls du Liptako conservèrent depuis lors
l’autorité, mais leur indépendance prit fin vers 1800, lors des
conquêtes de _Ousmân-dan-Fodio_, qui, une fois maître de Sokoto, établit
sa suzeraineté au moins nominale dans le Liptako.
Les premiers Peuls qui firent leur apparition dans la région de Dori
étaient commandés par un nommé Bir-Mâri, du clan ou de la tribu des Faté
ou Paté. Ce Bir-Mâri fut remplacé par son fils Yaro ou Yoro, auquel
succéda son propre fils Yamé-Dikko ; ensuite vint Saïdou, fils de Yamé-
Dikko, qui conserva le pouvoir deux ans et fut remplacé pendant dix-sept
ans par son frère Oumar ; à celui-ci succéda, pendant quatorze ans,
Hamma, fils de Saïdou ; c’est après lui qu’Ibrahima, autre fils de
Saïdou, devint le chef des Peuls du Liptako et c’est sept ans après son
avènement qu’il s’empara du pouvoir sur les Gourmantché vers 1690[347].
_Ibrahima-Saïdou_ (1690-1714), après avoir refoulé les Gourmantché au
Sud du Liptako, eut à lutter contre des bandes — songaï probablement —
qui étaient venues à Tibaré[348] sous le commandement d’un nommé Daouda-
Bengaï ; il repoussa ces bandes. Ensuite le pays fut envahi par des
Touareg, dirigés par un nommé Kâoua, qui fut également vaincu et chassé
par Ibrahima, lequel, au retour de cette expédition, s’installa à Kamfat
(?). Sur ces entrefaites, un esclave nommé Yobi-Kâta s’en fut dans le
Mossi d’où il ramena une armée pour attaquer Ibrahima, mais cette armée
fut mise en déroute. Ibrahima vainquit ensuite un chef gourmantché nommé
Bâbou-Binoï, qui avait envahi le Liptako, et le tua. En 1710, un nommé
Korandi, chef du village de Sébong (peut-être Zebba, chef-lieu du
Yagha), s’avança vers Boloï, au Sud de Dori ; Ibrahima envoya contre lui
deux cents hommes, qui le surprirent et le mirent en déroute. Quatre ans
après cet événement, Ibrahima mourut, au bout d’un règne bien rempli de
31 ans, dont 24 ans depuis la défaite du dernier roi gourmantché.
_Salihou_, fils de Hamma-Saïdou, régna de 1714 à 1730 ; attaqué,
quelques jours après son avènement, par un conquérant dioula ou soninké
nommé Daïkara, fils de Do Kouroubari, il le mit en déroute et le tua ;
la même année, il vainquit un chef touareg, Ouentag fils d’Assoua. La
paix ne cessa pas de régner ensuite au Liptako jusqu’à la mort de
Salihou.
Sous _Ibrahima-Hamma_ (1730-58), frère de Salihou, un chef mossi nommé
Diamondi envahit le Liptako et vainquit les Peuls à Boureï, à une
vingtaine de kilomètres dans le Sud-Ouest de Dori ; les Mossi pillèrent
Boureï, tuèrent le chef du village, qui s’appelait Béda-Hamma, et
partirent en emmenant avec eux tous les bœufs. Sept ans plus tard, un
parti de Touareg Logomaten, dirigé par le chef Soudara, vint razzier une
localité du Liptako appelée Adyidi, tuant 47 hommes et enlevant les
bœufs. Ce fut ensuite le tour de Boundoubâbou d’être pillé par des gens
du Yagha, qui tuèrent un grand nombre de personnes, dont Bouido-Ali-
Bangal, chef de Boundoubâbou. A cette période de revers pour le Liptako
succéda une période de victoires : Ibrahima-Hamma, ayant réussi à
constituer une cavalerie, se débarrassa de ses ennemis et dirigea même
de fructueuses expéditions jusque sur Boromo et sur Salaga, vers 1750.
_Sékou_, fils de Salihou (1758-79), eut comme principal lieutenant
Hamadou-Aïssata, qui fit plusieurs expéditions heureuses contre Boromo
et divers villages mossi dépendant de Ouagadougou et du Yatenga.
_Hamadou-Aïssata_ (1779-83) s’empara du pouvoir à la mort de Sékou ;
après lui régnèrent _Aboubakari_ (1783-84) et _Hamma-Taoua_ (1784-1803).
C’est vers la fin du règne de ce dernier que le Liptako fut incorporé à
l’empire de Sokoto, récemment créé par le cheikh Ousmân, fils de
Mohammed-ben-Ousmân, plus connu sous le nom de Ousmân-dan-Fodio.
=VII. — Les petits Etats de la haute Volta.=
1o _La principauté dioula de Loto_ (cercle actuel de Gaoua). — Un dioula
de Bobo-Dioulasso, nommé _Bé-Bakari Ouatara_, conquit, vers le début du
XIXe siècle, le pays des Gan et des Lorho, dans le Sud-Ouest du cercle
actuel de Gaoua, et fit un moment de Lorhosso son centre d’action.
Appelé par les Dian et les Pougouli de la région de Diébougou pour les
soutenir contre les Dagari-Oulé, il transporta sa résidence à _Loto_,
non loin du poste actuel de Diébougou, et s’empara de tout le pays
environnant. Il voulut même pousser ses conquêtes sur la rive gauche de
la Volta et s’avança dans le Gourounsi, mais, vaincu par les Sissala, il
s’empoisonna.
DELAFOSSE Planche XXVII
[Illustration : _Cliché Fortier_
FIG. 53. — Maison habitée par René CAILLIÉ, à Tombouctou.]
[Illustration : _Cliché Fortier_
FIG. 54. — Maison habitée par BARTH, à Tombouctou.]
Son fils _Karakara_, qui se trouvait à Bobo-Dioulasso lorsqu’il apprit
la mort de son père, vint recueillir sa succession à Loto ; les Gan
s’étant révoltés contre son autorité, il marcha contre Obiri, leur
capitale, massacrant tout sur son passage ; mais il ne put s’emparer
d’Obiri et les Gan conservèrent leur indépendance.
_Ansoumana_, fils de Karakara, lui succéda et fut lui-même remplacé par
son frère _Dabila_, qui régnait vers 1850. Dabila, comme ses
prédécesseurs, résidait habituellement à Bobo-Dioulasso, mais il avait
un pied-à-terre à Loto et y établissait son quartier-général chaque fois
qu’il organisait une colonne dans sa principauté. Comme il avait expédié
de Bobo-Dioulasso des envoyés à Da, chef des Dian, pour s’assurer de ses
intentions, ses envoyés furent massacrés à Bapla par des Oulé ou par des
Birifo, qui firent remettre à Da les têtes de leurs victimes ; Dabila
fit réclamer les têtes à Da qui les lui envoya, en l’informant que cet
acte de déférence de sa part allait lui attirer la haine des Oulé et des
Birifo et en suppliant le chef ouatara de venir à son secours. Dabila se
rendit donc à Loto et repoussa les Oulé jusque vers Gaoua, d’où les Lobi
les chassèrent du côté de la Volta, faisant un grand nombre de
prisonniers qu’ils expédièrent à Dabila en priant ce dernier de ne pas
s’avancer dans leur pays. Dabila se tourna alors vers le Nord,
combattant successivement les Oulé et les Pougouli, mais, vaincu par une
coalition de ces deux tribus, il s’empoisonna.
Son fils et successeur _Koutoukou_ se maintint à Loto, où il fut
remplacé par _Karamorho_, frère de Dabila. Celui-ci essaya d’aller
recruter des partisans à Bouna, échoua dans son entreprise et mourut à
Lorhosso lors de son retour.
Son fils _Barkatou_, qui l’accompagnait, ramena la colonne à Loto, mais
ne put conserver son autorité, en raison des attaques sans cesse
renouvelées des Oulé et des Birifo. Ces derniers vinrent même mettre le
siège devant Loto en 1890, puis se retirèrent en 1897. Peu après, le
commandant Caudrelier occupait le pays au nom de la France ; Barkatou,
réduit aux proportions d’un simple notable, mourut paisiblement en 1907.