Après la prise de Dina, le prince toucouleur continua sa route vers le

Sud en suivant toujours la rive droite du Niger. Le 10 avril, une partie

de son armée passa le fleuve pour aller piller Koulikoro ; les Somono de

cette dernière localité vinrent se rendre à Ahmadou, qui les envoya

s’installer à Kénienko. Le 11 avril, le village de _Manambougou_, que

ses habitants avaient abandonné, fut brûlé ; puis, renonçant à pousser

jusqu’à Bamako, Ahmadou, qui, lui, était demeuré sur la rive droite,

traversa à son tour le Niger, incendia _Koulikoro_ avec plus de trois

tonnes de coton qui s’y trouvaient réunies et se rendit à Niamina en

longeant la rive gauche et en détruisant tout sur son passage ; il

arriva le 14 avril à Niamina, dont les Toucouleurs avaient fait une

place forte, et rentra le 18 à Ségou.

Enfin, le 4 juillet 1865, Ahmadou se décida à marcher contre Sansanding.

Il passa le Niger près de Markadougouba ; le passage du fleuve dura

trois jours : une tornade fit couler plusieurs pirogues. L’armée

toucouleure arriva le 9 juillet devant Sansanding, que défendait une

armée composée de Peuls, de Maures et de Banmana. Ahmadou ordonna

aussitôt l’assaut, mais ses colonnes furent plusieurs fois repoussées

avec pertes. Le siège dura 72 jours, avec des alternatives de succès et

de revers. Une partie des Soninké et de leurs captifs vint se rendre

lorsque la famine commença à se faire sentir ; l’armée d’Ahmadou était

d’ailleurs elle-même fort mal approvisionnée en vivres et la saison des

pluies l’affaiblissait ; de plus, pendant ce temps, Kégué-Mari attaquait

les environs de Ségou. Le 11 septembre, l’armée de ce dernier, venant de

l’Est, traversa le Niger et attaqua Ahmadou dans son camp ; elle fut

repoussée, mais put se retirer sans être inquiétée. Le 15 septembre,

plus de 1.500 hommes de l’armée de Mari parvinrent à entrer dans

Sansanding. Dans la nuit du 17 septembre, Ahmadou, pris de panique à la

nouvelle que Kégué-Mari en personne menaçait Ségou, leva le siège pour

rentrer dans sa capitale, où il arriva le 23 avec son armée en déroute.

Fin 1865, on craignit sérieusement à Ségou d’être attaqué par Kégué-

Mari, mais Ahmadou ne put réussir à faire marcher son armée, qui ne

voulait plus se battre. Heureusement pour lui, Mari demeura dans

l’inaction.

Ahmadou avait caché le plus longtemps possible au public la mort de son

père ; lorsqu’elle fut connue de tout le monde, il se proclama le seul

héritier de la puissance paternelle et voulut être, non plus seulement

le roi de Ségou, mais l’empereur de toute la partie du Soudan occupée

par les Toucouleurs. Cependant ses frères _Habibou_ et _Moktar_, qui

régnaient, le premier à Dinguiray et le deuxième à Koniakari, son cousin

_Tidiani_, qui régnait au Massina, et l’ancien esclave de son père,

_Moustafa_, qui commandait Nioro, prétendaient demeurer indépendants de

son autorité, d’ailleurs assez mal assise à Ségou même. En 1870, Ahmadou

quitta momentanément Ségou pour aller surveiller à Nioro les agissements

de Moustafa ; n’ayant pu trouver dans la gestion de ce dernier des

motifs suffisants pour le faire exécuter, malgré le désir secret qu’il

en avait, il se contenta de prendre lui-même la direction des affaires

de la province ; puis, en 1872, ayant appris que Habibou, accompagné de

son frère Moktar, venait opérer des razzias dans le Diomboko et le

Kaarta, il marcha contre lui, s’empara de sa personne et de celle de

Moktar et revint à Ségou avec les deux prisonniers, qu’il laissa mourir

dans les fers.

En 1884, Ahmadou, ne sentant plus sa vie en sûreté à Ségou, où il

s’était fait détester de tout le monde et surtout des Toucouleurs, passa

le commandement à son fils _Madani_, alla demeurer quelque temps à

Niamina, puis alla s’emparer de Nioro sur son frère Mountaga, qu’il y

avait installé en 1873.

Le 6 avril 1890, le lieutenant-colonel Archinard arrivait en face de

Ségou et Madani prenait aussitôt la fuite avec les derniers _talibé_,

laissant la place libre aux troupes françaises, et se sauvait à Mopti.

=VII. — Nioro sous le commandement des Toucouleurs= (1854-91).

Comme nous l’avons vu plus haut, _El-hadj-Omar_ s’était emparé de Nioro

en 1854 ; il n’y fit que des séjours intermittents, laissant en son

absence à _Alfa-Oumar_ le soin de surveiller ses intérêts. Lorsque, en

1859, il se décida à marcher sur Ségou, il installa à Nioro comme

gouverneur l’un de ses esclaves préférés, nommé _Moustafa_, qui fut le

véritable roi du Kingui et du Kaarta de 1859 à 1870.

Le pays demeura relativement tranquille sous le gouvernement de

Moustafa ; cependant, en décembre 1864, le Bakounou se révolta contre

les Toucouleurs : Moustafa, alors démuni de troupes, dut faire appel à

_Tierno-Moussa_, qui commandait le fort de Koniakari. Tierno-Moussa se

transporta au Bakounou, mais se laissa bloquer à _Bagoïna_ ; il envoya

demander à Ahmadou un renfort que le roi de Ségou ne put lui fournir ;

enfin, il réussit à s’échapper du côté du Kingui, mais ne put entrer à

Nioro, les routes étant coupées par les Maures et les Banmana, et s’en

retourna à Koniakari.

De son côté, _Ahmadou_, sans cesse harcelé à Ségou par les Banmana et

les Peuls, demandait continuellement à Moustafa des renforts que ce

dernier était bien incapable de lui expédier. En 1870, persuadé que

Moustafa y mettait de la mauvaise volonté, Ahmadou vint à Nioro et, dans

le but de perdre le gouverneur, l’accusa de prévarication ; Moustafa

prouva qu’il n’avait pas touché au trésor d’El-hadj et avait administré

sagement le pays au moyen des seules recettes de l’impôt. Ahmadou ne put

le condamner mais, après être allé passer quelques jours à Guémou, il

revint à Nioro et y resta deux ans, prenant en mains propres le

commandement du pays. C’est à cette époque que ses deux frères Habibou

et Moktar vinrent de Dinguiray et de Koniakari dans le but de razzier

des provinces dépendant de Nioro ; Ahmadou, nous venons de le voir,

marcha contre eux, les fit prisonniers et les emmena à Ségou[316], avec

un fort contingent prélevé à Nioro et Moustafa lui-même, ayant laissé

comme gouverneur au Kingui un chef de _sofa_ surnommé _Almami_ (1872).

Au bout d’un an, Ahmadou envoya son frère _Mountaga_ pour gouverner

Nioro (1873). Mountaga y régna de 1873 à 1884, acquérant la réputation

d’un grand général et d’un excellent administrateur, et annexant à son

gouvernement le Séfé et le Komintara (cercle actuel de Kita). Ahmadou,

jaloux des lauriers de son frère, quitta Ségou en 1884, se rendit à

_Bassaka_ dans le Bakounou et y convoqua Mountaga ; il accueillit ce

dernier amicalement : mais Mountaga défiant profita de la nuit pour

retourner à Nioro. Ahmadou envoya à sa poursuite une colonne qui revint

en disant qu’elle n’avait pu l’atteindre. Il partit alors en personne,

s’arrêta à Touroungoumbé, puis à Yéréré, envoyant de chacun de ces

points des messagers à Mountaga pour l’engager à venir faire sa

soumission. Après quatre mois d’inutiles pourparlers, il mit le siège

devant Nioro. Mountaga réussit à fomenter un complot contre son frère,

dans l’entourage même de ce dernier, mais Ahmadou le découvrit et fit

exécuter le marabout Mahmadou-Kaya, âme du complot. Cependant les Peuls

Sambourou se révoltèrent contre Ahmadou : Boubakar-Samba marcha contre

eux, tua leur chef Falilou, dont la tête fut envoyée au camp d’Ahmadou,

et prit tous les villages des Sambourou. La famine s’étant déclarée dans

Nioro, Mountaga invita ses partisans à aller rejoindre Ahmadou et resta

seul avec sa famille et le griot Farangalli ; les assiégeants entrèrent

alors par la porte par laquelle étaient sortis les défenseurs ; Mountaga

se retira avec son frère Daï et Farangalli dans sa poudrière et se fit

sauter au moment où les _sofa_ d’Ahmadou en forçaient la porte (1885).

_Ahmadou_ s’installa donc à Nioro. Quelques années après, apprenant que

le Diafounou avait prêté son appui au marabout soninké Mahmadou Lamine,

qui se préparait à assiéger Bakel, et redoutant que ce fait ne lui

attirât les Français sur le dos, Ahmadou marcha sur _Gouri_, capitale du

Diafounou ; après quatre mois de séjour à Kérané et de temporisations,

il mit le siège devant Gouri ; au bout de trois mois, les Soninké

évacuèrent la place pendant la nuit (1887). Après cette victoire

d’ailleurs peu glorieuse, Ahmadou retourna à Nioro.

En 1890, il envoya une armée attaquer _Koniakari_ que venait d’occuper

le lieutenant Valentin. Après une série d’opérations dont on trouvera le

récit au chapitre XV, il fut contraint d’évacuer Nioro devant le colonel

Archinard, qui occupa cette ville le 1er janvier 1891 et mit en fuite

les Toucouleurs ; Ahmadou se transporta à Bandiagara, d’où il devait

être chassé également par nous en 1893.

Durant l’occupation de Nioro par les Toucouleurs, les recettes de l’Etat

étaient fournies par l’impôt du dixième sur les récoltes de mil, le

cinquième du butin fait par les Toucouleurs et la moitié de celui fait

par les contingents indigènes — le reste étant réparti entre les chefs

et les soldats —, les héritages non réclamés, les biens abandonnés,

l’_oussourou_ ou dîme prélevée sur les troupeaux des nomades et les

marchandises des colporteurs, et enfin le produit des amendes. Les

recettes servaient à entretenir le gouverneur, ses courtisans et son

harem, à faire des cadeaux aux chefs et aux notables, à nourrir les

troupes pendant les expéditions, à acheter des armes, des munitions et

des chevaux, à faire des libéralités et à rémunérer les percepteurs. En

plus de ces impôts d’Etat, il y avait les impôts religieux (_diaka_ sur

les récoltes et les bestiaux, indemnité à payer pour être dispensé du

jeûne, etc.) ; les recettes provenant de ces impôts servaient à

l’entretien des mosquées, des imâm et autres membres du clergé.

Des cadis rendaient la justice, assistés de lettrés ou pieux personnages

qui n’avaient que voix consultative. On pouvait appeler de leurs

décisions au grand cadi de Nioro. Quant aux non musulmans, ils

continuaient à faire juger leurs différends devant leurs propres

tribunaux et selon la coutume locale.

=VIII. — Le Massina sous le commandement des Toucouleurs= (1862-93).

J’ai dit plus haut comment _El-hadj-Omar_ avait conquis le Massina en

1862 et comment, après des luttes perpétuelles pour conserver sa

conquête, il avait trouvé la mort en 1864 dans la falaise de Bandiagara.

Son neveu _Tidiani_ lui succéda au Massina de 1864 à 1887.

Ayant reconstruit Hamdallahi, Tidiani équipa une armée, poursuivit _Ba-

Lobbo_ dans le Kounari et, pour utiliser la bonne volonté des Tombo,

disposés à le soutenir contre les Peuls, transporta sa capitale à

_Bandiagara_. Son règne ne fut qu’une lutte continuelle contre les

habitants de son prétendu royaume, lequel en réalité ne dépassait guère

les environs immédiats de Bandiagara. Il eut cependant des alternatives

de succès et de revers. Son plus terrible adversaire fut _El-Bekkaï_,

qui avait établi son quartier-général à _Ténenkou_ ; son meilleur

secours lui vint de la rivalité et du défaut d’entente qui divisaient

Ba-Lobbo et El-Bekkaï. C’est ainsi qu’il put battre ces deux derniers

simultanément, l’un à _Poromani_ ou Foromani (entre Sofara et San) et

l’autre à _Sénidiadio_. Mais ensuite Ba-Lobbo s’enferma à Dienné, que

Tidiani ne parvint à reprendre qu’après un siège pénible ; Ba-Lobbo

d’ailleurs avait pu s’échapper et s’était réfugié à _Fiou_

(circonscription actuelle de San), auprès de Peuls originaires du

Massina. Pendant ce temps, El-Bekkaï, avec les gens du Kounari, menaçait

Bandiagara, que Tidiani eut grand-peine à préserver ; enfin, il put

refouler El-Bekkaï sur Ténenkou et s’emparer successivement de Ténenkou,

de Kakagnan, de Diafarabé et du Sébéra. C’est à cette époque que mourut

Ba-Lobbo, qui ne fut qu’imparfaitement remplacé par Hamadou-Abdoul,

lequel résida à Fiou, et Amirou-Ba-Lobbo, lequel s’était établi à

Bangadina, au Sud-Est de San, chez les Minianka.

Le décès de Ba-Lobbo entraîna la soumission d’une grande partie des

Peuls au prince toucouleur. Peu après, Ahmed-el-Bekkaï, au cours d’un

combat contre l’armée de Tidiani, était tué près de _Sarédina_ (Sébéra),

où son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage[317].

Tidiani put enfin se considérer comme roi du Massina, mais le Massina

était devenu presque un désert.

En 1887, Tidiani reçut à Bandiagara la visite du lieutenant de vaisseau

Caron, qui venait lui demander la route de Tombouctou et l’accès de

Dienné ; le roi répondit à l’explorateur : « Je suis un porteur d’outres

et mes outres sont Dienné et Tombouctou ; si tu les veux, empare-toi

d’abord du porteur. » Néanmoins Caron put parvenir jusqu’à Kabara et

s’en revenir sur ses pas, malgré l’opposition et les menaces de Tidiani,

qui mourut la même année.

Tidiani avait fait tous ses efforts pour organiser ses Etats. Il les

avait divisés en provinces, à la tête de chacune desquelles était placé

un _amirou_ ou gouverneur. Les divers _amirou_ résidaient d’ordinaire à

Bandiagara auprès du roi, mais effectuaient des tournées dans leurs

districts respectifs en vue de percevoir l’impôt. L’armée comprenait

quatre corps, dont les deux premiers étaient composés de Toucouleurs, le

troisième étant formé des esclaves du roi et le quatrième de Banmana

enrôlés qu’on appelait _sofa_. Les impôts ordinaires et les impôts

religieux furent organisés comme à Nioro ; les Tombo étaient à peu près

dispensés de l’impôt, mais ils devaient fournir des porteurs au roi lors

de ses déplacements et de ses expéditions militaires.

_Tapsirou_, fils de Tidiani, lui succéda mais ne régna que quelques mois

(1887-88).

_Mounirou_, frère de Tapsirou, remplaça ce dernier (1888-91). Son règne

se passa en luttes contre les Kounta, que commandait _Abiddine_, fils et

successeur d’Ahmed-el-Bekkaï[318], et contre les Peuls, surtout ceux du

Farimaké. Néanmoins, il parvint à conserver son autorité, grâce surtout

à l’appui des Tombo de la région de Bandiagara et de leur chef Gogouna.

En 1891, _Ahmadou_, fils d’El-hadj-Omar, fuyant de Nioro devant les

troupes françaises, arriva au Massina, où Mounirou lui céda le pouvoir

par déférence pour son âge. Mais deux ans plus tard le général

Archinard, s’étant emparé de Dienné, arrivait à Mopti ; Madani, fils

d’Ahmadou, réfugié dans cette dernière ville depuis la prise de Ségou

par les Français, rejoignait son père à Bandiagara, pendant que le

général proclamait à Mopti la déchéance d’Ahmadou et nommait roi du

Massina _Aguibou_, frère d’Ahmadou et ancien roi de Dinguiray, qui avait

embrassé notre cause. Peu après, Ahmadou était battu à _Korikori_ par le

général Archinard, qui entrait sans coup férir à Bandiagara et y

installait Aguibou (29 avril 1893).

Ahmadou, s’étant réfugié à Douentza, tenta en vain un retour offensif,

se sauva à Hombori, puis à Dori, puis à Say, où il passa le Niger pour

aller s’installer à _Dounga_, entre Say et Niamey ; de là, il gagna

bientôt les pays haoussa, où il mourut obscurément en 1898 ; ses

derniers _talibé_ et parents qui l’avaient accompagné dans sa fuite

soutinrent plus tard l’émir de Sokoto lors de sa tentative de résistance

contre les Anglais ; après la victoire de ces derniers, qui s’emparèrent

de _Bassirou_, fils d’Ahmadou, et occupèrent Sokoto, les anciens

partisans d’Ahmadou prirent, en 1906, le chemin du Bornou, du Ouadaï et

du Darfour pour aller s’installer en Arabie, dans le Hidjaz, où ils sont

encore.

Quant à Aguibou, il conserva de 1893 à 1902, sous notre protection et

notre contrôle, le titre et les fonctions de roi du Massina, avec

résidence à Bandiagara. Mais, faible et sans valeur, il ne sut pas

ramener le calme dans ce pays troublé ni parvenir à y faire aimer le nom

des Toucouleurs. A la suite d’incidents divers qui seront relatés au

chapitre XV, un arrêté du 26 décembre 1902, rendu sur la proposition de

M. le Gouverneur Ponty, plaça le Massina sous le régime de

l’administration directe et mit Aguibou à la retraite en lui accordant

une pension. Les chefs toucouleurs installés comme chefs de province par

El-hadj et ses successeurs furent supprimés par extinction : à la mort

de chacun d’eux, les cantons et les villages qu’ils commandaient furent

rendus à leurs chefs autochtones. Aguibou lui-même, dernier représentant

de la dynastie des Tal, s’éteignit en 1908[319].

[Illustration : Carte 17. — L’empire d’El-hadj-Omar.]

[Note 296 : Saïdou Tal eut cinq fils : Almami-Guédo, Alfa-Ahmadou,

Tierno-Boubakar et El-hadj-Omar, nés de sa première femme, et Alioun, né

d’une seconde épouse.]

[Note 297 : Rive gauche du Sénégal, en amont de l’embouchure de la

Falémé.]

[Note 298 : Près et en amont de Makhana et sur la même rive.]

[Note 299 : Entre Dramané et Bongourou.]

[Note 300 : Il semble qu’El-hadj-Omar était assez porté à proposer aux

chefs dont il désirait l’alliance de leur donner le commandement de pays

qui ne lui appartenaient pas : c’est ainsi qu’il offrit à un marabout

des Taleb-Mokhtar nommé Sidi Bouya, ancêtre de Saad Bou, de le nommer

« émir du Hodh » ; Sidi Bouya réfléchit longtemps, et enfin refusa ce

titre, qui aurait fait de lui le vassal d’El-hadj et l’aurait obligé à

guerroyer pour le compte de ce dernier.]

[Note 301 : Il s’agit ici du Guémou de l’Est, ancienne capitale de Sébé

Kouloubali.]

[Note 302 : Ce Guémou se trouvait non loin du village actuel de

Sambakagny.]

[Note 303 : Sur la rive gauche du Sénégal et à 400 mètres en aval de

l’embouchure de la Falémé.]

[Note 304 : Il s’agit, non pas du canton du Fadougou, chef-lieu Farako,

situé sur la rive droite du Niger, mais d’une province du même nom qui

se trouve sur la rive gauche, au Nord-Est du Bélédougou.]

[Note 305 : Nous avons vu plus haut que cette conversion était toute

superficielle ; en réalité, le Massina s’était rendu indépendant de

Ségou, mais si l’un des deux pays eût pu prétendre à la suzeraineté sur

l’autre, ç’aurait été, par droit historique, l’empire de Ségou.]

[Note 306 : La nouvelle de la prise de Ségou par El-Hadj-Omar répandit

la consternation dans tous les pays qui se trouvaient en relations avec

l’empire banmana. Ahmed-el-Bekkaï, chef des Kounta de Tombouctou, qui

avait entendu parler par l’explorateur Barth de la reine Victoria et la

considérait comme le plus puissant des souverains de l’Europe, lui

expédia des ambassadeurs par la voie du Sahara, afin de solliciter son

concours pour l’aider à protéger Tombouctou contre les Toucouleurs. Les

envoyés d’El-Bekkaï parvinrent jusqu’à Tripoli, mais là, les

fonctionnaires turcs, ayant saisi les lettres dont ils étaient porteurs,

crurent servir la cause de l’islam en empêchant ces lettres d’arriver à

destination et renvoyèrent les ambassadeurs à Tombouctou après leur

avoir fait des cadeaux.]

[Note 307 : On appelait _sofa_ (« palefrenier » en mandingue) des

captifs pris jeunes et qui avaient commencé leur apprentissage de soldat

en soignant les chevaux ; les _talibé_ (de _taleb_, en arabe

« étudiant ») étaient les anciens disciples d’El-hadj.]

[Note 308 : Le Ganar, le pays des Irlabé et le Toro sont trois provinces

du Fouta dont étaient originaires la plupart des soldats composant ces

trois armées.]

[Note 309 : C’est un détachement de cette armée qui fit prisonnier, du

côté de Bassikounou, le lieutenant indigène de spahis Alioune Sal, alors

en mission dans la région ; Alioune Sal parvint à s’échapper et regagna

le Sénégal.]

[Note 310 : Une partie de la correspondance échangée de 1860 à 1864,

entre El-hadj-Omar d’une part et Hamadou-Hamadou et El-Bekkaï de

l’autre, a été retrouvée par le _fama_ ou roi actuel de Sansanding,

Mademba, qui en a remis tout récemment une copie à M. Terrier,

secrétaire général du Comité de l’Afrique Française ; ce dernier a eu

l’obligeance de me communiquer ces lettres.]

[Note 311 : C’est pourquoi Mage, qui arriva à Ségou avec Quintin au

début de 1864 et auquel nous sommes redevables de la plupart des détails

qui précèdent concernant El-hadj-Omar, ne reçut pas de nouvelles des

faits et gestes de ce dernier postérieurs à juin 1863 et ne connut les

événements qui vont suivre que de façon imparfaite.]

[Note 312 : D’après une autre version, ces canons auraient été pris par

Ahmed-el-Bekkaï à la bataille de Goundam ; c’étaient les deux obusiers

abandonnés dans le Ferlo par le commandant du fort de Bakel en 1857

(voir plus haut). El-Bekkaï les fit transporter à Tombouctou, où se

trouvaient déjà huit canons, dont trois en bronze et cinq en fer, que

les Marocains avaient amenés autrefois.]

[Note 313 : C’est après cette défaite des Toucouleurs que Mage arriva à

Ségou avec le docteur Quintin. Pour ce qui concerne le voyage de ces

explorateurs, ainsi que la mission du capitaine Galliéni, voir les

chapitres XIV et XV.]

[Note 314 : Les Toubourou, chez les Toucouleurs, correspondent aux

Rimaïbé chez les Peuls.]

[Note 315 : Un certain nombre de Peuls, appartenant surtout au clan des

Dialloubé, auquel la dynastie des Bari avait ravi le pouvoir au Massina,

avaient pris du service dans l’armée d’Ahmadou.]

[Note 316 : Habibou fut remplacé à Dinguiray par son autre frère

Aguibou, qui fut plus tard roi du Massina.]

[Note 317 : Ce tombeau fut érigé en 1895 par les soins du colonel de

Trentinian : cet officier voulut ainsi reconnaître les services rendus à

la civilisation par El-Bekkaï, qui avait autrefois protégé Barth à

Tombouctou. Cet Ahmed-el-Bekkaï était le petit-fils du fameux Sidi-el-

Mokhtar-ben-Ahmed, né en 1729 et mort en 1811, qui enleva la suprématie

religieuse aux Kel-Antassar pour la donner aux Kounta et dont le

tombeau, situé à Bou-el-Anouar dans l’Azaouad, est aussi un lieu de

pèlerinage très fréquenté.]

[Note 318 : Abiddine fut tué en 1889 au cours d’une bataille livrée aux

troupes de Mounirou.]

[Note 319 : Il avait fait en 1900 un voyage en France et avait visité

l’Exposition Universelle.]

CHAPITRE XII

=L’empire mandingue de Samori

(XIXe siècle).=

L’empire de Samori n’eut jamais l’extension de celui d’El-hadj-Omar ; il

n’en eut pas non plus la durée. Il semble que les qualités de Samori, en

tant qu’organisateur, étaient inférieures à celles d’El-hadj-Omar, mais

il semble d’autre part que l’habileté guerrière du premier fut plus

considérable que celle du second. En tout cas, les conditions dans

lesquelles opérèrent ces deux grands conquérants soudanais de l’époque

contemporaine étaient fort différentes, et il est essentiel de se les

rappeler si l’on veut établir entre eux une comparaison.

El-hadj-Omar était un musulman instruit, qui avait beaucoup voyagé,

avait vécu à la cour de souverains puissants, tels que les sultans du

Bornou et de Sokoto, avait visité des villes telles que Le Caire et La

Mecque, avait vu de près les Français du Sénégal et s’était entouré de

gens, tels que Samba Ndiaye, formés à notre école. Samori au contraire

était ignorant et illettré[320] ; il ne fut jamais en relations directes

avec d’autres pays que les contrées du Soudan où se déroula sa fortune

et, s’il reçut quelquefois la visite d’Européens, il n’avait jamais

visité leurs établissements et n’avait jamais vu la mer avant sa capture

et son exil.

D’autre part, El-hadj-Omar, sauf sur les rives du Sénégal, ne fut

aucunement gêné, dans la constitution de son empire, par l’action

européenne et n’eut affaire qu’à des peuplades indigènes dont la plupart

n’étaient aucunement organisées ou à des Etats également indigènes qui

étaient arrivés à l’époque de la décadence et du démembrement, tandis

que Samori, dès le début, vit ses ambitions contrecarrées constamment

par les Français et dut passer sa vie à refaire ailleurs des conquêtes

que notre armée lui enlevait au fur et à mesure : aurait-il eu la

volonté et le pouvoir d’organiser solidement son empire que nous ne lui

aurions pas laissé le temps de le faire. Si l’on veut bien observer

qu’il trouva le moyen de résister pendant seize ans à nos colonnes et

que, durant cette période de perpétuel qui-vive, il réussit à imposer

son autorité sur un territoire qui n’eut jamais moins de 500 kilomètres

de long sur 200 de large, la promenant des sources du Niger à la basse

Volta Noire, et si l’on se souvient d’autre part qu’il suffit de trois

années au général Archinard pour effacer de la carte d’Afrique toute

trace de l’empire, déjà vieux de trente ans, fondé par El-hadj-Omar, on

conviendra que la comparaison n’est pas entièrement défavorable à

Samori.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 28 / 36 段