Omar[287], implora le secours de Hamadou-Hamadou : ce dernier vint
camper avec une armée sur la rive gauche du Niger, en face de Ségou, et
proposa à l’empereur banmana son alliance complète, à condition que Ali
se fit musulman et convertit son peuple à l’islam ; Ali fit alors élever
une mosquée à Ségou, mais borna là son zèle de néophyte malgré lui ;
satisfait en apparence de cette manifestation, Hamadou-Hamadou retourna
au Massina avec son armée en promettant de revenir lorsque le besoin
s’en ferait sentir. L’occasion ne tarda pas à naître : en avril 1860,
El-hadj, grâce à son artillerie et malgré des pertes très sérieuses,
s’emparait de la forteresse banmana d’_Oïtala_ (sur la rive gauche du
Niger, au Nord-Ouest de Ségou), où le gros de l’armée de Ali s’était
concentré sous le commandement de Tata, fils de l’empereur. En mai, le
conquérant toucouleur entrait à Sansanding, d’où il menaçait Ségou.
Hamadou-Hamadou envoya alors par la rive droite une colonne de 14.000
hommes, dont 8.000 cavaliers, 5.000 fantassins armés de lances et de
flèches et 1.000 fusiliers, sous le commandement de son oncle Ba-Lobbo,
dans le but de reprendre Sansanding et de protéger Ségou. Cette armée
vint camper d’abord à _Koni_, à 40 kilomètres en aval de Sansanding ;
les guerriers du Massina s’occupèrent surtout de prosélytisme
religieux : sur l’ordre de Ba-Lobbo, les Somono des bords du Niger, dont
beaucoup étaient encore païens, brûlèrent leurs idoles, se convertirent
en masse à l’islam et bâtirent des mosquées ; un grand enthousiasme
régnait. Tout cela n’empêcha pas les deux armées réunies de Ali et de
Ba-Lobbo d’être battues à _Tio_, en face de Sansanding, en janvier 1861.
Après sa défaite, Ali rentra à Ségou, d’où il s’enfuit du reste dès
qu’il apprit l’arrivée d’El-hadj (10 mars 1861), pour aller se réfugier
auprès de Hamadou-Hamadou. Celui-ci confia à l’empereur déchu une armée
de 30.000 hommes, composée de Peuls et de Banmana et commandée par Ba-
Lobbo ; Ali revint dans son pays avec cette troupe et campa à _Kogou_, à
8 kilomètres de Ségou qu’occupait déjà El-hadj ; après quatorze jours
d’attente et un jour de combat, la formidable armée fournie par Hamadou
fut mise en déroute, et Ali Diara se sauva à _Touna_, sur la rive droite
du Bani. El-hadj ayant envoyé une colonne détruire Touna, Ali se réfugia
au Massina, où il fut fait prisonnier en 1862 par le conquérant
toucouleur ; celui-ci le fit mettre à mort l’année suivante.
Lorsque Ali eut été fait prisonnier, les débris de l’armée banmana se
choisirent pour chef _Kégué-Mari_, ce frère de Ali qui s’était démis du
pouvoir en faveur de celui-ci. Kégué-Mari, de 1862 à 1870 environ,
continua avec ténacité et parfois avec succès la lutte contre les
Toucouleurs, rendant souvent difficile à Ahmadou[288], qui remplaçait
son père El-hadj à Ségou depuis 1862, l’exercice de son autorité ; il
avait installé sa capitale à Touna, que les Banmana avaient réoccupé
après le départ de la colonne envoyée par El-hadj contre Ali.
A sa mort, qui survint vers 1870, Kégué-Mari fut remplacé par un de ses
neveux, _Niénemba II_, fils de Da, qui s’installa à _Sambala_ (près
Touna), et fut à son tour remplacé en 1878 par _Mamourou_. Ce dernier ne
régna que sept jours et eut pour successeur _Massatoma_ (1878-83) ;
celui-ci, abandonnant en 1879 la rive droite du Bani, où ses
prédécesseurs avaient conservé leur résidence habituelle pendant seize
ans, se transporta sur la rive gauche, à _Moribougou_ (cercle actuel de
Dienné), où il mourut. _Karamoko_ lui succéda de 1883 à 1887 et résida
en divers endroits, entre Touna et Sama, allant même inquiéter Ahmadou
jusque sous les murs de Ségou.
Cependant, malgré leur situation précaire, les derniers descendants de
Ngolo Diara trouvaient matière à disputes au sujet de l’exercice du
commandement : Karamoko, ne pouvant s’entendre avec ses cousins Togoma
et Monson, fils de Tièfolo, les fit empoisonner ; lui-même fut
empoisonné peu après à Farako (au Sud-Est de Sansanding) par Ntô, frère
de Monson, et remplacé par son propre frère _Mari_[289], en 1887.
Trois ans après, le colonel Archinard mettait en fuite Madani,
successeur d’Ahmadou à Ségou depuis 1884, entrait en vainqueur dans
l’ancienne capitale banmana le 6 avril 1890 et rétablissait le 11 avril
Mari Diara sur le trône de ses pères, avec un officier français (le
capitaine Underberg) comme résident en vue d’exercer notre protectorat ;
Mari, n’ayant manifesté sa reconnaissance qu’en organisant un complot
dans le but de massacrer l’officier français et ses tirailleurs, fut
fusillé le 29 mai de la même année sur l’ordre du capitaine Underberg :
ainsi périt le dernier empereur de Ségou, mais en réalité l’empire de
Ségou avait pris fin en 1861, le jour de l’entrée d’El-hadj-Omar dans la
capitale banmana[290].
=II. — L’empire du Kaarta ou des Massassi= (1670-1854).
Nous avons vu que le clan des Kouloubali, dès le début de sa formation
entre le Bani et le Niger, s’était divisé en deux fractions : d’une part
les descendants de Baramangolo, constituant la branche cadette mais
détenant le pouvoir parce que leur ancêtre avait, le premier, posé ses
pieds sur la rive gauche du Bani[291], de l’autre les descendants de
Niangolo ou _Massassi_, qui représentaient la branche aînée. Ceux-ci
avaient d’abord accepté sans trop de difficultés leur situation
inférieure, mais lorsque Biton voulut transformer les droits sur le sol
de la branche cadette en un joug tyrannique, les Massassi se révoltèrent
et, moitié par amour de l’indépendance, moitié par contrainte, ils
traversèrent en masse le Niger et, se portant vers le Nord-Ouest,
allèrent s’établir en majorité dans la province du _Niamala_ ou Diamala,
qui était formée de la partie septentrionale du Kaniaga et se trouvait à
la limite orientale du Kaarta.
Leur exode commença peu après l’avènement de Biton, c’est-à-dire
vraisemblablement entre 1665 et 1670. Les chefs de cet exode étaient
deux frères, descendants de Niangolo, appelés _Zié_ et _Sarhaba_ ou
_Sa_, ce dernier plus connu sous le nom de _Sounsa_. Le premier mourut
probablement dès le début de la migration. Quant à Sounsa, il fixa sa
résidence près de Mourdia et y fonda un village qu’il appela _Sountian_
et qui fut la première capitale de l’empire des Kouloubali-Massassi,
appelé communément empire du Kaarta (1670). Sounsa en effet, étendant
peu à peu son autorité vers l’Ouest, ne tarda pas à soumettre les
Mandingues, les Foulanké et les Soninké établis dans le Fouladougou, le
Kaarta, le Gangaran et le Bambouk, tous pays qui s’étaient soustraits
déjà à l’autorité des derniers empereurs de Mali ou ne relevaient plus
d’eux que nominalement. Bientôt il se trouva à la tête d’un Etat
considérable et puissant, qui menaçait du côté du Nord-Ouest le royaume
diawara de Diara et inquiétait du côté de l’Est l’empire naissant de
Ségou. Sounsa passe, dans les traditions indigènes, pour avoir donné à
son territoire une forte impulsion agricole. Il laissa, dit-on, 67
garçons et 76 filles.
Il eut comme successeur _Bemfa_, l’aîné de ses fils (1690-1700). A Bemfa
succéda son frère _Foulikoro_ ou Foulakoro (1700-1709) ; ce dernier, au
cours d’une expédition du côté du Niger, enleva dans un village
dépendant de Ségou une fille de l’empereur Biton : furieux, celui-ci fit
envoyer à Foulikoro un vêtement ensorcelé qui devait paralyser les
moyens d’action de celui qui l’aurait revêtu, puis il alla mettre le
siège devant Sountian ; par l’effet du vêtement magique ou autrement,
Foulikoro ne fut pas de taille à résister ; Biton s’empara de Sountian,
fit prisonnier Foulikoro, l’emmena à Ségou et là le fit décapiter,
conservant sa tête pour en faire une sorte de talisman impérial (1709).
_Sébé_ ou _Sié_, dit Sié-Banmana, frère de Foulikoro, avait réussi à
s’échapper de Sountian au moment de la prise de cette ville par Biton et
s’était réfugié au Fouladougou, du côté de Bangassi, où il fut rejoint
par les débris de l’armée des Massassi. Il régna très longtemps, de 1709
environ à 1760. Ayant réussi à rassembler une troupe imposante, il
quitta le Fouladougou, s’avança vers le Nord et vint dans le Diangounté,
où il obtint du gouverneur diawara l’autorisation de fixer sa résidence.
Ayant fondé là un village qui fut appelé _Guémou_[292], il en fit la
capitale de l’empire du Kaarta reconstitué.
Sur ces entrefaites, le roi de Diara appela Sébé à son aide pour le
soutenir contre les entreprises des Dabora qui, soutenus par les Maures
Oulad-Mbarek, devenaient menaçants. Sébé saisit avec empressement cette
occasion d’agrandir ses Etats et d’augmenter le nombre de ses femmes et
de ses esclaves. Le gouverneur du Diangounté, qui avait accueilli Sébé
et lui avait permis de se refaire un royaume, était précisément le chef
de la famille des _Dabora_, ennemie et rivale de la famille des _Sagoné_
à laquelle appartenait le roi de Diara. Sans égard pour les services que
lui avait rendus ce gouverneur, Sébé lui déclara la guerre, annexa le
Diangounté au Kaarta, s’empara du chef des Dabora et le mit à mort, et
chassa la plupart des membres de cette famille vers le Bakounou, le
Guidioumé, le Boundou et le Fouta. Puis, éprouvant le besoin d’améliorer
sa cavalerie, il acheta soixante étalons au roi du Fouta, auquel il
donna en paiement _Déni Dabora_, le propre fils de l’ancien gouverneur
du Diangounté (1750).
Ensuite, sous prétexte de protéger Diara contre les Maures, il se porta
vers cette ville avec toute son armée et annexa à son empire ce qui
subsistait encore du royaume diawara (1754). Cependant il ne put ou ne
voulut fixer sa résidence à Diara et, après un court séjour à Nioro,
retourna à Guémou, où il mourut six ans après (1760).
Il eut comme successeur son frère _Déni_[293] ou _Dénimbabo_, qui régna
de 1760 à 1780 et ravagea le Bakounou, le Diomboko, le Khasso et une
partie du Bambouk. Le roi du Khasso, Demba Séga, avait alors sa capitale
à _Koniakari_ ; Déni, soutenu par le chef khassonkè de Séro, vint y
mettre le siège. Un devin ayant prédit que, tant que Déni vivrait, les
Banmana ne prendraient pas Koniakari, l’empereur du Kaarta résolut de
sacrifier sa vie au triomphe de son peuple : au cours d’une sortie
conduite par les fils de Demba Séga, il se laissa prendre et fut mis à
mort. Son sacrifice fut d’ailleurs inutile, car son armée, démoralisée
par la perte de son chef, leva le siège[294].
_Sirabo_ (1780-89), successeur de Déni, transféra la capitale de
l’empire à quelque distance au Sud-Sud-Ouest de Nioro, à la limite du
Kingui et du Lankamané, où il fonda un village auquel il donna le nom de
_Guémou_, en souvenir de la résidence de ses deux prédécesseurs. Il
enleva Kita aux Mandingues, conquit une partie du Bélédougou, s’empara
du Guidioumé, acheva l’annexion du Bakounou et reprit, au Khasso et au
Diomboko, la guerre contre Demba Séga.
_Dassé_ ou _Dessékoro_ (1789-1802) succéda à Sirabo et résida comme lui
à Guémou du Kingui. Nous avons vu comment il se rendit à Niamina pour
parlementer avec Niénékoro, empereur de Ségou, et comment, dans la
suite, il fut attaqué par Monson. Les traditions massassi expliquent la
brouille entre Dassé et Monson d’une autre façon que les traditions de
Ségou, rapportées plus haut. D’après les informations recueillies à
Nioro par MM. les administrateurs Adam et Lasselves, Monson aurait
envoyé à Dassé un messager porteur d’une houe, d’une entrave et d’un
mors, en lui disant de choisir : l’acceptation de la houe eût signifié
que Dassé renonçait aux ambitions conquérantes de ses prédécesseurs et
voulait se consacrer exclusivement à l’agriculture, auquel cas Monson
promettait de ne pas l’inquiéter ; l’acceptation de l’entrave eût été le
symbole de la soumission à l’empereur de Ségou, qui aurait comblé de
richesses Dassé devenu son vassal ; mais l’empereur du Kaarta choisit le
mors, symbole de la guerre à outrance. C’est alors que Monson marcha sur
Guémou (1796). Dassé n’attendit pas son adversaire et s’enfuit par Dioka
à _Tango_, dans le Guidioumé, où il fut battu par Monson après trois
jours de lutte. C’est ensuite que se placent le retranchement de Dassé à
_Guidingouma_, dans le Guidimaka, le pillage du Kaarta par Monson, le
siège de Guidingouma, la marche de Monson sur Diara et son retour à
Ségou (voir plus haut). Une fois Monson rentré à Ségou, Dassé quitta le
Guidimaka et vint s’installer près de _Dioka_, où il fonda un nouveau
village fortifié (1797). Des marchands, conduisant 2.500 esclaves, étant
venus à passer à Dioka, Dassé offrit aux chefs de la caravane
d’hospitaliser les captifs dans son château-fort pendant la nuit, pour
empêcher leur évasion ; les marchands acceptèrent, mais, le lendemain
matin, Dassé les chassa et garda les esclaves, dont il fit 2.500
soldats. Ayant reconstitué son armée par ce procédé d’une probité
douteuse, il recommença ses razzias.
Son frère _Moussa-Kourabo_ lui succéda (1802-1811) ; avec l’aide du chef
de Séro, il parvint enfin à s’emparer de Koniakari (1810), y installa
son lieutenant Fadigui comme gouverneur, poursuivit Demba Séga à travers
le Diomboko et le contraignit à passer sur la rive gauche du Sénégal et
à se réfugier au Boundou. Attaqué par Da, empereur de Ségou, il repoussa
ce dernier.
_Téguenkoro_ ou Tégakoro (1811-15) parvint à réduire à l’obéissance les
Kâgoro du Kaarta, qui avaient réussi jusque là à conserver leur
indépendance : leur dernier roi, Bandiougou Mangassa, vaincu par
Téguenkoro, reconnut la suzeraineté de l’empereur massassi. Peu après,
ce dernier ravagea le Bambouk.
Sous le règne de _Sékouba_ ou Sakhaba (1815-18), Fadigui, gouverneur des
provinces khassonkè de la rive droite du Sénégal, se rendit indépendant
du Kaarta et fonda un petit royaume éphémère avec Koniakari comme
capitale. Pendant ce temps là, Sékouba dirigeait des razzias dans le
Bélédougou, le Birgo et le Manding.
_Bodian_ dit Moriba (1818-35) quitta Dioka et alla s’installer à
_Yélimané_. Après avoir défait Fadigui et reconquis Koniakari, il opéra
de fructueuses razzias dans le Galam, le Damga, le Saloum, le Boundou et
le Bambouk ; au cours de son expédition dans le Boundou, il fit la paix
avec Demba Séga, qui revint au Khasso et fonda Médine, où il installa sa
résidence.
Sous _Garan_, qui régna de 1835 à 1844[295], les Diawara de Diara
refusèrent le tribut que, depuis 1754, ils payaient à l’empereur du
Kaarta. Garan, au cours d’une entrevue qu’il eut avec leurs
représentants, les traita avec mépris, disant qu’il n’avait pas
l’habitude de discuter avec des Soninké ; les Diawara répliquèrent
qu’ils n’étaient pas des Soninké : « Pourquoi alors, leur demanda Garan,
parlez-vous le soninké ? si ce n’est pas votre langue maternelle, quelle
est-elle donc, votre langue ? — Si tu veux connaître notre langue,
répondirent les Diawara, fais-nous la guerre, car nous ne la parlons que
dans les combats ! » Malgré ces fières paroles, les Diawara se soumirent
dès que Garan eut fait mettre leurs chefs aux fers.
_Kandia_ dit Mamadi (1844-54) fut le dernier empereur de la lignée des
Kouloubali-Massassi. D’abord installé à _Kodié_, il fixa sa résidence à
_Nioro_ en 1846, obligeant les Diawara qui s’y trouvaient à émigrer vers
le Nord, où ils fondèrent, aux confins du désert plusieurs villages dont
l’un porte encore leur nom (Diawara). Quatre ans après, au cours d’une
querelle, les fils de Kandia blessèrent mortellement le fils du chef des
Diawara et la guerre éclata entre ces derniers et les Banmana ; au bout
de sept ans de luttes, en 1853, les Diawara furent vaincus
définitivement.
Mais Kandia ne devait pas jouir longtemps de sa victoire : El-hadj-Omar,
alors installé à Farabana, entre le Sénégal et la basse Falémé, avait
envoyé un messager au gouverneur de Koniakari pour l’inviter à se faire
musulman et ce messager avait été mis à mort par les Banmana ; informé
de la chose, El-hadj marcha contre le Diomboko. Kandia expédia à sa
rencontre une colonne commandée par Goundo Sarhanorho, ancien serf de
Bodian ; nous verrons au chapitre suivant comment le conquérant
toucouleur mit l’armée banmana en déroute, pénétra dans Koniakari
évacué, livra près de Yélimané deux rudes combats aux Massassi, reçut à
Simbi la soumission de Kandia, entra à Nioro dont il fit momentanément
sa capitale, confisqua le trésor des empereurs massassi et fit exécuter
tous les membres de la famille impériale ; Kandia lui-même, qui avait
d’abord trouvé grâce devant El-hadj, fut mis à mort peu de temps après
(1854).
[Illustration : Carte 16. — Les empires de Ségou et du Kaarta.]
DELAFOSSE Planche XXV
[Illustration : _Cliché Froment_
FIG. 49. — Résidence de l’Administrateur, à Ségou.]
[Illustration : _Cliché Fortier_
FIG. 50. — Ségou, la Mosquée.]
[Note 269 : Voir 1er volume, pages 283 à 286.]
[Note 270 : D’après une tradition recueillie à Ségou par M.
l’administrateur Relhié, il se serait agi, non pas de l’empereur de
Mali, mais d’un « roi de Kong » qui se serait appelé Kaladian, comme
l’arrière-grand-père de Biton ; cette tradition, ainsi interprétée, me
paraît assez invraisemblable.]
[Note 271 : Par la suite, les _tondion_ acquirent une puissance
considérable et, comme nous le verrons, les empereurs de Ségou, forcés
de compter avec leurs chefs, ne furent souvent que des instruments entre
les mains d’une oligarchie militaire ; le nom même de ces soldats,
malgré son étymologie quelque peu méprisante, devint un titre d’honneur
parmi eux et une appellation au sens redoutable parmi leurs ennemis ;
les Banmana de Ségou furent souvent appelés _Dion-ka_ « les gens des
esclaves » et, actuellement encore, la région qu’ils habitent dans le
cercle de Koutiala est désignée par le nom de _Dionkadougou_.]
[Note 272 : Biton appartenait en effet à la branche cadette des
Kouloubali, comme descendant de Baramangolo ; voir 1er vol., page 286.]
[Note 273 : Chap. IX, page 275, note [261].]
[Note 274 : Il existe quatre villages du nom de Ségou qui sont, d’amont
en aval : _Ségou-koro_ (l’ancien Ségou), résidence de Danfassari, Souma
et Biton ; _Ségou-bougou_ (village de cultures de Ségou), dépendance du
précédent ; _Ségou-koura_ (le nouveau Ségou), fondé par Denkoro, et
enfin _Ségou-Sikoro_ (la cheville de Ségou), autrefois faubourg de
Ségou-koura, transformé en résidence royale sous Ngolo Diara et devenu
le chef-lieu du cercle actuel de Ségou.]
[Note 275 : On prétend qu’il aurait fait pétrir l’argile des murs de sa
résidence avec le sang de captifs égorgés exprès.]
[Note 276 : _Alias_ Bakari.]
[Note 277 : Elles y firent souche de Kouloubali de sang royal qui
habitent encore cette région.]
[Note 278 : On donne souvent aux princes de cette dynastie le nom de
_Ngolossi_, c’est-à-dire « postérité de Ngolo ».]
[Note 279 : Le prénom _Ngolo_, très usité chez les Banmana, est prononcé
fréquemment _Molo_ ou encore _Ouolo_. — En réalité, Ngolo était mort
depuis treize ans en 1800, mais, en raison de sa renommée considérable,
son nom passait encore au Maroc pour celui de l’empereur régnant.]
[Note 280 : Voir chap. IV, page 144.]
[Note 281 : Voir plus loin l’histoire de l’empire du Kaarta.]
[Note 282 : Ce qui prouve que les Banmana possédaient des fusils à la
fin du XVIIIe siècle.]
[Note 283 : On place quelquefois l’avènement de Monson en 1787, parce
que l’on ne tient pas compte des cinq ans pendant lesquels il eut à
lutter contre Niénékoro avant de s’emparer du pouvoir.]
[Note 284 : Ce prince s’appelait Bé ; il fut surnommé Kérango-Bé parce
que, avant son avènement, il résidait à Kéranion ou Kérango.]
[Note 285 : Tièfolo régnait à Ségou lorsqu’El-hadj-Omar y passa en
revenant de La Mecque, vers 1828 : l’empereur banmana le fit mettre aux
fers, puis le relâcha sur les instances des musulmans alors établis à
Ségou et notamment d’un Toucouleur nommé Tierno-Abdoul ; El-hadj ne
devait jamais pardonner à la dynastie des Diara cette humiliation que
l’un de ses membres lui avait fait subir.]
[Note 286 : Pour les détails de la lutte d’El-hadj-Omar contre Ségou et
Hamdallahi, voir le chapitre suivant.]
[Note 287 : L’empereur de Ségou avait cherché à arrêter les conquêtes
d’El-hadj en envoyant des armées au secours des Diawara du Kingui et des
Banmana du Bélédougou, mais sans aucun succès. Une autre armée, envoyée
de Ségou contre El-hadj sous le commandement de deux chefs nommés Bagui
et Bonoto, n’avait pas été plus heureuse.]
[Note 288 : J’écrirai constamment _Ahmadou_ le nom du fils d’El-hadj-
Omar, ce qui permettra de le distinguer de son ennemi _Hamadou_, fils de
Hamadou-Sékou et roi du Massina.]
[Note 289 : Il y eut trois princes du nom de Mari dans la dynastie des
Diara : Touroukoro-Mari, Kégué-Mari ou Massala-Mari et Mari successeur
de Karamoko.]
[Note 290 : Voir pour plus de détails le chap. XV (occupation
française). Après la mort de Mari, un nommé Bodian Kouloubali fut
installé par nous comme roi de Ségou, mais l’histoire de cette période
ne se rattache plus à celle de l’empire de Ségou et on la trouvera au
chapitre XV.]
[Note 291 : Voir 1er vol., page 286.]
[Note 292 : Il existe un certain nombre de localités appelées Guémou ;
celle dont il s’agit ici est située au Sud-Ouest et non loin de
Dianghirté.]
[Note 293 : Certaines traditions confondent ce Déni avec Déni Dabora,
que Sébé avait donné au roi du Fouta en paiement de ses chevaux ; je
crois qu’il s’agit de deux personnages complètement distincts.]
[Note 294 : D’après les traditions recueillies par Mage, la fin de Déni
aurait été beaucoup moins glorieuse : Demba Séga, avec l’aide de
renforts toucouleurs envoyés à son secours par le roi du Fouta, aurait
mis en déroute l’armée banmana, et Déni se serait réfugié sur la
montagne située près de Koniakari, où il aurait été pris et mis à mort
par des gens venus là pour couper du bois.]
[Note 295 : Les dates que je donne ici pour les règnes de Téguenkoro,
Sékouba, Bodian et Garan sont celles qui concordent avec les différentes
traditions indigènes ; elles diffèrent de celles données par Mage, qui
fait régner le premier de ces princes de 1808 à 1811, le second de 1811
à 1815, le troisième de 1815 à 1832 et le quatrième de 1832 à 1843.]
CHAPITRE XI
=L’empire toucouleur d’El-hadj-Omar
(XIXe siècle).=
=I. — Les débuts d’El-hadj-Omar= (1797-1848).
_Omar-Saïdou Tal_, dit _El-hadj-Omar_, naquit à Aloar (Fouta) vers
1797 ; c’était un Toucouleur appartenant à la famille Tal et au clan des
Tôrobé. Son père, Saïdou Tal[296], était un musulman instruit et
fervent ; ennuyé de la tiédeur religieuse de ses compatriotes, il avait
construit dans sa propre maison une _mosalla_ (lieu de prière), afin de
ne pas être obligé de coudoyer dans la mosquée du village des gens qu’il
méprisait. Les marabouts d’Aloar s’en montrèrent offensés, rasèrent le
petit mur qui entourait la _mosalla_ de Saïdou et traduisirent ce
dernier devant un imâm du pays réputé pour sa piété et sa justice, nommé
Youssouf ; ce dernier parvint à ramener l’harmonie entre Saïdou et ses
compatriotes. Au cours des pourparlers qui eurent lieu à cette occasion,
Youssouf distingua Omar, encore enfant, et lui prédit qu’un jour il
serait le chef des gens du Fouta.
Parvenu à l’âge adulte, vers 1820, Omar entreprit le pèlerinage de La
Mecque. Son voyage dura près de vingt ans, puisqu’il ne revint au Soudan
occidental qu’en 1838 ; il séjourna en effet longtemps au Caire, à
Djedda et à La Mecque, où il fut initié au _dzikr_ (formule d’oraison)
des Tidjania par le _ouakil_ ou fondé de pouvoir du cheikh de
Temassine : ce cheikh était alors Sidi El-hadj-Ali et son _ouakil_ à La
Mecque s’appelait Mohammed-ben-Khalifa ; ce dernier investit El-hadj-
Omar du titre de _khalifa_ (vicaire) de la confrérie pour les pays du
Soudan. C’est surtout en revenant des lieux saints que Omar voyagea
lentement, s’arrêtant auprès des princes musulmans et des cheikhs
renommés qu’il rencontra sur son passage ; il demeura ainsi un certain
temps au Bornou, auprès du sultan El-Kanémi, qui lui donna une femme, et
à Sokoto, auprès du sultan Mohammed-Bello, qui lui donna pour sa part
deux épouses, dont une de ses propres parentes : c’est de cette dernière
que Omar eut son fils _Habibou_, qui devait plus tard régner à
Dinguiray ; de l’autre femme que lui donna Mohammed-Bello, il eut
_Ahmadou_, qui naquit à Sokoto en 1833 et qui devait plus tard régner à
Ségou, à Nioro et à Bandiagara. Durant son séjour au Haoussa, Omar
s’enrichit en vendant des talismans, des recettes magiques et des objets
rapportés de La Mecque. El-Kanémi et Mohammed-Bello lui avaient donné un
grand nombre de jeunes esclaves ; El-hadj les instruisit dans la
religion musulmane et en fit ses premiers disciples ou _talibé_ : ils
furent, jusqu’à la fin de sa vie, ses plus fidèles partisans et ses
hommes de confiance et c’est à eux qu’il confia par la suite les
commandements militaires les plus importants ; Moustafa, qui reçut plus
tard le gouvernement de Nioro, était l’un de ces esclaves originaires du
Soudan Central.