heure du matin, que les incendies étaient fréquents en raison du mode de
couverture des maisons et qu’on ne buvait que de l’eau de puits. Le
« roi » de Tombouctou — c’est-à-dire l’administrateur ou maire de la
ville — ne se déplaçait qu’à chameau, escorté de cavaliers et paré de
bijoux d’or ; les gens qui venaient lui demander une faveur le saluaient
en s’agenouillant devant lui et en se répandant de la poussière sur la
tête. La ville était interdite aux Juifs, mais par contre on y avait un
grand respect pour les docteurs musulmans, les lettrés y étaient en
grand honneur et on se disputait à prix d’or les manuscrits arabes
apportés de l’Afrique du Nord[258].
Chaque fois qu’il s’agissait de percevoir les impôts en dehors de la
ville, le chef de Tombouctou organisait une colonne militaire ; il
disposait à cet effet de 3.000 cavaliers et d’un grand nombre de
fantassins armés d’arcs et de flèches empoisonnées. On usait des
chameaux pour les voyages et les transports, mais les chevaux étaient
les seules montures employées à la guerre ; ces chevaux étaient, ou bien
des animaux nés dans le pays, de petite taille ou de peu de fonds, ou
bien des bêtes importées de Barbarie, les seules qui eussent une réelle
valeur. Comme les bons chevaux étaient rares, le chef de la ville avait
coutume, chaque fois qu’il en arrivait plus de douze à Tombouctou, de
prendre pour lui le meilleur animal du lot, qu’il payait du reste à sa
valeur.
Kabara, situé, dit Léon, à douze milles de Tombouctou sur un bras du
Niger, était le port où s’embarquaient les marchands pour se rendre à
Dienné et à Mali. Le chef de Tombouctou y était représenté par un
gouverneur qui réglait les litiges entre les gens de diverses
nationalités se rencontrant en ce point.
Tombouctou fut, comme nous l’avons vu, la capitale du pachalik marocain
de 1591 à 1780, en même temps que la résidence habituelle de l’_askia_
du Nord. Mais en réalité la ville devint, dès 1670 environ, une
dépendance de l’empire banmana de Ségou, tout en demeurant exposée aux
pillages et aux caprices des nomades de la contrée (Bérabich, Kounta,
Peuls et surtout Touareg). Réunie au royaume peul du Massina en 1826 par
Sékou-Hamadou, elle devint indépendante, sous la protection suzeraine de
la famille kounta des Bekkaï, lors de la prise de Hamdallahi par El-
hadj-Omar en 1862. L’influence des Touareg Kel-Antassar supplanta
ensuite celle des Kounta et se trouvait prédominante lorsque, en 1893,
nous prîmes possession de la ville ; l’autorité des Kel Antassar
cependant ne suffisait pas à protéger les environs de Tombouctou contre
les pillages des Bérabich, auxquels les gens de la ville payaient tribut
pour garantir la sécurité des caravanes.
Tombouctou compte à l’heure actuelle environ 5.800 habitants fixes, tous
musulmans, auxquels il convient d’ajouter une population flottante
variant de 2 à 4.000 individus selon les époques de l’année. Les
habitants fixes sont en grande majorité des Songaï, divisés en nobles ou
_Arma_ (ceux qui se prétendent d’origine marocaine) et en _Gabibi_ (ceux
d’origine purement nègre) ; à côté d’eux sont les _Alfa_[259] ou
savants, qui appartiennent à toutes les races du Soudan et de l’Afrique
du Nord. Parmi la population flottante, on remarque des Arabes du
Maghreb et de la Tripolitaine, des Maures Kounta et Bérabich, des
Touareg, des Peuls, des Banmana, etc. La langue courante est le songaï,
mais l’arabe est parlé dans certains quartiers par un très grand nombre
de personnes.
Au moment de notre occupation, la ville était divisée en sept quartiers
principaux ou _farandi_, appelés : _Yobou-ber_ (le grand marché) ;
_Sangoungou_ (le ventre du chef), qu’habitaient les gens de Ghadamès et
de Tripoli ; _Sankoré_ ou mieux _Sankoreï_ (le chef blanc, parce que le
chef du quartier était toujours autrefois un homme de race blanche), où
se trouve la mosquée qui a pris le nom du quartier et où habitaient
surtout des Alfa et des Arma ; _Sareï-keïna_ (le petit cimetière),
quartier des Kounta ; _Yobou-keïna_ (le petit marché), où Es-Sahéli
avait bâti le palais de Mâdougou ; _Badyindé_ (fossé de la destruction),
quartier qui était autrefois inondé de temps à autre par un reflux des
eaux du Niger, ce qui motiva le détournement du chenal venant aboutir en
cet endroit ; enfin _Dyinguer-ber_ (la grande mosquée).
2o _La ville de Dienné._ — Je ne reviendrai pas ici sur les
circonstances qui amenèrent et accompagnèrent la fondation de Dienné :
je rappellerai seulement qu’après une ébauche de colonisation remontant
à la fin du VIIe siècle, le premier établissement des Soninké dans le
quartier de Dioboro eut lieu vers l’an 800 sous la direction d’Adyini
Kounaté et que la ville fut définitivement fondée vers 1250 par des
Soninké-Nono conduits par un chef du clan des Mana[260]. Le commandement
de Dienné a toujours appartenu depuis à la famille de ce chef.
_Komboro Mana_, vingt-sixième chef de Dienné depuis Adyini Kounaté, se
convertit à l’islamisme vers l’an 1300 et entraîna dans son mouvement de
conversion la majorité des Diennéens ; ce serait lui qui aurait fait
bâtir la première mosquée de la ville par un Marocain nommé _Maloum-
Idris_, contemporain et peut-être ami ou serviteur d’Es-Sahéli, lequel
construisit vers la même époque (1325) la première mosquée de
Tombouctou[261]. La grande mosquée actuelle de Dienné a été élevée sur
l’emplacement où, naguère encore, on montrait les ruines d’un édifice
ayant remplacé celui dû à Maloum-Idris[262].
Nous avons vu que Dienné réussit à conserver son indépendance jusque
vers 1473, époque à laquelle la ville fut incorporée à l’empire de Gao.
Avant cette date, elle était le chef-lieu d’une sorte de petit Etat dont
le territoire s’étendait du Nord au Sud depuis Kakagnan (près et au Sud
du Débo) jusqu’à Diéou (au Sud de Dienné et à proximité du Ouoron,
canton nord du Karadougou), et de l’Ouest à l’Est depuis Tini (localité
sans doute voisine de Diafarabé) jusqu’aux montagnes du Tombola (falaise
de Bandiagara). Le chef de Dienné protégeait son territoire contre les
incursions possibles du dehors au moyen de 24 officiers ou chefs de
bandes, dont douze étaient installés à l’Ouest de la ville, du côté de
Séna (près et au Nord-Est de Séla), sous le commandement du _Séna-
faran_, avec mission de surveiller les armées du Mali, tandis que les
douze autres étaient postés sur la rive droite du Bani.
Sous Sonni Ali-Ber et sous les _askia_, Dienné fit partie intégrante de
l’empire de Gao. Lors de la conquête marocaine, la ville dépendit de
Tombouctou et son territoire fut commandé par un caïd. Au moment de la
décadence de la domination marocaine, ce caïd, devenu un simple notable
arma, se rendit à peu près indépendant du pacha de Tombouctou, mais il
lui fallut compter avec les Banmana de Ségou et avec les Peuls du
Massina. Enfin Dienné fut prise vers 1815 par Sékou-Hamadou et annexée
officiellement au royaume peul du Massina, pour passer en 1861 à
l’empire toucouleur d’El-hadj-Omar et être emportée d’assaut en 1893 par
le colonel Archinard.
Dienné fut de tout temps fréquentée par de nombreux étrangers qui y
venaient de partout, soit pour s’y livrer au commerce soit pour s’y
instruire dans les sciences musulmanes. Parmi les savants qui
illustrèrent cette ville, Sa’di nous cite : _Mori-Maga_ « le Kananké »,
qui était sans doute un Peul et qui professa au XVe siècle ; _Fodié
Mohammed Sânou_ « le Ouangari », probablement un Mandingue ou un
Dioula[263], qui fut le premier cadi régulier de Dienné[264] et qui
vivait au XVIe siècle ; _El-Abbâs Guibi_ (ou Kibbi), autre cadi de
Dienné également « Ouangari », c’est-à-dire Soninké, Dioula ou
Mandingue ; _Mahmoud Barhayorho_, qui succéda comme cadi au précédent en
1552 et fut le père des deux célèbres jurisconsultes de Tombouctou,
Mohammed et Ahmed Barhayorho, d’origine mandingue comme Mahmoud ;
_Modibbo Bakari Taraoré_, d’origine soninké, mandingue ou banmana
d’après son nom de clan, qui appartenait à la famille du chef du
Karadougou et qui fut également cadi ; _Mohammed Bamba Konaté_,
d’origine soninké ou dioula, qui succéda au précédent et fut le dernier
cadi de Dienné avant la conquête marocaine. De tous les personnages
cités par Sa’di comme ayant illustré Dienné, un seul est mentionné comme
étant originaire de cette ville : le cadi Ahmed Torfo.
On a voulu parfois faire dériver du nom de la ville de Dienné — nom qui
se prononce également _Guienné_ — le mot « Guinée », employé autrefois
pour désigner le Soudan Occidental et appliqué depuis plus spécialement
à la région côtière. Je croirais plus volontiers que _Guinée_ est
l’équivalent exact de _Soudan_, le premier de ces mots ayant été
emprunté au berbère comme le second l’a été à l’arabe. On sait que le
mot « Soudan » vient de l’expression arabe _blad-es-Soudân_ « pays des
Noirs » et que les Arabes eux-mêmes ont fait de _Soudân_ — qui signifie
proprement « les Noirs » — un terme géographique (_tarikh-es-Soudân_,
histoire du Soudan, c’est-à-dire du pays des Noirs) ; ils en ont même
formé l’ethnique _soudâni_, qui veut dire « un homme du pays des
Noirs », sans qu’il s’agisse nécessairement d’un Nègre, et le mot
_soudânia_, que l’on emploie au Maghreb pour désigner une langue
soudanaise quelconque. Or, en berbère et notamment dans le dialecte
chleuh usité au Maroc, « noir » se dit _aguinaou_[265], pluriel
_iguinaouen_, d’où l’expression _akal-n-iguinaouen_ « pays des Noirs »,
traduction exacte de _blad-es-Soudân_, qu’emploient les Berbères pour
désigner le Soudan. Ce mot est même passé dans l’arabe vulgaire du
Maghreb sous les formes _guennaoui_, servant à désigner un « Nègre », et
_guennaouiya_, voulant dire « langue soudanaise ». Il me paraît
vraisemblable par suite que le mot « Guinée » nous soit venu des
Berbères marocains par l’intermédiaire des premiers navigateurs
portugais qui relâchèrent sur la côte atlantique du Maroc : ces
navigateurs, ayant demandé aux indigènes riverains le nom des pays du
Sud, s’entendirent répondre _akal-n-iguinaouen_, qu’ils traduisirent par
« pays de Guinée », en orthographiant ce dernier mot _Ginoa_ ou _Genoa_,
forme qui se rapproche très sensiblement, dans la bouche d’un Portugais,
de la prononciation berbère et surtout du mot berbère arabisé employé
par certains auteurs pour désigner le Soudan (voir la note précédente).
Le terme « Guinée » est d’ailleurs bien antérieur au nom de Dienné : le
géographe arabe Zohri divisait l’Afrique intertropicale en trois
régions : _Guinaoua_ (Guinée), _Koukaoua_ (Bornou et Kanem) et _Habech_
(Abyssinie) ; pour lui « Guinée » était évidemment synonyme de « Soudan
occidental » et n’avait certainement aucun rapport avec le nom de
Dienné, si l’on veut bien se rappeler qu’il écrivait vers 1137, c’est-à-
dire plus d’un siècle avant la fondation définitive de Dienné et
l’imposition de ce nom à la colonie soninké de Dioboro[266].
Ce qui a amené à faire dériver « Guinée » de Dienné est sans doute le
fait que Léon l’Africain, parlant d’un « royaume de Ghinée » qu’il situe
le long du Niger au Sud de Oualata, au couchant de Tombouctou et au Nord
de Mali — c’est-à-dire, d’une façon très approximative du reste, dans la
région où se trouve Dienné —, dit : « Ce second royaume est appelé par
nos marchans (lisez « par les marchands du Maghreb ») _Gheneoa_, mais
ceux de Gennes, Portugal et Europe, qui n’en ont entiere cognoissance,
l’appellent _Ghinea_ »[267]. A mon avis, si Léon plaçait assurément
Dienné dans son « royaume de Ghinée »[268], il donnait au terme
_Gheneoa_ ou _Ghinea_ la même signification que Zohri : cela seul peut
expliquer le passage où il avance qu’une partie de la « Ghinée » est
_sur l’Océan_, à l’endroit « où le Niger (lisez « le Sénégal ») se rend
dans iceluy ».
[Illustration : Carte 15. — La domination marocaine au Soudan.]
[Note 218 : Voir plus haut, page 116.]
[Note 219 : Voir plus haut, page 115.]
[Note 220 : Rive gauche du Niger, à l’Est du Dallol Maouri.]
[Note 221 : Près et en amont du confluent du Niger et du Dallol Maouri.]
[Note 222 : Les personnes arrêtées à Tintyi avec Mohammed-Gao étaient au
nombre de 83 ; on raconte que le premier _askia_, Mohammed Touré, après
avoir vaincu Sonni Ali, avait arrêté le même nombre de personnes dans la
même localité, après leur avoir accordé l’_amân_ sous la foi du serment,
et que l’acte de Mahmoud fut une punition céleste de l’acte commis cent
ans auparavant par Mohammed Touré.]
[Note 223 : Il y eut, à partir de cette époque, deux _askia_ : l’un,
nommé par les Marocains, n’était qu’un instrument entre les mains de ces
derniers pour leurs relations avec les indigènes du Nord de la Boucle et
de la région de Tombouctou ; l’autre, successeur de Mohammed-Gao au
Dendi, exerçait un pouvoir réel sur les Songaï du Sud.]
[Note 224 : A moins qu’il ne s’agisse d’un autre Garou, situé à côté de
Malo, au Sud et près de Tillabéry, c’est-à-dire bien plus en amont.]
[Note 225 : Victoire remportée le 12 avril 1591 par Djouder sur Issihak
II.]
[Note 226 : Voir la note [206], page 225.]
[Note 227 : Ou de Kala (Sokolo).]
[Note 228 : Sa’di prétend que Mahmoud, au cours de cette expédition,
s’empara de Hombori et de _Daanka_ (peut être Diankabo ?).]
[Note 229 : Précédemment, Ammar avait conduit au Soudan mille hommes de
renfort, dont 500 renégats chrétiens et 500 Maures Andalous, chaque
groupe suivant un chemin spécial, en raison du manque d’eau, dans la
traversée de l’Azaouad ; les Andalous s’égarèrent et périrent tous et,
seuls, les renégats chrétiens arrivèrent à destination. Ceci donne un
exemple du déchet que devraient subir les troupes marocaines envoyées
sur le Niger.]
[Note 230 : El-Hassân mourut en 1607 et fut remplacé comme _amîn_ par
son fils Amer.]
[Note 231 : A l’occasion de son avènement, Moulaï Zidân rendit la
liberté à l’écrivain Ahmed Bâba, de Tombouctou, qui avait été emmené en
captivité au Maroc en même temps que le cadi Abou-Hafs Omar ; Ahmed Bâba
revint à Tombouctou et y mourut par la suite. Sa’di avait onze ans au
moment du retour d’Ahmed Bâba à Tombouctou (8 avril 1607).]
[Note 232 : Ces sultans furent Moulaï Zidân (1607-27), Abou-Merouân
Abdelmalek (1627-31), Abou-Abdallah El-Oualid (1631-36), Mohammed-ech-
Cheikh (1636-54) et El-Abbâs (1654-64).]
[Note 233 : Voir chap. VIII, p. 229. A Hammou avaient succédé : Youssof
(1622-27), Ibrahim (1627-28) et Ali-ben-Abdelkader (1628-32).]
[Note 234 : Ce Hamadi-Bilal était un chef de Peuls nomades et non pas un
Tombo.]
[Note 235 : Koïra-Tao signifie en songaï « village neuf ».]
[Note 236 : En 1653, Mohammed, frère de l’auteur du _Tarikh-es-Soudân_,
fut opéré heureusement de la cataracte à Tombouctou par le médecin
Ibrahim, originaire du Sous ; le prix de l’opération — 33 _mitskal_ et
un tiers en poudre d’or — fut payé par le pacha Ahmed-ben-Haddou.]
[Note 237 : Il semble que Gounguia était l’extrême limite de la
domination marocaine dans la direction du Sud-Est.]
[Note 238 : C’est sous le règne de Mohammed-ben-Ahmed que Sa’di termina
son ouvrage ; les renseignements postérieurs à 1655 ont été puisés dans
le _Tedzkiret-en-Nisiân_, dont l’auteur anonyme, originaire sans doute
du Massina, naquit en 1700 et acheva d’écrire en 1751.]
[Note 239 : C’est en 1660, la dernière année de son gouvernement, que le
pacha Bouya, ancien lieutenant-général, se proclama sultan et fit faire
le prône en son nom par les _imâm_ de Tombouctou et de Goundam ; à
partir du 15 mars 1660, on fit régulièrement le prône au nom du pacha
régnant.]
[Note 240 : Sauf l’_askia_ Bakari, qui régna de 1702 à 1705, et qui fut
proclamé par les indigènes sans que son choix ait été ratifié par le
pacha.]
[Note 241 : 1er vol., pages 247 et 248.]
[Note 242 : Ou Nasser-et-Telemsâni, qui est donné comme ayant régné soit
jusqu’en 1669 seulement, soit jusqu’en 1672.]
[Note 243 : Tombouctou fut désolé par la peste en cette même année
1688.]
[Note 244 : C’est-à-dire « le Blanc » : le _Tedzkiret_ nous dit qu’il
était beau de visage et de teint brun, c’est-à-dire qu’il n’était pas
complètement nègre.]
[Note 245 : Le caïd du Guimbala avait fait dire au pacha que les Bambara
du Débo avaient menacé d’attaquer Koreï, alors qu’au contraire ils
avaient proposé de se soumettre. Il semble que le _Tarikh-es-Soudân_ et
le _Tedzkiret_ donnent communément le nom de _Ouangara_ aux musulmans
des pays faisant ou ayant fait partie de l’empire de Mali et celui de
_Bambara_ aux païens des mêmes contrées, sans distinction de peuple ni
de tribu, au moins en ce qui concerne ce dernier terme.]
[Note 246 : Sous les pachas qui se succédèrent de 1660 à 1750, de
nombreuses expéditions furent dirigées contre les Touareg, le plus
souvent infructueuses ; les populations sédentaires riveraines du Niger,
d’autre part, furent pillées fréquemment par les Oulmidden et les Kel-
Tadmekket. Les pachas faisaient aussi couramment des expéditions contre
les Peuls de la Boucle, dans le but de se procurer du bétail de
boucherie et des vaches laitières.]
[Note 247 : Voir la traduction du _Tedzkiret_, pages 43 à 47.]
[Note 248 : Voir la traduction du _Tedzkiret_, pages 72 et 73.]
[Note 249 : De Tombouctou, on avait entendu la fusillade du combat de
Togaya ; ce dernier point doit être placé près de Korioumé.]
[Note 250 : Voir la traduction du _Tedzkiret_, pages 116 à 119.]
[Note 251 : Pour de plus amples détails sur certains points, consulter
les monographies du Père Hacquard (Tombouctou) et de M. Ch. Monteil
(Dienné).]
[Note 252 : Tirakka, qui se trouvait non loin de l’emplacement de
Tombouctou, existait bien avant cette dernière ville et était, avant le
développement de celle-ci, le centre des opérations commerciales du
Niger moyen. Ces opérations se transportèrent à Tombouctou sans doute au
XIIIe siècle et s’y maintinrent par la suite. « Les marchands de
Barbarie et de l’Egypte, dit Marmol, vont à _Tombut_ chercher l’or de
_tibar_ (c’est-à-dire « la poudre d’or », _tibr_ en arabe) qui vient de
la province des _Mandinga_ ou _Manienga_ ; ce commerce était autrefois
en la ville de _Geni_ ou _Geneoa_ (Ghana, plutôt que Dienné) qui est
plus proche du couchant ; y venaient les _Çaragolles_ (Soninké), les
_Fulles_ (Peuls et Toucouleurs), les _Ialofes_ (Ouolofs) et les
_Sénègues_ (Zenaga) ». D’après Léon l’Africain, c’est sous Sonni Ali-Ber
(fin du XVe siècle) que les marchands maghrébins installés à Oualata se
transportèrent à Tombouctou et à Gao et que commença le déclin de
Oualata. Pour le tableau de la prospérité de Tombouctou, consulter le
_Tarikh-es-Soudân_, pages 36 et 37 de la traduction.]
[Note 253 : Un trisaïeul d’Ahmed Bâba, nommé Abou-Abdallah, fut cadi de
Tombouctou sous la domination du roi touareg Akil (1433 à 1468) ; la
famille des Akit, en venant de Ghana, s’était fixée d’abord au Massina,
mais Mohammed Akit, père de l’arrière-grand-père d’Ahmed Bâba, par haine
des Peuls et par crainte que les siens contractassent des alliances avec
ces païens, quitta le Massina, alla d’abord à Oualata, puis à Ras-el-Ma,
et enfin se fixa à Tombouctou du temps du roi Akil. C’est à la même
époque que vint à Tombouctou Sidi-Yahia, l’ancêtre de la famille arabe
des Bekkaï.]
[Note 254 : Quant au « palais » construit par Es-Sahéli, il n’en reste
plus aucune trace ; il se trouvait probablement là où se tenait encore,
au temps de Barth, le marché à la viande.]
[Note 255 : Cette famille n’étant venue à Tombouctou qu’au XVe siècle,
il s’ensuit que la mosquée de Sankoré est postérieure d’un siècle au
moins à la grande mosquée.]
[Note 256 : On sait que, sur la foi de renseignements erronés fournis à
Barth, on a longtemps attribué en Europe à Ahmed Bâba la paternité du
_Tarikh-es-Soudân_ ; c’est M. Houdas qui, à la lecture du manuscrit
complet de cet ouvrage, a découvert le premier que son auteur était
Abderrahmân-es-Sa’di.]
[Note 257 : Aujourd’hui 400 cauries représentent généralement cinquante
centimes.]
[Note 258 : D’après Ahmed Bâba, la majorité des habitants de Tombouctou
professait encore le paganisme au XVIe siècle ; les musulmans étaient
concentrés dans un quartier entouré de murs où logeaient également les
Arabes et les Berbères de passage.]
[Note 259 : Abréviation probable de l’arabe _al-fakih_ « le
jurisconsulte ».]
[Note 260 : Premier vol., pages 257, 263, 269 et 270.]
[Note 261 : Une tradition attribue au même Maloum-Idris la construction
du palais impérial de Ségou-koro, sous le règne de Biton-Kouloubali, et
ajoute que ce dernier, une fois l’édifice achevé, aurait fait assassiner
l’architecte pour l’empêcher d’élever ailleurs un palais semblable au
sien. Comme l’avènement de Biton eut lieu au plus tôt dans la seconde
moitié du XVIIe siècle, il est nécessaire d’interpréter cette tradition
en faisant de l’architecte du palais de Ségou-koro un simple
continuateur de l’art d’Es-Sahéli et de Maloum-Idris, c’est-à-dire sans
doute quelque maître-maçon que Biton avait fait venir de Dienné.]
[Note 262 : Lire d’intéressants détails sur Dienné dans le _Tarikh-es-
Soudân_, pages 22 à 25 de la traduction.]
[Note 263 : _Sânou_ est aujourd’hui un nom de clan porté surtout par les
Dioula ; Sa’di nous apprend que Fodié Mohammed était né à _Bitou_, ville
ou village qui se trouvait d’après le même auteur dans un pays
aurifère : on a voulu identifier ce Bitou avec la ville de Boutoukou,
Bondoukou ou Gottogo (Côte d’Ivoire), qui ne remonte d’ailleurs qu’au
XVe siècle et a succédé à la ville plus ancienne de Bégho (Côte d’Or
actuelle) ; il existe un Bitou au Sud-Est du Mossi, relativement proche
des mines d’or du pays achanti ; il est possible aussi qu’il faille
placer le Bitou du _Tarikh-es-Soudân_ dans le « Ouangara », c’est-à-dire
dans les contrées aurifères du Bambouk, du Gangaran ou du Manding.]
[Note 264 : Avant lui les procès se plaidaient devant l’_imâm_ de la
grande mosquée, ainsi que la chose a lieu de nos jours encore dans
beaucoup de localités musulmanes du Soudan.]
[Note 265 : L’une des portes de Marrakech, édifiée en 1194, porte le nom
de _Bab-aguinaou_, qui est traduit « porte du Nègre » par les
indigènes ; Zohri, géographe arabe du XIIe siècle, emploie, pour
désigner le « pays des Noirs », un mot qu’il écrit tantôt _Ganaoua_ et
tantôt _Guinaoua_ (_Kitabou-Djografia_, manuscr. 2220 de la Bibl. Nat.,
folio 7 recto ligne 7, folio 19 recto ligne 12, folio 53 verso et folio
54 recto). Ces renseignements m’ont été communiqués par M. le professeur
Houdas. — A rapprocher de l’article de Yakout intitulé _Guinaoua_ ou
_Kinaoua_, et relatif à une tribu berbère habitant au voisinage du pays
des Noirs, près du territoire de Ghana.]
[Note 266 : Si l’on voulait faire dériver « Guinée » du nom d’une ville
africaine, il serait plus logique de faire venir ce mot du nom de Ghana,
qui est citée par le même Zohri comme la ville principale de la
_Guinaoua_. Mais je n’accepterais pas davantage cette étymologie, ne
serait-ce qu’à cause de la différence des orthographes adoptées par
Zohri, qui écrit _Guinaoua_ par un _kef_, un _noun_, un _alif_, un
_ouaou_ et un _ta-merboutha_, tandis qu’il écrit _Ghana_ par un _ghain_,
un _alif_, un _noun_ et un _ta-merboutha_.]
[Note 267 : Edition Schefer, 3e vol., page 288.]
[Note 268 : C’est bien en effet de Dienné que Léon entend parler
lorsqu’il dit : « Il n’y a cité ny chateau, hors mis un grand vilage
auquel le seigneur fait sa résidence, avec les prestres, docteurs,
marchans et autres gens d’autorité, qui ont leurs logis bastis en
manière d’hameaux et blanchis de craye et couvers de paille... Ce
vilage, par l’espace de troys moys de l’an (qui sont juillet, aoust et
septembre) se void en forme d’une ile, pour ce qu’en ce temps là, le
Niger se deborde ne plus ne moins que fait le Nil. Et alors les marchans
de Tombut conduisent leur marchandise en petites barques fort étroites
et faites de la moitié d’un pied d’arbre creusé, etc. » (Edition
Schefer, 3e vol., pages 289-290).]
CHAPITRE X
=Les empires banmana de Ségou et du Kaarta
(XVIIe au XIXe siècles).=
=I. — L’empire de Ségou= (1660-1861).