L’autorité des derniers askia continua à s’affermir sur le Diaga, le

Bagana et le royaume de Diara, mais l’empereur de Mali conserva à peu

près intacte la partie méridionale de son domaine. Lorsque les Marocains

s’installèrent à Tombouctou en 1591 et substituèrent leur pouvoir à

celui des princes de Gao sur le moyen Niger, plusieurs des provinces

situées au Nord de Mali se constituèrent en petits Etats plus ou moins

indépendants, tels que le royaume peul du Massina et le royaume soninké

de Goumbou, tandis que le royaume de Diara retrouvait pour un temps sa

liberté d’allures. Cependant l’empire de Mali gagna plus qu’il ne perdit

au changement de régime. A la fin du XVIe siècle, un effort fut même

tenté par l’empereur _Mamoudou III_ pour enlever Dienné aux Marocains ;

ce prince fut d’ailleurs mal secondé par ses vassaux : les deux

gouverneurs militaires du Farana-sora et du Sangara-soma refusèrent de

l’accompagner dans son expédition, ce que voyant, Bakari, chef du

Karadougou, et son collègue le chef du Bendougou ne répondirent pas non

plus à l’appel de l’empereur. Celui-ci ne trouva un concours effectif

qu’auprès des chefs des cantons de Farako (dans le Karadougou) et d’Ama

ou Oma (dans le Bendougou), ainsi qu’auprès de Hamadou-Amina, chef des

Peuls du Massina, qui chercha à profiter de l’occasion pour se rendre

complètement indépendant des Marocains. Le caïd de Dienné demanda du

secours au pacha Ammar, qui venait de remplacer Djouder à Tombouctou.

Ammar envoya des troupes conduites par les caïds Moustafa et Abdelmalek,

lesquels arrivèrent à Dienné le 26 avril 1599. Mamoudou III et ses

alliés étaient campés sur les collines de Sânouna et leur armée

s’étendait jusqu’au bras du Bani qui sert de port à la ville. Les

Marocains firent une sortie pour repousser les Mandingues et les Peuls,

mais ils éprouvèrent une résistance inattendue et ne durent leur salut

qu’à leurs armes à feu. Les gens de Dienné cependant arrivèrent à la

rescousse et Mamoudou III fut mis en déroute et retourna à Mali, tandis

que ses alliés regagnaient également leurs pays.

Hamadou-Amina avait transporté son camp à Soï ou Soé, entre Dienné et

Mopti[200]. Les caïds marocains voulurent aller l’y attaquer, mais le

gouverneur songaï du Gourma leur fit observer que ce chef, en sa qualité

de nomade, était au fond peu redoutable, et qu’il valait mieux marcher

contre le chef d’Ama, qui était un sédentaire[201] et qui du reste avait

contribué à entraîner l’empereur de Mali dans son expédition contre

Dienné. Les Marocains se portèrent donc sur Ama, sous le commandement du

caïd Slimân-Chaouch, et pillèrent et détruisirent _Soo_ (peut-être San),

qui était alors un marché important. Tandis que l’armée marocaine

revenait du Bendougou, elle fut attaquée sur les bords du Bani, en face

de Tié (village de la rive droite du Bani, près et en aval de Koro), par

Hamadou-Amina aidé d’auxiliaires banmana ; le caïd Slimân fut

complètement battu et, à la suite de cette défaite, les Marocains firent

la paix avec Hamadou et laissèrent en paix l’empereur de Mali et ses

alliés.

17o _Dernière période de l’empire de Mali_ (1600 à 1670).

Cependant un nouveau peuple allait jouer son rôle dans les destinées du

Soudan occidental et porter au vieil empire de Mali des coups plus rudes

que ceux que lui avaient donnés les souverains de Gao : je veux parler

des _Banmana_. Installés dès 1600 dans la région de Ségou, ceux-ci

furent d’abord placés pendant une soixantaine d’années sous la

suzeraineté au moins nominale de l’empereur de Mali, bien que ceux

d’entre eux qui s’étaient établis à proximité de Dienné dépendissent

plutôt soit du caïd marocain qui résidait dans cette dernière ville,

soit du roi peul du Massina.

Sa’di, qui fit plusieurs voyages sur la portion du Niger voisine de

Mali, notamment en 1644, nous a fourni quelques renseignements sur la

géographie de cette région vers le milieu du XVIIe siècle.

Voici l’un de ses itinéraires : venant de Tombouctou par eau, il

atteignit en sept jours Soï (près Akka) sur le lac Débo et se rendit de

là, en une demi-journée, en longeant le bord septentrional du lac, à

Kankoura, près de Gourao ; traversant alors le lac, il arriva en un jour

au mont Sorba, sur la rive Sud, et gagna de là, par terre, Kakagnan, sur

le marigot de même nom. Reprenant alors la voie fluviale, il atteignit,

au bout de douze jours de navigation sur le marigot de Dia et le Niger,

le point de Koukiri ou Kokry ; à un jour en amont, il toucha Foulao,

puis, trois jours et demi après, termina son voyage à _Komino_, qui

était le port de Farako et se trouvait sur la rive droite du fleuve, à

quelques heures de ce chef-lieu de canton[202] ; en face de Komino, sur

la rive gauche, était _Nakira_ (le Nakry de nos cartes), port du Sana ou

canton de Sansanding, dont le chef-lieu s’appelait alors _Tiébla_ ou

Sanamadougou et se trouvait à une faible distance au Nord-Est de

Sansanding même. Le canton de Sana ou de Sansanding avait encore un

autre port sur la rive gauche du Niger, à _Noursanna_, entre Nakira et

Koukiri.

Après être allé à Tiébla visiter le chef du Sana et être demeuré quelque

temps auprès de lui, Sa’di traversa le Niger, passa la nuit à Komino,

arriva le lendemain à midi à Makira et le soir à _Dioulo_ (Yolo de nos

cartes) ; le troisième jour, il coucha à _Fala_ (sans doute le Dionfalla

actuel) et le quatrième à _Foutina_ (Faténé), près et au Sud de Kaminia.

Le cinquième jour au matin, il arrivait à _Tonko_ (peut-être Toumo),

dans le Séladougou, et atteignait le soir Farmanata ; le sixième jour,

il traversait _Séla_ et Tamakoro et arrivait à _Timitama_, chef-lieu du

Ouoron ; le septième jour, il atteignait _Bîna_ (près du Gomitogo

actuel), où l’on pouvait s’embarquer à la période des hautes eaux, et se

rendait de là en pirogue à Dienné, où il entra le huitième jour.

L’année suivante, Sa’di refit en sens inverse la route de Dienné à

Sansanding et nota un itinéraire à peu près analogue au précédent, mais

plus détaillé. Sa première étape fut Bîna et la seconde _Konti_ ou

Kondyi, où résidait alors le _Kala-san_, c’est-à-dire (en songaï) le

chef de la province du Karadougou. Le troisième jour, il traversa

_Ouanta_ (canton du Ouoron), puis Tamtama, village dépendant de Séla et

distinct de Timitama chef-lieu du Ouoron, ensuite Komtonna, Nionsorora

et Niéna, et alla coucher à Séla. Le quatrième jour, il atteignit Tonko,

où se trouvait la limite du Séladougou et du Kaminiadougou. Le cinquième

jour, il passa à Tatinna et à Tatirma (le Tacirma de nos cartes), puis à

Foutina (Faténé) et à Taouatalla, et coucha dans un village dont il ne

donne pas le nom. Le sixième jour, après avoir dépassé Fala, il

abandonna la route de Yolo ou route du Nord, alors inondée, et se

dirigea sur _Toumé_, où il passa la nuit. Le septième jour, par

_Fadougou_, Nounio, Massala et Komma, il arriva à _Farako_, résidence du

chef du Fadougou ou canton de Farako. Le huitième jour enfin, il

atteignit le Niger à Komino, traversa le fleuve, toucha la rive gauche à

Nakira ou Nakry et gagna Tiébla, résidence du chef du Sana. Il profita

de son séjour au Sana pour aller visiter la ville même de _Sansanding_,

dont il orthographie le nom _Chenchendi_ ; on mettait trois à quatre

heures pour y arriver en partant de Tiébla : de cette dernière localité,

on descendait vers le Niger, qu’on atteignait à Madina, en amont de

Nakry, et dont on remontait ensuite la rive gauche.

Nous avons vu que, dès les premières années du XVIIe siècle, les Banmana

s’étaient installés dans la région de Ségou. A partir de 1630, devenus

nombreux et puissants, ils s’alliaient tantôt aux Peuls du Massina et

tantôt aux Mandingues du Karadougou et du Bendougou — peu à peu absorbés

par eux — contre les Marocains de Dienné ou contre l’empereur de Mali,

dont l’autorité devenait de plus en plus précaire sur la rive droite du

Niger. En 1645 les Banmana, qui avaient conservé la haine farouche des

musulmans, faisaient une sorte de guerre sainte contre les représentants

de l’empereur mahométan de Mali à Farako et à Tiébla, dévastaient le

Fadougou et le Sana et s’établissaient sur les deux rives du Niger

depuis Koukiri jusque tout près de Niamina, menaçant l’empereur de Mali

jusque dans sa résidence.

Vers 1670, Biton Kouloubali fondait définitivement l’empire banmana de

Ségou et y annexait Sansanding, le Massina et le Bagana, ainsi que

Dienné et la région de Tombouctou, enlevant toute autorité et tout

prestige aux descendants des pachas et caïds marocains. Vers la même

époque, Sounsa Kouloubali, chef de la fraction des Massassi,

s’établissait près de Mourdia et fondait l’empire banmana dit du Kaarta.

Le Bélédougou devenait une sorte de marche frontière entre les deux

empires naissants, théâtre et victime des luttes qu’allaient se livrer

les princes de Ségou et ceux du Kaarta.

_Mama-Maghan_, le dernier des empereurs mandingues de la dynastie des

Keïta, voulut enrayer le développement de l’empire de Ségou et assiégea

durant trois ans (1667-70) la capitale de Biton. Obligé de se retirer

sans avoir obtenu aucun résultat et poursuivi par son adversaire

jusqu’en face de sa propre capitale, il dut faire la paix pour éviter

d’être précipité dans le Niger avec les débris de son armée et renonça à

exercer son autorité en aval de Niamina. Ne se sentant plus désormais

chez lui à Mali, il abandonna cette ville, qui tomba rapidement en

ruines, et se transporta à Kangaba, berceau de sa famille.

Au commencement du XVIIIe siècle, aucune trace ne subsistait plus, en

dehors de vagues emplacements de cases encore visibles, de cette fameuse

cité de Mali qui, pendant quatre siècles, avait été la véritable

capitale du Soudan Occidental. Les provinces mandingues qui purent

échapper à la conquête banmana se transformèrent en petits royaumes

indépendants, et les descendants de Soundiata, réfugiés à Kangaba, ne

furent plus que les chefs de la petite province du Mandé proprement dit,

comme aux temps fabuleux qui avaient précédé le XIIIe siècle[203].

L’empire de Mali avait disparu, d’une manière définitive, de la carte de

l’Afrique.

[Illustration : Carte 13. — L’empire de Mali.]

[Note 149 : A comparer avec Ouâr Diâbi, Ouâr Diâdié ou Ouâr Ndiaye, nom

donné à l’islamisateur du Tekrour. A rapprocher aussi de _bara-mousso_,

nom donné en mandingue à celle des épouses d’un même mari qui a le pas

sur les autres.]

[Note 150 : D’après le témoignage de Makrizi, qui fait d’Allakoï le

« premier roi du Tekrour » et l’appelle _Serbendana_, peut-être par

suite d’une confusion entre ce prince et Baramendana.]

[Note 151 : Mot à mot « le lion du jeûne », allusion probable à la faim

de vengeance qui animait ce prince vis-à-vis de l’ennemi de sa famille

et de son pays. Le nom du lion, prononcé _diara_ par les Banmana et les

Dioula, est généralement prononcé _diata_ par les Malinké. Ce mot n’a

qu’une analogie toute fortuite avec le nom du clan des Diara, qui

signifie « de Dia, originaire de Dia ou du Diaga ».]

[Note 152 : Sans doute les mêmes que les Lemlem du royaume de Dao ou du

Dao mentionnés par Bekri.]

[Note 153 : 1er vol., page 292.]

[Note 154 : D’après Ibn-Batouta, Soundiata aurait été instruit dans la

religion musulmane par le grand-père d’un jurisconsulte nommé Modrik-

ben-Faris, lequel Modrik fut contemporain de Kankan-Moussa, petit-neveu

de Soundiata.]

[Note 155 : _Du Niger au Golfe de Guinée_, 1er vol.]

[Note 156 : Dapper donne 30 journées de Mali à Tombouctou, ce qui

correspond bien à la distance séparant cette dernière ville de la région

de Niamina ; c’est l’évaluation indiquée par Cadamosto.]

[Note 157 : C’est sous cette orthographe (Mellé) que le nom a été,

d’après M. E. D. Morel, mentionné pour la première fois sur une carte :

il s’agit d’un portulan espagnol de 1375. La carte de Mecias de

Villadestes, qui date de 1413, indique le « pays de Moussa, roi de

Melli » sur le haut Sénégal, à l’Est du _Toucouzor_ (Tekrour).]

[Note 158 : Dapper dit qu’au Sud des Mandinga ou Manienga de la haute

Gambie, « dont le pays renferme beaucoup d’or », habitent les Souso

(Soussou), dont la capitale s’appelle _Bena_. Il ne peut y avoir autre

chose qu’une ressemblance purement fortuite entre le nom de cette ville

soussou et celui donné par le même auteur aux habitants de Oualata.]

[Note 159 : Et précisément la plupart des manuscrits de l’ouvrage d’Ibn-

Khaldoun donnent le mot sans aucun point diacritique.]

[Note 160 : Ce conquérant mandingue est appelé _Abba-Manko_ par

Golberry, qui le fait vivre vers l’an 1100 et dit qu’il imposa

l’islamisme aux habitants du Bambouk.]

[Note 161 : Ce fut là l’origine de la tribu peule dite des _Sambourou_.

A la mort de Bida et d’Ilo-Diadié, Maham-Boli, prenant le pas sur ses

cinq frères (Amadi, Bogoli, Almami, Ousmân et Mangui), réunit sous son

autorité les trois clans des Boli (ou Ourourbé), des Yalabé (ou

Oualaïbé) et des Oualarbé ; il eut pour successeurs Bounoumbo Boli,

Samba Boli, Sambouné Boli, Amadi Galadio, Guidal Galadio et Sambourou

Galadio, lequel donna son nom à la tribu.]

[Note 162 : Ibn-Khaldoun l’appelle Mansa-Ouali et prétend que _Ouali_

est, chez les Mandingues, la corruption du nom arabe _Ali_ ; cette

indication est assurément inexacte : Ali ne se transforme pas au Soudan

en « Ouali », qui d’ailleurs est donné quelquefois comme nom ou surnom

par les musulmans avec son sens arabe de « saint » ; les traditions

indigènes au reste mentionnent toujours le successeur de Soundiata sous

le nom de Mansa-Oulé.]

[Note 163 : 1er vol., pages 292 et 293.]

[Note 164 : Ce cheikh fut rencontré par Ibn-Khaldoun en Egypte en

1393-94. Entre autres choses, il dit au célèbre historien arabe que le

vrai nom des « Tekrouriens » de Gao était _Zaghaï_ (pour Songaï) et

celui des gens du Mali _Ankaria_ (vraisemblablement pour _Ouangaria_,

forme plurielle arabisée du mot « Ouangara »).]

[Note 165 : Rien n’indique que cette localité ait été celle du même nom

qui est actuellement l’une des villes principales de la Guinée

Française, mais la chose n’est pas impossible.]

[Note 166 : On a écrit parfois _Konkour-Moussa_ : cette leçon fautive

provient d’une erreur de copiste ou d’une mauvaise lecture des textes

arabes, l’_n_ final et l’_r_ se confondant facilement dans l’écriture

arabe.]

[Note 167 : D’après Sa’di, Kankan-Moussa aurait laissé au Touat beaucoup

de ses gens, qui avaient été atteints en route d’une maladie du pied

appelée dans leur langue _touât_, d’où le nom que prit par la suite

cette oasis. Cette étymologie ne paraît pas très vraisemblable, le nom

du Touat étant probablement d’origine berbère et antérieur à l’époque de

Kankan-Moussa. Je dois cependant faire observer qu’il existe dans la

langue mandingue (dialecte banmana) un mot _touato_ signifiant

« boîteux ».]

[Note 168 : L’histoire de cet emprunt ou plutôt de son remboursement est

assez curieuse. Lorsque Kankan-Moussa fut de retour à Mali, Siradj-ed-

Dine y envoya un messager dans le but de recouvrer sa créance. Ce

messager étant demeuré à Mali, pour des motifs restés inconnus, Siradj-

ed-Dine partit lui-même, accompagné de son fils, et arriva à Tombouctou,

où il logea chez le poète Es-Sahéli. Le malheureux mourut la nuit même

de son arrivée. Le bruit courut qu’il avait été empoisonné sur l’ordre

de l’empereur, mais son fils protesta contre ces accusations, faisant

remarquer qu’il avait mangé des mêmes mets que son père et n’avait pas

été indisposé. Le fils de Siradj-ed-Dine atteignit ensuite Mali, reçut

de Moussa les sommes prêtées autrefois par son père, et retourna en

Egypte.]

[Note 169 : En réalité les ruines actuelles sont celles d’un bâtiment

construit au XVIe siècle en remplacement de celui qu’avait élevé Es-

Sahéli.]

[Note 170 : C’est-à-dire probablement un métis de Soninké de Tichit

(Voir 1er vol., page 220).]

[Note 171 : D’après Ibn-Batouta. L’épithète de _Ouangarati_ signifie

« natif du Ouangara ».]

[Note 172 : Takedda était située entre Gao et Agadès, à 70 étapes au

Sud-Ouest de Ouargla d’après Ibn-Khaldoun.]

[Note 173 : _Histoire des Berbères_, trad. de Slane, livre III, p. 288.

De Slane propose de lire _Massîn_ au lieu de _mebstîn_ et pense qu’il

est fait allusion aux villes sahariennes habitées par des Massîn. Je

croirais plus volontiers que _mebstîn_ est une forme dérivée du mot

persan _boustân_ « jardin », passé dans la langue arabe, et qu’il

convient de le traduire par « les villes entourées de jardins, les

oasis ».]

[Note 174 : Ibn-Batouta, né en 1303, était Berbère d’origine. Il fut

chargé en 1352 par Abou-Inân, sultan de Fez, de visiter le pays des

Noirs et accomplit sa mission avec d’autant plus de succès qu’il avait

voyagé auparavant durant 25 ans en Egypte et dans toute l’Asie jusqu’en

Chine. Ses notes de voyage furent revues par Ibn-Djozaï de Grenade et la

rédaction en fut achevée vers 1355. Lui-même mourut en 1377-78.]

[Note 175 : _Kharité_ est le nom soninké de l’huile tirée des fruits

d’un arbre appelé _khari_ par les Soninké, _karéhi_ par les Peuls et

_sé_ ou _syé_ par les Mandingues.]

[Note 176 : « Miel » se dit _li_ en mandingue.]

[Note 177 : Ce qu’Ibn-Batouta appelle _assîda_ est le _tô_ des Banmana

et des Malinké, c’est-à-dire une sorte de pâte de farine cuite et

servant d’aliment principal.]

[Note 178 : Sans doute Dioura.]

[Note 179 : Très probablement la rivière qui se jette dans le Niger près

et à l’Est de Niamina et à laquelle Barth donne ce même nom.]

[Note 180 : _Douga_ est le nom d’une espèce de vautour et aussi celui

d’un génie, chez les Banmana et les Malinké, et est souvent donné comme

prénom à des hommes.]

[Note 181 : Il s’agit de l’instrument répandu dans toute l’Afrique

Noire, appelé en mandingue _balan_ ou _bala_ et connu des Européens sous

le nom de « balafon ».]

[Note 182 : _Bembé_ est le mot mandingue actuel signifiant « estrade ».]

[Note 183 : Comparez les usages observés encore de nos jours chez les

Mossi.]

[Note 184 : Voir plus haut.]

[Note 185 : _Dyéla_ est le pluriel arabisé de _dyêli_, qui est

effectivement l’appellation mandingue des griots mais qui fait en

réalité au pluriel _dyêli-lou_ ou _dyêlou_.]

[Note 186 : Cet usage s’est conservé jusqu’à nous dans la plupart des

pays du Soudan, ainsi d’ailleurs que presque tous ceux observés au XIVe

siècle par Ibn-Batouta.]

[Note 187 : Ibn-Batouta fait de cette rivière « un cours d’eau sortant

du Nil ». Cette appréciation est justifiée par le fait que, au moment de

la crue du haut Niger, les eaux du fleuve s’engouffrent dans la rivière

de Niamina, qui devient ainsi un déversoir du Niger et cesse d’être un

affluent.]

[Note 188 : Ces « moustiques » sont probablement des tsétsé : on sait

que ces mouches se montrent de préférence pendant le jour, tandis que

les moustiques au contraire sont surtout à craindre la nuit.]

[Note 189 : Le même chef de village raconta à Ibn-Batouta l’histoire

d’un jurisconsulte arabe nommé Aboul-Abbas, qui avait reçu de Kankan-

Moussa un cadeau de 4.000 _mitskal_ de poudre d’or et qui, ayant mis

cette somme en sûreté dans le Mîma, avait cherché à faire croire qu’elle

lui avait été volée, afin de s’en faire donner une autre par le prince ;

celui-ci, ayant découvert la supercherie, exila Aboul-Abbas pendant

quatre ans dans le pays des cannibales ; ces derniers ne mangèrent pas

le jurisconsulte, n’ayant aucun goût pour la chair des Blancs.]

[Note 190 : _Histoire des Berbères_, trad. de Slane, livre IV, p. 343 et

344.]

[Note 191 : Ben-Ouassoul rapporta à Ibn-Khaldoun que la ville de Mali

était très étendue, très populeuse et très commerçante, que de

nombreuses sources arrosaient les terres cultivées dont elle était

environnée et qu’elle constituait un lieu de halte pour les caravanes

provenant du Maghreb, de l’Ifrîkia et de l’Egypte.]

[Note 192 : _Histoire des Berbères_, trad. de Slane, livre II, p. 115.

Ce passage d’Ibn-Khaldoun est intéressant à plus d’un titre : il nous

montre d’abord que la maladie du sommeil n’est pas une nouveauté au

Soudan et que ses ravages devaient être aussi considérables au XIVe

siècle qu’ils le sont de nos jours ; il est en outre de nature à nous

rassurer sur les effets de cette maladie, dont la présence dans les pays

nigériens depuis au moins cinq à six siècles ne semble pas avoir

contribué de façon appréciable à dépeupler ces régions.]

[Note 193 : Le texte du _Tarikh-es-Soudân_ semble faire de ces deux mots

les titres des deux gouverneurs et c’est ainsi que M. Houdas l’a

interprété dans sa traduction : cependant je serais plus disposé à

croire que ce sont des noms de pays ou de chefs-lieux de province, ainsi

qu’il paraît résulter d’un passage (pages 93 du texte et 155 de la

traduction) où il est dit : « et ils atteignirent le pays (ou la ville)

de Sangara-soma ». Le premier de ces mots peut signifier en mandingue

« l’ensemble du pays du Sangaran » ou encore « le lieu des tornades » ;

le second peut vouloir dire « le lieu des rochers » ou « la résidence du

chef ».]

[Note 194 : _Tarikh-es-Soudân_, p. 34 de la traduction.]

[Note 195 : D’après M. Ch. Monteil, le Ouonzo de Sa’di correspondrait au

Ouandiodougou du canton actuel de Saro ou Sarro.]

[Note 196 : Ce voyageur, dans sa relation parue à Vicence en 1507, dit

que l’or du Mali se transportait partie à _Cochia_ (Koukia ou Gounguia),

sur la route du Caire et de Syrie, et partie à _Tombut_ (Tombouctou),

d’où il allait soit à Tunis par le Touat soit au Maroc par _Hoden_ (le

Hodh ou plutôt Ouadân).]

[Note 197 : Jean II régna de 1481 à 1495. Après lui vinrent Emmanuel

(1495-1521) et Jean III (1521-1557).]

[Note 198 : Hassân-ben-Mohammed el-Ouazzân, plus connu sous le surnom de

Léon l’Africain, voyagea au Soudan vers 1507, à l’âge de seize ans

environ, et écrivit sa relation aux alentours de l’an 1520.]

[Note 199 : C’est-à-dire 6.000 familles et non pas 6.000 habitants,

comme l’écrit Dapper dans son interprétation du récit de Léon.]

[Note 200 : Ou à Soua (Pondori).]

[Note 201 : Peut-être faut-il interpréter ce raisonnement, rapporté par

Sa’di, de la façon suivante : la résidence de Hamadou-Amina, simple

campement, ne pouvait renfermer grand-chose à piller, tandis que le

Bendougou comprenait quelques centres commerciaux où l’on pouvait

espérer ramasser un butin appréciable.]

[Note 202 : Farako était le chef-lieu ; le canton lui-même portait le

nom de Fadougou, qui est encore celui d’un village situé à l’Est de

Farako. Le Komino de Sa’di devait se trouver très près de l’emplacement

du village actuel de Konou.]

[Note 203 : Mambi Keïta, le dernier chef du Mandé descendant de

l’ancienne famille impériale de Mali, est mort à Kangaba il y a quelques

années : pour des motifs politiques, toute autorité a été enlevée à ses

héritiers par l’administration française, et son successeur ne commande

même plus le canton de Kangaba.]

CHAPITRE VIII

=Le royaume peul du Massina[204]

(XVe au XIXe siècles)=

=I. — Dynastie des Diallo= (1400-1810).

J’ai relaté ailleurs[205] l’arrivée de _Maga Diallo_ vers l’an 1400 dans

le Diaga ; j’ai dit comment il avait reçu du gouverneur mandingue du

Bagana l’investiture officielle d’_ardo_ ou chef des familles peules qui

l’avaient suivi dans son exode du Kaniaga au Diaga. Son autorité ne

tarda pas à s’étendre sur les Peuls d’autres clans (Bari principalement)

qui vinrent peu après s’établir dans la même région et c’est ainsi que

se fonda, au début du XVe siècle, le royaume peul du Massina, sous la

suzeraineté de l’empereur de Mali.

Ce nom de _Massina_ était celui d’une mare voisine de _Kéké_ ou Kékey,

village situé sur le marigot de Dia, en aval de Dia ou Diaga et un peu

au Nord-Est de Ténenkou. C’est auprès de cette mare que Maga Diallo

établit sa résidence et c’est en raison de cette circonstance que les

Peuls donnèrent le nom de Massina à cette province, jusque-là connue

sous celui de Diaga ou Diagara. Par la suite, on fit usage des deux

noms, en se servant de préférence du mot « Massina » pour désigner

l’habitat des Peuls et leur royaume ; plus tard, lorsque ce dernier prit

de l’extension et déborda vers l’Est, d’abord entre le marigot de Dia et

le Niger, puis sur la rive droite de ce fleuve lui-même, le mot

« Massina » prit une extension correspondante, tandis que « Diaga »

continua à désigner plus spécialement la région de Dia ou Diaga et la

rive gauche du marigot de même nom.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 18 / 36 段