Lorsque Souleïmân mourut, son fils _Kamba_ (ou Famba ou encore Kassa)

fut proclamé empereur. Mais un fils de Maghan, surnommé _Mari-Diata_ (ou

Mali-Diata) comme son aïeul Soundiata, briguait aussi la couronne et

n’accepta pas l’autorité de Kamba. Une guerre civile s’ensuivit, au

cours de laquelle plusieurs princes de la famille impériale se tuèrent

les uns les autres. Enfin, au bout de neuf mois d’un règne plus nominal

que réel, Kamba succomba dans une bataille et, le parti adverse ayant

triomphé définitivement, _Mari-Diata II_ s’empara du pouvoir (1360).

Le premier acte de gouvernement du nouvel empereur fut d’envoyer un

exprès à Oualata pour donner à l’ambassade expédiée par Souleïmân

l’année précédente l’ordre de continuer sa route. De plus, aux présents

remis par Souleïmân, il ajouta une girafe. La caravane arriva à Fez en

décembre 1360 ou janvier 1361. Le sultan Abou-Sâlem la reçut avec de

grands honneurs et la girafe de Mari-Diata fit sensation auprès des

Marocains qui, pour la plupart, ne connaissaient pas cet animal. Le jour

de l’entrée à Fez de l’ambassade mandingue, dit Ibn-Khaldoun, « fut une

véritable fête : pendant que le sultan allait s’asseoir dans le kiosque

d’or d’où il avait l’habitude de passer ses troupes en revue, les

crieurs publics invitèrent tout le monde à se rendre dans la plaine, en

dehors de la ville. L’on s’y précipita en foule de tous les côtés et,

bientôt, ce vaste local fut tellement encombré que plusieurs individus

durent monter sur les épaules de leurs voisins. Le désir de voir la

girafe et d’en admirer la forme étrange avait attiré toute cette

multitude. Les poètes profitèrent d’une si belle occasion pour réciter

au sultan des éloges et des compliments dans lesquels ils eurent soin de

décrire ce singulier spectacle. Les envoyés nègres se présentèrent

devant Abou-Sâlem pour lui exposer l’objet de leur mission et, tout en

lui donnant l’assurance la plus formelle de l’amitié que leur souverain

lui portait, ils le prièrent d’excuser le retard qu’on avait mis dans

l’envoi du présent, retard causé par la guerre civile qui avait désolé

l’empire. Ils décrivirent aussi en termes pompeux la grandeur de leur

sultan et la haute puissance de leur nation. Pendant que l’interprète

expliquait leur discours, ils faisaient résonner les cordes de leurs

arcs en signe d’approbation, selon l’usage de leur pays. Pour saluer le

sultan, ils se jetèrent de la poussière sur la tête, ainsi que cela se

pratique envers les souverains de leur pays barbare »[190]. Abou-Sâlem

mourut durant le séjour à Fez des envoyés mandingues ; ce fut le régent

de l’empire, Ibn-Merzouk, qui leur fit les cadeaux d’usage et les

congédia. Lors de leur retour, ils passèrent par Marrakech et par le

pays des Beni-Hassân, dont le territoire s’étendait déjà à cette époque

depuis le Sous jusqu’à la frontière du pays des Noirs.

Quelques années après ces événements, le sultan mérinide de Fez Abd-el-

Halim, détrôné et chassé du Maroc par son frère Abou-Ziyân, s’enfuyait

au Sahara, allait à Mali vers 1366 visiter Mari-Diata II et se rendait

de là à La Mecque.

Ibn-Khaldoun fut documenté sur le compte de Mari-Diata II par un nommé

Mohammed-ben-Ouassoul, natif de Sidjilmassa, qui avait fait fonctions de

cadi à Gao et que l’historien des Berbères rencontra en 1374-75 à

Honeïn, non loin de la ville actuelle de Nemours dans le département

d’Oran. Ce Ben-Ouassoul considérait Mari-Diata II comme un tyran sans

respect pour la justice et un grand coureur de femmes ; il l’accusait

même d’avoir dilapidé le trésor impérial et d’avoir vendu à vil prix, à

des marchands égyptiens, une pépite d’or vierge pesant vingt _kintar_

(environ 25 kilos !), pépite qui provenait des mines du Ouangara et que

les empereurs de Mali se transmettaient en même temps que le

pouvoir[191]. Nous savons, de la même source, que Mari-Diata II mourut

de la maladie du sommeil, « maladie très commune dans ce pays et _qui

attaque surtout les gens haut placés_ ; cette indisposition commence par

des accès périodiques et réduit enfin le malade à un tel état qu’à peine

peut-on le tenir un instant éveillé ; alors elle se déclare d’une

manière permanente et fait mourir sa victime. Pendant deux années, Diata

eut à en subir les attaques, et il y succomba l’an de l’hégire 775

(1373-74) »[192].

13o _Règne de Moussa II_ (1374-1387).

Moussa II, fils de Mari-Diata II, succéda à son père, qu’il n’imita pas

dans ses errements. Mais il se montra d’autre part faible et indolent et

laissa son premier ministre, surnommé _Diata_, s’emparer de la direction

des affaires. Ce Diata équipa une forte armée, à la tête de laquelle il

s’en fut guerroyer au loin, soumettant des peuples noirs qui habitaient

dans l’Est de Gao et s’attaquant même au sultan du Bornou, Omar-ben-

Idris. Ce fut sous le règne de Moussa II que la ville de Takedda refusa

de payer tribut à l’empereur de Mali et recouvra son indépendance ;

Diata se porta sur cette ville et en fit le siège, mais il dut s’en

retourner sans avoir réussi à s’en emparer.

14o _Règnes de Maghan II et Santigui_ (1387-1390).

_Maghan II_ succéda en 1387 à son frère Moussa II. Il n’était pas encore

depuis deux ans sur le trône lorsque, en 1389, l’un de ses ministres

l’assassina et s’empara du pouvoir. Ce ministre nous est connu sous le

surnom de _Santigui_ ou Sandigui, qui était le titre de sa charge ; ce

mot signifie, non pas proprement « ministre », comme le dit Ibn-

Khaldoun, mais « chef des achats » et il devait s’appliquer à une sorte

de trésorier ou d’intendant. Ce Santigui n’appartenait pas à la dynastie

impériale des Keïta, mais il lui était en quelque sorte allié, ayant

épousé la mère de Moussa II, veuve de Mari-Diata II. Quelques mois après

son avènement, en 1389-90, il fut tué par les parents de Maghan II, qui

firent appeler, pour lui confier le pouvoir, un descendant de l’empereur

Gaou nommé _Mamoudou_. Celui-ci résidait alors chez les infidèles dont

le pays était situé au Sud du Mandé (peut-être chez les Banmana ou bien

chez les Diallonké) ; il s’empressa de se rendre à Mali et y fut

proclamé empereur en 1390, sous le nom de _Maghan_.

15o _L’empire de Mali au XVe siècle._

Les renseignements d’Ibn-Khaldoun sur l’empire de Mali s’arrêtent à

l’avènement de ce _Maghan III_ (1390) ; l’historien arabe acheva

d’écrire son ouvrage vers 1395 et mourut en 1406, en sorte qu’il n’a

rien su des successeurs de Maghan III ni de ce prince lui-même, en

dehors de la date de sa prise de pouvoir. Alors que nous possédons la

liste complète des empereurs de Mali à partir d’Allakoï, avec des

renseignements assez circonstanciés sur la plupart d’entre eux, nous ne

connaissons au contraire à peu près rien de ce qui s’est passé à partir

du XVe siècle, en dehors des quelques indications que l’on peut glaner

dans le _Tarikh-es-Soudân_ et dans les vieilles relations portugaises.

Les traditions indigènes, si documentées en ce qui concerne Soundiata et

la période héroïque, sont complètement muettes sur l’époque de l’empire

mandingue la moins éloignée de nous.

Nous savons seulement par Sa’di que l’empire de Mali, qui était parvenu

à son apogée avec Kankan-Moussa et s’était diminué plutôt qu’accru sous

ses successeurs, vit sa décadence se précipiter à partir du XVe siècle,

tout en demeurant un Etat puissant. Il comprenait encore en effet, en

dehors de la province de Mali et des contrées habitées par les

Mandingues, la ville et la région de Tombouctou, l’Aoukar avec Oualata,

le Mîma (pays situé entre le Faguibine et le Débo), le Bagana et le

Diaga, le royaume de Diara et peut-être une partie du Galam ; Gao et le

pays des Songaï étaient encore, au moins nominalement, sous la

suzeraineté de l’empereur mandingue, dont l’autorité n’était pas nulle

au Tekrour. Ibn-Khaldoun prétend même que de son temps (dernières années

du XIVe siècle) les villes de Silla et de Tekrour étaient vassales de

Mali (_Prolégomènes_) et que les Zenaga voilés du désert — Goddala,

Lemtouna, Messoufa, etc. — payaient tribut à l’empereur mandingue, que

cet historien appelle _malik-es-Soudân_ « le roi des Nègres », et que

ces tribus berbères fournissaient des contingents à l’armée mandingue

(_Histoire des Berbères_).

Vers le milieu du XVe siècle, des Ouolofs venus aux comptoirs portugais

de la Gambie dirent à Diégo Gomez que tous les pays de l’intérieur

appartenaient au _Bour-Mali_ (c’est-à-dire à l’empereur de Mali), lequel

résidait d’après eux dans une grande ville ceinte d’un mur en briques

cuites qu’ils appelaient _Kiokia_ ou _Kiokoun_ (peut-être par confusion

avec Koukia ou Gounguia) ; son pays, ajoutaient-ils, était riche en or

et faisait du commerce avec le Maghreb et l’Egypte ; on s’y rendait des

rives de l’Atlantique en se dirigeant vers l’Est et en traversant les

contrées habitées par les _Somanda_ (?), les _Konnouberta_ (?) et les

_Sarakolé_ ; le _forisangul_ (peut-être le « roi du Sénégal » ou plutôt

le roi du Songaï) passait à leurs yeux pour être vassal du Mali.

Sa’di nous apprend que l’empire était divisé en deux gouvernements

militaires, celui du Sud ou du _Sangara-soma_, comprenant principalement

les provinces mandingues qui s’étendaient du haut Niger jusqu’à la

Gambie, et celui du Nord ou du _Farana-sora_ (ou Faran-sora), comprenant

l’ensemble des pays annexés[193] ; le gouverneur du Farana-sora résidait

habituellement, semble-t-il, dans le Kaniaga. Chacun de ces deux

gouvernements était à son tour divisé en provinces, lesquelles se

partageaient en cantons. Chaque chef de province transmettait les ordres

de l’empereur aux chefs de canton placés sous son commandement et

prenait la parole en leur nom lorsqu’ils étaient convoqués par le

souverain.

Sa’di nous cite seulement les noms des trois provinces qui avoisinaient

Dienné, celles de _Kala_, du _Bendougou_ et du _Sibiridougou_. La

première a été identifiée généralement avec une région qui aurait eu

pour chef-lieu Sokolo : cette identification provient de ce que l’ancien

nom de Sokolo était en effet _Kala_ et de ce que les Maures désignent

encore ainsi ce village de nos jours. Mais il me paraît plus rationnel

d’identifier la « province de Kala » dont parle le _Tarikh-es-Soudân_

avec une région comprenant le _Karadougou_ ou _Kaladougou_ actuel, situé

entre le Niger et le Bani ; tous les passages de cet ouvrage où il est

question de la province ou de la ville de « Kala » concordent avec cette

solution. Le Bendougou n’était autre que le pays actuel du même nom, sur

la rive droite du Bani (région de San). Quant au Sibiridougou, que Sa’di

place au Sud des deux premières provinces et sur les confins de la

province de Mali, il devait s’étendre à l’Est de Niamina dans la

direction de Koutiala.

La province de Kala ou du Karadougou, dont le chef, qui appartenait au

clan des Taraoré[194], résidait à _Kara_ ou Kala (chef-lieu du

Karadougou actuel), comprenait douze cantons, dont huit situés dans

« l’île de Kara », c’est-à-dire entre le Niger et le Bani, et quatre

situés au Nord de cette « île », sur la rive gauche du Niger. Les huit

premiers étaient les cantons de _Ouoron_ (Orondougou actuel, dans le

canton de Saro ou Sarro), de _Ouonzo_ ou Ouosso (sur le Bani en face de

San[195], de _Kaminia_ ou Kamiya (au Sud de Kara), de _Farako_ ou du

Fadougou (au Sud-Est de Sansanding), de _Kirko_ ou Guirgo (?), de _Kao_

ou Gao ou Kou (?), de _Farama_ (?) et de _Diara_ (?). Les quatre cantons

de la rive gauche étaient ceux de _Koukiri_ (sans doute l’un des deux

villages actuels de Kokry ou de Kobikéré, entre Sansanding et Dia ou

Diaga), de _Niara_ (sans doute le Niéria actuel, au Nord-Est de

Sansanding), de _Sana_ (très vraisemblablement le canton actuel de

Sansanding) et de _Sâma_ ou Samba (en amont de Sansanding, rive gauche).

Les cantons du Bendougou cités par Sa’di sont ceux de Koou (peut-être

Koro, entre Dienné et San), de Kaana ou Kaghana (le Konignon de nos

cartes, au Sud de Dienné), de Soma (à l’Ouest-Sud-Ouest de San), de Tara

(près et à l’Ouest de Kaana), de Da (au Sud-Sud-Ouest de San), d’Ama ou

Oma (?), de Tâba (à l’Ouest de San) ; il s’en trouvait cinq autres, dont

l’auteur du _Tarikh_ avait oublié les noms, comme il avait oublié ceux

des cantons du Sibiridougou.

A partir des premières années du XVe siècle, ainsi que je le disais plus

haut d’après Sa’di, la puissance des empereurs de Mali commença à

décliner. Leurs exactions et celles des gouverneurs des provinces furent

telles, prétend l’auteur du _Tarikh_, qu’un matin Dieu envoya contre eux

sa milice angélique sous la forme de jeunes gens qui firent irruption

dans la salle d’audience du palais impérial, tuèrent de leurs glaives

presque tous les gens qui étaient là, et disparurent. En réalité ces

anges exterminateurs s’appelèrent les Mossi, les Touareg et surtout

Sonni Ali-Ber et Askia Mohammed Touré, mais l’empire de Mali n’eut pas

tant à souffrir d’eux qu’on serait tenté de le croire en lisant la

pieuse légende rapportée par Sa’di.

Vers 1400, sans doute sous le règne de Maghan III ou de l’un de ses

successeurs immédiats, le souverain mossi du Yatenga, _Bonga_, faisait

une incursion dans le Massina oriental et s’avançait jusque sur la rive

méridionale du lac Débo. En 1433, Araouân, Tombouctou et Oualata

échappent à la domination du Mali pour passer sous celle du chef touareg

Akil ; de 1465 à 1473, l’empereur de Gao Sonni Ali-Ber affranchit

définitivement le Songaï de la suzeraineté mandingue, conquiert

Tombouctou sur les Touareg, annexe à l’empire de Gao la ville et le

territoire de Dienné, dont les princes de Mali n’avaient jamais réussi à

se rendre maîtres, et s’empare d’une portion de la zone des inondations

nigériennes qui, jusqu’à cette époque, avait fait partie intégrante des

territoires dépendant de Mali.

Mais, du côté de l’Ouest, l’empire ne s’était pas laissé entamer. Le

Vénitien Cadamosto, qui visita en 1455 le Cap Vert et la Gambie et en

1457 les îles Bissagos, nous apprend que, de son temps, les Mandingues

de la Gambie étaient encore sujets de l’empereur de Mali[196].

Sonni Ali venait à peine de laisser un peu de répit au souverain

mandingue que _Nasséré_, empereur mossi du Yatenga, traversait le Niger

près de Mopti en 1477, ravageait tout le Massina, s’avançait jusque dans

le Nord-Ouest du Bagana pour aller ensuite s’emparer de Oualata qu’il

pillait de fond en comble en 1480, traversait en s’en retournant le

Farimaké et le Bara et allait enfin se heurter, en 1483, à l’armée de

Sonni Ali-Ber près du lac de Korienza.

C’est vers cette époque que se placent les premières relations de

l’empire de Mali avec le Portugal. Le roi Jean II était monté sur le

trône en 1481[197], après s’être déjà illustré, durant sa régence, par

l’intérêt qu’il portait à la découverte et à la colonisation des côtes

occidentales de l’Afrique. L’empereur de Mali qui régnait alors

s’appelait _Mamoudou_ ; il avait succédé à son père _Mansa-Oulé II_,

lequel avait lui-même remplacé sur le trône son propre père _Moussa

III_. Nous ignorons les noms des princes qui régnèrent entre Maghan III

et Mousa III, mais nous connaissons ceux de ce dernier et de ses deux

successeurs immédiats grâce à Joao de Barros. Celui-ci appelle en effet

_Mahmud-ben-Manzugul_, « petit-fils de Moussa », l’empereur mandingue

qui entretint des relations avec le roi Jean II, et il n’est pas

difficile de retrouver « Mansa-Oulé » dans _Manzugul_. D’après le même

auteur, ce prince résidait à _Songo_, « l’une des villes les plus

populeuses de cette grande contrée que nous appelons ordinairement pays

des Mandingues », et cette ville était située sur le méridien du Cap des

Palmes et à 140 lieues marines environ (777 kilomètres) de la côte. La

position ainsi donnée à Songo par de Barros correspond bien à la

situation de Mali, qui devait se trouver à une cinquantaine de

kilomètres seulement à l’Est du méridien du Cap des Palmes et à 800

kilomètres environ du point le plus rapproché de la côte. Barth a cru

pouvoir identifier Songo avec le Songaï et le lieutenant Marc,

interprétant un passage de M. Binger, l’a rapproché de Ngorho, ville

sénoufo située dans le Sud du cercle de Bobo-Dioulasso ; mais ni le pays

songaï ni Ngorho ne correspondent à la position assignée à Songo par de

Barros et Ngorho n’a jamais été le centre d’un Etat musulman et n’a

jamais été la résidence d’aucun prince mandingue. Si l’on veut bien se

rappeler que de Barros tenait ses informations des rapports du

gouverneur portugais d’Elmina (Côte d’Or) et si l’on se reporte au nom

donné aux Dioula et aux peuples mandé en général par les Fanti, les

Achanti, les Agni et les autres populations de la Côte d’Or et de la

Côte d’Ivoire — nom qui est encore aujourd’hui prononcé _Songo_ ou

_Nzoko_ par les Fanti et les Agni, _Sorho_ par les Koulango et _Tiorho_

par les Sénoufo —, on conviendra qu’il est fort vraisemblable que, dans

l’esprit du gouverneur d’Elmina et dans celui de de Barros, _Songo_

désignait tout simplement le pays des Mandingues et sa capitale Mali.

Au moment où se produisirent les grandes incursions mossi dans le Bagana

(1477-1483), les Portugais possédaient des comptoirs en différents

points de la côte, notamment à Arguin, au Rio de Cantor (Gambie) et à

Elmina ; il est probable même qu’ils fondèrent vers cette époque un

établissement dans l’Adrar. Il est difficile de savoir auquel de ces

comptoirs s’adressa l’empereur Mamoudou, qui était surtout connu des

Portugais sous le nom de _Mandi-Mansa_, c’est-à-dire « roi du Mandé ou

des Mandingues » ; il est probable cependant que ses envoyés se

dirigèrent de préférence vers les établissements de la Gambie, qui

étaient pour eux d’accès plus facile que ceux de la Mauritanie et

d’Elmina : le comptoir d’Elmina d’ailleurs ne fut fondé que vers 1481,

et d’autre part les Mandingues étaient établis jusque sur les rives de

la basse Gambie et entretenaient des relations commerciales suivies avec

les factoreries du « Rio de Cantor », tandis qu’ils ne s’aventuraient

guère dans la Mauritanie ni dans la forêt du golfe de Guinée.

Quoi qu’il en soit, Mamoudou, effrayé de la menace que constituaient

pour la sécurité de son empire les razzias des Mossi, les conquêtes de

Ali-Ber et, d’un autre côté, les incursions des Ouolofs, alors maîtres

d’une partie du Tekrour, envoya une ambassade aux Portugais pour

réclamer leur aide contre ses ennemis. Le gouverneur du fort portugais

qui reçut la visite des ambassadeurs mandingues se hâta d’informer son

roi de cet événement. Jean II ne semble pas avoir répondu d’une façon

directe à la requête de Mamoudou ; sans doute trouvait-il que c’eût été

s’aventurer beaucoup que d’envoyer aussi loin une expédition militaire :

mais il voulut profiter de la circonstance pour nouer des relations plus

étroites avec l’empereur mandingue, et il expédia deux ambassades à

Mali. L’une, partie de la Gambie, se composait de Rodriguez Rabello,

Pero Reinal et Joao Collaçao ; nous ignorons à quelle époque elle arriva

à Mali et même si elle atteignit cette ville. L’autre, mise en route par

le gouverneur d’Elmina, parvint auprès de Mamoudou, qui remit aux

envoyés portugais une lettre destinée à leur roi ; dans cette lettre,

que Joao de Barros dit avoir eue entre les mains, il se montrait fort

surpris de l’étendue du pouvoir du roi de Portugal, ajoutant qu’aucun

des _4.404 monarques_ qui l’avaient précédé sur le trône de Mali (_sic_)

n’avait jamais reçu ni message ni messager d’un roi chrétien et que lui-

même, jusqu’alors, ne connaissait que quatre sultans dont la puissance

méritât d’être comparée à la sienne, à savoir les sultans d’_Alimaun_

(Yémen), de _Baldac_ (Baghdad), de _Cairo_ (le Caire) et de _Tucurol_

(Tekrour).

Cependant l’amitié des Portugais ne devait pas être d’un grand secours à

l’empire de Mali, dont le démembrement allait être accéléré, après la

mort du roi Jean II, par les conquêtes du premier _askia_ de Gao et de

ses successeurs, à partir de l’année 1498.

16o _L’empire de Mali au XVIe siècle._

Léon l’Africain[198] visita Mali au début du XVIe siècle. Il nous dit

que cette ville comptait de son temps environ six mille feux[199] et se

trouvait à proximité d’un bras du Niger. On y rencontrait beaucoup

d’artisans et de marchands, lesquels approvisionnaient Dienné et

Tombouctou de divers articles et denrées. Les grains, le coton et le

bétail s’y trouvaient en abondance. L’islamisme y était florissant, aux

mosquées étaient attachées des écoles et les habitants étaient « les

plus civils, de meilleur esprit et plus grande reputation de tous les

Noirs, pour autant qu’ils furent les premiers à recevoir la loy de

Mahommet ». L’empire de Mali, au dire du même voyageur, s’étendait alors

au Nord jusqu’au territoire de Dienné, au Sud jusqu’à un désert ou pays

inconnu hérissé de hautes montagnes (Fouta Diallon), à l’Ouest jusqu’à

des forêts qui bordaient l’Océan et à l’Est jusqu’aux territoires

dépendant de Gao.

Nous avons vu, en racontant l’histoire de l’empire de Gao, comment

l’askia Mohammed I, en 1498-99, annexa le Bagana à ses Etats, malgré la

résistance du gouverneur mandingue Ousmana, qui fut fait prisonnier, et

celle de Demba Dondi, chef des Peuls du Massina, qui fut tué. En

1500-1501, c’était le tour des provinces constituant le royaume de Diara

d’être dévastées par Omar Komdiago, frère de l’askia, et annexées à

l’empire de Gao, malgré la belle défense que fit Kama, le représentant

du Mali auprès du roi de Diara. En 1506-07, Mohammed I se portait au

Galam et étendait son autorité jusqu’aux confins du Tekrour. L’empire de

Mali se trouva ainsi amputé de toutes ses dépendances septentrionales et

ramené à peu près aux limites qu’il possédait vers 1324, avant la

victoire de Soundiata sur Soumangourou.

Les deux premiers successeurs de Mohammed I à Gao, Moussa et Bengan-

Koreï, laissèrent en paix ce qui restait de l’empire mandingue. Mais un

autre ennemi avait surgi du côté de l’Ouest : je veux parler du Tekrour.

Sous le commandement de Koli Galadio, _alias_ Koli Tenguéla, les Peuls

et les Toucouleurs du Fouta cherchèrent à s’emparer des mines d’or du

Bambouk ; se portant en masses serrées le long de la rive sud du Sénégal

entre 1530 et 1535, ils pillèrent d’abord les provinces méridionales du

royaume de Galam (Goye et Kaméra) et massacrèrent ensuite un nombre

considérable de Mandingues sur les deux rives de la Falémé. L’empereur

de Mali implora de nouveau l’aide des Portugais et, en réponse à ses

prières, Joao de Barros, alors gouverneur des établissements portugais

de la Guinée, envoya à Mali en 1534, non pas une armée, mais un

ambassadeur nommé Péroz Fernandez, accrédité par le roi Jean III, dans

le but de proposer au monarque mandingue une intervention amicale auprès

de l’empereur de Tekrour et de solutionner différentes questions

relatives au commerce de la Gambie. Le souverain qui régnait alors à

Mali s’appelait Mamoudou (_Mamoudou II_) et était le petit-fils de cet

autre Mamoudou qui avait reçu les envoyés de Jean II. Il accueillit fort

bien Péroz Fernandez et lui dit, d’après de Barros lui-même, « qu’il

s’estimait très heureux de sa venue, car, du temps de son grand-père qui

portait le même nom que lui, un messager était déjà venu de la part d’un

autre roi Jean de Portugal ». On ne sait quel fut le résultat de ces

négociations au point de vue politique ; il semble pourtant que les

Peuls et les Toucouleurs repassèrent la Falémé sans occuper le Bambouk,

mais que le roi de ce pays, _Guimé Sissoko_, voyant que l’empereur de

Mali était impuissant à le défendre, se rendit à peu près indépendant.

Cependant l’askia Bengan-Koreï, détrôné par Ismaïl en 1537, s’était

réfugié dans les environs de Mali et s’était placé sous la sauvegarde de

Mamoudou II. La protection de ce dernier n’empêcha pas les Mandingues

d’abreuver d’humiliations le fils de leur ancien ennemi (Bengan-koreï

était fils de Omar Komdiago) et celui-ci alla se fixer près de

Sansanding, dans un petit village de la rive droite du Niger nommé Sama.

En 1542, l’askia Issihak I venait razzier le Bendougou, à peu de

distance de Mali. En 1545-46, son frère Daoud s’avançait jusque sous les

murs de la capitale mandingue : l’empereur prenait la fuite, l’armée de

Gao entrait victorieuse à Mali et y demeurait une semaine, remplissant

d’ordures la résidence impériale. Puis, trouvant sans doute qu’il avait

humilié suffisamment le rival de son frère, Daoud se retira, et

l’empereur de Mali put rentrer dans sa capitale.

Le même Daoud, ayant remplacé plus tard Issihak I sur le trône de Gao,

dirigea plusieurs expéditions dans le Massina, le Bagana et la région de

Kala (Sokolo). En revenant de cette dernière expédition, en 1559, il

passa près de Sansanding.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 17 / 36 段