observés à Ouagadougou et à Ouahigouya, mais l’empereur porte le titre
de _mbaro_ au lieu de celui de Môrho-nâba. Avant l’occupation française,
l’empire était divisé en dix-huit provinces, dont l’une relevait
directement du monarque, tandis que les dix-sept autres étaient
commandées chacune par un chef vassal de l’empereur et nommé par ce
dernier, toujours dans une famille déterminée.
La province impériale comprenait, outre Fada-n-Gourma, les villages de
Gayéri, Boulgou, Pagou, Bartibogou, Kodiar, Namounou et la partie de
Bilanga habitée par des Yansi. Les noms ou chefs-lieux des dix-sept
provinces vassales étaient : Diapaga ou Diapangou, Bilanga (partie
habitée par des Gourmantché), Piéla, Tchenhou, Bogandé, Nebba, Yamba,
Matiakouali, Bizougou, Gobnangou, Konkobiri, Madiori, Pama, Diabo,
Kominianga, Youmtenga et Nabangou ; la province de Diabo était surtout
peuplée de Mossi et les trois dernières de Yansi.
[Illustration : Carte 10. — Les empires mossi et gourmantché.]
[Note 119 : 1er volume, pages 305 et suivantes.]
[Note 120 : Voir à ce sujet _le Pays Mossi_ par M. le lieutenant Marc.]
[Note 121 : 1er volume, page 309.]
[Note 122 : Ces appellations n’étaient pas spéciales à l’empire de
Ouagadougou : l’empire du Yatenga portait aussi le nom de _Môrho_, son
souverain celui de _Mô-nâba_ et ses habitants celui de _Môssé_ ou
_Mossi_.]
[Note 123 : Ouagadougou — ou mieux _Ouaghadogho_ — ne doit pas remonter,
en tant qu’agglomération importante, au-delà de l’empereur Niandeffo,
c’est-à-dire de la fin du XIIIe siècle, bien qu’il existât déjà un
village sur le même emplacement au temps d’Oubri. M. le lieutenant Marc
suppose que cette localité constituait dès le XIIe siècle un centre
commercial important ; son opinion, que je ne partage pas, est basée sur
une phrase du _Tarikh-es-Soudân_ (page 46 de la traduction) disant que
« les gens de — ou du — _Ouaghdou_ » étaient ceux qui se rendaient en
plus grand nombre à Tombouctou pour y trafiquer, lors des débuts de la
prospérité de cette ville (époque qu’il faudrait d’ailleurs reporter
plutôt au XIIIe siècle) ; mais il me semble impossible de traduire
l’expression du texte autrement que par « les gens du Ouagadou » et
d’entendre par _Ouaghdou_ autre chose que la province du Sahel où se
trouve Goumbou.]
[Note 124 : Comparer la grande analogie existant entre les usages encore
suivis de nos jours à la cour de l’empereur de Ouagadougou et ceux
suivis autrefois aux cours de Ghana, Mali et Gao. Tous les détails
donnés ici sur l’organisation intérieure de l’empire de Ouagadougou sont
empruntés presque textuellement à la monographie du cercle de
Ouagadougou rédigée par M. l’administrateur Carrier d’après ses propres
observations et celles de ses prédécesseurs.]
[Note 125 : Le nom que portait l’empereur avant son couronnement devient
un terme proscrit, même dans la langue courante et même appliqué à des
objets d’un usage familier. Ainsi le prédécesseur du Môrho-nâba actuel,
avant son avènement, portait le nom de _Kouka_, mot qui désigne une
espèce de tamarinier et qui est donné souvent comme prénom en pays
mossi ; lorsque Kouka fut proclamé empereur, il prit le surnom de
_Ouobdérho_ (l’éléphant) : à partir de cet instant, tous les habitants
de l’empire qui s’appelaient Kouka changèrent leur nom en _Nâbiouré_, ce
qui signifie « nom du nâba » et le tamarinier de l’espèce _kouka_ fut
appelé également _nâbiouré_ (Lieutenant Marc, _le Pays mossi_).]
[Note 126 : Ce nom est écrit par Sa’di _Na’sira_ ou _Na’séré_ : or
l’empereur du Yatenga qui vivait à la fin du XVe siècle, c’est-à-dire à
l’époque où _Na’sira_ pilla Oualata, s’appelait _Nasséré_ ou
_Nassodoba_, d’après les traditions conservées à Ouahigouya.]
[Note 127 : 1er volume, pages 308 et 310.]
[Note 128 : Presque toutes les traditions consignées ici qui se
rapportent à l’empire du Yatenga ont été empruntées à la monographie du
Cercle de Ouahigouya par M. l’administrateur Vadier.]
[Note 129 : Voir 1er volume, pages 307 et suivantes.]
[Note 130 : Lâ devait faire retour, quelque temps après, à l’empire de
Ouagadougou.]
[Note 131 : Peu après, une expédition portugaise amena à Lisbonne des
gens du golfe du Bénin qui apprirent à Jean II l’existence d’un puissant
monarque appelé _Ogané_ qui donnait l’investiture à leur roi. Les
Portugais crurent pouvoir identifier ce monarque avec le fameux « Prêtre
Jean ». En 1488, un Ouolof amené à Lisbonne parla à Jean II de
l’empereur des Mossi, lui disant que les Etats de ce prince puissant
commençaient au-delà de Tombouctou en s’étendant vers l’Orient et
ajoutant que ce souverain se conformait, sur beaucoup de points, aux
coutumes des peuples chrétiens ; Jean II en conclut que le roi des Mossi
pouvait bien être le Prêtre Jean et se confondre avec l’_Ogané_ dont on
lui avait parlé précédemment, et il confia à un Abyssin une lettre pour
le « roi de Moses », lettre qui, naturellement, ne parvint jamais à son
adresse. Barth, se fondant sur ces faits rapportés par de Barros, a fait
d’_Ogané_ le titre royal de l’empereur des Mossi ; ce même mot a été
rapproché, un peu à la légère, par le lieutenant Desplagnes, du titre de
_hogoun_ porté par les chefs des Tombo, mais inconnu des Mossi. A mon
avis, l’_Ogané_ signalé à Jean II était tout simplement un souverain
résidant non loin de la Côte du Bénin : on sait que « chef » se dit
_ogan_ dans plusieurs dialectes de la Côte des Esclaves. (Voir à ce
sujet _le Pays Mossi_, par le lieutenant Marc, pages 4 et suivantes).]
[Note 132 : Toutes ces dates sont approximatives.]
[Note 133 : Kango et Sagha atteignirent le Bani près de Poromani (ou
Fouroumané), en aval de San, et remontèrent ce fleuve jusqu’en face de
Ségou.]
[Note 134 : Si Kango est demeuré quelque temps à Ségou, ce qui est
probable, l’empereur banmana qui lui confia une armée n’était plus sans
doute Denkoro, mort en 1740, mais _Ton-mansa_, dont l’avènement eut lieu
la même année.]
[Note 135 : Les dates de l’avènement et de la mort de Kango sont
exactement celles que la tradition assigne au règne effectif de
l’empereur de Ségou Ngolo Diara, qui, monté sur le trône en 1750, ne
s’empara définitivement du pouvoir qu’en 1754 et mourut en 1787.]
[Note 136 : A comparer un régime absolument analogue qui existe en pays
mandé : le _dougoutigui_, maître du sol et chef de la religion,
représente les plus anciens occupants du pays ; le _kountigui_, sorte de
maire ou administrateur du village, est un simple fonctionnaire
représentant le pouvoir central.]
[Note 137 : Presque toutes les traditions historiques relatives à cet
empire ont été empruntées à la monographie du Cercle de Fada-n-Gourma
par M. l’administrateur Maubert.]
CHAPITRE V
=Le royaume de Diara
(XIe au XVIIIe siècles)=
=I. — La dynastie des Niakaté= (XIe au XIIIe siècles).
Nous avons vu précédemment[138] comment le Kingui et le Diafounou
avaient été colonisés, dès la fin du VIIe siècle, par des Soninké venus
du Diaga, comment un éphémère royaume soninké s’était constitué vers 750
dans le Ouagadou et comment le dernier roi du Ouagadou s’était emparé
vers 790 de Ghana sur les Judéo-Syriens, en même temps que certains de
ses sujets allaient renforcer les colonies soninké de la région où
existait déjà, depuis le VIIe siècle, la ville de _Diara_, située à peu
de distance au Nord-Est de Nioro.
Ces colonies soninké du Kingui et du Diafounou relevèrent plus ou moins
directement de l’empire de Ghana durant toute la période de la puissance
des Sissé, c’est-à-dire depuis la fin du VIIIe siècle jusqu’en 1076,
époque de la prise de Ghana par les Almoravides et du premier
démembrement de l’empire de Ghana. Parmi les Etats soninké indépendants
qui se créèrent à la suite de ce démembrement furent ceux du Kingui, du
Kaniaga et du Bakounou, fondés, le premier par la famille des Niakaté,
Diakhaté ou Diagaté, le second par celle des Diarisso et le troisième
par celle des Doukouré. Le royaume du Bakounou n’a pas eu d’histoire à
proprement parler et nous pouvons nous contenter de ce qui a été dit à
son sujet à l’occasion de la formation du peuple soninké[139]. Le
royaume du Kaniaga, devenu plus tard l’empire de Sosso, fera l’objet du
chapitre suivant. Je ne m’occuperai pour l’instant que du royaume du
Kingui ou de Diara.
Je n’ai d’ailleurs pas grand chose à ajouter à ce que j’ai rapporté plus
haut[140] concernant la fondation à Diara, par les Niakaté, d’un royaume
qui semble avoir eu des débuts assez modestes. La dynastie des Niakaté
se maintint au pouvoir depuis la fin du XIe siècle ou le commencement du
XIIe jusque vers 1270 ; son autorité ne devait pas s’étendre bien loin,
mais se faisait sentir probablement, en dehors du Kingui, sur le
Kéniarémé, le Guidioumé et le Diafounou ; les Niakaté devaient, au moins
à partir de la fin du XIIe siècle, être plus ou moins vassaux des
empereurs de Sosso. Le dernier prince de cette dynastie, et le seul dont
les traditions que j’ai eues à ma disposition aient conservé le nom,
_Mana-Maghan Niakaté_, parvint à étendre son pouvoir sur une partie du
Kaarta, du Diangounté et du Bakounou ; peut-être la défaite de
Soumangourou Kannté, empereur de Sosso, par Soundiata, empereur des
Mandingues, en 1235, favorisa-t-elle l’extension du domaine de Mana-
Maghan. Mais ce dernier ne fut affranchi de la tutelle de Sosso que pour
tomber sous celle, plus ou moins directe, de Mali. J’ai raconté[141] la
fin tragique de Mana-Maghan et de ses deux fils Bemba et Mana ; je
m’étais arrêté à la prise du pouvoir par _Fié-Mamoudou Diawara_, en 1270
environ.
=II. — La dynastie des Diawara= (1270 à 1754).
Fié-Mamoudou, le premier des rois diawara de Diara, fut un prince habile
et puissant. Les Berbères du Tagant, ayant entendu dire que tous les
pays se disputaient son alliance, lui envoyèrent une ambassade chargée
de lui amener, en guise de présent, trois cents jeunes captives.
L’ambassade arriva à Diara, alors que Mamoudou résidait encore à
Toundoungoumé ou Touroungoumbé, village très voisin de Diara, où avait
habité et où était mort son père Daman-Guilé. Le personnage le plus
influent de la capitale, nommé _Diabigné-Doumbé_ et qui passe pour être
l’ancêtre de la famille des Kamara chez les Kâgoro, logea chez lui les
ambassadeurs, fit asseoir les trois cents captives sur la place publique
et chargea son fils _Fato-Makhan_, ami personnel du nouveau roi, d’aller
prévenir ce dernier. Fato-Makhan enfourcha son cheval aussitôt, se
rendit à Toundoungoumé et informa Mamoudou de l’événement qui défrayait
alors toutes les conversations, ajoutant que, parmi les trois cents
captives des Berbères, il en était une qui dépassait en beauté toutes
les autres. Mamoudou fut enchanté de la nouvelle et il s’apprêtait à
réclamer cette jeune fille pour en faire son épouse, lorsque son
principal conseiller, nommé Fakaloumpan, lui dit à l’oreille :
« N’épouse pas cette fille ; donne-la en mariage à celui qui t’a parlé
d’elle et qui évidemment la désire ; tu trouveras facilement une autre
femme et tu auras la paix. » Le roi écouta cet avis et dit à Fato-Makhan
qu’il lui offrait la belle captive : « Que te donnerai-je en échange ?
demanda Fato-Makhan. — Donne-moi Diara », répondit le roi, qui savait
que les partisans des Niakaté étaient encore nombreux dans cette ville
et que, tant qu’il ne pourrait y entrer en maître, son autorité
demeurerait précaire.
« Si je te donne Diara, reprit Fato-Makhan, comment te conduiras-tu vis-
à-vis de moi et des miens ? — Ce que faisaient les Niakaté, dit
Mamoudou, je le ferai ; comment se conduisaient-ils vis-à-vis de sa
famille ? — Selon la coutume établie. — J’accepte de faire de même. — Eh
bien, conclut Fato-Makhan, je te remettrai le sabre royal et, si cela te
plaît, tu seras notre roi ; si cela ne te plaît pas, tu demeureras un
simple particulier et tu épouseras la belle captive. »
Etant ainsi tombé d’accord avec Mamoudou, Fato-Makhan retourna à Diara
et raconta tout à son père. Celui-ci trouva de son goût l’arrangement
intervenu et le fit accepter par tous les notables de Diara. Puis il
alla lui-même chercher Mamoudou qui, alors seulement, fit pour la
première fois son entrée solennelle dans la capitale du royaume, escorté
de ses guerriers, et reçut le serment d’obéissance de tous les chefs.
L’empereur qui régnait alors sur le Tekrour, et qui appartenait à la
dynastie des Sossé, ayant lui aussi entendu parler de la puissance de
Mamoudou, expédia à son tour à Diara une ambassade. Ses envoyés furent
éblouis de la richesse du roi et de la prospérité du pays et, sur le
rapport qu’ils en firent à l’empereur de Tekrour lors de leur retour au
Fouta, celui-ci leva une armée pour aller piller Diara. Mamoudou marcha
à la rencontre de l’expédition toucouleure, la mit en déroute et la
poursuivit jusque sur les rives du Sénégal. Comme il se préparait à
regagner son royaume, il fut trahi par un de ses frères, qui renseigna
les Toucouleurs sur l’itinéraire qu’il devait suivre ; les ennemis lui
tendirent une embuscade et réussirent à le tuer. Avant de rendre le
dernier soupir, Mamoudou recommanda à Fato-Makhan, son fidèle
lieutenant, de se rendre le plus vite possible à Diara, de prendre dans
son magasin le sabre royal et de le suspendre à l’épaule de son fils
Silla-Makhan, encore enfant, afin d’empêcher le traître de s’emparer du
pouvoir[142].
Fato-Makhan remplit sa mission consciencieusement, et _Silla-Makhan
Diawara_ succéda à son père sur le trône de Diara. C’est sous son règne
— qui se déroula à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle —
que, vers l’an 1300, la ville de _Nioro_ fut fondée par des Peuls
Diawambé que Mana-Maghan Niakaté avait amenés du Kaarta au Kingui vers
1250.
Silla-Makhan régna quarante ans et eut trente-sept enfants, dont quinze
garçons. Son fils aîné _Daman_ résidait auprès de son père à Diara et
lui succéda après sa mort. Les autres s’installèrent dans divers
villages du Kingui ou même dans d’autres provinces du royaume,
s’emparèrent du commandement de ces villages ou provinces et le
transmirent à leurs descendants. C’est ainsi que l’un d’eux, nommé
Bandiougou, s’établit à Yéréré ; un autre, Ouali, se fixa à
Toundoungoumé ; Faré s’installa à Bouli, Aïssé à Mérémédi, Samba à
Diabigué, Mokoti à Diala (dans le Nord du Kaarta), Dabo au Diangounté,
etc. Plusieurs quittèrent le royaume et allèrent fonder des villages
diawara au Boundou et au Fouta.
Après Daman, qui mourut sans doute vers 1350, ses descendants
continuèrent à occuper le trône de Diara. Le royaume se maintint pendant
quatre siècles, mais il ne constitua jamais un véritable empire
comparable à ceux de Ghana, de Gao, de Mali, de Tekrour ou même de
Sosso. Nous avons vu qu’il s’était trouvé plus ou moins directement
englobé dans l’empire mandingue à l’époque de Soundiata (XIIIe siècle) ;
dès les premières années du XVIe siècle, l’Askia Mohammed I étendit sa
suzeraineté jusqu’au Kingui, et le royaume de Diara passa de la tutelle
de Mali sous celle de Gao ; redevenu à peu près indépendant à la fin du
même siècle, après la victoire du pacha Djouder sur l’Askia Issihak II,
il ne devait pas tarder à être annexé à l’empire banmana des Massassi.
Ce furent des querelles de famille et des disputes au sujet de la
préséance qui précipitèrent la décadence du royaume et furent l’occasion
de sa ruine. Les descendants directs de Daman, qui constituaient la
branche aînée des Diawara, avaient reçu le nom de _Sagoné_ ; les
descendants de Dabo, frère de Daman, établis au Diangounté, formaient la
branche des _Dabora_ ou _Daboro_. Ces deux fractions ne tardèrent pas à
devenir ennemies : les Dabora entraînèrent dans leur parti les
descendants de Mokoti, établis à Diala, et voulurent, vers l’an 1450,
forcer la main au souverain alors régnant pour qu’il désignât son
successeur parmi eux ; ayant échoué dans leur dessein, ils résolurent
d’employer la force et déclarèrent la guerre aux Sagoné. Ceux-ci furent
vainqueurs et obligèrent les Dabora à demeurer dans leur province. Trois
siècles passèrent, sans que les haines des deux familles se fussent
apaisées.
Vers 1750, il se trouva que le roi de Diara, chef des Sagoné, et son
vassal le chef des Dabora étaient amoureux d’une même femme et se
partageaient ses faveurs ; le premier était laid et ne se risquait que
de nuit chez sa belle, craignant que celle-ci ne voulût plus de lui si
elle venait à apercevoir son visage ; or une nuit, tandis que le roi
était chez sa maîtresse, son rival s’introduisit dans la chambre des
amants sous prétexte de reprendre une bague qu’il y avait oubliée et il
alluma du feu, soi-disant pour y voir clair mais en réalité pour rendre
visible aux yeux de la femme la laideur du Sagoné. Celui-ci, d’autant
plus furieux que la belle l’accabla de moqueries, jura solennellement
que le feu allumé par la main du chef des Dabora ne s’éteindrait pas de
sitôt, ce qui équivalait à une déclaration de guerre. Les hostilités en
effet s’ouvrirent peu après : les Dabora, soutenus par les Maures Oulad-
Mbarek, étaient sensiblement les plus forts, et les Sagoné appelèrent à
leur secours l’empereur banmana du Kaarta, Sébé ou Sié Kouloubali, qui
n’attendait que cette occasion pour arrondir son domaine. Sébé tomba sur
les Dabora, les vainquit, mais annexa le Diangounté au Kaarta au lieu de
le restituer au roi de Diara. Puis, sous prétexte de défendre le Kingui
contre les Oulad-Mbarek, dont la puissance devenait redoutable, il se
porta jusqu’à Nioro, enleva le pouvoir aux Diawara et partagea ce qui
restait du royaume de Diara en provinces relevant directement de son
autorité (1754).
Comme nous le verrons en parlant de l’histoire des empires banmana, la
lutte continua longtemps encore au Kingui entre les Diawara et les
Banmana-Massassi, et ce ne fut que sous le règne du dernier empereur du
Kaarta, Kandia, un siècle environ après la main-mise de Sébé Kouloubali
sur le royaume de Diara, que les Massassi furent définitivement
vainqueurs des Diawara et installèrent leur capitale à Nioro (1846),
pour en être chassés quelques années après par El-Hadj Omar en 1854.
[Illustration : Carte 11. — Le royaume de Diara.]
DELAFOSSE Planche XX
[Illustration : _Cliché Froment_
FIG. 39. — Cavaliers Touareg
exécutant une charge de parade contre le vapeur _Ibis_, à Bamba.]
[Illustration : _Cliché Fortier_
FIG. 40. — Scène de danse guerrière chez les Malinké.]
[Note 138 : 1er volume, pages 256 à 263.]
[Note 139 : 1er volume, pages 265 et 266.]
[Note 140 : 1er volume, pages 266 et 267.]
[Note 141 : 1er volume, page 267 et plus loin pages 273 à 276.]
[Note 142 : Au sujet de l’origine de ce sabre légendaire, voir le 1er
volume, pages 272 et 273.]
CHAPITRE VI
=L’Empire de Sosso ou du Kaniaga
(XIe au XIIIe siècles).=
L’Etat soninké dont je vais tenter de retracer ici la brève histoire
n’eut ni la durée ni l’éclat de l’empire de Ghana, mais il fut
cependant, à un moment donné, maître des destinées du Soudan. Le nom de
sa capitale, _Sosso_, ou celui de la fraction dirigeante de sa
population, les _Sossé_, transmis à la postérité par Ibn-Khaldoun, a été
longtemps confondu avec celui des Soussou, alors que, à mon avis, ces
derniers n’ont jamais participé à sa formation ni à sa gloire : c’est
tout au moins ce qui résulte d’un examen consciencieux des traditions
locales, comme de la lecture attentive des quelques documents écrits que
nous possédons sur ce sujet.
J’ai relaté plus haut[143] comment les Soninké s’étaient établis dans le
_Kaniaga_ et y avaient fondé à diverses reprises des colonies qui, en se
soudant entre elles, donnèrent naissance à un véritable Etat. Dès la fin
du VIIe siècle, nous avons vu la migration de l’ancêtre Digna passer par
le Kaniaga en se rendant du Diaga à Dioka. Vers 750, Goumaté-Fadé, père
du clan des Diarisso, Diaressi ou Yaressi, recevait du roi du Ouagadou
le gouvernement de la partie septentrionale du Bélédougou et Diaméra-
Sogona celui de la partie méridionale du Kaniaga ; ce dernier fixait sa
résidence à _Guesséné_ ou près de Guesséné. Quelque quarante ans plus
tard, lors du démembrement du Ouagadou, Goumaté-Fadé devenait le chef
indépendant d’une petite province habitée par sa propre famille et celle
de Diaméra-Sogona. Cette province ne tarda pas à être annexée à l’empire
de Ghana et à former une sorte de petit royaume vassal de cet empire.
Lorsque la prise de Ghana en 1076 par les Almoravides provoqua un
nouveau mouvement de migration parmi les Soninké, un grand nombre de
gens de cette nation s’enfuirent de l’Aoukar et allèrent dans le Kaniaga
rejoindre leurs compatriotes. C’est à ce moment, très vraisemblablement,
que l’Etat soninké du Kaniaga se constitua définitivement, sous le
commandement d’une dynastie issue de Goumaté-Fadé et appartenant au clan
des _Diarisso_.
L’empire de Ghana n’avait pas été en réalité détruit par la conquête
almoravide, mais celle-ci l’avait fortement ébranlé et, lorsque la
domination berbère eut pris fin, vers 1090, avec la mort d’Aboubekr-ben-
Omar, le souverain de Ghana n’était plus assez puissant pour rétablir
son autorité sur les petits Etats qui s’étaient constitués dans le Sud,
à la faveur de la main-mise momentanée des Lemtouna sur la grande
métropole soninké. C’est ainsi que le royaume du Kaniaga conserva son
indépendance et put, à son tour, devenir un empire.
D’après les traditions indigènes, la dynastie des _Diarisso_ compta sept
princes, qui se succédèrent de 1076 à 1180 environ. Le premier, _Kambiné
Diarisso_, descendait de Goumaté-Fadé ; ce fut lui qui, déjà fort âgé à
cette époque, organisa l’Etat après la prise de Ghana par Aboubekr-ben-
Omar, installant sa capitale dans une localité voisine de Guesséné qui
fut plus tard appelée _Sosso_, ainsi que nous le verrons dans un
instant.
Son fils _Souleïmân_ lui succéda vers 1090, un peu après la mort
d’Aboubekr-ben-Omar, et eut pour successeur son propre fils _Banna-
Boubou_ (1100-1120). C’est sous le règne de ce dernier que les Peuls,
venant de l’Ouest, auraient fait leur première apparition au Kaniaga ;
la famille royale des Diarisso les accueillit avec bienveillance : le
roi, ses fils et ses principaux officiers prirent femmes dans les
familles nobles des nouveaux immigrants, familles qui appartenaient au
clan des _Sô_ ou _Férôbé_ : c’est ce qui fit donner aux descendants de
ces unions le nom de _Sossé_ (descendance des Sô) ; plus tard, l’emploi
de cette appellation s’étant généralisé, elle fut appliquée à tous les
habitants du Kaniaga ou tout au moins à tous les membres de la classe
dirigeante. C’est également cette circonstance qui fit donner le nom de
_Sosso_ (village des Sô) à la capitale de l’Etat et à l’Etat lui-même.
Après Banna-Boubou régna son fils _Makhan_ (1120-1130), généralement
connu sous le nom de Ouagadou-Makhan parce que sa mère était originaire
du Ouagadou et l’avait mis au monde dans ce dernier pays, où elle était
allée faire ses couches. A Makhan succédèrent _Gané_ (1130-1140),
_Moussa_ (1140-1160) et _Birama_ (1160-1180), tous descendants de
Kambiné Diarisso.
Birama fut le dernier prince de cette dynastie. Il avait laissé neuf
fils, issus de deux mères distinctes ; l’aîné des enfants du premier lit
voulut, à la mort de son père, s’emparer du pouvoir, mais la succession
lui fut disputée par l’aîné des enfants du second lit. Les autres fils
prirent parti chacun pour son frère utérin et une querelle s’ensuivit
qui dégénéra en bataille. Les enfants du second lit, se sentant les plus
faibles, appelèrent à leur secours un chef renommé nommé _Diara Kannté_,
qui avait été le meilleur général de Birama ; c’était un Soninké d’une
caste inférieure, que certaines traditions disent originaire de la
province de Ouossébougou tandis que d’autres le font venir de Tirakka,
escale du Niger autrefois célèbre et voisine de Tombouctou qui la
supplanta[144].
Quoi qu’il en soit, l’intervention de Diara Kannté amena la victoire des
enfants du deuxième lit, qui étaient cinq frères ; mais, lorsqu’il
s’agit de savoir lequel des cinq monterait sur le trône, les disputes
recommencèrent et des horions furent de nouveau échangés. Ce que voyant,
Diara Kannté s’empara lui-même du pouvoir, se fit reconnaître comme
empereur par les notables et exila tous les fils de Birama dans le
Kaarta.