[Note 65 : Ce mot, écrit _za_ par Sa’di, se prononce _dia_ dans la

région de Tombouctou et de Gao et _za_ dans la région de Say. Il a fait

donner le nom de « dynastie des Dia » aux 31 souverains qui se

succédèrent sur le trône, à Gounguia puis à Gao, depuis la fondation de

l’empire jusqu’à Ali-Kolen, le premier _sonni_.]

[Note 66 : J’ai dit qu’ils avaient été fort maltraités par leurs

compatriotes du Sahara central et que c’était là la raison qui les avait

conduits à chercher plus loin une terre moins inhospitalière (1er vol.,

page 192).]

[Note 67 : 1er volume, page 239.]

[Note 68 : Ces noms, dont la plupart présentent une physionomie berbère,

peuvent être lus de bien des manières différentes sur le texte arabe ;

je les ai orthographiés de la manière la plus conforme à la

prononciation conservée par les traditions locales.]

[Note 69 : M. Bonnel de Mézières a rapporté récemment du Soudan une

copie fort intéressante d’une lettre d’El-Merhili au premier askia.]

[Note 70 : Ralfs intercale un autre souverain, Timbassinaï, entre Atib

et Ayam-Daa, ce qui ferait en tout 32 princes de la dynastie des Dia, au

lieu des 31 mentionnés par Sa’di dans les manuscrits de son ouvrage qui

ont été rapportés en France.]

[Note 71 : On a parfois un _ra_ à la place du _ouaou_, ce qui donne

_Karkar_, mais cette leçon provient d’une erreur de lecture de la part

des copistes.]

[Note 72 : Bekri dit que, de son temps, l’empereur de Gao se nommait

_Kanda_ ou _Ganda_ : peut-être faut-il voir là un simple titre de

souveraineté ; peut-être aussi pourrait-on y retrouver la dernière

partie du nom du deuxième successeur de Kossoï : Ngaroungadam ou Hin-

Karoun-Kadam.]

[Note 73 : Edrissi donne à Tadmekket le nom de Saghmâra, qui était celui

de la tribu berbère dont cette ville constituait la capitale.]

[Note 74 : Bekri compte cinquante jours de marche entre Tadmekket et

Ouargla.]

[Note 75 : On rencontre encore aujourd’hui, dans la majeure partie de

l’Afrique Occidentale, des perles grossièrement polies et taillées

répondant exactement à la description de Bekri ; ces perles atteignent

un prix assez élevé, d’autant plus élevé qu’on s’avance vers le Sud,

sans jamais atteindre cependant la valeur des perles en verre bleu dites

« pierres d’aigris ». Les indigènes disent que ces perles en agate sont

de fabrication ancienne et assurent qu’elles viennent des pays du Nord,

sans préciser davantage.]

[Note 76 : Peut-être y a-t-il une correspondance entre le nom de Sahamar

et celui des Saghmâra.]

[Note 77 : On a voulu placer Tirakka aux environs de Bourem en se basant

sur une phrase de Bekri disant que « arrivé à Tirakka, le Nil tourne

vers le Sud et rentre dans le pays des Noirs ». Bekri, comme beaucoup de

géographes anciens, n’attachait pas une grande importance au sens du

courant des fleuves et, de ce qu’il dit que « le Nil tourne vers le

Sud », il ne faut pas nécessairement déduire que le Niger _coulait_ vers

le Sud à partir de Tirakka. A mon avis, c’est du coude de Tombouctou et

non du coude de Bourem que Bekri a voulu parler, sans quoi ses

informateurs, qui avaient voyagé dans ces contrées, ne lui auraient pas

dit que Tirakka se trouvait à six jours seulement de Ras-el-Ma.]

[Note 78 : La plupart des noms qui suivent les prénoms musulmans ont une

allure songaï ; plusieurs peuvent recevoir une interprétation facile

dans cette langue, comme Souleïmân-Nêri (Souleïman le Stupide), Ibrahim-

Kabaï (Ibrahim le Savant), Ousmân-Kanafa (Ousmân l’Utile), Bari-Keïna-

nkabé (le petit cheval barbu), Bakari-Diongo (Bakari le Chacal), Mar-

Kareï (la panthère-crocodile), Kar-Bifo (il a frappé avant-hier), Mar-

feï-koul-diam (la panthère divise les ouvriers de tout), Mar-har-kann

(la panthère mâle dort), Mar-har-na-dano (la panthère mâle n’est pas

aveugle), etc.]

[Note 79 : Le nom de ce prince est omis dans les listes données par

Ralfs et par M. Félix Dubois.]

[Note 80 : De Gao, Ibn-Batouta se rendit dans l’Aïr, à travers le pays

des Touareg (qu’il appelle _Berdâma_), en passant par _Takedda_, ville

commerçante en relations avec l’Egypte, le Maghreb, le Haoussa, le

Songaï et le Bornou, qui devait son importance à l’exploitation de mines

de cuivre et dont le chef, nommé Izar, était un Berbère campant en

dehors des murs. La position de Takedda devait correspondre à celle du

point actuel de _Teguidda_ (la saline), signalé par le capitaine Cortier

entre Agadès et Gao.]

[Note 81 : Sa’di dit « pendant 40 ans », ce qui reporterait la prise de

Tombouctou par Sonni Ali à l’année 1473, mais le même auteur dit

ailleurs que Sonni Ali s’empara de Tombouctou en 1468. C’est sous la

domination d’Akil à Tombouctou que Sidi Yahia, ancêtre de la famille

kounta des Bekkaï, vint s’établir dans la région.]

[Note 82 : Traduction Houdas, page 106.]

[Note 83 : D’après d’autres traditions mentionnées ailleurs par Sa’di,

le siège de Dienné n’aurait commencé qu’après la prise de Tombouctou et

n’aurait duré que quatre ans : de toutes façons, il faudrait placer vers

1473 la prise de Dienné par Sonni Ali.]

[Note 84 : Il se pourrait que ce nom, prononcé Bikounkabé, fût le nom

peul d’une tribu. Un manuscrit recueilli à Sokoto en 1827 par Clapperton

semble le laisser entendre.]

[Note 85 : Le _Tarikh-es-Soudân_ ne précise pas s’il s’agit de

l’empereur mossi du Yatenga ou de celui de Ouagadougou, mais il donne à

ce souverain, lorsqu’il parle plus loin de la guerre que lui fit le

premier Askia, le nom de _Na’sira_ ou _Nasséré_, qui est celui du

quinzième empereur du Yatenga, contemporain de Sonni Ali et de Mohammed

Touré.]

[Note 86 : D’après Sa’di, cette expédition fut mise en déroute grâce à

la présence à Bango d’un saint homme nommé El-hadj, qui possédait le don

d’accomplir des miracles.]

[Note 87 : Probablement le Sama de Bekri, c’est-à-dire la région

occidentale du Bagana, au Sud-Ouest de Oualata.]

[Note 88 : Parmi ces captives se trouvait une jeune fille de famille

noble que l’empereur mossi épousa, mais qui lui fut reprise plus tard

par l’Askia Mohammed Touré lorsque celui-ci ravagea le Yatenga.]

[Note 89 : Sans doute quelque ruisseau sortant des montagnes de la

Boucle et grossi par les pluies ; à noter que _Koni_ signifie

« ruisseau » en mandingue.]

[Note 90 : « Le roy de Tombut qui est à present, nommé Abubacr Izchia

decendu des Noirs, étant fait capitaine par Soni Heli de la lignée des

Libyens et roy de Tombut et Gago, se revolta et meit à mort les enfans

du defunct ; à cause de quoy, le domaine et seigneurie retourna souz la

puissance des Noirs » (Léon l’Africain, édition Schefer, 3e vol., page

284). Léon voyagea au Soudan vers 1507 et écrivit sa relation vers 1520.

A noter qu’il donne au premier Askia le nom d’_Abubacr_ qui, d’après

Sa’di, était celui de son père.]

[Note 91 : Les Touareg, assez mal disposés à l’égard du nouvel empereur,

prétendirent que _Askia_ était un surnom méprisant, signifiant dans leur

langue « petit esclave ».]

[Note 92 : Comme preuve de la considération dans laquelle Mohammed

tenait les lettrés, on peut citer le trait suivant : en 1509, comme

Mahmoud, cadi de Tombouctou, arrivait à Gao en revenant de La Mecque,

l’empereur, qui se trouvait alors à Kabara, se rendit par eau jusqu’à

Gao pour recevoir Mahmoud.]

[Note 93 : D’après Léon l’Africain.]

[Note 94 : Sans doute Mohammed conserva plus ou moins l’organisation

établie par les princes de Mali dans cette partie de leur empire ; il

dut même laisser le commandement des provinces à des Mandingues, puisque

nous trouvons dans Sa’di qu’en 1510-11 le gouverneur du Bagana — ou du

Bakounou, selon les manuscrits — se nommait Makouta Keïta.]

[Note 95 : Ne pas confondre avec la province appelée aussi Borgou et

située à l’Ouest de Mopti.]

[Note 96 : Sans doute pour _Issa-ber-banda_ « pays au-delà du grand

fleuve », expression analogue au terme Haribanda ou Aribinda, mais

appliquée à la rive gauche du fleuve, comme Zaberma, au lieu de l’être à

sa rive droite.]

[Note 97 : Sa’di emploie couramment le mot Songaï (qu’il écrit _Soghaï_

ou _Saghaï_) pour désigner, soit l’ensemble de l’empire de Gao, soit

surtout le berceau de cet empire et le territoire propre des Songaï

(région allant de Gao au Dendi). Ibn-Khaldoun nous fait connaître que

les musulmans de Ghana donnaient souvent le nom de Tekrour au Songaï ;

il écrit ce dernier mot _Zaghaï_, ainsi que Makrizi, lequel rapporte

qu’Ibn-Saïd donnait ce nom de Zaghaï à l’ensemble des nations comprises

entre la Nubie, la Tripolitaine et le Tekrour.]

[Note 98 : 1er volume, page 229, note [166].]

[Note 99 : Dans un manuscrit remis à Clapperton en 1824 par le sultan de

Sokoto Mohammed-Bello, ce dernier parle du Kebbi, pays situé au Sud du

Goulbi-n-Sokoto et à l’Est du Gando, dont les habitants étaient issus

d’un mélange de Songaï et de Haoussa. Il dit que le plus puissant

monarque du Kebbi fut Kanta, un ancien esclave de Peuls : ce souverain

avait trois capitales : Goungou, la plus ancienne, puis Sourami et enfin

Liki. Ce Kanta, dit Bello, conquit Katséna, Kano, Gober, Zaria et

l’Aïr ; mais Ali, alors sultan du Bornou, marcha contre lui en passant

au Nord de Katséna et l’attaqua à Sourami ; il assiégea vainement cette

ville et se retira, en passant par Gando ; Kanta le poursuivit,

l’atteignit à Ongour (?), le vainquit et s’empara sur lui d’un énorme

butin. En revenant dans son pays, Kanta fut attaqué par les gens de la

province de Katséna, qui s’étaient révoltés contre lui, et fut blessé

d’une flèche au cours d’un combat. Il mourut de sa blessure et son corps

fut transporté à Sourami, où on l’enterra. Sa dynastie continua à régner

au Kebbi pendant un siècle environ, après quoi les rois de Gober, de

l’Aïr et du Zanfara s’allièrent contre le dernier de ses successeurs et

détruisirent ses trois capitales.]

[Note 100 : Ou bien se trouvait dans l’île de Tillabéry, où existe un

village appelé Saï Koïra.]

[Note 101 : Allusion à la façon de saluer le souverain qui était usitée

autrefois dans toutes les cours du Soudan et qui a subsisté jusqu’à nos

jours en pays mossi ; l’usage voulait que tout sujet qui se présentait

devant un prince se prosternât la face et les coudes contre le sol et,

prenant de la poussière avec ses deux mains, la projetât sur sa tête.]

[Note 102 : Il s’agit d’un petit village très proche de Gao et non pas

de la localité de Mansourou sise entre Tillabéry et Say.]

[Note 103 : Il s’agit d’un jeu à combinaisons encore fort répandu de nos

jours dans toute l’Afrique noire.]

[Note 104 : Par rapport à Gao, _Haoussa_ représente l’Est et _Gourma_

l’Ouest.]

[Note 105 : Il y avait près de Sansanding deux villages du nom de Sama,

l’un en amont sur la rive gauche du Niger, l’autre en aval sur la rive

droite, sans compter un troisième Sama situé un peu en amont de Ségou

sur la rive gauche. Celui dont il est question ici était très

probablement le Sama de la rive droite, en aval de Sansanding.]

[Note 106 : Au cours _actuel_ des cauries, cela représenterait un peu

moins de cinquante centimes.]

[Note 107 : Le 19 octobre 1548 était mort le célèbre cadi de Tombouctou,

Mahmoud, auquel succéda son fils Mohammed, qui mourut lui même en 1565.]

[Note 108 : Il ne s’agit vraisemblablement pas ici de la localité

mentionnée sous les mêmes noms, page 228 du 1er volume, comme pays

d’origine des Peuls du Massina, et qui se trouvait dans le Kaniaga. Sans

doute, en arrivant au Massina, les Peuls y avaient fondé un village

auquel ils donnèrent le nom de celui qu’ils venaient de quitter.]

[Note 109 : Ou _Ghana-fama_, titre donné au fonctionnaire mandingue

chargé du gouvernement de la province de Ghana, au temps où cette région

dépendait de Mali ; depuis le premier Askia, la région était placée sous

la suzeraineté de l’empereur de Gao, mais le titre s’était conservé et

était donné à l’un des dignitaires de la cour de Mali.]

[Note 110 : Par ce mot, Sa’di entend les populations païennes, quelles

qu’elles soient, plutôt que les Banmana ; ces derniers, vers le milieu

du XVIe siècle, ne devaient pas être encore bien nombreux ni bien

influents dans la région de Dienné.]

[Note 111 : Le gouverneur du Gourma Ali Kotia mourut en 1562 et fut

remplacé par Yakouba, un fils de Mohammed I.]

[Note 112 : Sans doute il s’agit d’une région montagneuse habitée par

des Tombo, peut-être la région de Boni, près Hombori.]

[Note 113 : En 1565 mourut le cadi de Tombouctou Mohammed-ben-Mahmoud,

qui fut remplacé par son frère El-Akib. Peu après mourut Bakari-Ali-

Doundo.]

[Note 114 : Peut-être ce mot est-il le même qu’_Imocharhen_, nom donné

aux Touareg de souche noble, mais je croirais plutôt qu’il s’agit d’une

tribu ou sous-tribu spéciale.]

[Note 115 : Sans doute ces trois localités se trouvaient dans la région

comprise entre Douentza et Bandiagara.]

[Note 116 : _Tondibi_ signifie en songaï « pierre noire » ou « colline

noire ».]

[Note 117 : Tous ces événements s’étaient déroulés sur la rive gauche du

Niger.]

[Note 118 : On trouvera une description de Tombouctou et de Dienné vers

la même époque au chapitre traitant de la domination marocaine. — A

titre documentaire, je reproduis ici, d’après Sa’di, la liste des divers

gouverneurs du Gourma qui se succédèrent de 1493 à 1591. Ce furent :

Omar-Komdiago, Yahia, Ousmân-Youbabo, Bengan-Koreï, Ousmân-Tinferen,

Hamadou-Araya, Ali Kotia, Daoud, Ali Kotia (deuxième fois), Yakouba,

Mohammed-Bengan, El-Hâdi, Sâlih, Mahmoud. Les différents _Balama_,

pendant la même période, furent : Mohammed-Koreï, Mahmoud-Doundoumi,

Hamadou-Araya, Ali Kotia, Khâled, Mohammed-ould-Della, Mohammed-Ouao,

Hâmed, Saliki Tounkara, Mohammed-Gao. Ce dernier, frère d’Issihak II, le

détrôna après sa défaite et se fit proclamer Askia, pour être lui-même

déposé et fait prisonnier, quarante jours après son avènement, par le

pacha Mahmoud.]

CHAPITRE IV

=Les empires mossi et gourmantché

(XIe au XXe siècles).=

J’ai dit, en parlant de l’origine et de la formation des peuples du

groupe mossi[119], comment et à la suite de quelles circonstances un

nommé _Ouidiraogo_, petit-fils d’un roi dagomba, s’était établi à

_Tenkodogo_ au début du XIe siècle et y avait fondé le berceau d’où

devaient sortir peu à peu les peuples mossi et gourmantché. Nous avons

vu comment Ouidiraogo avait partagé son Etat naissant en trois

provinces, commandées par ses trois fils _Zoungourana_ (à l’Ouest),

_Raoua_ (au Nord) et _Diaba_ (à l’Est), provinces qui devaient devenir

les trois empires de Ouagadougou, du Yatenga et de Fada-n-Gourma.

Lorsque Ouidiraogo mourut, vers le milieu du XIe siècle, Zoungourana lui

succéda à Tenkodogo et confia le commandement de la province de l’Ouest

à son propre fils _Oubri_. C’est à cette époque, c’est-à-dire vers 1050,

que l’on peut faire commencer l’histoire proprement dite des trois

empires issus de l’invasion dagomba.

Ainsi que nous l’allons voir, ces trois empires, bien que n’ayant pas eu

l’éclat ni la renommée des empires de Ghana, de Gao et de Mali, bien

aussi que leur territoire n’ait jamais atteint les dimensions presque

fantastiques de ces derniers, furent en réalité des Etats plus forts,

plus homogènes et plus durables. Entourés d’empires et de royaumes dont

l’éphémère apogée fut toujours suivie à bref délai d’un démembrement

progressif ou d’une fin rapide, ils ont, eux, duré neuf siècles sans

changement appréciable dans leurs limites ni dans leur organisation

intérieure, et même, à la vérité, ils existent encore actuellement, leur

indépendance n’ayant pris fin qu’avec l’occupation française et leurs

institutions politiques et sociales n’ayant pas varié sensiblement

depuis le Moyen Age. Alors que l’histoire des empires soudanais voisins

abonde en général en révolutions de palais et en changements de

dynastie, les souverains actuels de Ouagadougou, du Yatenga et de Fada-

n-Gourma rattachent leur généalogie à Ouidiraogo et fournissent ainsi le

rare exemple d’une triple dynastie d’origine commune ayant conservé le

pouvoir dans la même famille pendant près de neuf cents ans.

Aucun de ces trois empires ne s’est illustré par de grandes conquêtes

extra-territoriales, bien que certains de leurs souverains aient fait au

loin des randonnées demeurées célèbres et aient à leur actif des

épisodes tels que la prise de Tombouctou en 1333 et le sac de Oualata en

1480. Mais aucun non plus ne fut jamais vassal de l’étranger et, si

quelques expéditions dirigées par Sonni Ali et certains Askia réussirent

à pénétrer dans les pays mossi ou gourmantché et à y capturer des femmes

et des enfants, jamais l’intégrité des trois Etats ne fut sérieusement

compromise, jamais ils n’essuyèrent de défaite véritable, tandis qu’ils

en infligèrent au contraire de fort retentissantes à des ennemis d’une

valeur non négligeable, tels que les empereurs de Mali, de Gao, de Ségou

et les pachas marocains de Tombouctou.

Cette fortune très particulière eut des causes diverses. Tout d’abord la

densité de peuplement des empires mossi, en permettant aux souverains

comme au peuple lui-même d’opposer toujours aux armées ennemies un

nombre de combattants bien supérieur, leur assura de tout temps la

priorité au point de vue militaire ; mais il ne faut pas oublier que

cette densité de peuplement était due à l’état de sécurité relative du

pays, sécurité que les Etats voisins ne furent pas capables d’assurer à

leurs sujets. Ensuite il convient d’observer que, bien que renfermant

des peuples divers, les Etats mossi et gourmantché formaient chacun un

tout beaucoup plus homogène, au point de vue ethnique, que les

agglomérations disparates constituant les autres empires soudanais :

l’histoire nous apprend que, dans tous les pays du monde, l’extension

trop considérable des frontières d’un Etat en dehors de ses limites

proprement nationales est presque toujours l’indice d’un démembrement

prochain, parce qu’elle est une cause d’affaiblissement du pouvoir

souverain ; en localisant leurs efforts à leur propre pays, les princes

de Ouagadougou, du Yatenga et de Fada-n-Gourma acquirent une force pour

ainsi dire concentrée que les empereurs de Gao et de Mali, par exemple,

cessèrent de posséder à partir du jour où leurs Etats sortirent de leurs

limites naturelles.

Enfin il est un autre élément de puissance qui ne fit jamais défaut aux

empires dont nous nous occupons en ce moment, et particulièrement à ceux

de Ouagadougou et du Yatenga : je veux parler d’une religion vraiment

nationale, puissamment organisée, réglant minutieusement tous les actes

de la vie privée et publique, basée en grande partie sur le culte des

ancêtres et dont l’empereur, comme descendant du grand ancêtre commun,

détenait entre ses mains la direction suprême, participant lui-même en

quelque sorte à la quasi-divinité attribuée à ses prédécesseurs défunts

et dont il devait jouir à son tour après sa mort. Il y a à cet égard une

analogie assurément lointaine, mais réelle, entre les institutions de la

Chine et celle des pays mossi, et ce qui a fait la force et la durée des

premières a puissamment aidé les secondes à se maintenir dans leur

intégrité au travers des révolutions des pays voisins[120].

=I. — L’empire de Ouagadougou.=

1o _Histoire._

Nous avons laissé[121] _Oubri_ s’installant vers 1050 dans la région de

Ouagadougou et faisant sa résidence d’un village qui reçut de lui le nom

d’_Oubritenga_ et qui devint le chef-lieu d’une province vassale de

Tenkodogo, où régnait Zoungourana. Oubri ne tarda pas à étendre les

limites de son autorité ; il s’empara d’abord de Gangado et de Loumbila,

puis de Lâ, et réunit ainsi sous son commandement les régions de

Boussouma et de Béloussa, puis la province de Yâko.

A la mort de son père Zoungourana, Oubri lui succéda comme suzerain de

tous les pays conquis par les membres de sa famille, c’est-à-dire des

quatre royaumes de Tenkodogo, de Fada-n-Gourma, de Zandoma et

d’Oubritenga : le premier était commandé par Séré, fils de Zoungourana

et frère d’Oubri, le second par Diaba, oncle d’Oubri, le troisième par

Raoua, frère de Diaba, et le quatrième par Oubri lui-même, qui y

maintint sa résidence. Peu à peu, le royaume de Fada-n-Gourma se rendit

indépendant. Celui de Zandoma devait être absorbé, environ 350 ans plus

tard, dans un Etat indépendant fondé par Ya-Diga, petit-fils d’Oubri, et

former avec ce dernier l’empire du Yatenga.

Les deux royaumes de Tenkodogo et d’Oubritenga, réunis ensemble sous la

suzeraineté d’Oubri et de ses successeurs, formèrent l’empire qui devait

avoir plus tard _Ouagadougou_ comme capitale. Bien qu’Oubri n’ait pas

résidé dans cette dernière localité, ce fut lui qui en fit la conquête

sur les autochtones Nioniossé et Nounouma : il leur livra une bataille

qui dura cinq jours et se termina par leur défaite ; les uns firent leur

soumission à Oubri et demeurèrent à Ouagadougou ; les autres se

réfugièrent au Kipirsi : Oubri les y poursuivit et mourut au cours de

cette expédition, à Koudougou, vers 1090.

Il laissait, sous le nom de _Môrho_, un empire dont les habitants furent

appelés _Môssé_ ou _Mossi_ et dont le souverain portait le titre de _Mô-

nâba_ ou _Môrho-nâba_ (chef du Môrho ou pays des Mossi)[122]. Cet empire

comprenait alors la province d’Oubritenga (région de Ouagadougou),

celles de Yâko, de Boussouma, de Béloussa, plus les royaumes vassaux de

Tenkodogo, comprenant une bonne partie du pays boussansé, et de Zandoma,

dans l’Est du Yatenga actuel. L’autorité du _Môrho-nâba_ s’étendait en

plus, dès cet instant, sur une partie au moins du Kipirsi et du

Gourounsi actuels (pays Nounouma et Sissala), ainsi que sur les Nankana.

L’empire était partagé en royaumes ou gouvernements provinciaux,

commandés chacun par un frère ou parent de l’empereur ; ces royaumes ou

gouvernements se divisaient à leur tour en cantons, qui se composaient

chacun de plusieurs villages. Depuis les chefs de village jusqu’à

l’empereur était établie une hiérarchie centralisatrice fort

remarquable.

Oubri, nous l’avons vu, résidait à Oubritenga et régna approximativement

de 1050 à 1090. Ses quatorze premiers successeurs résidèrent tantôt dans

l’une tantôt dans l’autre des diverses régions de l’empire, selon les

besoins politiques du moment. Ce furent : _Sorba_ ou Narimtoré, fils

d’Oubri, qui résida à Lougoussi ; puis _Nassékiemdé_, _Nassébiri_ et

_Ninguem_, tous les trois frères de Sorba, qui résidèrent à Lâ ;

_Koundoumié_ ou Koundégné, fils de Ninguem, qui régna vraisemblablement

de 1170 à 1210, dirigea une colonne contre Kayao et Tiéou et établit sa

résidence dans cette dernière localité ; _Kouda_, fils de Koundoumié,

qui résida à Saponé ; _Dawoéma_, fils de Kouda, qui résida à Loumbila et

guerroya au Nord de Yâko avec son voisin, l’empereur du Yatenga (régna

de 1240 à 1270 environ) ; _Zettembousma_, frère du précédent (résidence

inconnue) ; _Niandeffo_, fils de Zettembousma, qui le premier résida à

Ouagadougou (régna de 1280 à 1300 environ) ; _Nattia_, fils de

Niandeffo, qui résida à Dazouli ; _Namoéro_, fils de Nattia (résidence

inconnue) ; _Kida_, fils de Niandeffo, qui résida à Ouagadougou ainsi

que son frère et successeur _Kimba_, sous lequel le royaume vassal de

Zandoma passa à l’empire du Yatenga ; enfin _Kobra_, fils de Kimba et

quinzième Môrho-nâba, qui régna entre 1400 et 1430 et résida à Nougandé.

A partir de _Sana_ (1430-1450), frère de Kobra et seizième Môrho-nâba,

Ouagadougou devint la résidence permanente des empereurs[123]. Après lui

régnèrent ses fils _Guiliga_ et _Oubra_, puis _Mottoba_ et _Ouarga_,

tous les deux fils d’Oubra.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 10 / 36 段