[Note 53 : Aboulféda place Barissa par 13° 30′ de latitude Nord et par

11° 30′ de longitude à l’Est de l’embouchure du Sénégal.]

[Note 54 : Edrissi ajoute que les Lemlem, qui allaient souvent tout nus,

se faisaient des stigmates sur les tempes et la face : leur pays se

trouvait en bordure d’un affluent du « Nil », c’est-à-dire du Sénégal

(la Falémé ou le Bafing, ou les deux) et touchait à l’Ouest au pays des

Magzâra ou Magrâra (par lequel il convient d’entendre le Boundou, le

Fouta et le Diolof) et au Sud à des déserts inhabités (lisez : des

contrées inconnues). La langue des Lemlem différait de celle des Magzâra

(toucouleur, sérère et ouolof) et de celle de Ghana (soninké). Voir :

Barth, _Central-Afrikanischer Vokabularien_, page CLXVII.]

[Note 55 : Cooley a cru pouvoir identifier In-Bara avec Hombori et

Kougha avec Gao ; à vrai dire, l’orthographe donnée à Kougha par Bekri

est exactement la même que celle donnée à Gao par Ibn-Haoukal (Kougha ou

Kaoga), mais, alors que le Kougha d’Ibn-Haoukal correspond manifestement

à Gao, celui de Bekri, indiqué comme se trouvant à quinze jours à

l’_Ouest_ de Ghana et à proximité des mines d’or, de Tekrour et

d’Aoulil, ne peut aucunement se confondre avec Gao. Il serait également

invraisemblable qu’un cousin de l’empereur de Ghana eût exercé un

commandement dans la région de Gao, puisque nous savons que l’autorité

de Menîn s’arrêtait vers l’Est à Ras-el-Ma. Enfin Bekri nous donne, dans

un autre passage, un itinéraire très circonstancié de Ghana à Gao, fort

différent de celui de Ghana à Kougha, et il écrit le nom de Gao d’une

manière bien distincte, qui ne peut se lire que Koukou, Koko, Kaokao ou

Gaogao.]

[Note 56 : D’après des traditions recueillies par M. le Commandant

Gaden, la résidence du roi du Toro fut, à une certaine époque, _Gallat_,

village situé non loin de l’emplacement actuel de Bakel.]

[Note 57 : A la rigueur, Bekri mettant souvent un _f_ à la place d’un

_b_ dans sa transcription des noms soudanais, on pourrait lire

_Diomboko_ le mot qu’il orthographie _Zefokou_ ou _Diafouko_.]

[Note 58 : Probablement Ménîn, qui était monté sur le trône en 1062.]

[Note 59 : La ville même de Oualata dut être musulmane depuis sa

fondation, mais l’ancienne population soninké de l’Aoukar dut demeurer

très longtemps païenne puisque, au dire de Léon l’Africain, les peuples

dépendant de Oualata adoraient le feu au début du XVIe siècle.]

[Note 60 : D’après une tradition écrite recueillie à Araouân par M.

Bonnel de Mézières, Ghana aurait été détruite par un _askia_, neuf cents

ans avant l’arrivée du pacha Djouder à Tombouctou, c’est-à-dire vers la

fin du VIIe siècle : le fait et la date sont également inacceptables

puisque, à cette époque, le futur empire de Gao ne faisait que commencer

à se constituer, le premier _askia_ ne devant apparaître d’ailleurs qu’à

la fin du XVe siècle, et que la période de prospérité de Ghana n’avait

pas commencé encore. Sans doute il convient d’interpréter cette

tradition en disant que, vers 690, se fondait dans la région de Gao un

empire qui, beaucoup plus tard, devait devenir le rival de celui de

Ghana.]

CHAPITRE III

=L’Empire de Gao (VIIe au XVIe siècles).=

=I. — Gounguia siège de l’empire= (690-1009).

Bien que, pour demeurer fidèle à une formule généralement adoptée, je

donne le nom d’« empire de Gao » à l’important Etat soudanais qui se

développa et fleurit du VIIe au XVIe siècles dans la vallée du Niger

inférieur et moyen, la ville de Gao ne fut la capitale de cet empire

qu’à partir du XIe siècle : durant les 320 premières années de son

existence, il eut, comme ville principale et résidence de ses

souverains, la localité de _Gounguia_ (Koukia selon l’orthographe

employée par les Arabes, Cochia dans Cadamosto). Ainsi que je l’ai dit

précédemment[61], cette localité devait se trouver dans l’une des îles

de Bentia, entre Gao et Tillabéry, à 150 kilomètres environ en aval du

premier de ces deux points, ou en tout cas dans l’une des îles que l’on

rencontre sur le Niger dans la même région.

J’ai raconté déjà[62] comment des Berbères des tribus Lemta et Hoouara,

venant de Tripolitaine, s’étaient échoués à la fin du VIIe siècle auprès

des Songaï habitant la rive gauche du Niger en face de Gounguia, comment

_Dia Aliamen_, chef de ces Berbères, avait réussi à débarrasser la

contrée des Sorko pillards qui avaient fait de Gounguia leur principal

repaire, comment ce service rendu aux indigènes lui avait valu d’être

reconnu comme chef du pays et comment enfin, vers 690, il avait établi

sa résidence à Gounguia même, à la place des Sorko chassés vers Gao, et

avait fondé là un royaume qui devait devenir plus tard un véritable

empire.

Les chefs et la classe dirigeante de cet empire appartinrent pendant

huit siècles à la nation berbère (tribu des Lemta), tandis que ses

sujets étaient au début des Nègres Songaï, auxquels vinrent s’adjoindre

par la suite des fractions de peuples divers.

Ainsi que je l’ai fait observer déjà, je ne suis pas le premier à avoir

attribué aux Berbères la fondation de l’empire de Gao : Barth a déjà

soutenu cette théorie, avec preuves à l’appui, et, avant lui, Léon

l’Africain et Marmol avaient explicitement représenté la dynastie des

Dia et celle des Sonni comme étant de souche libyenne. Parlant en effet

du premier _askia_, qui régnait à Gao au moment même du voyage de Léon

au Soudan (1507 environ), ce dernier dit que ce prince « descendu des

Noirs » était, avant son avènement, capitaine au service de « Soni Heli,

de la lignée des Libyens »[63] : si l’on songe que Léon traversait le

pays quinze ans seulement après la mort de Sonni Ali et que, par suite,

les informations qu’il a recueillies sur ce dernier avaient des chances

d’être exactes, on conviendra qu’il y a lieu, en cette circonstance tout

au moins, d’accorder foi aux indications du célèbre voyageur. Marmol,

lui, fait de Sonni Ali un _Lumptuna_, peut-être par suite d’une

confusion assez fréquente entre les Lemta et les Lemtouna, mais en tout

cas il lui attribue comme Léon une origine berbère. Or les princes de la

dynastie des Sonni, bien que portant un titre différent, appartenaient à

la même famille que leurs prédécesseurs de la dynastie des Dia, ainsi

que nous le verrons plus loin[64].

Sa’di donne au nom d’Aliamen et au titre de _dia_[65], qui précède son

nom comme celui de ses trente successeurs, une étymologie qui peut à bon

droit paraître fantaisiste. D’après cet auteur, le futur fondateur du

royaume de Gounguia était originaire du Yémen et aurait quitté son pays

avec son frère pour parcourir le monde ; après un long et pénible

voyage, les deux frères arrivèrent en vue de Gounguia, sales, épuisés,

vêtus de peaux de bêtes ; les indigènes, étonnés de l’aspect de ces

inconnus, leur auraient demandé d’où ils venaient et l’un d’eux aurait

répondu en arabe, en montrant son frère : _dja men el-Yemen_ « il vient

du Yémen » ; les indigènes auraient cru que ces syllabes,

incompréhensibles pour eux et d’ailleurs mal entendues, représentaient

le titre et le nom de celui que l’autre avait montré, et ils l’auraient

appelé _Dia Aliamen_, faisant de _dia_ un titre équivalent à « sultan ».

Cette légende est remplie d’invraisemblances : d’abord ces deux hommes

partant du Yémen pour faire le tour du monde et venant échouer en un

coin perdu du Soudan ; ensuite ce fait de l’un deux disant en montrant

son frère « il vient du Yémen », alors qu’il eût été plus logique,

semble-t-il, qu’il dit « nous venons du Yémen » ; enfin, s’il était

naturel que ces étranges touristes, s’ils venaient du Yémen, parlassent

arabe et que les Songaï ne comprissent pas leur langue, il eût été par

contre bien extraordinaire qu’ils eussent compris la question qui leur

était adressée en songaï. A mon avis, il ne faut voir là qu’un nouvel

exemple de la facilité avec laquelle les musulmans du Soudan attribuent

une origine yéménite à tous les fondateurs d’empire et, de l’histoire

rapportée par Sa’di, je retiens simplement : d’abord que Dia Aliamen

était de race blanche, ensuite que lui et ses compagnons arrivèrent à

Gounguia en assez piteux état[66].

Je ne reviendrai pas ici sur l’autre légende rapportée par Sa’di, celle

du poisson-tyran harponné par Aliamen : j’ai dit[67] qu’il convenait

sans doute de voir dans ce poisson-tyran une interprétation symbolique

des pêcheurs pillards de la caste des Sorko, dont Aliamen purgea la

contrée avec l’aide de ses compagnons. Je ne reviendrai pas non plus sur

les luttes entre le royaume naissant de Gounguia et cette caste des

Sorko, luttes qui se terminèrent par la défaite de ces derniers : les

uns acceptèrent, comme les autres Songaï, la suzeraineté des princes

berbères de Gounguia ; les autres, remontant le Niger d’étape en étape,

allèrent chercher jusque du côté du lac Débo une indépendance relative

et momentanée. Je rappellerai seulement que ces luttes provoquèrent la

fondation de Gao par les Sorko-Faran vers 690, celle de Bamba par les

Sorko-Fono vers la même époque ou un peu plus tard, puis l’extension de

l’autorité des rois de Gounguia sur la rive droite du Niger d’abord et

ensuite à Gao vers 890.

C’est là à peu près tout ce que nous savons de l’histoire des quatorze

premiers souverains, en outre de leurs noms que nous ont légués le

_Tarikh-es-Soudân_ et la tradition et qui sont les suivants, chacun

étant précédé du titre énigmatique de _dia_ : Aliamen, Azkaï, Atkaï,

Akkaï, Akkou, Alifaï (ou Alfaï), Baï-Komaï, Baï, Kareï, Ayam-Karaoueï,

Ayam-Danka, Ayam-Danka-Kibao, Konkoreï et Kenken[68].

Nous savons encore une chose de plus : c’est que ces quatorze princes

n’étaient pas musulmans. Sa’di prétend qu’ils étaient païens, mais il

est très possible qu’ils aient été chrétiens ou tout au moins qu’ils

aient professé une sorte de christianisme abâtardi, car la religion

chrétienne était fort répandue parmi les Berbères de Tripolitaine au

moment où se produisit l’exode qui amena Dia Aliamen sur les bords du

Niger. Tous, très probablement, ont résidé à Gounguia.

=II. — La dynastie berbère des Dia à Gao= (1009-1335).

Ici se place une date, que nous fournit Sa’di : celle de la conversion à

l’islamisme, en 1009 ou 1010, de _Dia Kossoï_ ou Kossaï, successeur de

Dia Kenken et quinzième roi de Gounguia. Le _Tarikh-es-Soudân_ ajoute

que, à l’occasion de cette conversion, Dia Kossoï fut surnommé _Moslem-

dam_, ce qui aurait signifié dans la langue du pays « qui a embrassé

l’islam volontairement » ; j’ignore en quelle langue la syllabe _dam_ a

la signification de « volontairement », mais ce n’est pas en songaï en

tout cas, à ce qu’il me semble.

C’est à cette date également que, me rangeant aux déductions de Barth,

je place le transfert de la capitale de l’empire de Gounguia à _Gao_.

Nous avons vu que Gao avait été fondé par des pêcheurs, peu après

l’installation de Dia Aliamen à Gounguia, et que cette localité avait

commencé à faire partie du royaume des princes lemta dès la fin du IXe

siècle. C’est sans doute vers la même époque qu’elle devint un centre

commercial important, jouant vis-à-vis des pays du Niger inférieur un

rôle analogue à celui joué par Ghana vis-à-vis du Soudan occidental. Les

caravanes partant de Tunisie, de Tripolitaine et même d’Egypte et

passant par Tadmekket ou par Takedda s’y donnaient rendez-vous ; c’est

ainsi que, dès le Xe siècle, cette ville dut abriter un certain nombre

de musulmans, venus de l’Afrique du Nord et des cités sahariennes, qui

nouèrent des relations avec les rois de Gounguia devenus suzerains de

Gao et déterminèrent enfin l’un d’eux, Dia Kossoï, à embrasser la

religion nouvelle. Il est vraisemblable que c’est au cours d’un voyage à

Gao que Dia Kossoï se convertit à l’islamisme et qu’il fut alors

sollicité par les marchands arabes et berbères en vue du transfert en

cette ville de la capitale de l’Etat ; les rives du Niger n’étaient pas

toujours très sûres, les Sorko sur le fleuve et les Oulmidden nomades à

proximité de la rive gauche devaient inquiéter souvent les commerçants

et piller les caravanes, et la présence de l’empereur à Gao devait être

désirée comme représentant un gage de sécurité et de protection

efficace.

Il est probable cependant que Dia Kossoï et ses successeurs ne

résidèrent pas à Gao de façon permanente ; ils devaient avoir conservé à

Gounguia une sorte de forteresse militaire et plus d’une fois c’est en

cette dernière localité qu’ils reçurent l’investiture. En tout cas, si

Gounguia continua, dans une certaine mesure, à être pendant longtemps

encore la capitale politique, Gao devint, dès le début du XIe siècle, la

métropole commerciale, la résidence habituelle de la cour et le centre

des musulmans. Ces derniers ne comprenaient d’ailleurs que le roi, une

partie de sa famille et de sa cour et les étrangers : l’ensemble de la

population était encore infidèle et dut le demeurer jusqu’au XVIe

siècle, ainsi qu’il résulte du témoignage de Bekri pour le XIe siècle et

de la correspondance échangée entre le premier askia et le réformateur

marocain El-Merhili pour la fin du XVe[69].

Les princes berbères qui régnèrent à Gao, depuis et y compris Dia Kossoï

jusqu’au dernier représentant de la dynastie des Dia, furent au nombre

de dix-sept. Nous ne connaissons que la date de la conversion du premier

à l’islamisme (1009 ou 1010) et la date approximative de la fin du règne

du dernier, _Dia Bada_ (1335). Voici leurs noms, d’après le _Tarikh-es-

Soudân_ : Kossoï (ou Kossaï), Kossoï-Daraï, Ngaroungadam, Baïkaï-Kîmi,

Nintassaï (_alias_ Ayam-Daa), Baï-Keïna Kamba, Keïna-Tianiombo,

Atib[70], Ayam-Daa, Fadadio, Alikar, Beïra-Foloko, _Assibaï_ (qui

régnait vers 1325 et sous le règne duquel l’empire de Gao devint vassal

de l’empire de Mali), Douro, Diongo-Ber, Bissi-Ber et Bada.

Il est à remarquer que ces noms présentent une grande analogie avec ceux

des quatorze Dia païens, en ce sens qu’aucun prénom musulman ne se

rencontre parmi eux. Il est très difficile au reste de discerner la

forme véritable qui doit être donnée à chacun de ces noms ; plusieurs

ont des consonnances songaï et même on retrouve dans quelques-uns des

épithètes songaï (Baï-Keïna « Baï le Petit », Diongo-Ber « Diongo le

Grand », etc.), alors que d’autres semblent appartenir à la langue

berbère. Il est très probable d’ailleurs que la langue songaï devait

être le langage usuel, même à la cour, et que les noms berbères des

princes lemta ont dû être modifiés singulièrement en passant par la

bouche des Songaï.

Nous verrons tout à l’heure dans quelles circonstances le pouvoir passa,

vers 1335, de la dynastie des Dia à celle des Sonni ; mais avant de

conter le récit de cet événement, je ne crois pas inutile de jeter un

coup d’œil sur l’état de la ville de Gao et du reste de l’empire entre

le XIe siècle et l’avènement des Sonni.

_La ville de Gao._ — Le nom de la ville de Gao a été écrit de façons

diverses par les différents auteurs arabes qui en ont parlé ; d’autre

part plusieurs cités soudanaises ont porté ou portent encore des noms

qui, transcrits en caractères arabes, se rapprochent singulièrement de

celui de Gao : ces deux ordres de faits ont été la cause de multiples

confusions. Gao est écrit _Kaogha_ par Ibn-Haoukal et Edrissi, _Kôkô_ ou

_Kaokao_ par Bekri, Yakout et Ibn-Batouta, _Kâgho_ ou _Kâ’o_ par Sa’di,

et Jean Temporal, le traducteur français de Léon l’Africain, nous a

transmis ce nom sous la forme _Gago_, tandis que Dapper l’a écrit tantôt

_Gago_ et tantôt _Gaogo_. En réalité, si l’on tient compte de ce que la

prononciation indigène est _Gao_ ou _Gaogao_ et de ce que l’alphabet

arabe ne possédant pas de _g_, cette lettre est rendue tantôt par un

_kef_ (k), tantôt par un _ghaïn_ (gh) et moins souvent — en ce qui

concerne au moins les noms soudanais — par un _djim_ (dj) ou un _qaf_ (k

emphatique), on s’apercevra que les différentes leçons données plus haut

ne s’éloignent pas beaucoup les unes des autres et peuvent se rapporter

toutes à la véritable forme indigène du mot. D’autre part Bekri nous

parle, ainsi que je l’ai mentionné dans le chapitre précédent, d’une

ville située non loin de la rive nord du Sénégal, dans le Sud-Est de la

Mauritanie actuelle, dont il orthographie le nom absolument comme Ibn-

Haoukal et Edrissi ont orthographié le nom de Gao : c’est la ville que

j’ai appelée _Kougha_ et qu’il faut bien se garder de placer sur le

Niger.

On a voulu voir parfois le nom de Gao dans celui de Gounguia, écrit

_Koukia_ par les auteurs arabes qui en ont parlé et notamment Sa’di ;

mais ce dernier n’a fait aucune confusion, écrivant toujours _Koukia_

pour Gounguia et _Kâgho_ ou _Kâ’o_ pour Gao ; d’ailleurs plusieurs

passages du _Tarikh-es-Soudân_ nous montrent, sans aucune ambiguïté,

qu’il s’agissait là de deux villes différentes et placées à plus de cent

kilomètres l’une de l’autre, distance qui correspond à celle séparant

Gao de Bentia : c’est ainsi qu’il est question d’un voyage accompli de

_Kâgho_ à _Koukia_ par Daoud, frère de l’askia Issihak (pages 163 de la

traduction et 99 du texte), et que ce même personnage, proclamé empereur

le 24 mars à _Koukia_, n’entra que le 30 du même mois à _Kâgho_ (page

165 de la traduction).

Mais c’est surtout avec Kouka ou Koukaoua, l’ancienne capitale du

Bornou, que la confusion est possible ; le nom de Kouka en effet se

trouve presque toujours orthographié chez les auteurs arabes par un

_kef_ et un _ouaou_ répétés deux fois, ce qui peut donner _Koukou_ ou

_Kôkô_[71], c’est-à-dire exactement la forme adoptée par Bekri, Yakout

et Ibn-Batouta pour le nom de Gao ; le traducteur de Léon l’Africain

écrit _Gaoga_ le nom de Kouka, absolument comme il est permis de

prononcer le nom de Gao tel que l’ont transcrit Ibn-Haoukal et Edrissi,

et Dapper l’écrit tantôt _Gaoga_ et tantôt _Gaogao_. Et cependant il

n’est pas douteux que le Gaoga de Léon ou le Gaogao de Dapper, situé « à

l’Est du Bornou », le Koukou d’Edrissi et d’Aboulféda, que « d’aucuns

placent dans le Kanem », désignent bien le Koukaoua ou Kouka voisin du

lac Tchad et non pas le Gao du Niger.

Ibn-Haoukal mentionne simplement le nom de Gao dans ses itinéraires,

sans nous fournir de renseignements sur ce qu’était cette ville à son

époque (Xe siècle). Les plus anciennes indications que nous possédons

sur Gao se trouvent dans Bekri et datent de la deuxième moitié du XIe

siècle, c’est-à-dire qu’elles sont postérieures à la conversion de Dia

Kossoï et au transfert de la capitale de Gounguia à Gao[72]. Cette

dernière ville se trouvait alors comme aujourd’hui sur la rive gauche du

Niger et était peuplée en majorité de gens de race noire — des Songaï

vraisemblablement — et aussi de Berbères et de quelques marchands

arabes ; ceux-ci, d’après Bekri, appelaient _Bezerkâni_ ou _Bediergâni_

les indigènes de Gao. La ville se composait de deux quartiers dont l’un

était habité par les musulmans et l’autre par les infidèles ;

l’empereur, bien que musulman, résidait dans le quartier des infidèles,

qui sans doute constituait la véritable ville indigène, le quartier

musulman ne renfermant que les commerçants originaires de l’Afrique du

Nord ou de Tadmekket.

La cour impériale se distinguait déjà par une étiquette et des usages

spéciaux : lorsque le souverain prenait ses repas, on battait du

tambour, les femmes dansaient en secouant leur tête et toutes les

affaires étaient interrompues jusqu’à ce que l’empereur eût fini de

manger ; alors les restes du repas étaient jetés dans le Niger et les

assistants poussaient de grands cris, ce qui faisait connaître au peuple

que l’empereur avait achevé d’absorber sa nourriture et que chacun

pouvait reprendre ses occupations. Lorsqu’un nouveau prince était appelé

à prendre le pouvoir, on lui remettait, comme insignes de son autorité,

un sceau, une épée et un Coran que l’on disait avoir été envoyés à Gao

par le khalife de Bagdad comme témoignage d’investiture. Bien que

l’immense majorité des habitants de l’empire ne pratiquât pas

l’islamisme, la règle admise depuis Dia Kossoï voulait que le pouvoir ne

fût confié qu’à un musulman.

Les indigènes de Gao étaient vêtus de pagnes ou de simples tabliers de

peau, selon leur condition. Les femmes avaient la réputation de se

livrer à la magie, d’après Edrissi. Le sel tenait lieu de monnaie dans

tout le pays ; il était apporté des mines de Taotek, situées dans le

Sahara à six jours au delà de Tadmekket.

_La ville de Tadmekket._ — Tadmekket ou Es-Souk[73] était à 9 jours dans

le Nord-Nord-Est de Gao, à 300 kilomètres environ de cette dernière

ville, et les relations étaient constantes entre la cité saharienne et

la cité soudanaise. Au temps de Bekri, Tadmekket passait pour une ville

mieux bâtie que Ghana et Gao ; ses habitants étaient des Berbères

musulmans et portaient le voile que portent encore les Touareg de nos

jours. Ils ne cultivaient pas la terre en général et s’approvisionnaient

de mil auprès des Noirs riverains du Niger ; ils aimaient à se vêtir

d’étoffes rouges et se servaient comme monnaie de pièces d’or sans

alliage et ne portant aucune empreinte. Tadmekket était à cette époque

(XIe siècle) en relations avec Kaïrouân par Ouargla[74] et avec

Ghadamès.

Les Berbères nomades dépendant de Tadmekket — ou les Kel-Tadmekket —

étaient connus sous le nom de _Saghmâra_ ; ils étaient répandus à l’Est

et au Nord-Est de la ville, sur la route de Ghadamès, sur une étendue de

six jours de marche ; on en trouvait aussi à l’Ouest et au Sud, entre

Tadmekket et le Niger, et même sur la rive droite du fleuve, en face de

Gao et dans l’intérieur du coude que domine aujourd’hui Bourem.

A quatre jours au delà de la limite extrême des Saghmâra de l’Est,

c’est-à-dire à dix jours de Tadmekket en allant vers Ghadamès, se

trouvait une contrée renfermant une mine de pierres précieuses

ressemblant à l’agate, veinées parfois de rouge, de jaune et de blanc ;

ces pierres, appelées _tâssi-n-semt_ en berbère, faisaient l’objet d’un

commerce important. Les gens de Tadmekket allaient les vendre à Ghana,

où on les payait un bon prix ; une fois polies et percées d’un trou, au

moyen d’une pierre dure d’une autre espèce nommée _tentouâs_, ces sortes

d’agates servaient à la parure des indigènes du Soudan[75].

_Villes et pays situés entre Gao et Ghana._ — Tadmekket, comme on vient

de le voir, était en relations, non seulement avec Gao, mais aussi avec

Ghana. Bekri nous a donné l’itinéraire suivi par les caravanes qui se

rendaient de Tadmekket à Ghana. Cet itinéraire traversait d’abord la

région désertique comprise entre Tadmekket et le Niger moyen, région que

fréquentaient les Saghmâra ou Kel-Tadmekket de la rive gauche ; on

atteignait le Niger vers l’endroit où finissait le territoire de ces

Saghmâra, endroit qui devait se trouver à l’Ouest de Bamba et

correspondre avec le Sahamar actuel[76]. De là, on suivait la rive

septentrionale du fleuve pendant trois jours environ et on arrivait à

_Tirakka_ ou Tiragga, ville grande et populeuse mais dépourvue de mur

d’enceinte (d’après Edrissi), qui était située à six jours à l’Est de

Ras-el-Ma et correspondait à peu près au point où se trouve aujourd’hui

Ernessé, un peu à l’Est de l’emplacement de Tombouctou[77]. Le marché de

Tirakka, que n’avait pas encore remplacé celui de Tombouctou, attirait

un grand nombre de commerçants de Ghana et de Tadmekket ; cet endroit

était célèbre par la présence d’énormes tortues et par l’abondance des

termites, abondance telle qu’on ne pouvait poser les marchandises que

sur des pierres ou des tréteaux. De Tirakka, les caravanes se rendaient

à _Bougarat_, localité qui devait se trouver à l’extrémité Nord-Est du

lac Faguibine et qui était habitée par des Zenaga-Maddassa. De là, en

suivant la rive septentrionale du Faguibine, on gagnait _Ras-el-Ma_ ou

_Issabongo_, d’où l’on atteignait Ghana en quatre ou cinq étapes.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 5 / 36 段