A l’Ouest de Diaressi, en suivant le Sénégal, on trouvait la ville de

_Galambou_, peuplée de païens qui étaient en butte aux incursions du

chef de Silla ; Galambou devait se trouver sur la rive Sud du fleuve,

très près du confluent de la Falémé.

A un jour en aval de Galambou — sans doute à l’Ouest et très près de

Bakel —, était la ville de _Silla_, bâtie à cheval sur les deux rives du

fleuve et peuplée de musulmans depuis le début du XIe siècle, époque à

laquelle l’empereur toucouleur Ouâr-Diâbi ou Ouâr-Diâdié avait converti

les habitants de Tekrour et de Silla. Les gens de cette dernière ville

faisaient le commerce du mil, du sel d’Aoulil, des anneaux de cuivre

provenant du Maghreb et de petits pagnes de coton appelés _tiaguia_ ou

_chakia_ et fabriqués dans le pays des _Toronka_ (sans doute au Fouta-

Toro) ; ils possédaient beaucoup de bœufs, mais n’avaient ni moutons ni

chèvres. Dans la partie de leur territoire touchant au Sénégal, en un

endroit nommé Sahâbi, se trouvaient beaucoup d’hippopotames ; ces

animaux étaient appelés _gabou_ (Bekri orthographie _gafou_) dans la

langue du pays, ce qui indique que le peul était alors parlé à Silla ou

du moins dans la région de Silla, c’est-à-dire de Bakel ; les riverains

les chassaient au moyen de courts javelots de fer munis chacun d’une

corde : l’animal blessé plongeait, mourait au fond de l’eau, puis

remontait à la surface, et on le halait alors au moyen des cordes

attachées aux javelots. On mangeait la chair des hippopotames et on

confectionnait des cravaches avec leur peau.

Dans toutes ces régions baignées par le Sénégal, on semait deux fois par

an : d’abord sur la partie du sol qui avait été inondée durant la crue,

et ensuite sur les terrains arrosés par la pluie.

Dans les mêmes pays, la coutume était que la victime d’un vol pouvait à

sa guise vendre le voleur comme esclave ou le tuer ; quant à celui qui

se rendait coupable d’adultère, il était écorché vif.

A Silla finissaient les domaines de l’empereur de Ghana et commençaient

ceux de l’empereur de Tekrour.

_Pays de l’empire de Ghana situés à l’Ouest de la capitale_ (encore

d’après Bekri). — Aoudaghost se trouvait à quinze journées de marche

dans l’Ouest de Ghana ; un peu au Sud de la ligne joignant ces deux

localités, c’est-à-dire à peu près sur la route actuelle de Néma à

Kiffa, on rencontrait à six jours de Ghana la ville d’_In-Bara_ ou

Ambara, dont le chef — il s’appelait Târam à cette époque — n’obéissait

pas à l’empereur Ménîn, s’étant sans doute trouvé englobé dans la main-

mise des Almoravides sur Aoudaghost et ses dépendances. Cette localité

devait se trouver à mi-chemin environ de Goumbou et de Tichit.

En continuant dans la même direction, on trouvait, neuf jours au delà

d’In-Bara, la ville de _Kougha_, peuplée de musulmans bien qu’entourée

d’infidèles ; cette ville devait se trouver à peu de distance du poste

actuel de Mbout dans la Mauritanie ; les caravanes venant de l’Adrar ou

d’Aoulil s’y arrêtaient pour y déposer des cauries, du cuivre et du sel

et en emporter de la poudre d’or provenant des mines de la Falémé : il

semble que Kougha était le marché soudanais de l’Adrar, comme Diaressi

et Gadiaro étaient ceux du Tagant et de Ghana. Bekri assure que les

mines dont le produit allait à Kougha étaient celles qui, de tout le

pays nègre, fournissaient le plus d’or. Cette ville se trouvait

vraisemblablement sur la limite des zones d’influence respectives de

Tekrour et de Ghana, car Bekri nous dit qu’une localité de la même

région, qu’il appelle _Alouken_ (située sans doute dans le Nord-Ouest du

Guidimaka), était commandée par un nommé Kammara, fils de feu l’empereur

Bassi et cousin de Ménîn[55].

Bien que le géographe arabe ne l’indique pas, la route de Ghana à

Tekrour par In-Bara et Kougha devait marquer l’extrême limite

septentrionale du domaine propre des Noirs dans cette contrée ; il nous

dit en effet qu’en partant du pays des Toronka (sans doute le Fouta-

Toro) — qui s’étendait plus vers l’Est qu’aujourd’hui puisque sa

capitale n’était pas très éloignée de Galambou et de Diaressi[56] —, et

en se dirigeant vers l’Est « à travers le pays des Nègres », on

traversait des royaumes qu’il n’a pas mentionnés sur la route sus-

indiquée et qui, vraisemblablement, se trouvaient un peu plus au Sud.

Ces royaumes, en partant du Tekrour — c’est-à-dire de l’Ouest —, étaient

ceux du _Diafouko_ (peut-être le Diafounou ou un pays voisin appelé

Diafounko[57], ce qui signifierait en mandingue « au delà du

Diafounou ») et des _Faraoui_ ou Faraoua (peut-être le Diomboko ou le

Kaarta). Les Noirs du Diafouko adoraient un serpent ressemblant à un

grand boa, mais pourvu d’une crinière et d’une queue poilue ; ce reptile

se tenait dans une caverne à l’orifice de laquelle se trouvaient un

arbrisseau et des pierres ; ceux qui se consacraient au culte du serpent

résidaient près de cette caverne et suspendaient aux branches de

l’arbrisseau des vêtements précieux et des bijoux de bon aloi, déposant

à son pied des calebasses qui renfermaient des aliments, ainsi que des

vases remplis de lait ou de bière de mil. Lorsqu’ils voulaient faire

venir le serpent, il prononçaient des mots magiques et faisaient

entendre un sifflement particulier : aussitôt le serpent sortait de sa

caverne et se montrait à eux. Lorsqu’un chef du pays venait à mourir,

les prêtres du serpent rassemblaient auprès de la caverne tous les

candidats à sa succession et prononçaient les mots magiques : le

reptile, sortant alors de son trou, flairait les candidats l’un après

l’autre, puis touchait l’un deux de son nez et retournait à sa caverne ;

l’homme ainsi désigné courait après le serpent de toute sa vitesse, en

arrachant autant de poils qu’il le pouvait à la crinière et à la queue

de l’animal, car la durée de son règne devait être proportionnée au

nombre des poils arrachés, à raison d’une année par poil.

Quant au royaume des Faraoui, il formait un Etat indépendant. Le sel s’y

vendait au poids de l’or, ce qui indique que ce pays était assez éloigné

du Sahara et de la mer et au contraire assez rapproché des régions

aurifères. On y remarquait un étang où poussait une herbe dont la racine

jouissait de vertus aphrodisiaques très remarquables ; le roi des

Faraoui se réservait pour lui seul la récolte de cette herbe, qui lui

permettait de visiter ses nombreuses épouses les unes après les autres

sans éprouver aucun affaiblissement. Un roi musulman voisin ayant voulu

lui acheter un peu de cette plante, le chef des Faraoui s’y refusa,

disant que ce prince musulman, qui n’avait que peu de femmes, se

laisserait aller, s’il usait de l’herbe mirifique, à des excès réprouvés

par sa religion ; mais, en compensation, il lui envoya une autre plante

qui guérissait de l’impuissance.

=VII. — Décadence et fin de l’empire de Ghana= (1076-1240).

Pendant que Youssof-ben-Tachfine fondait Marrakech en 1063, puis

s’emparait de Fez en 1069 et de Séville en 1086, Aboubekr-ben-Omar

faisait la guerre sainte aux Noirs demeurés infidèles de l’empire de

Ghana. Il trouva un allié en la personne de l’empereur de Tekrour, Lebbi

ou Ibrahim Sal, dont les sujets toucouleurs étaient alors en grande

partie musulmans et qui avait déjà, quelques années auparavant, soutenu

Yahia-ben-Omar contre les Goddala ; on prétend même qu’Aboubekr aurait

épousé Fatimata Sal, fille de l’empereur de Tekrour. L’empire de Ghana

au contraire, demeuré réfractaire à l’islam et dont le renom de richesse

et de prospérité n’était pas usurpé, devint le but naturel des efforts

d’Aboubekr. Mais il semble que Ghana était de taille à résister,

d’autant plus facilement que, comme le fait remarquer Ibn-Khaldoun, le

gros des troupes almoravides était alors occupé à la conquête du Maroc

et de l’Espagne et qu’Aboubekr ne pouvait espérer recevoir aucun secours

de son cousin Youssof. Nous ignorons le détail des luttes qui se

déroulèrent entre les Zenaga et les Soninké, mais nous savons

qu’Aboubekr mit quatorze ans à se rendre maître de Ghana puisque, revenu

au Tagant en 1061 ou 1062 après avoir renoncé au trône du Maroc, il ne

conquit Ghana qu’en 1076. Mais cette conquête semble avoir été

complète : non seulement les Almoravides prirent la ville, pillèrent les

biens des habitants, massacrèrent une partie de la population soninké,

forçant le reste à s’enfuir ou à embrasser la religion musulmane, mais

ils obligèrent l’empereur[58] à reconnaître la suzeraineté d’Aboubekr et

à lui payer tribut, et ils annexèrent à leur domaine politique toutes

les dépendances de Ghana, jusques et y compris les montagnes aurifères

du Bambouk.

Mais la puissance des Almoravides au Soudan ne devait pas être de longue

durée : leurs points faibles étaient l’infériorité numérique de leur

armée et leurs divisions intestines. Seuls en somme, les Lemtouna de

l’Adrar soutenaient énergiquement et fidèlement Aboubekr, et ils

n’étaient plus bien nombreux. Les Goddala faisaient toujours grise mine

à l’élu de Abdallah-ben-Yassine, au frère de celui qu’ils avaient vaincu

et tué à Tebferilla ; les Messoufa, les Lemta et les fractions de

moindre importance des autres tribus se complaisaient dans des razzias

isolées, mais n’aimaient pas prendre part, sous le commandement d’un

chef étranger, à des expéditions militaires régulières. D’ailleurs,

pendant qu’Aboubekr guerroyait au Soudan, la révolte éclatait dans son

propre pays, au Nord-Ouest du Tagant. Il dut retourner dans l’Adrar pour

la combattre et c’est en cherchant à la réprimer qu’il fut tué en 1087,

d’une flèche empoisonnée que lui décocha un Nègre aveugle de la tribu

des Gangara ou Ouangara, — c’est-à-dire un Mandingue ou un Soninké, —

mercenaire au service des révoltés.

Avec la mort d’Aboubekr prit fin l’hégémonie des Almoravides au Sahara

occidental et au Soudan ; ses successeurs furent simplement chefs des

Lemtouna de l’Adrar et eurent assez à faire à défendre leur propre

territoire contre les entreprises des Messoufa au Nord et des Goddala à

l’Ouest et au Sud ; les Lemtouna du Tagant se rendirent à peu près

indépendants et émigrèrent en partie vers l’Est du Hodh et la région de

Tombouctou, entraînant avec eux une fraction notable des Goddala. Quant

aux Soninké de Ghana, ils ne tardèrent pas à recouvrer leur

indépendance, mais leur empire ne devait pas voir renaître la période

glorieuse qui avait précédé la lutte avec les Almoravides : à mesure que

s’effritait la puissance de ces derniers, les royaumes autrefois

tributaires de Ghana se constituèrent en petits Etats indépendants. Le

royaume soninké de Sosso en particulier, fondé dans le Kaniaga à la fin

du VIIIe siècle par quelques familles venues du Ouagadou et fortifié

depuis par l’arrivée d’un certain nombre de gens qui avaient fui Ghana

lors de la prise de cette ville par Aboubekr, commençait à prendre de

l’importance et à englober sous son autorité le Nord du Bélédougou, le

Sud du Bagana et une partie du Diaga, toutes provinces qui jusque-là

avaient été placées, comme le Kaniaga lui-même, sous la suzeraineté de

Ghana : c’était le début de l’empire des Sossé, rival de l’empire de

Ghana. Les Doukouré, vers la même époque, fondaient un nouveau royaume

au Ouagadou et au Bakounou, et les Niakaté s’établissaient fortement à

Diara, dans le Kingui ; le Galam se rendait indépendant ou, comme semble

le dire Edrissi, devenait vassal du Tekrour.

En sorte que, au début du XIIe siècle, l’empire de Ghana ne formait plus

qu’un royaume de médiocre étendue, comprenant seulement l’Aoukar et la

région de Bassikounou, c’est-à-dire qu’il était en réalité en dehors du

Soudan proprement dit. Il en fut ainsi pendant tout le XIIe siècle.

Puis, en 1203, Soumangourou Kannté, empereur de Sosso, s’empara de Ghana

et l’annexa à ses Etats ; il ne transporta pas pour cela sa résidence à

Ghana et, une fois l’expédition terminée, revint à Sosso pour surveiller

les empiétements de son rival du Sud, l’empereur des Mandingues. Mais

l’empire de Ghana avait vécu.

La ville elle-même, qui avait déjà perdu beaucoup de son importance

depuis la conquête almoravide, déclina de jour en jour. Vingt-et-un ans

après son annexion à l’empire de Sosso, en 1224, les riches familles

soninké et les marchands arabes et berbères de Ghana, voulant échapper

sans doute aux exactions de la garnison sossé, se transportaient à

quelque distance au Nord-Ouest et, sous la direction d’un cheikh nommé

Ismaïl, revenant de La Mecque, fondaient _Birou_ ou _Oualata_, qui

remplaça Ghana comme métropole du Soudan septentrional et comme port du

désert[59].

Seize ans après la fondation de Oualata, l’empereur malinké Soundiata,

qui venait de renverser l’empire sossé et de l’annexer à ses Etats,

s’emparait de Ghana et détruisait ce qui en restait encore (1240)[60].

On pourrait être tenté de croire que Ghana ait survécu à la conquête

mandingue, puisque des auteurs postérieurs à cette conquête, comme

Aboulféda et Ibn-Khaldoun, parlent encore de Ghana, tout en disant que,

de leur temps, elle faisait partie de l’empire de Mali. Mais il faut se

rappeler que le renom de cette ville fameuse survécut à son existence

même et que son nom fut appliqué longtemps encore au pays dont elle

avait été la capitale. C’est ainsi qu’Ibn-Khaldoun nous dit avoir puisé

la plupart de ses renseignements sur l’empire de Mali auprès d’un cheikh

nommé Ousmân, mufti « des habitants de Ghana » — il ne dit pas « mufti

de Ghana » —, qu’il rencontra en Egypte en 1393 ; ce mufti devait, très

vraisemblablement, résider à Oualata, auprès d’une population composée

en effet des descendants d’anciens habitants de Ghana. C’est ainsi

encore que, du temps de Marmol (XVIe siècle), Oualata était appelé

parfois Ghana : « _Gualata que otros llaman Ganata_ ».

[Illustration : Carte 8. — L’empire de Ghana.]

[Note 8 : Voir la carte de l’ancien empire de Ghana, page 57.]

[Note 9 : Massoudi, qui mourut en 956, mentionne simplement dans ses

_Prairies d’Or_ le nom de Ghana comme celui d’un Etat nègre.]

[Note 10 : 1er vol., page 187.]

[Note 11 : Abou-Obeïd-Abdallah el-Bekri, né en Espagne vers 1030 d’une

famille arabe, mourut en 1094 ; il ne voyagea pas au Soudan, mais il eut

à sa disposition, à Cordoue, des documents fort circonstanciés émanant

de divers voyageurs ; en outre, il puisa largement dans les ouvrages de

Mohammed-ibn-Youssof, qui ne nous sont pas parvenus. C’est vers 1070

qu’il termina son livre sur l’Afrique.]

[Note 12 : 1er vol., p. 262.]

[Note 13 : Voir même page.]

[Note 14 : Il mourut en 1286 et Ghana fut détruite vers 1240 par

Soundiata.]

[Note 15 : Page 34 et _passim_.]

[Note 16 : Le même auteur place Aoudaghost sur la même latitude à peu

près et par 11° de longitude Ouest de Greenwich, ce qui correspond

exactement à la position que je donne moi-même à cette ville, entre

Kiffa et Tichit.]

[Note 17 : Renseignement communiqué par M. le commandant Gaden.]

[Note 18 : Page 18.]

[Note 19 : On voit que Sa’di n’a pas dit explicitement que Kaya-Maghan

ait été le premier roi de Ghana : il a voulu indiquer que Kaya-Maghan

fut le premier prince de la dynastie mandé-soninké qui remplaça à Ghana

la dynastie de race blanche, c’est-à-dire le premier prince de race

noire, ainsi qu’il résulte des paragraphes suivants (pages 18 et 19 de

la traduction Houdas) ; nous y reviendrons plus loin. Le passage du

_Tarikh-es-Soudân_ n’implique pas non plus que Ghana fût située dans le

Mali, mais simplement qu’elle était la résidence d’un roi dont la

domination s’étendait sur des régions qui, plus tard, firent partie du

Mali.]

[Note 20 : 1er vol., page 287. Voir aussi le supplément au no de mars

1910 de l’_Afrique Française_ (pages 60 à 64), où sont décrites les

ruines insignifiantes que l’on peut voir actuellement à quelques

kilomètres de Banamba.]

[Note 21 : Les mots Ghâna, Gâna ou Ghana, par un _a_ long après le _g_,

et Bâghena, Bâghana ou Bagana, par un _a_ long après le _b_ et un _a_

bref après le _g_, n’ont très vraisemblablement pas la même origine ;

leur ressemblance partielle n’est due sans doute qu’à une coïncidence

fortuite.]

[Note 22 : Vol. III, page 770, de l’édition Wüstenfeld.]

[Note 23 : Si la langue usuelle de Ghana était le soninké, comme le

suppose Barth avec beaucoup de vraisemblance, la chose devient

certaine.]

[Note 24 : Deux racines berbères existent d’où pourrait à la rigueur

être dérivé le mot _gana_ : l’une exprime l’idée d’élévation, l’autre

l’idée de noirceur.]

[Note 25 : Cette interprétation du nom du Tagant m’a été communiquée par

M. le commandant Gaden ; M. Houdas partage l’opinion de Mohammed-Lahmed.

Il me faut ajouter que, dans plusieurs dialectes berbères, il existe un

mot _tagant_ ayant le sens de « forêt ».]

[Note 26 : 1er vol., page 215.]

[Note 27 : C’est pour cela sans doute que l’ancêtre Kara est appelé

parfois Karaké ou Karanké dans les traditions peules et soninké.]

[Note 28 : Traduction Houdas, page 18.]

[Note 29 : Nous avons vu (IIe partie) qu’une fraction de ces Massîn

fonda Tichit. C’est d’eux très probablement qu’a voulu parler Yakout en

disant qu’une tribu connue sous le nom de _Guenaoua_ et originaire de la

région de Ghana nomadisait dans le pays des Noirs contigu au territoire

de cette dernière ville. M. le commandant Gaden m’a signalé la présence

actuelle au Tagant d’une tribu que les Maures appelleraient encore

_Oulad-Gana_.]

[Note 30 : Barth pensait que Kaya-Maghan était le fondateur de Ghana et

le premier des princes de race blanche et il croyait que ces derniers

étaient des Peuls — identifiés par lui avec les _Leucæthiopes_ des

anciens — parlant déjà le peul. J’ai dit précédemment que je ne pouvais

partager son opinion relativement à l’identification des Peuls avec les

_Leucæthiopes_ et que la population fondatrice de l’empire de Ghana ne

devait adopter la langue peule que longtemps après, lors de son exode

dans le Fouta. Barth, qui écrit _Wagadja-Mangha_ le nom de Kaya-Maghan

dit que le nom de ce prince appartenait à la langue peule, dans laquelle

« grand » se dirait _mangha_ ou _mangho_ ; or il existe bien en peul une

racine _ma’_ ou mieux _maw_ exprimant l’idée de « grandeur » ou

d’« aînesse », et des mots _ma’nga_ ou mieux _mawnga_, _ma’ngo_ ou mieux

_mawngo_, qui peuvent signifier « grand » ; mais, accolé à un nom

d’homme, « grand » se dit _mawo_ ou _mawdo_ et ne peut jamais se dire

_manga_ ou _mango_ ni _mawnga_ ou _mawngo_. En réalité _Maghan_ est un

nom excessivement fréquent chez les divers peuples mandé et nous avons

vu qu’il était porté en particulier par tous les rois soninké du

Ouagadou ; il se présente, selon les dialectes ou les pays, sous les

formes _Maghan_, _Marhan_, _Makhan_, _Makan_ ou, plus rarement, _Magha_,

_Marha_, _Makha_, _Maka_. Ce devait être le prénom de l’ancêtre des

Sissé, plus connu sous le surnom légendaire de Digna : ses fils furent

appelés Maghan-Diabé, Maghan-Kaya, etc., c’est-à-dire en soninké « Diabé

fils de Maghan, Kaya fils de Maghan, etc. », expressions qui, dans la

bouche des Peuls, sont devenues Diabé-Maghan, Kaya-Maghan, etc., avec la

même signification.]

[Note 31 : Gharnati (_Roudh-el-Qarthâs_) et Ibn-Khaldoun (_Histoire des

Berbères_).]

[Note 32 : Il semble qu’Aoudaghost avait été fondé, longtemps auparavant

et sous un autre nom, par des Soninké venus de Ghana ; mais des Berbères

et des marchands arabes s’y étaient installés par la suite, et les

Soninké ne devaient s’y trouver qu’en minorité à partir du IXe siècle.]

[Note 33 : Le nom de cette ville est écrit _Aoudzaghast_ par Yakout et

_Aoudaghost_ par la plupart des autres auteurs arabes. La ville était,

d’après Ibn-Haoukal, à un mois de chemin des salines d’Aoulil, situées

au bord de l’Atlantique entre Saint-Louis et Nouakchott. Entre

Aoudaghost et Sidjilmassa (Tafilelt), on comptait un mois et demi de

voyage à grandes étapes ; le pays séparant ces deux villes était habité

par des Berbères nomades, Cherata et Messoufa, dont les derniers

faisaient payer des droits aux caravanes traversant leur territoire.

D’après Bekri, Aoudaghost était à 40 jours de marche de Tâmedelt,

localité située près de l’oued Draa ou Dara, entre la ville de Dara et

l’Océan. Aboulféda place Aoudaghost à l’Est du désert de Tisr ou Tirs

(Tiris) qui s’étendait entre le royaume des Lemtouna et l’Océan, au Sud

de déserts allant jusqu’au Tafilelt, à l’Ouest et au Nord de pays

habités par les Nègres (Voir 1er vol., page 187, la position assignée à

Aoudaghost par Ibn-Saïd ; Barth plaçait la même ville par 18° ou 19° de

latitude Nord et par 10° ou 11° de longitude Ouest de Greenwich).

L’emplacement d’Aoudaghost serait connu des Tadjakant qui fréquentent de

nos jours le Sud-Est du Tagant.]

[Note 34 : Yakout, d’après El-Mehellebi.]

[Note 35 : Cette montagne, donnée par Bekri comme dominant au Nord un

puits qu’il appelle Ouarane ou Ourane, devait se trouver non loin de

Chinguetti, dans l’Est de l’Adrar mauritanien.]

[Note 36 : Il se pourrait que le Tiloutane de Gharnati et le

Tinyéroutane de Bekri ne fussent qu’un même personnage, ou du moins que

les deux auteurs arabes aient confondu les deux princes et attribué à

l’un des actes ou des faits qui devraient se rapporter à l’autre.]

[Note 37 : Et non pas chef du Massina, au moins très vraisemblablement.]

[Note 38 : Bekri ne nous dit pas s’il s’agit de la localité de ce nom

qu’il a mentionnée ailleurs comme formant le faubourg oriental de

Ghana : il semble même, dans le passage que je rapporte en ce moment,

faire d’Aougam tantôt le nom d’un pays ou d’une ville et tantôt le nom

ou le titre d’un chef. En tout cas le contexte indique clairement que

les habitants d’Aougam — ou les sujets du chef Aougam — étaient des

Nègres, tandis que leurs adversaires Massîn étaient des Blancs.]

[Note 39 : _Roudh-el-Qarthâs_, traduction Beaumier, page 165.]

[Note 40 : Ou en 1050 seulement d’après Bekri et Ibn-Khaldoun, mais la

date de 1035 donnée par Gharnati semble plus exacte.]

[Note 41 : Ou à Melkous, d’après Bekri ; cette localité en tout cas

devait être voisine de Sidjilmassa, ainsi que le fait observer Ibn-

Khaldoun.]

[Note 42 : D’après Bekri, la mère de Abdallah, nommée Tinizamaren,

appartenait à une fraction de la tribu berbère des Djezoula ou Guezoula

qui habitait Temamanaout, dans la partie du Sahara avoisinant Ghana.]

[Note 43 : D’après Ibn-Khaldoun, Yahia-ben-Ibrahim était déjà mort à

cette époque et Abdallah aurait été accompagné dans sa retraite par

Yahia-ben-Omar et par Aboubekr, frère de ce dernier, qui devaient plus

tard régner l’un et l’autre sur les Almoravides.]

[Note 44 : Les Lemtouna se partageaient alors en deux fractions : celle

du Tagant, avec Aoudaghost comme ville principale, plus ou moins vassale

de l’empereur de Ghana, et celle de l’Adrar, toujours demeurée

indépendante et ayant comme chef-lieu Azgui.]

[Note 45 : Aboulféda donne comme position à Azgui 22° de latitude Nord

et 4° de longitude à l’Est de l’embouchure du Sénégal, ce qui

correspond, à 150 kilomètres près, à la position d’Atar : si l’on ne

trouvait pas d’approximations plus inexactes dans les positions

d’Aboulféda, ce serait magnifique.]

[Note 46 : Bekri place Tebferilla entre la montagne des Lemtouna (région

d’Atar et d’Oujeft) et le Taliouyen ou Talouine ; ailleurs il dit que

les Lemtouna de la montagne passaient l’été dans l’Amatlous (sans doute

l’Amatlich de la carte Gerhardt, au sud d’Akjoujt) et dans le Taliouyen,

régions situées à dix jours au nord du pays des Noirs.]

[Note 47 : Traduction Beaumier, p. 184.]

[Note 48 : Ghana est la seule ville du Soudan dans laquelle les auteurs

arabes aient signalé des maisons en pierres ; encore ces maisons ne

devaient-elles s’y rencontrer qu’exceptionnellement, puisque, plus loin,

Bekri parle de huttes d’argile entourant le palais impérial. Il est

probable que ces pierres n’étaient pas maçonnées ni taillées.]

[Note 49 : Le nom de ces tambours est aujourd’hui encore _daba_ ou

_taba_ en soninké et en mandingue.]

[Note 50 : Peut-être étaient-ce des perles d’origine phénicienne

analogues à celles que l’on rencontre dans les régions aurifères de la

Côte d’Ivoire et de la Côte d’Or.]

[Note 51 : Premier volume, pages 87 et 88.]

[Note 52 : Sans doute Yakout entend par ces « trous », non pas des

habitations, mais les puits servant à l’extraction des alluvions

aurifères.]

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 2 (de 3): l'histoire · 第 4 / 36 段