Au jour, la campagne est riche et riante; la vallée n’est pas une gorge,
mais une belle prairie plate coupée d’arbres et de champs de maïs, parmi
lesquels la rivière court sans bondir. Luchon est entouré d’allées de
platanes, de peupliers et de tilleuls. On quitte ces allées pour un
sentier qui suit les flots de la Pique et tournoie dans l’herbe haute.
Les frênes et les chênes forment un rideau sur les deux bords; de gros
ruisseaux arrivent des montagnes; on les passe sur des troncs posés en
travers ou sur de larges plaques d’ardoise. Toutes ces eaux coulent à
l’ombre, entre des racines tortueuses qu’elles baignent, et qui font
treillis des deux côtés. La berge est couverte d’herbes penchées; on ne
voit que la verdure fraîche et les flots sombres. C’est là qu’à midi se
réfugient les promeneurs; sur les flancs de la vallée serpentent des
routes poudreuses où courent des voitures et des cavalcades. Plus haut
les montagnes grises, ou brunies par les mousses, développent à perte de
vue leurs lignes douces et leurs formes grandioses. Elles ne sont point
sauvages comme à Saint-Sauveur, ni écorchées comme aux Eaux-Bonnes;
chacune de ces chaînes s’avance noblement vers la ville et laisse
onduler derrière elle sa vaste croupe jusqu’au bout de l’horizon.