Mon esprit s’est fort agrandi par la réflexion. Par une méthode sûre,
des conjectures solides et une attention soutenue, j’ai pénétré
plusieurs secrets de la nature.
Le chien est un animal si difforme, d’un caractère si désordonné, que de
tout temps il a été considéré comme un monstre, né et formé en dépit de
toutes les lois. En effet, lorsque le repos est l’état naturel, comment
expliquer qu’un animal soit toujours remuant, affairé, et cela sans but
ni besoin, lors même qu’il est repu et n’a point peur? Lorsque la beauté
consiste universellement dans la souplesse, la grâce et la prudence,
comment admettre qu’un animal soit toujours brutal, hurlant, fou, se
jetant au nez des gens, courant après les coups de pieds et les
rebuffades? Lorsque le favori et le chef-d’œuvre de la création est le
chat, comment comprendre qu’un animal le haïsse, courre sur lui sans en
avoir reçu la moindre égratignure, et lui casse les reins sans avoir
envie de manger sa chair?
Ces contrariétés prouvent que les chiens sont des damnés;
très-certainement les âmes coupables et punies passent dans leurs corps.
Elles y souffrent: c’est pourquoi ils se tracassent et s’agitent sans
cesse. Elles ont perdu la raison: c’est pourquoi ils gâtent tout, se
font battre, et sont enchaînés les trois quarts du jour. Elles haïssent
le beau et le bien: c’est pourquoi ils tâchent de nous étrangler.