VII.

Mon esprit s’est fort agrandi par la réflexion. Par une méthode sûre,

des conjectures solides et une attention soutenue, j’ai pénétré

plusieurs secrets de la nature.

Le chien est un animal si difforme, d’un caractère si désordonné, que de

tout temps il a été considéré comme un monstre, né et formé en dépit de

toutes les lois. En effet, lorsque le repos est l’état naturel, comment

expliquer qu’un animal soit toujours remuant, affairé, et cela sans but

ni besoin, lors même qu’il est repu et n’a point peur? Lorsque la beauté

consiste universellement dans la souplesse, la grâce et la prudence,

comment admettre qu’un animal soit toujours brutal, hurlant, fou, se

jetant au nez des gens, courant après les coups de pieds et les

rebuffades? Lorsque le favori et le chef-d’œuvre de la création est le

chat, comment comprendre qu’un animal le haïsse, courre sur lui sans en

avoir reçu la moindre égratignure, et lui casse les reins sans avoir

envie de manger sa chair?

Ces contrariétés prouvent que les chiens sont des damnés;

très-certainement les âmes coupables et punies passent dans leurs corps.

Elles y souffrent: c’est pourquoi ils se tracassent et s’agitent sans

cesse. Elles ont perdu la raison: c’est pourquoi ils gâtent tout, se

font battre, et sont enchaînés les trois quarts du jour. Elles haïssent

le beau et le bien: c’est pourquoi ils tâchent de nous étrangler.

Voyage aux Pyrénées · 第 137 / 176 题