III.

Mon oncle, animal fort expérimenté et très-vieux, m’a enseigné

l’histoire universelle.

A l’origine des choses, quand il naquit, le maître étant mort, les

enfants à l’enterrement, les valets à la danse, tous les animaux se

trouvèrent libres. Ce fut un tintamarre épouvantable; un dindon ayant de

trop belles plumes fut mis à nu par ses confrères. Le soir, un furet,

s’étant insinué, suça à la veine du cou les trois quarts des

combattants, lesquels, naturellement, ne crièrent plus. Le spectacle

était beau dans la basse-cour; les chiens çà et là avalaient un canard;

les chevaux par gaieté cassaient l’échine des chiens; mon oncle lui-même

croqua une demi-douzaine de petits poulets. C’était le bon temps,

dit-il.

Le soir, les gens étant rentrés, les coups de fouet commencèrent. Mon

oncle en reçut un qui lui emporta une bande de poil. Les chiens, bien

sanglés et à l’attache, hurlèrent de repentir et léchèrent les mains du

nouveau maître. Les chevaux reprirent leur dossée avec un zèle

administratif. Les volailles protégées poussèrent des gloussements de

bénédiction; seulement, au bout de six mois, quand passa le coquetier,

d’un coup on en saigna cinquante. Les oies, au nombre desquelles était

ma bonne amie défunte, battirent des ailes, disant que tout était dans

l’ordre, et louant le fermier, bienfaiteur du public.

Voyage aux Pyrénées · 第 133 / 176 题