Mon oncle, animal fort expérimenté et très-vieux, m’a enseigné
l’histoire universelle.
A l’origine des choses, quand il naquit, le maître étant mort, les
enfants à l’enterrement, les valets à la danse, tous les animaux se
trouvèrent libres. Ce fut un tintamarre épouvantable; un dindon ayant de
trop belles plumes fut mis à nu par ses confrères. Le soir, un furet,
s’étant insinué, suça à la veine du cou les trois quarts des
combattants, lesquels, naturellement, ne crièrent plus. Le spectacle
était beau dans la basse-cour; les chiens çà et là avalaient un canard;
les chevaux par gaieté cassaient l’échine des chiens; mon oncle lui-même
croqua une demi-douzaine de petits poulets. C’était le bon temps,
dit-il.
Le soir, les gens étant rentrés, les coups de fouet commencèrent. Mon
oncle en reçut un qui lui emporta une bande de poil. Les chiens, bien
sanglés et à l’attache, hurlèrent de repentir et léchèrent les mains du
nouveau maître. Les chevaux reprirent leur dossée avec un zèle
administratif. Les volailles protégées poussèrent des gloussements de
bénédiction; seulement, au bout de six mois, quand passa le coquetier,
d’un coup on en saigna cinquante. Les oies, au nombre desquelles était
ma bonne amie défunte, battirent des ailes, disant que tout était dans
l’ordre, et louant le fermier, bienfaiteur du public.