II.

Mes pattes étant devenues solides, je sortis et fis bientôt amitié avec

une oie, bête estimable, car elle avait le ventre tiède; je me

blottissais dessous, et pendant ce temps ses discours philosophiques me

formaient. Elle disait que la basse-cour était une république d’alliés;

que le plus industrieux, l’homme, avait été choisi pour chef, et que les

chiens, quoique turbulents, étaient nos gardiens. Je pleurais

d’attendrissement sous le ventre de ma bonne amie.

Un matin la cuisinière approcha d’un air bonasse, montrant dans la main

une poignée d’orge. L’oie tendit le cou que la cuisinière empoigna,

tirant un grand couteau. Mon oncle, philosophe alerte, accourut et

commença à exhorter l’oie, qui poussait des cris inconvenants: «Chère

sœur, disait-il, le fermier, ayant mangé votre chair, aura

l’intelligence plus nette et veillera mieux à votre bien-être; et les

chiens s’étant nourris de vos os, seront plus capables de vous

défendre.» Là-dessus l’oie se tut, car sa tête était coupée, et une

sorte de tuyau rouge s’avança hors du cou qui saignait. Mon oncle courut

à la tête et l’emporta prestement; pour moi, un peu effarouché,

j’approchai de la mare de sang, et sans réfléchir j’y trempai ma langue;

ce sang était bien bon, et j’allai à la cuisine pour voir si je n’en

aurais pas davantage.

Voyage aux Pyrénées · 第 132 / 176 题