La troisième variété marche en troupes et fait ses excursions en
famille. Vous apercevez de loin une grande cavalcade tranquille: le
père, la mère, deux filles, deux grands cousins, un ou deux amis, et
quelquefois des ânes pour les bambins. On fouette les ânes, qui sont
rétifs; on conseille la prudence aux jeunes gens fougueux; un coup d’œil
retient les jeunes demoiselles autour du voile vert de leur mère. Les
caractères distinctifs de cette variété sont le voile vert, l’esprit
bourgeois, l’amour des siestes et des repas sur l’herbe; un signe
infaillible est le goût des petits jeux de société. Cette variété est
rare aux Eaux-Bonnes, plus fréquente à Bagnères-de-Bigorre et à
Bagnères-de-Luchon. Elle est remarquable par sa prudence, par ses
instincts culinaires, par ses habitudes économiques. Les individus qui
font l’excursion s’arrêtent dans un endroit choisi dès la veille; on
débarque des pâtés et des bouteilles. Si l’on n’a rien apporté, on va
frapper à la cabane voisine pour avoir du lait; on s’étonne de le payer
trois sous le verre; on trouve qu’il ressemble fort au lait de chèvre,
et l’on se dit, après avoir bu, que l’écuelle de bois n’était pas trop
propre. On regarde curieusement l’étable noire, demi-souterraine, où
les vaches ruminent sur un lit de fougères: après quoi, les gens gros et
gras s’asseyent ou se couchent. L’artiste de la famille tire son album
et copie un pont, un moulin et autres paysages d’album. Les jeunes
filles courent en riant et se laissent tomber essoufflées sur l’herbe;
les jeunes gens courent après elles. Cette variété, originaire des
grandes villes, principalement de Paris, veut retrouver aux Pyrénées les
parties de plaisir de Meudon et de Montmorency.