II.

La seconde variété comprend des êtres réfléchis, méthodiques,

ordinairement portant lunettes, doués d’une confiance passionnée en la

lettre imprimée. On les reconnaît au manuel-guide, qu’ils ont toujours à

la main. Ce livre est pour eux la loi et les prophètes. Ils mangent des

truites au lieu qu’indique le livre, font scrupuleusement toutes les

stations que conseille le livre, se disputent avec l’aubergiste

lorsqu’il leur demande plus que ne marque le livre. On les voit aux

sites remarquables, les yeux fixés sur le livre, se pénétrant de la

description et s’informant au juste du genre d’émotion qu’il convient

d’éprouver. La veille d’une excursion, ils étudient le livre et

apprennent d’avance l’ordre et la suite des sensations qu’ils doivent

rencontrer: d’abord la surprise, un peu plus loin une impression douce,

au bout d’une lieue l’horreur et le saisissement, à la fin

l’attendrissement calme. Ils ne font et ne sentent rien que pièces en

main et sur de bonnes autorités. En arrivant dans un hôtel, leur premier

soin est de demander à leur voisin de table s’il y a un lieu de réunion,

à quelle heure on s’y rassemble, comment on emploie les différentes

heures du jour, sur quelle promenade on va dans l’après-midi, sur quelle

autre le soir. Le lendemain, ils suivent tous ces renseignements en

conscience. Ils sont vêtus à la mode des eaux, ils changent de toilette

autant de fois que l’usage des eaux le juge convenable; ils font toutes

les excursions qu’on doit faire, à l’heure où il faut les faire, dans

l’équipage avec lequel il faut les faire. Ont-ils un goût? on n’en sait

rien: le livre et l’opinion publique ont pensé et décidé pour eux. Ils

ont la consolation de penser qu’ils ont marché dans la grande route et

qu’ils

[Illustration: Lac d’Oo. (Page 284.)]

sont les imitateurs du genre humain. Ce sont les touristes _dociles_.

Voyage aux Pyrénées · 第 123 / 176 题