Tarbes est une assez grande ville, ayant l’aspect d’un bourg, pavée de
petits cailloux, d’apparence médiocre. On débarque dans une place où de
gros ormeaux poudreux font de l’ombre. A midi les rues sont désertes; on
s’aperçoit qu’on est proche du soleil d’Espagne. Quelques femmes
seulement, coiffées d’un foulard rouge, vendaient des pêches au coin
d’une borne. Un peu plus loin, des soldats de cavalerie traînaient leurs
grandes jambes gauches dans l’ombre étroite de leur muraille. On
rencontre un carré de quatre bâtiments, au milieu desquels monte un
clocher évasé du bas. C’est l’église; elle n’a qu’une seule nef,
très-haute, très-large, très-fraîche, peinte de couleurs sombres, qui
fait contraste avec la chaleur étouffante du dehors et l’éclat cru des
murs blancs; au-dessus de l’autel, six colonnes de marbre bigarré,
surmontées d’un baldaquin, font un assez bel effet. Les tableaux sont
comme partout: un Christ beurre frais et rose tendre, une passion en
estampes coloriées de six sous. Quelques-uns, placés très-haut, dans des
coins obscurs, paraissent meilleurs, parce qu’on n’y démêle rien. Un peu
plus loin, on vient de bâtir un palais de justice, propre et neuf comme
une robe de juge: les moellons sont bien équarris, et les murs
parfaitement ratissés; la façade est embellie de deux statues, la
Justice, qui a l’air d’une sotte, et la Force, qui a l’air d’une fille.
La Force a des demi-bottes et une peau de bête. Au lieu de belles
statues, nous avons de vilains logogriphes. Puisqu’on avait l’amour du
symbole, ne pouvait-on habiller la Force en gendarme? Pour nous
dédommager des statues, nous allâmes visiter les chevaux. A cet endroit,
la ville bourgeoise devient ville élégante. Les bâtiments du haras sont
simples et de bon goût. Des gazons, des rosiers, des escaliers pleins de
fleurs, une belle prairie d’herbe haute; dans le lointain des peupliers
rangés en rideaux sur l’horizon limpide: l’habitation des chevaux est un
lieu de plaisance. Il y en a cinquante dans une longue écurie qui serait
au besoin une salle de bal; ce sont de superbes bêtes, le poil luisant,
la croupe ferme, l’œil doux, le front calme; ils mangent paisiblement
dans leurs stalles, ayant double natte sous leur litière; tout est
brossé, essuyé, frotté. Des écuyers en veste rouge vont et viennent
incessamment pour les nettoyer et veiller à ce que rien ne leur manque.
Les hommes étaient moins heureux dans le paradis terrestre.