Un peu après Lourdes, commence la plaine, et le ciel s’ouvre sur une
largeur immense: la coupole d’azur pâlit vers les bords, et son bleu
tendre,
[Illustration: Lourdes. (Page 258.)]
dégradé par des nuances insensibles, se perd à l’horizon dans une
blancheur ravissante. Ces couleurs si pures, si riches, si doucement
fondues, sont comme un grand concert où l’on se trouve enveloppé
d’harmonie; la lumière arrive de toutes parts; l’air en est pénétré, la
voûte bleue scintille depuis le dôme jusqu’à l’horizon. On oublie les
autres objets; on s’absorbe dans une sensation unique; on ne peut que
jouir de cette sérénité inaltérable, de cette profusion de clarté, de
cet épanchement de lumière dorée, ruisselante, qui joue dans un espace
sans limites. Ce ciel du Midi ne correspond qu’à un seul état de l’âme,
qui est la joie: il n’a qu’une pensée et qu’une beauté, mais il fait
concevoir le bonheur plein et durable; il met dans le cœur une source de
gaieté toujours prête à jaillir; l’homme en ce pays doit porter
légèrement la vie. Nos cieux du Nord ont une expression plus variée et
plus profonde; les reflets métalliques de leurs nuages changeants
conviennent à des âmes agitées; leur lumière brisée et leurs nuances
étranges expriment la joie triste des passions mélancoliques; ils
touchent le cœur plus à fond et d’une atteinte plus vive. Mais le bleu
et le blanc sont des teintes si belles! D’ici le Nord semble un exil; on
n’eût jamais pensé que deux couleurs pussent faire autant de plaisir.
Elles s’évanouissent l’une dans l’autre, comme des sons suaves qui se
rapprochent et se confondent. Le blanc lointain adoucit la lumière crue
et l’emprisonne dans une poussière d’air épaissi. L’azur du dôme émousse
les rayons sous sa teinte obscure, les réfléchit, les brise, et semble
semé de paillettes d’or. Ces miroitements du ciel, ces horizons noyés
dans une bande vaporeuse, cette transparence de l’air infini, cette
profondeur d’un ciel sans nuages, valent le spectacle des montagnes.