Au sommet croissent les mousses. Battues par le vent, desséchées par le
soleil, elles perdent la teinte verte et fraîche qu’elles ont dans les
vallées, au bord des sources. Elles se roussissent de tons fauves, et
leurs filaments lisses ont le reflet des poils du loup. D’autres,
jaunies et pâles, couvrent de leurs couleurs maladives les crevasses qui
saignent. Il y en a de grises, presque blanches, qui poussent comme des
restes de cheveux sur les rochers chauves. De loin, sur le dos de la
montagne, toutes ces teintes se fondent, et ce pelage nuancé jette un
éclat sauvage. Les derniers végétaux sont des croûtes rougeâtres,
collées aux parois des roches, qui semblent faire partie de la pierre,
et qu’on prendrait non pour une plante, mais pour une lèpre. Le froid,
la sécheresse et la hauteur, ont par degrés transformé ou tué la
végétation.