Plus haut, sur les escarpements stériles, le buis jaunâtre tord ses
pieds noueux sous des pierres. C’est un être triste et tenace, rabougri
et resserré sur lui-même; écrasé entre les roches, il n’ose s’élancer
ni s’épandre. Ses petites feuilles épaisses se suivent en rangées
monotones, lourdement ovales et d’une régularité compassée. Ses tiges,
courtes, grisâtres, sont âpres au toucher; le fruit rond enferme des
capsules noires, dures comme l’ébène, qu’il faut déchirer pour avoir la
graine. Tout dans la plante est calculé en vue de l’utile: elle ne songe
qu’à durer et à résister; elle n’a ni ornements, ni élégance, ni
richesse; elle ne dépense sa sève qu’en tissus solides, en couleurs
ternes, en fibres durables. C’est une ménagère économe et vivace, seule
capable de végéter dans les fondrières qu’elle remplit.
Si l’on continue à monter, les arbres commencent à manquer. Le sapin
broussaille rampe dans un tapis de gazon. Les rhododendrons poussent en
touffes et couronnent la montagne de bouquets roses. Les bruyères
serrent leurs grappes blanches, petites fleurs ouvertes, en forme de
vase, d’où sort une couronne d’étamines grenat. Dans les creux abrités,
les campanules bleues balancent leurs jolies clochettes; le moindre vent
les couche; elles vivent pourtant et sourient, tremblantes et
gracieuses. Mais, entre toutes ces fleurs nourries de lumière et d’air
pur, la plus précieuse est la rose sans épines. Jamais pétales n’ont
formé une corolle plus frêle et plus mignonne; jamais vermillon si vif
n’a coloré un tissu plus délicat.