I
Les hêtres s’avancent haut sur les versants, jusqu’à plus de trois mille
pieds. Leurs gros piliers s’enfoncent dans les creux où il s’est amassé
de la terre. Leurs racines entrent dans les fentes du roc, le soulèvent,
et viennent ramper à la surface comme une famille de serpents. Leur
peau, blanche et tendre dans les plaines, se change en écorce grisâtre
et solide; leurs feuilles tenaces reluisent d’un vert vigoureux, sous le
soleil qui ne peut les traverser. Ils vivent isolés, parce qu’ils ont
besoin d’espace, et s’échelonnent de distance en distance comme des
lignes de tours. De loin, entre les bruyères ternes, leur môle se lève
éclatant de lumière, et bruit de ses cent mille feuilles, comme par
autant de clochettes de corne.