PLANTES ET BÊTES

I

Les hêtres s’avancent haut sur les versants, jusqu’à plus de trois mille

pieds. Leurs gros piliers s’enfoncent dans les creux où il s’est amassé

de la terre. Leurs racines entrent dans les fentes du roc, le soulèvent,

et viennent ramper à la surface comme une famille de serpents. Leur

peau, blanche et tendre dans les plaines, se change en écorce grisâtre

et solide; leurs feuilles tenaces reluisent d’un vert vigoureux, sous le

soleil qui ne peut les traverser. Ils vivent isolés, parce qu’ils ont

besoin d’espace, et s’échelonnent de distance en distance comme des

lignes de tours. De loin, entre les bruyères ternes, leur môle se lève

éclatant de lumière, et bruit de ses cent mille feuilles, comme par

autant de clochettes de corne.

Voyage aux Pyrénées · 第 104 / 176 题