GAVARNIE

I

De Luz à Gavarnie il y a six lieues.

Il est enjoint à tout être vivant et pouvant monter un cheval, un mulet,

un quadrupède quelconque, de visiter Gavarnie; à défaut d’autres bêtes,

il devrait, toute honte cessant, enfourcher un âne. Les dames et les

convalescents s’y font conduire en chaise à porteurs.

Sinon, pensez quelle figure vous ferez au retour.

«Vous venez des Pyrénées, vous avez vu Gavarnie?

--Non.

--Pourquoi donc êtes-vous allé aux Pyrénées?»

Vous baissez la tête, et votre ami triomphe, surtout s’il s’est ennuyé à

Gavarnie. Vous subissez une description de Gavarnie, d’après la dernière

édition du guide-manuel. Gavarnie est un spectacle sublime; les

touristes se dérangent de vingt lieues pour le voir; la duchesse

d’Angoulême se fit porter jusqu’aux dernières roches; lord Bute s’écria,

lorsqu’il vint là pour la première fois: «Si j’étais encore au fond de

l’Inde, et que je soupçonnasse l’existence de ce que je vois en ce

moment, je partirais sur-le-champ pour en jouir et pour l’admirer!» Vous

êtes accablé de citations et de superbes sourires; vous êtes convaincu

de paresse, de lourdeur d’esprit, et, comme disent certains voyageurs

anglais, _d’insensibilité inesthétique_.

Il n’y a que deux ressources: apprendre par cœur une description ou

faire le voyage. J’ai fait le voyage, et je vais donner la description.

Voyage aux Pyrénées · 第 95 / 176 题