A quelques lieues de là, entre les précipices, dort le lac de Gaube.
L’eau verte, profonde de trois cents pieds, a des reflets d’émeraude.
Les têtes chauves des monts s’y mirent avec une sérénité divine. La fine
colonne des pins s’y réfléchit aussi nette que dans l’air; dans le
lointain, les bois vêtus d’une vapeur bleuâtre viennent tremper leurs
pieds dans son eau froide, et l’énorme Vignemale, taché de neige, le
ferme de sa falaise. Quelquefois un reste de brise vient le plisser, et
toutes ces grandes images ondulent; la Diane de Grèce, la vierge
chasseresse et sauvage l’eût pris pour miroir.
Comme on la voit renaître, en de pareils sites! ses marbres sont tombés,
ses fêtes sont évanouies; mais au frissonnement des sapins, au bruit des
glaciers qui craquent, devant l’éclat d’acier de ces eaux chastes, elle
reparaît comme une vision. Toute la nuit, dans les clameurs du vent, les
pâtres pouvaient entendre l’aboiement de ses lévriers et le sifflement
de ses flèches; le chœur indompté de ses nymphes courait à travers les
précipices; la lune luisait sur leurs épaules d’argent et sur la pointe
de leurs lances. Au matin elle venait laver ses bras dans le lac; et
plus d’une fois on l’avait vue debout sur une cime, les yeux fixes, le
front sévère; son pied foulait la neige sanglante, et sous le soleil
d’hiver brillaient ses seins de vierge.