CAUTERETS

I

Cauterets est un bourg au fond d’une vallée, assez triste, pavé, muni

d’un octroi. Hôteliers, guides, tout un peuple affamé nous investit;

mais nous avons beaucoup de force d’âme, et, après une belle résistance,

nous obtenons le droit de regarder et de choisir.

Cinquante pas plus loin, nous sommes raccrochés par des servantes, des

enfants, des loueurs d’ânes, des garçons qui par hasard viennent se

promener autour de nous. On nous offre des cartes, on nous vante

l’emplacement, la cuisine, on nous accompagne, casquette en main,

jusqu’au bout du village; en même temps on écarte à coups de coude les

compétiteurs: «c’est mon voyageur, je te rosse si tu approches.» Chaque

hôtel a ses recruteurs à l’affût; ils chassent, l’hiver à l’isard, l’été

au voyageur.

[Illustration: Cauterets. (Page 194.)]

Ce bourg a plusieurs sources: celle du Roi guérit Abarca, roi d’Aragon:

celle de César rendit, dit-on, la santé au grand César. Il faut de la

foi en histoire comme en médecine.

Par exemple, au temps de François Iᵉʳ, les Eaux-Bonnes guérissaient les

blessures; elles s’appelaient _eaux d’arquebusades_; on y envoya les

soldats blessés à Pavie. Aujourd’hui elles guérissent les maladies de

gorge et de poitrine. Dans cent ans, elles guériront peut-être autre

chose; chaque siècle, la médecine fait un progrès.

«Autrefois, dit Sganarelle, le foie était à droite et le cœur à gauche,

nous avons réformé tout cela.»

Un médecin célèbre disait un jour à ses élèves: «Employez vite ce remède

pendant qu’il guérit encore.» Les médicaments ont des modes comme les

chapeaux.

Que peut-on dire contre celle-ci? Le climat est chaud, la gorge abritée,

l’air pur; la gaieté du soleil égaye. En changeant d’habitudes, on

change de pensées; les idées noires s’en vont. L’eau n’est pas mauvaise

à boire; on a fait un joli voyage; le moral guérit le physique: sinon,

on a espéré pendant deux mois. Et qu’est-ce, je vous prie, qu’un remède,

sinon un prétexte pour espérer? On prend patience et plaisir jusqu’à ce

que le mal ou le malade s’en aille, et tout est pour le mieux dans le

meilleur des mondes.

Voyage aux Pyrénées · 第 89 / 176 题