Paul et moi nous sommes allés à Baréges; la route est une longue montée
de deux lieues.
Une allée d’arbres s’allonge entre un ruisseau et le Gave. L’eau jaillit
de toutes les hauteurs; çà et là un peuple de petits moulins s’est posé
sur les cascades; les versants en sont semés. On s’égaye à voir ces
petits êtres nichés dans les creux des pentes colossales. Leur toit
d’ardoise sourit pourtant et jette son éclair entre les herbes. Il n’y
a rien ici que de gracieux et d’aimable; les bords du Gave gardent leur
fraîcheur sous le soleil brûlant; les ruisseaux laissent à peine entre
eux et lui une étroite bande verte; on est entouré d’eaux courantes;
l’ombre des frênes et des aunes tremble dans l’herbe fine; les arbres
s’élancent d’un jet superbe, en colonnes lisses, et ne s’étalent en
branches qu’à quarante pieds de hauteur. L’eau sombre de la rigole
d’ardoise va frôlant les tiges vertes; elle court si vite qu’elle semble
frissonner. De l’autre côté du torrent, des peupliers s’échelonnent sur
la côte verdoyante; leurs feuilles, un peu pâles, se détachent sur le
bleu pur du ciel; au moindre vent, elles s’agitent et reluisent. Des
ronces en fleur descendent le long du rocher et vont toucher les crêtes
des vagues. Plus loin, le dos de la montagne, chargé de broussailles,
s’allonge dans une teinte chaude d’un bleu sombre. Les bois lointains
dorment enveloppés de cette moiteur vivante, et la terre qui s’en
imprègne semble respirer avec elle la force et la volupté.