III.

J’ai souvent gravi la montagne par un temps clair, avant le lever du

soleil. Pendant la nuit, la vapeur du Gave, accumulée dans les gorges,

les a comblées; l’on a sous les pieds une mer de nuages, et sur la tête

un dôme d’un bleu tendre rayonnant de splendeur matinale; tout le reste

a disparu: on ne voit que l’azur lumineux du ciel et le satin

éblouissant des nuages; la nature est dans ses vêtements de vierge.

L’œil glisse avec volupté sur les molles rondeurs de la masse aérienne.

Les crêtes noires s’avancent dans son sein comme des promontoires; les

têtes des monts qu’elle baigne se lèvent comme un archipel d’écueils;

elle s’enfonce dans les golfes dentelés, et ondule lentement autour des

pics qu’elle gagne. L’âpreté des crêtes chauves ajoute encore à la grâce

de sa ravissante blancheur. Mais, à mesure qu’elle monte, elle

s’évapore; déjà les paysages des profondeurs apparaissent sous un

crépuscule transparent; le milieu de la vallée se découvre. Il ne reste

de la mer flottante qu’une ceinture blanche, qui traîne contre les

versants; elle se déchire, et les lambeaux pendent un instant aux têtes

des arbres; les derniers flocons s’envolent, et le Gave, frappé par le

soleil, resplendit autour de la montagne comme un collier de diamants.

Voyage aux Pyrénées · 第 85 / 176 题