Le Gave est semé de petites îles, où l’on arrive en sautant de pierre en
pierre. Ces îles sont des bancs de roche bleuâtre que tachent des
galets d’une blancheur crue; l’hiver, elles sont noyées; encore
maintenant des troncs écorchés gisent çà et là entre les blocs. Quelques
creux ont gardé des morceaux de limon; des bouquets d’ormes en sortent
comme une fusée, et les panaches des graminées flottent sur les cailloux
arides; alentour, l’eau assoupie chauffe dans les cavernes. Cependant
des deux côtés la montagne lève son mur rougeâtre, sillonné d’écume par
les filets d’eau qui serpentent. Sur tous les flancs de l’île, les
cascades grondent comme un tonnerre; vingt ravines étagées les
engouffrent dans leurs précipices, et leur clameur arrive de toute part
comme le fracas d’une bataille. Une poudre humide rebondit et nage
par-dessus toute cette tempête: elle s’arrête entre les arbres et oppose
sa gaze fine et fraîche à l’embrasement du soleil.