Aujourd’hui, c’est jour de soleil. En allant à la Place Nationale, j’ai
vu une pauvre église demi-ruinée, changée en remise; on y a cloué
l’enseigne d’un voiturier. Les arcades en petites pierres grises
s’arrondissent encore avec une hardiesse élégante; au-dessous s’empilent
des charrettes, des tonneaux, des pièces de bois; des ouvriers çà et là
maniaient des roues. Un large rayon de lumière tombait sur un tas de
paille et noircissait les coins sombres; les tableaux qu’on rencontre
valent ceux qu’on vient chercher.
De l’esplanade qui est en face, on voit toute la vallée, et au fond les
montagnes; ce premier aspect du soleil méridional, au sortir des brumes
pluvieuses, est admirable; une nappe de lumière blanche s’étale d’un
bout de l’horizon à l’autre sans rencontrer un seul nuage. Le cœur se
dilate dans cet espace immense; l’air n’est qu’une fête; les yeux
éblouis se ferment sous la clarté qui les inonde et qui ruisselle,
renvoyée par le dôme ardent du ciel. Le courant de la rivière scintille
comme une ceinture de pierreries; les chaînes de collines, hier voilées
et humides, s’allongent à plaisir sous les rayons pénétrants qui les
échauffent, et montent d’étage en étage pour étaler leur robe verte au
soleil. Dans le lointain, les Pyrénées bleuâtres semblent une traînée de
nuages; l’air qui les revêt en fait des êtres aériens, fantômes
vaporeux, dont les derniers s’évanouissent dans l’horizon blanchâtre,
contours indistincts, qu’on prendrait pour l’esquisse fugitive du plus
léger crayon. Au milieu de la chaîne dentelée, le pic du Midi d’Ossau
dresse son cône abrupt; à cette distance, les formes s’adoucissent, les
couleurs se fondent, les Pyrénées ne sont que la bordure gracieuse d’un
paysage riant et d’un ciel magnifique. Rien d’imposant ni de sévère; la
beauté ici est sereine et le plaisir est pur.