III.

Le parc est un grand bois sur une colline, entouré de prairies et de

moissons. On marche dans de longues allées solitaires, sous des

colonnades de chênes superbes, tandis qu’à gauche les hautes tiges des

taillis montent en files serrées sur le dos de la colline. Le brouillard

ne s’était point levé; l’air était immobile; pas un coin de ciel bleu,

pas un bruit dans la campagne. Un chant d’oiseau sortait pour un instant

du milieu des frênes, puis s’arrêtait attristé. Est-ce là le ciel du

Midi, et fallait-il venir dans le joyeux pays du Béarnais pour trouver

ces impressions mélancoliques? Un petit chemin de côté nous a conduit

sur une rive du Gave: dans une longue flaque d’eau croissait une armée

de joncs hauts comme deux hommes; leurs épis grisâtres et leurs feuilles

tremblantes s’inclinaient et chuchotaient sous le vent; auprès d’eux,

une fleur sauvage répandait un parfum de vanille. Nous avons regardé la

large campagne, les rangées de collines arrondies, la plaine silencieuse

sous le dôme terne du ciel. Le Gave roule à trois cents pas entre des

rives rangées, qu’il a couvertes de sable; on distingue au milieu des

eaux les piles moussues d’un pont ruiné. On est bien ici, et cependant

on sent au fond du cœur une vague inquiétude; l’âme s’amollit et se

perd en des rêveries tendres et tristes. Tout à coup l’heure sonne, et

l’on va déployer sa serviette pour manger du potage entre deux commis

voyageurs.

Voyage aux Pyrénées · 第 48 / 176 题