Le parc est un grand bois sur une colline, entouré de prairies et de
moissons. On marche dans de longues allées solitaires, sous des
colonnades de chênes superbes, tandis qu’à gauche les hautes tiges des
taillis montent en files serrées sur le dos de la colline. Le brouillard
ne s’était point levé; l’air était immobile; pas un coin de ciel bleu,
pas un bruit dans la campagne. Un chant d’oiseau sortait pour un instant
du milieu des frênes, puis s’arrêtait attristé. Est-ce là le ciel du
Midi, et fallait-il venir dans le joyeux pays du Béarnais pour trouver
ces impressions mélancoliques? Un petit chemin de côté nous a conduit
sur une rive du Gave: dans une longue flaque d’eau croissait une armée
de joncs hauts comme deux hommes; leurs épis grisâtres et leurs feuilles
tremblantes s’inclinaient et chuchotaient sous le vent; auprès d’eux,
une fleur sauvage répandait un parfum de vanille. Nous avons regardé la
large campagne, les rangées de collines arrondies, la plaine silencieuse
sous le dôme terne du ciel. Le Gave roule à trois cents pas entre des
rives rangées, qu’il a couvertes de sable; on distingue au milieu des
eaux les piles moussues d’un pont ruiné. On est bien ici, et cependant
on sent au fond du cœur une vague inquiétude; l’âme s’amollit et se
perd en des rêveries tendres et tristes. Tout à coup l’heure sonne, et
l’on va déployer sa serviette pour manger du potage entre deux commis
voyageurs.