Sur l’esplanade est la statue d’Henri IV, avec une inscription en latin
et en patois; l’armure est d’un fini parfait, à rendre un armurier
jaloux. Mais pourquoi le roi fait-il une aussi triste mine? Son cou est
gêné sur ses épaules; ses traits sont petits, soucieux; il a perdu sa
gaieté, sa verve, sa confiance en sa fortune et sa fière contenance. Il
n’a l’air ni d’un grand homme, ni d’un homme bon, ni d’un homme
d’esprit; son visage est mécontent, et l’on dirait qu’il s’ennuie à Pau.
Je ne sais s’il a raison: la ville cependant passe pour agréable; le
climat est fort doux, les malades qui redoutent le froid y passent
l’hiver. On donne des bals dans les cercles; les Anglais y abondent, et
l’on sait qu’en fait de cuisine, de lits et d’auberges, ce peuple est le
premier réformateur de l’univers.
Ils auraient bien dû réformer les voitures: les mauvaises petites
diligences du pays sont tirées par des haridelles décharnées qui
descendent les côtes au pas et font halte aux montées. Tous les
encouragements du fouet sont perdus sur leur dos; on ne saurait leur en
vouloir, tant elles ont piteuse apparence, échine saillante, oreilles
pendantes, ventre efflanqué. Le cocher se lève sur son siége, tire les
rênes, agite les bras, crie et tempête, descend et remonte; son métier
est rude, mais il a l’âme de son métier. Peu lui importent les
voyageurs, il les traite en paquets utiles, en contre-poids obligés sur
lesquels il a droit. Au bas d’une montagne, la machine mit sa roue dans
un fossé et pencha; chacun de sauter dehors à la façon des moutons de
Panurge. Il courait de l’un à l’autre pour les faire rentrer, exhortant
surtout les gens de l’impériale, et leur montrant le danger de la
voiture qui, inclinée en arrière, avait besoin de lest en avant. Ceux-ci
restèrent froids et montèrent à pied; il suivait en grommelant, et les
appelait égoïstes.
[Illustration: Chaîne des Pyrénées.--Vue prise de l’Esplanade. (Page
80.)]