Il y a un phare au nord du rivage, sur une esplanade de grève et
d’herbes piquantes. Les plantes ici sont aussi âpres que l’Océan. Ne
regardez pas la place à gauche; les piquets de soldats, les baraques de
baigneurs, les ennuyés, les enfants, les malades, le linge qui sèche,
tout cela est triste comme une caserne et un hôpital. Mais au pied du
phare, les belles vagues vertes se creusent et escaladent les rochers,
éparpillant au vent leur panache d’écume; les flots arrivent à l’assaut
et montent l’un sur l’autre, aussi agiles et aussi hardis que des
cavaliers qui chargent; les cavernes clapotent; la brise souffle avec un
bruit joyeux; elle entre dans la poitrine et tend les muscles; on
respire à pleins poumons la vivifiante salure de la mer.
Plus loin, en remontant vers le nord, des sentiers rampent le long des
falaises. Au bas de la dernière, la solitude s’ouvre; toute chose
humaine a disparu; ni maisons, ni culture, ni verdure. On est ici comme
aux premiers âges, alors que les vivants n’avaient point paru encore, et
que l’eau, la pierre et le sable, étaient les seuls habitants de
l’univers. La côte allonge dans la vapeur sa longue bande de sable poli;
la plage dorée ondule doucement et ouvre ses golfes aux rides de la mer.
Chaque ride avance, écumeuse d’abord, puis insensiblement s’aplanit,
laisse derrière elle les flocons de sa toison blanche, et vient
s’endormir sur la rive qu’elle a baisée. Cependant une autre approche,
et derrière celle-ci une nouvelle, puis tout un troupeau qui raye l’eau
bleuâtre de ses broderies d’argent. Elles chuchotent bien bas, et on les
entend à peine sous les clameurs des vagues lointaines; nulle part la
plage n’est si douce, si riante; la terre amollit son embrassement pour
mieux accueillir et caresser ces mignonnes créatures, qui sont comme les
petits enfants de la mer.