III.

Il pleut; l’auberge est insupportable. On s’étouffe sous les arcades; je

m’ennuie au café, et je ne connais personne. La seule ressource est

d’aller à la bibliothèque. Elle est fermée.

Heureusement le conservateur a pitié de moi et m’ouvre. Bien mieux, il

m’apporte toutes sortes de chartes et de vieux livres; il est

très-savant, très-aimable, m’explique tout, me guide, me renseigne et

m’installe. Me voilà dans un coin, seul, à une table, avec les documents

d’une belle histoire toute réjouissante; c’est une pastorale du moyen

âge. Je n’ai rien de mieux à faire que de me la conter.

* * * * *

Pé de Puyane était un homme brave et habile en mer, qui de son temps fut

maire de Bayonne et amiral; mais il était rude aux gens, comme tous ceux

qui ont mené des navires, et il avait plus tôt assommé un homme qu’ôté

son bonnet. Il avait bataillé longtemps contre les gens de mer normands,

et une fois en pendit soixante-dix à ses vergues, côte à côte avec des

chiens. Ayant mis à ses galères des bannières rouges qui signifiaient

mort sans remède, il prit à la bataille de l’Écluse le grand vaisseau

génois _Christophle_, et y mena si bien les mains que nul Français

n’échappa; car tous y furent noyés ou tués, et les deux amiraux Quieret

et Bahuchet s’étant rendus, Bahuchet eut le col serré d’une corde et

Quieret la gorge coupée. Ce qui était bien fait; car plus on tue de ses

ennemis, moins on en a. C’est pourquoi, quand il revint, les gens de

Bayonne le fêtèrent avec un tel bruit et un tel tintamarre de trompes,

de cornets, de tambours et de toutes sortes d’instruments, que ce

jour-là on n’eût pas ouï Dieu tonnant.

Il se trouva que les Basques ne voulaient plus payer la redevance sur le

cidre qu’on brassait à Bayonne pour le vendre en leur pays. Pé de Puyane

dit que les marchands de la ville ne leur en porteraient plus, et que,

si quelqu’un leur en portait, il aurait le poing coupé. De fait, Pierre

Cambo, un pauvre homme, en ayant voituré nuitamment deux muids, fut mené

sur la place du marché, devant Notre-Dame de Saint-Léon, qu’on

bâtissait, eut la main tranchée, puis les veines bouchées par des fers

rougis; ensuite il fut promené en tombereau dans toute la ville, ce qui

était un bon exemple; car les petites gens doivent toujours faire ce

qu’ont ordonné les gens de haut lieu.

Ensuite Pé de Puyane, ayant assemblé les cent pairs dans la maison de

ville, leur montra que les Basques étant traîtres, rebelles envers la

seigneurie de Bayonne, ne devaient plus garder les franchises qu’on leur

avait accordées; que la seigneurie de Bayonne, ayant souveraineté de la

mer, pouvait justement faire payer impôt en tous les endroits où montait

la mer, tout comme dans son port, et qu’ainsi dorénavant les Basques

devaient payer pour passer à Villefranche, au pont de la Nive, jusqu’où

va le flux. Tous crièrent que cela était juste, et Pé de Puyane dénonça

aux Basques le péage; mais tous se mirent à rire, disant qu’ils

n’étaient point des chiens de matelots comme ceux du maire. Puis étant

venus en force, ils battirent les gens du pont et en laissèrent trois

pour morts.

Pé ne dit rien, car il ne parlait pas beaucoup; mais il serra les dents,

et regarda si affreusement autour de lui, que nul n’osa s’enquérir de ce

qu’il ferait, ni l’exhorter, ni souffler mot. Du premier samedi d’avril

jusqu’à la mi-août, plusieurs hommes furent battus, tant Bayonnais que

Basques, sans qu’il y eût guerre dénoncée, et, quand on en parlait au

maire, il tournait le dos.

Le vingt-quatrième jour d’août, beaucoup d’hommes nobles d’entre les

Basques, et plusieurs jeunes gens, bons sauteurs et danseurs, vinrent au

château de Miot pour la Saint-Barthélemy. Ils festinèrent et paradèrent

tout le jour, et les jeunes gens, qui sautaient à la perche avec leurs

ceintures rouges et leurs culottes blanches, semblèrent adroits et

beaux. Le soir, un homme vint parler bas au maire, et lui, qui

d’ordinaire avait une mine grave et judiciaire, eut tout d’un coup les

yeux allumés comme un jeune garçon qui voit arriver sa mariée. Il

descendit en quatre sauts son escalier, mena dehors une bande de vieux

matelots qui étaient venus un à un, couvertement, dans sa salle basse,

et partit la nuit close avec plusieurs des jurats, ayant fermé les

portes de la ville, de peur que quelque traître, comme il y en a

partout, n’allât devant.

Étant arrivés au château, ils trouvèrent le pont-levis baissé et la

poterne ouverte, tant les Basques étaient confiants et sans soupçon, et

entrèrent, coutelas tirés et piques en avant, dans la grande salle. Là

furent tués sept jeunes gens qui s’étaient barricadés avec des tables et

voulaient jouer de la dague; mais les bonnes hallebardes bien pointues

et tranchantes les firent vite taire. Les autres, ayant fermé les portes

du dedans, pensèrent qu’ils auraient pouvoir de se défendre ou loisir

pour fuir; mais les marins bayonnais, de leurs grandes haches abattirent

les ais et fendirent les premières cervelles qui se trouvèrent auprès.

Le maire, voyant les Basques bien serrés à la taille de leurs ceintures

rouges, allait disant (car il était facétieux aux jours de bataille):

«Lardez-moi ces beaux galants; la broche en avant dans leur justaucorps

de chair.» Et de fait les broches allèrent si avant, qu’ils furent tous

perforés et ouverts, quelques-uns de part en part, si bien qu’on aurait

vu jour au travers d’eux, et que la salle, une demi-heure après, fut

pleine de corps blêmes et rouges, plusieurs ployés en travers des bancs,

d’autres en tas dans les coins, quelques-uns le nez collé à la table

comme il arrive aux ivrognes, en telle sorte qu’un Bayonnais, les

considérant, dit: «Voici le marché aux veaux.» Beaucoup, piqués par

derrière, avaient sauté par les fenêtres et furent trouvés le lendemain

la tête ouverte ou l’échine cassée, dans les fossés. Il ne resta que

cinq hommes en vie, gentilshommes, deux d’Urtubie, deux de Saint-Pé et

un de Lahet, que le maire fît mettre de côté comme une denrée précieuse;

puis, ayant envoyé quelqu’un pour ouvrir les portes de Bayonne et

commander au peuple de venir, il ordonna qu’on mît le feu au château. Ce

fut une belle vue, car le château brûla depuis minuit jusqu’au matin; à

chaque tourelle, mur ou plancher qui tombait, le peuple en joie faisait

un grand cri. Il y avait des volées d’étincelles dans la fumée et des

flamboiements qui s’arrêtaient, puis recommençaient tout d’un coup,

ainsi qu’aux réjouissances publiques; en sorte qu’un jurat, bel avocat

et grand lettré, fit ce dicton: «Belle fête aux gens de Bayonne; aux

Basques grillades de cochons.»

Le château brûlé, le maire dit aux cinq gentilshommes qu’il voulait

traiter avec eux de bonne amitié, et qu’eux-mêmes seraient juges, si le

flux venait jusqu’au pont; puis il les fit attacher deux par deux aux

arches, attendant la marée et assurant qu’ils étaient en bon lieu pour

voir. Tout le peuple était sur le pont et aux rivages, et regardait

l’eau se gonfler. Petit à petit le flot monta à leur poitrine, puis à

leur cou, et ils rejetaient la tête en arrière pour avoir la bouche plus

haute. Le peuple riait fort, leur criant que c’était l’heure de boire

comme font les moines à matines, et qu’ils en auraient assez pour le

demeurant de leurs jours. Puis l’eau entra dans la bouche et le nez des

trois qui étaient le plus bas; leur gosier gargouilla comme ces

bouteilles qu’on emplit, et le peuple applaudit, disant que les ivrognes

lampaient trop vite et allaient s’étrangler, tant ils étaient goulus. Il

n’y avait plus que les deux hommes d’Urtubie, liés à la maîtresse arche,

père et fils, le fils un peu plus bas. Quand le père vit l’enfant

suffoquer, il tendit si fort les bras qu’une corde cassa: mais ce fut

tout, et le chanvre entra dans sa chair sans qu’il pût aller plus loin.

Les gens d’en haut, voyant que les yeux de l’enfant tournaient, que les

veines devenaient bleues et grosses sur son front, et que l’eau remuait

autour de lui par son hoquet, l’appelèrent poupon, et demandèrent

pourquoi il avait tété si fort, et si sa nourrice n’allait pas venir

bientôt pour le coucher. Le père, sur ce mot, cria comme un loup, et

cracha en l’air contre eux, et dit qu’ils étaient des bourreaux et des

lâches. Eux fâchés, commencèrent à lui jeter des pierres, si bien que sa

tête blanche devint rouge, et que son œil droit fut crevé ce qui fut

pour lui un petit malheur: car un peu après l’eau montant boucha

l’autre. Quant elle fut baissée, le maire commanda qu’on laissât là les

cinq corps qui pendaient le cou ployé et flasque, en témoignage aux

Basques que l’eau de Bayonne venait jusqu’au pont, et qu’ils devaient

justement le péage. Puis il s’en retourna étant fort acclamé par le

peuple, qui se réjouissait d’avoir un si bon maire, homme entendu, grand

justicier, prompt aux sages entreprises, et qui donnait à chacun son dû.

Il avait mis soixante hommes, en partant, à l’entrée du pont, dans la

tour du péage, leur commandant de se bien garder, et les avertissant que

les Basques tâcheraient de se venger au plus tôt. Mais eux se dirent

qu’ils avaient encore au moins une nuit franche, et travaillèrent de

tout leur gosier à vider les pots. Vers le milieu de la nuit, qui était

sans lune, arrivèrent environ deux cents Basques; car ils sont alertes

comme des isards, et leurs coureurs avaient éveillé au matin plus de

vingt villages dans la Soule, leur contant l’incendie et la noyade;

incontinents, les plus jeunes, avec quelques hommes d’expérience,

étaient partis par des sentiers détournés, pieds nus pour ne point faire

de bruit, avec force coutelas, crampons, et plusieurs échelles de fines

cordes, et s’étaient glissés aussi adroitement que des renards jusqu’au

bas de la tour, du côté du levant à l’endroit où elle plonge droit

jusqu’au lit du fleuve, vraie fondrière, en sorte qu’en ce lieu il n’y

avait point de garde, et que le roulement de l’eau sur les cailloux

empêchait d’entendre leur petit bruit, s’ils en faisaient. Ils fichèrent

leurs crampons dans les fentes des pierres, et, petit à petit, Jean

Amacho, homme de Béhobie, bon chasseur de bêtes montagnardes, grimpa sur

les créneaux du premier mur, puis, ayant appuyé une perche jusqu’à une

fenêtre de la tour, entra, et accrocha deux échelles; les autres à leur

tour montèrent, jusqu’à ce qu’il y en eût cinquante environ; et toujours

de nouveaux hommes arrivaient, tant que les échelles pouvaient porter,

enjambant le bord de la fenêtre et sans bruit.

Ils étaient dans un petit réduit bas, et de là, dans la grande salle du

premier étage ils voyaient à six marches au dessous d’eux les Bayonnais

qui n’étaient que trois en ce lieu, deux dormant, l’autre qui venait de

s’éveiller et se frottait les yeux, le dos tourné à la petite porte du

réduit. Jean Amacho fit signe aux deux hommes qui étaient montés

aussitôt après lui, et tous ensemble sautèrent d’un seul saut, et si

juste, que leurs trois couteaux entrèrent à la fois dans la gorge des

Bayonnais, lesquels, fléchissant des jambes, coulèrent à terre sans

faire un cri. Puis les autres Basques entrèrent et se tinrent au bord du

grand escalier à rampe, qui menait dans la salle basse où étaient les

Bayonnais, les uns dormant en tas près de l’âtre, les autres criant et

banquetant dru.

Un de ceux-ci, sentant ses cheveux mouillés, leva la tête, vit de petits

filets rouges qui coulaient d’entre les solives du plafond, et se mit à

rire, disant que les goinfres d’en haut ne pouvant plus tenir leurs

flacons répandaient le bon vin, ce qui est une grosse faute. Mais

trouvant que ce vin était bien tiède, il en mit à son doigt, puis sur sa

langue, et vit au goût fade que c’était du sang. Il le cria tout haut,

et les Bayonnais sursautant empoignèrent leurs piques et coururent à

l’escalier. Sur cela, les Basques, qui avaient attendu, n’étant pas

assez nombreux, voulurent rattraper le moment et s’élancèrent; mais les

premiers sentirent la pointe des piques, et furent enlevés comme des

bottes de foin qu’on embroche avec des fourches pour les jeter à bas

d’un grenier; puis les Bayonnais, se tenant serrés et portant devant eux

comme un hérisson de piques, commencèrent à monter.

Alors un vaillant Basque, Antoine Chaho, et deux autres avec lui, se

coulèrent, à la façon des lézards, le long du mur, en se couvrant des

corps morts; et glissant entre les grosses jambes des matelots de

Bayonne, ils commencèrent à travailler du couteau dans leurs jarrets; de

sorte que les Bayonnais, étant serrés dans l’escalier et embarrassés des

hommes et des piques qui tombaient en travers, ne purent plus avancer ni

jouer si juste de leurs broches. A ce moment, Jean Amacho et quelques

jeunes Basques sautèrent de plus de vingt pieds, ayant épié le moment,

jusqu’au milieu de la salle, à un endroit où il n’y avait point de

hallebardes prêtes, et commencèrent, avec une grande promptitude, à

couper des gorges, puis, s’étant jetés à genoux, à découdre des ventres;

ils tuaient bien plus qu’ils n’étaient tués, parce qu’ils avaient les

mains lestes, que plusieurs s’étaient fourrés de grosse laine et des

chemises de cuir, et que les manches de leurs couteaux étant garnis de

cordes ne glissaient point. En outre, les Basques d’en haut, étant

maintenant plus de cent, roulèrent en bas de l’escalier comme une

dégringolée de chèvres; d’autres arrivaient à chaque minute, et par tous

les coins de la salle, homme contre homme, ils commencèrent à

s’enferrer.

Là mourut Jean Amacho d’une façon bien malheureuse, et sans qu’il y eût

de sa faute; car ayant tranché la gorge à un Bayonnais, ce qui était sa

façon ordinaire de tuer, laquelle est en effet la meilleure de toutes,

il approcha trop la tête, et le jet des deux grosses veines du cou lui

sauta à la face comme la mousse d’une jarre de poiré qu’on débouche, et

subitement lui boucha les deux yeux; tellement qu’il ne put se garer

d’un Bayonnais qui était à sa gauche; celui-ci lui planta sa dague dans

le dos: il cracha le sang et mourut une minute après.

Mais les Bayonnais, étant moins nombreux et moins adroits, ne purent

tenir, et au bout d’une demi-heure il n’en resta plus qu’une douzaine,

acculés au coin du fond, près d’un petit cellier où l’on mettait les

brocs et les outres. Pour forcer ceux-là plus vite, les Basques

ramassèrent les piques, et commencèrent à pousser à travers ce tas

d’hommes; et les Bayonnais, comme chacun fait toujours lorsqu’il sent

une fiche de fer entrer dans sa peau, reculèrent et roulèrent ensemble

dans le cellier. A cet instant les torches s’étant éteintes, les

Basques, pour ne point se blesser les uns les autres, alignèrent toute

la brassée de piques, et harponnèrent en avant à l’aveugle dans le

cellier, pendant plus d’un quart d’heure, afin d’être bien sûrs que nul

Bayonnais ne restait en vie; en sorte que, lorsque tout y fut devenu

tranquille et qu’ayant rallumé les torches ils regardèrent, ils virent

que le cellier avait l’air d’un hachoir de charcutier, les corps étant

tranchés en vingt endroits, et séparés de leurs têtes, et les membres

[Illustration: La bataille. (Page 24).]

étant mêlés les uns avec les autres, tellement qu’il ne manquait que du

sel pour que ce fût un saloir.

Mais les plus jeunes des Basques, quoiqu’il n’y eût plus rien à tuer,

tournaient les yeux de tous les côtés de la salle, grinçant les dents

comme des lévriers après la curée; ils criaient de moment en moment

tressaillant des jambes, et serrant leurs doigts après le manche de leur

couteau; plusieurs, blessés et les lèvres blanches, ne sentaient point

encore leurs blessures ni le manque de sang, restaient accroupis près de

l’homme qu’ils avaient tué le dernier, et sursautaient sans le vouloir.

Un ou deux riaient d’un rire fixe comme celui des fous, lâchant par

instants un grondement rauque; et il y avait dans la chambre une telle

vapeur de carnage qu’à les voir ainsi chanceler ou hurler, on les eût

crus soûlés de vin.

Au soleil levant, ayant détaché les cinq noyés des arches, ils jetèrent

au fil de l’eau tous les Bayonnais, et dirent qu’ils pourraient

descendre ainsi jusqu’à leur mer, et que cette charretée de chair morte

était le péage que payeraient les Basques. Les plaies figées se

décollèrent par la froideur de l’eau; ce fut une belle vue: car, par le

sang qui coulait, la rivière devint aussi vermeille que le ciel à

l’orient.

Après cela les Basques et les gens de Bayonne combattirent plusieurs

années encore, homme contre homme, bande contre bande; et beaucoup

d’hommes braves moururent des deux parts. A la fin, les deux partis

s’accordèrent pour s’en remettre à l’arbitrage de Bertrand Ezi, sire

d’Albret. Le sire d’Albret dit que les Bayonnais ayant fait la première

attaque étaient en faute; il ordonna que les Basques ne payeraient point

à l’avenir de redevance, que tout au contraire la cité de Bayonne leur

payerait quinze cents écus d’or neufs, et établirait dix prébendes

presbytérales devant coûter quatre mille écus vieux du premier coin de

France, de bon or et de loyal poids, pour le repos des âmes des cinq

gentilshommes noyés sans confession, lesquelles peut-être, étaient dans

le purgatoire et avaient besoin de beaucoup de messes pour en sortir.

Mais les Basques ne voulurent pas que Pé de Puyane, le maire, fût

compris dans cette paix, ni lui, ni ses fils, et se réservèrent de les

poursuivre jusqu’à ce qu’ils eussent pris vengeance sur sa chair et sur

sa race. Le maire se retira à Bordeaux, dans la maison du prince de

Galles, dont il était grand ami et bon serviteur, et pendant deux ans ne

sortit point de la ville, sinon trois ou quatre fois, bien cuirassé, et

avec une escorte de gens d’armes. Mais un jour, étant allé voir une

vigne qu’il avait achetée, il s’écarta un peu de sa troupe pour relever

un gros cep noir qui tombait dans le fossé; un instant après, ses hommes

entendirent un petit cri sec, comme celui d’une grive qui se prend au

lacet; ayant couru, ils virent Pé de Puyane mort avec un couteau long

d’une brasse qui était entré dans l’aisselle au défaut de la cuirasse.

Son fils aîné Sébastien, qui avait fui à Toulouse, fut tué par Augustin

de Lahet, neveu du noyé; l’autre, Hugues, survécut, et fit souche, parce

qu’étant allé par mer en Angleterre, il y resta, et reçut du roi Édouard

un fief de chevalier. Mais ni lui ni ses enfants ne revinrent jamais en

Gascogne; ils firent sagement; car ils y eussent trouvé leurs

fossoyeurs.

Voyage aux Pyrénées · 第 34 / 176 题