«15 avril 1813.
«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur de porter, du 13 au 18, ma deuxième
division sur Vach, et mes première et troisième sur Fulde, et ensuite de
pousser des troupes sur Eisenach.
«Ma deuxième division est dans ce moment-ci à Vach, ayant ses
avant-postes sur Eisenach; ma première division est à Fulde; ma
troisième division part demain matin pour se rendre également sur cette
place, et j'y serai moi-même après-demain. Les ordres de l'Empereur
étant en pleine exécution, je serai sur Eisenach aussitôt que possible.
«L'Empereur m'avait donné l'ordre de passer en revue et d'organiser les
deux divisions de marche de cavalerie qui sont attachées à mon corps
d'armée. Ces troupes, arrivant plus tard que Sa Majesté ne l'avait
pensé, et mon départ étant devenu nécessaire, je ne pourrai pas remplir
cette mission.
«Je crois qu'il est de mon devoir de vous prier de représenter à Sa
Majesté qu'elle ne doit pas considérer mon corps d'armée, dans l'état
actuel des choses, comme en état de combattre. Elle en connaît la
situation d'après le rapport que j'ai eu l'honneur de lui faire; mais je
vais entrer encore à cet égard dans quelques détails.
«1° Les corps sont sans officiers, et de vieilles troupes bien
instruites ne seraient pas capables de marcher avec un si petit nombre
d'officiers pour les conduire, et à plus forte raison des nouvelles. Les
corps ont envoyé des mémoires de proposition pour tous les sujets
susceptibles d'occuper les emplois; de ces mémoires, envoyés depuis
plusieurs mois au ministre, et en duplicata par moi, il n'en est pas
revenu un seul.
«Il y a environ quatre-vingts emplois pour lesquels les corps ne peuvent
pas présenter de sujets. Sa Majesté a ordonné d'envoyer sur les deux
corps d'observation du Rhin un assez grand nombre d'officiers. Tous ont
été envoyés au premier corps, et il ne m'en est revenu que neuf chefs de
bataillon qui ont été placés. Il y en a, à Mayence, que j'ai demandés
et qui n'arrivent pas, entre autres le colonel Deschamps, à qui j'ai
fait donner l'ordre de venir commander le 2e régiment de marine, et dont
je n'entends pas parler.
«Si Sa Majesté veut que ces troupes s'organisent promptement, il faut
qu'elle m'autorise à faire recevoir, dans les corps, les sujets pour
lesquels il a été envoyé des mémoires de proposition.
«2° Les première et deuxième divisions ont seules leur artillerie. La
troisième n'a ni un canon ni un caisson de cartouches.
«3° Je n'ai pas un seul homme de cavalerie. Il me semble qu'il faudrait
prendre, sur les deux divisions qui se forment, un millier de chevaux
les plus en état de servir, pour que je ne fusse pas tout à fait
dépourvu des moyens de m'éclairer.
«4° C'est depuis avant-hier seulement que nous connaissons ici le décret
de l'Empereur relatif aux ambulances, et les corps n'ont eu encore ni le
temps ni l'argent pour se procurer les chevaux de bât.
«5° Tous les corps manquent tout à fait de chirurgiens.
«6° Il n'y a, pour tout le corps d'armée, qu'un seul adjoint à
l'état-major. Il n'existe pas un commissaire des guerres, ni aux
divisions, ni au quartier général.
«Votre Altesse sentira qu'il y a ici une grande réunion d'hommes, mais
qu'il n'y a pas une armée organisée, et qu'il serait funeste au bien du
service de Sa Majesté de mettre ces troupes en situation de rencontrer
l'ennemi avant d'être régulièrement constituées pour tout ce qu'il leur
faut.
«Un de mes aides de camp est près du prince de la Moskowa, et me
rapportera la nouvelle de l'époque précise de ses mouvements, d'après
lesquels je me réglerai.
«J'ai l'honneur de joindre à ma lettre l'état de situation que vous
m'avez demandé.»