Il semble qu'une âme si violente, si enthousiaste et si sauvage, si
abandonnée aux folies de l'imagination, si dépourvue de goût, d'ordre
et de mesure, ne soit capable que de divaguer et de s'user en
hallucinations pleines de douleur et de danger. En effet, beaucoup de
ceux qui ont eu ce tempérament, et qui sont véritablement ses
ancêtres, les pirates norses, les poëtes du seizième siècle, les
puritains du dix-septième, ont été des insensés, pernicieux aux autres
et à eux-mêmes, occupés à ravager les choses et les idées,
dévastateurs de la sécurité publique et de leur propre coeur. Deux
barrières tout anglaises ont contenu et dirigé celui-ci: le sentiment
du réel, qui est l'esprit positif, et le sentiment du sublime, qui
fait l'esprit religieux; l'un l'a appliqué aux choses réelles, l'autre
lui a fourni l'interprétation des choses réelles; au lieu d'être
malade et visionnaire, il s'est trouvé philosophe et historien.