Cette disposition d'esprit produit l'_humour_, mot intraduisible, car
la chose nous manque. L'_humour_ est le genre de talent qui peut
amuser des Germains, des hommes du Nord; il convient à leur esprit
comme la bière et l'eau-de-vie à leur palais. Pour les gens d'une
autre race, il est désagréable; nos nerfs le trouvent trop âpre et
trop amer. Entre autres choses, ce talent contient le goût des
contrastes. Swift plaisante avec la mine sérieuse d'un ecclésiastique
qui officie, et développe en homme convaincu, les absurdités les plus
grotesques. Hamlet, secoué de terreur et désespéré, pétille de
bouffonneries. Heine se moque de ses émotions au moment où il s'y
livre. Ils aiment les travestissements, mettent une robe solennelle
aux idées comiques, une casaque d'arlequin aux idées graves.--Un autre
trait de l'_humour_ est l'oubli du public. L'auteur nous déclare qu'il
ne se soucie pas de nous, qu'il n'a pas besoin d'être compris ni
approuvé, qu'il pense et s'amuse tout seul, et que si son goût et ses
idées nous déplaisent, nous n'avons qu'à décamper. Il veut être
raffiné et original tout à son aise; il est chez lui dans son livre et
portes closes; il se met en pantoufles, en robe de chambre, bien
souvent les pieds en l'air, parfois sans chemise. Carlyle a son style
propre, et note son idée à sa façon; c'est à nous de la comprendre. Il
fait allusion à un mot de Goethe, de Shakspeare, à une anecdote qui en
ce moment le frappe; tant pis pour nous si nous ne le savons pas. Il
crie quand l'envie lui en prend; tant pis pour nous si nos oreilles ne
s'y accommodent pas. Il écrit selon les caprices de l'imagination,
avec tous les soubresauts de l'invention; tant pis pour nous si notre
esprit va d'un autre pas. Il note au vol toutes les nuances, toutes
les bizarreries de sa conception; tant pis pour nous si la nôtre n'y
atteint pas.--Un dernier trait de l'_humour_ est l'irruption d'une
jovialité violente, enfouie sous un monceau de tristesses. L'indécence
saugrenue apparaît brusquement. La nature physique, cachée et opprimée
sous des habitudes de réflexion mélancolique, se met à nu pour un
instant. Vous voyez une grimace, un geste de polisson, puis tout
rentre dans la solennité habituelle.--Ajoutez enfin les éclats
d'imagination imprévus. L'humoriste renferme un poëte; tout d'un coup,
dans la brume monotone de la prose, au bout d'un raisonnement, un
paysage étincelle: beau ou laid, il n'importe; il suffit qu'il frappe.
Ces inégalités peignent bien le Germain solitaire, énergique,
imaginatif, amateur de contrastes violents, fondé sur la réflexion
personnelle et triste, avec des retours imprévus de l'instinct
physique, si différent des races latines et classiques, races
d'orateurs ou d'artistes, où l'on n'écrit qu'en vue du public, où l'on
ne goûte que des idées suivies, où l'on n'est heureux que par le
spectacle des formes harmonieuses, où l'imagination est réglée, où la
volupté semble naturelle. Carlyle est profondément germain, plus
voisin de la souche primitive qu'aucun de ses contemporains, étrange
et énorme dans ses fantaisies et dans ses plaisanteries; il s'appelle
lui-même «un taureau sauvage embourbé dans les forêts de la
Germanie[70].» Par exemple, son premier livre, _Sartor resartus_, qui
est une philosophie du costume, contient, à propos des tabliers et des
culottes, une métaphysique, une politique, une psychologie. L'homme,
d'après lui, est un animal habillé. La société a pour fondement le
drap. «Car, comment sans habits pourrions-nous posséder la faculté
maîtresse, le siége de l'âme, la vraie glande pinéale du corps social,
je veux dire une _bourse_?» D'ailleurs, aux yeux de la pure raison,
qu'est-ce que l'homme? «Un esprit, une apparition divine, un moi
mystérieux, qui, sous ses guenilles de laine, porte un vêtement de
chair tissu dans les métiers du ciel, par lequel il est révélé à ses
semblables, par lequel il voit et se fabrique pour lui-même un univers
avec des espaces azurés pleins d'étoiles et de longs milliers de
siècles[71].» Le paradoxe continue, à la fois baroque et mystique,
cachant des théories sous des folies, mêlant ensemble les ironies
féroces, les pastorales tendres, les récits d'amour, les explosions de
fureur, et des tableaux de carnaval. Il démontre fort bien que «le
plus remarquable événement de l'histoire moderne n'est pas la diète de
Worms, ni la bataille d'Austerlitz ou de Wagram, ou toute autre
bataille, mais bien l'idée qui vint à Fox le quaker de se faire un
habillement de cuir[72];» car ainsi vêtu pour toute sa vie, logeant
dans un arbre et mangeant des baies sauvages, il pouvait rester oisif
et inventer à son aise le puritanisme, c'est-à-dire le culte de la
conscience. Voilà de quelle façon Carlyle traite les idées qui lui
sont les plus chères. Il ricane à propos de la doctrine qui va
employer sa vie et occuper tout son coeur.
Veut-on avoir l'abrégé de sa politique et son opinion sur sa patrie?
Il prouve que dans la transformation moderne des religions, deux
sectes principales se sont élevées, surtout en Angleterre, l'une,
celle des porte-guenilles, l'autre, celle des dandies. «La première
est composée de personnes ayant fait voeu de pauvreté et d'obéissance,
et qu'on pourrait prendre pour des adorateurs d'Hertha, la Terre; car
ils fouillent avec zèle et travaillent continuellement dans son sein,
ou bien renfermés dans des oratoires particuliers, ils méditent et
manipulent les substances qu'ils ont extraites de ses entrailles.
D'autre part, comme les druides, ils vivent dans des demeures sombres,
souvent même ils cassent les vitres de leurs fenêtres et les bourrent
de pièces d'étoffes ou d'autres substances opaques, jusqu'à ce que
l'obscurité convenable soit rétablie. Ils sont tous rhizophages ou
mangeurs de racines. Quelques-uns sont ichthyophages et usent des
harengs salés, s'abstenant de toute autre nourriture animale, hormis
des animaux morts de mort naturelle, ce qui indique peut-être un
sentiment brahminique étrangement perverti. Leur moyen universel de
subsistance est la racine nommée pomme de terre, qu'ils cuisent avec
le feu. Dans toutes les cérémonies religieuses, le fluide appelé
whisky est, dit-on, chose requise, et il s'y en fait une large
consommation[73].--«L'autre secte, celle des dandies, affecte une
grande pureté et le séparatisme, se distinguant par un costume
particulier, et autant que possible par une langue particulière, ayant
pour but principal de garder une vraie tenue nazaréenne, et de se
préserver des souillures du monde.» Du reste, ils professent plusieurs
articles de foi dont les principaux sont: «que les pantalons doivent
être très-collants aux hanches; qu'il est permis à l'humanité, sous
certaines restrictions, de porter des gilets blancs;--que nulle
licence de la mode ne peut autoriser un homme de goût délicat à
adopter le luxe additionnel postérieur des Hottentots.»--«Une certaine
nuance de manichéisme peut être discernée en cette secte, et aussi une
ressemblance assez grande avec la superstition des moines du mont
Athos, qui, à force de regarder de toute leur attention leur nombril,
finissaient par y discerner la vraie Apocalypse de la nature et le
ciel révélé. Selon mes propres conjectures, cette secte n'est qu'une
modification appropriée à notre temps de la superstition primitive,
appelée culte de soi-même[74].» Cela posé, il tire les conséquences.
«J'appellerais volontiers ces deux sectes deux machines électriques
immenses et vraiment sans modèle (tournées par la grande roue
sociale), avec des batteries de qualité opposée; celle des
porte-guenilles étant la négative, et celle du dandysme étant la
positive; l'une attirant à soi et absorbant heure par heure
l'électricité positive de la nation (à savoir, l'argent); l'autre,
également occupée à s'approprier la négative (à savoir, la faim, aussi
puissante que l'autre). Jusqu'ici vous n'avez vu que des pétillements
et des étincelles partielles et passagères. Mais attendez un peu
jusqu'à ce que toute la nation soit dans un état électrique,
c'est-à-dire jusqu'à ce que toute votre électricité vitale, non plus
neutre comme à l'état sain, soit distribuée en deux portions isolées,
l'une négative, l'autre positive (à savoir, la faim et l'argent), et
enfermées en deux bouteilles de Leyde grandes comme le monde! Le
frôlement du doigt d'un enfant les met en contact et[75]....» Il
s'arrête brusquement et vous laisse à vos conjectures. Cette amère
gaieté est celle d'un homme furieux ou désespéré qui, de parti pris,
et justement à cause de la violence de sa passion, la contiendrait et
s'obligerait à rire, mais qu'un tressaillement soudain révélerait à
la fin tout entier. Il dit quelque part[76] qu'il y a au fond du
naturel anglais, sous toutes les habitudes de calcul et de sang-froid,
une fournaise inextinguible, un foyer de rage extraordinaire, la rage
des dévoués Scandinaves[77], qui, une fois lancés au fort de la
bataille, ne sentaient plus les blessures et vivaient et combattaient,
et tuaient, percés de coups dont le moindre, pour un homme ordinaire,
eût été mortel. C'est cette frénésie destructive, ce soulèvement de
puissances intérieures, inconnues, ce déchaînement d'une férocité,
d'un enthousiasme et d'une imagination désordonnés et irréfrénables,
qui a paru chez eux à la Renaissance et à la Réforme, et dont un reste
subsiste aujourd'hui dans Carlyle. En voici un vestige dans un morceau
presque digne de Swift, et qui est l'abrégé de ses émotions
habituelles en même temps que sa conclusion sur l'âge où nous
voici[78]:
«Supposons, dit-il, que des cochons (j'entends des cochons à quatre
pieds), doués de sensibilité et d'une aptitude logique supérieure,
ayant atteint quelque culture, puissent, après examen et réflexion,
coucher sur le papier, pour notre usage, leur idée de l'univers, de
leurs intérêts et de leurs devoirs; ces idées pourraient intéresser
un public plein de discernement comme le nôtre, et leurs propositions
en gros seraient celles qui suivent:
«1º L'univers, autant qu'une saine conjecture peut le définir, est une
immense auge à porcs, consistant en solides et en liquides, et autres
variétés ou contrastes, mais spécialement en relavures qu'on peut
atteindre et en relavures qu'on ne peut pas atteindre, ces dernières
étant en quantité infiniment plus grande pour la majorité des cochons.
«2º Le mal moral est l'impossibilité d'atteindre les relavures. Le
bien moral, la possibilité d'atteindre lesdites relavures.
«3º La poésie des cochons consiste à reconnaître universellement
l'excellence des relavures et de l'orge moulue, ainsi que la félicité
des cochons dont l'auge est en bon ordre, et qui ont le ventre plein.
Grun!
«4º Le cochon connaît le temps. Il doit mettre le nez au vent pour
regarder quelle sorte de temps va venir.
«5º Qui a fait le cochon? Inconnu. Peut-être le boucher.
«6º Définissez le devoir complet des cochons.--La mission de la
cochonnerie universelle et le devoir de tous les cochons en tous les
temps, est de diminuer la quantité des relavures qu'on ne peut
atteindre, et d'augmenter la quantité de celles qu'on peut atteindre.
Toute connaissance, toute industrie, tout effort doit être dirigé vers
ce terme et vers ce terme seul: La science des cochons,
l'enthousiasme des cochons, le dévouement des cochons, n'ont pas
d'autre but. C'est le devoir complet des cochons[79].»
Voilà la fange où il plonge la vie moderne, et par-dessous toutes les
autres la vie anglaise, noyant du même coup et dans la même bourbe
l'esprit positif, le goût du confortable, la science industrielle,
l'Église, l'État, la philosophie et la loi. Ce catéchisme cynique,
jeté au milieu de déclamations furibondes, donne, je crois, la note
dominante de cet esprit étrange: c'est cette tension forcenée qui fait
son talent; c'est elle qui produit et explique ses images et ses
disparates, son rire et ses fureurs. Il y a un mot anglais
intraduisible qui peint cet état et montre toute la constitution
physique de la race: _His blood is up._ En effet, le tempérament
flegmatique et froid recouvre la surface; mais quand le sang soulevé a
tourbillonné dans les veines, l'animal enfiévré ne s'assouvit que par
des ravages et ne se contente que par des excès.
[Note 70: Such a bemired auerochs or uras of the German woods...:
the poor wood-ox so bemired in the forests.
(_Life of Stirling_, p. 147.)]
[Note 71: "To the eye of vulgar logic," says he, "what is man? An
omnivorous biped that wears breeches. To the eye of pure reason what
is he? A soul, a spirit, and divine apparition. Round his mysterious
ME, there lies, under all those wool-rags, a garment of flesh (or of
senses), contextured in the loom of heaven; whereby he is revealed to
his like, and dwells with them in UNION and DIVISION; and sees and
fashions for himself a universe with azure starry spaces and long
thousands of years. Deep hidden is he under that strange garment; amid
sounds and colours and forms, as it were, swathed in and inextricably
overshrouded: yet it is skywoven and worthy of a God."]
[Note 72: Perhaps the most remarkable incident in modern history
is not the diet of Worms, still less the battle of Austerlitz, Wagram,
Waterloo, or any other battle, but an incident passed carelessly over
by most historians, and treated with some degree of ridicule by
others, namely George Fox's making to himself a suit of leather.]
[Note 73: Something monastic there appears to be in their
constitution; we find them bound by the two monastic vows of poverty
and obedience: which vows, especially the former, it is said, they
observe with great strictness; nay, as I have understood it, they are
pledged, and be it by any solemn Nazarene ordination or not,
irrevocably enough consecrated thereto, even _before_ birth. That the
third monastic vow, of chastity, is rigidly enforced among them, I
find no ground to conjecture.
Furthermore, they appear to imitate the Dandiacal sect in their grand
principle of wearing a peculiar costume.
Their raiment consists of innumerable skirts, lappets, and irregular
wings, of all colours; through the labyrinthic intricacies of which
their bodies are introduced by some unknown process. It is fastened
together by a multiplex combination of buttons, thrums and skewers, to
which frequently is added a girdle of leather, of hempen or even of
straw rope, round the loins. To straw rope, indeed, they seem partial
and often wear it by way of sandals.
One might fancy them worshippers of Hertha, or the Earth: for they dig
and affectionately work continually in her bosom; or else, shut up in
private oratories, meditate and manipulate the substances derived from
her; seldom looking up towards the heavenly luminaries, and then with
comparative indifference. Like the druids, on the other hand, they
live in dark dwellings; often even breaking their glass-windows, where
they find such, and stuffing them up with pieces of raiment or other
opaque substances, till the fit obscurity is restored.
In respect of diet, they have also their observances. All poor slaves
are rhizophagous (or root-eaters); a few are ichthyophagous, and use
salted herrings: other animal food they abstain from, except indeed,
with perhaps some strange inverted fragment of a brahminical feeling,
such animals as die a natural death. Their universal sustenance is the
root named potato, cooked by fire alone.... In all their religious
solemnities Potheen is said to be an indispensable requisite and
largely consumed.]
[Note 74: A certain touch of manicheism, not indeed in the gnostic
shape, is discernible enough: also (for human error walks in a cycle,
and reappears at intervals) a not inconsiderable resemblance to that
superstition of the Athos monks, who by fasting from all nourishment,
and looking intensely for a length of time into their own navels, came
to discern therein the true Apocalypse of Nature, and Heaven unveiled.
To my own surmise, it appears as if the Dandiacal sect were but a new
modification, adapted to the new time, of that primeval superstition,
_self-worship_.
They affect great purity and separatism; distinguish themselves by a
particular costume (whereof some notices were given in the earlier
part of this volume); likewise, so far as possible, by a particular
speech (apparently some broken _lingua franca_, or English-French);
and on the whole, strive to maintain a true Nazarene deportment, and
keep themselves unspotted from the world.
They have their temples, whereof the chief, as the Jewish Temple did,
stands in their metropolis; and is named _Almack's_, a word of
uncertain etymology. They worship principally by night; and have their
highpriests and highpriestesses, who, however, do not continue for
life. The rites, by some supposed to be of the Menadic sort, or
perhaps with an Eleusinian or Cabiric character, are held strictly
secret. Nor are sacred books wanting to the sect; these they call
_fashionable Novels_: however, the Canon is not completed, and some
are canonical and others not....
1º Coats should have nothing of the triangle about them; at the same
time, wrinkles behind should be carefully avoided.
2º The collar is a very important point: it should be low behind, and
slightly rolled.
3º No licence of fashion can allow a man of delicate taste to adopt
the posterial luxuriance of a Hottentot.
4º There is safety in a swallow-tail.
5º The good sense of a gentleman is nowhere more finely developed than
in his rings.
6º It is permitted to mankind, under certain restrictions, to wear
white waistcoats.
7º The trowsers must be exceedingly tight across the hips.
All which proposition I, for the present, content myself with modestly
but peremptorily and irrevocably denying.]
[Note 75: I might call them two boundless and indeed unexampled
electric machines (turned by the «machinery of society») with
batteries of opposite quality, Drudgism the negative, Dandyism the
positive; one attracts hourly toward it and appropriates all the
positive electricity of the nation (namely the money thereof); the
other is equally busy with the negative (that is to say the hunger),
which is equally potent. Hitherto you see only partial transient
sparkles and sputters; but wait a little, till the entire nation is in
an electric state; till your whole vital electricity, no longer
healthfully neutral, is cut into two isolated portions of positive and
negative (of money and of hunger), and stands there bottled up in two
world-batteries. The stirring of a child's finger brings the two
together, and then....]
[Note 76: Deep hidden it lies, far down in the centre, like genial
central fire, with stratum after stratum of arrangement, traditionary
method, composed productiveness, all built above it, vivified and
rendered fertile by it: justice, clearness, silence, perseverance
unhasting, unresting diligence, hatred of disorder, hatred of
injustice, which is the worst disorder, characterise this people: the
inward fire we say, as all such fires would be, is hidden in the
centre. Deep hidden, but awakenable, but immeasurable; let no man
awaken it.]
[Note 77: Berserkir.]
[Note 78: _Latter day Pamphlets, jesuitism_, p. 28.]
[Note 79: Supposing swine (I mean fourfooted swine), of
sensibility and superior logical parts, had attained such culture; and
could, after survey and reflection, set down for us their notion of
the Universe, and of their interests and duties there, might it not
well interest a discerning public, perhaps in unexpected ways, and
give a stimulus to the languishing book trade? The votes of all
creatures, it is understood at present, ought to be had, that you may
"legislate" for them with better insight. "How can you govern a
thing," say many, "without first asking its vote?" Unless, indeed, you
already chance to know its vote,--and even something more, namely,
what you are to think of its vote: what _it_ wants by its vote; and,
still more important, what Nature wants,--which latter, at the end of
the account, is the only thing that will be got!--Pig propositions, in
a rough form, are somewhat as follows:
1º The universe, so far as sane conjecture can go, is an immeasurable
swine's-trough, consisting of solid and liquid, and of other contrasts
and kinds;--especially consisting of attainable and unattainable, the
latter in immensely greater quantities for most pigs.
2º Moral evil is unattainability of pig's-wash; moral good,
attainability of ditto.
3º What is paradise, or the state of innocence? Paradise, called also
state of innocence, age of gold, and other names, _was_ (according to
pigs of weak judgment) unlimited attainability of pig's-wash; perfect
fulfilment of one's wishes, so that the pig imagination could not
outrun reality: a fable, an impossibility, as pigs of sense now see.
4º "Define the whole duty of pigs." It is the mission of universal
pighood, and the duty of all pigs, in all times, to diminish the
quantity of unattainable and increase that of attainable. All
knowledge and device and effort ought to be directed thither and
thither only; pig science, pig enthusiasm and devotion have this one
aim. It is the whole duty of pigs.
5º Pig poetry ought to consist of universal recognition of the
excellence of pig's-wash and ground barley, and the felicity of pigs
whose trough is in order, and who have had enough: Hrumph!
6º The pig knows the weather; he ought to look out what kind of
weather it will be.
7º "Who made the pig?" Unknown;--perhaps the pork-butcher?
8º "Have you law and justice in pigdom?" Pigs of observation have
discerned that there is, or was once supposed to be, a thing called
justice. Undeniably at least there is a sentiment in pig-nature called
indignation, revenge, etc., which, if one pig provoke another, comes
out in a more or less destructive manner: hence laws are necessary,
amazing quantities of laws. For quarrelling is attended with loss of
blood, of life, at any rate with frightful effusion of the general
stock of hog's-wash, and ruin (temporary ruin) to large sections of
the universal swine's trough: wherefore let justice be observed, that
so quarrelling be avoided.
9º "What is justice?" Your own share of the general swine's-trough,
not any portion of my share.
10º "But what is my share?" Ah! there in fact lies the grand
difficulty; upon which pig science, meditating this long while, can
settle absolutely nothing. My share--hrumph!--my share is, on the
whole, whatever I can contrive to get without being hanged or sent to
the hulks.]