I. Suprême importance des grands hommes. -- Qu'ils sont des
révélateurs. -- Nécessité de les vénérer.
II. Liaison de cette conception et de la conception allemande. --
En quoi Carlyle est imitateur. -- En quoi il est original. --
Portée de sa conception.
III. Comment la véritable histoire est celle des sentiments
héroïques. -- Que les véritables historiens sont des artistes et
des psychologues.
IV. Son histoire de Cromwell. -- Pourquoi elle ne se compose que
de textes reliés par un commentaire. -- Sa nouveauté et sa
valeur. -- Comment il faut considérer Cromwell et les puritains.
-- Importance du puritanisme dans la civilisation moderne. --
Carlyle l'admire sans restriction.
V. Son histoire de la Révolution française. -- Sévérité de son
jugement. -- En quoi il est clairvoyant et en quoi il est
injuste.
VI. Son jugement sur l'Angleterre moderne. -- Contre le goût du
bien-être et la tiédeur des convictions. -- Sombres prévisions
pour l'avenir de la démocratie contemporaine. -- Contre
l'autorité des votes. -- Théorie du souverain.
VII. Critique de ces théories. -- Dangers de l'enthousiasme. --
Comparaison de Carlyle et de Macaulay.
Lorsqu'on demande aux Anglais, surtout à ceux qui n'ont pas quarante
ans, quels sont chez eux les hommes qui pensent, ils nomment d'abord
Carlyle; mais en même temps ils vous conseillent de ne pas le lire, en
vous avertissant que vous n'y entendrez rien du tout. Là-dessus, comme
il est naturel, on se hâte de prendre les vingt volumes de Carlyle,
critique, histoire, pamphlets, fantaisies, philosophie; on les lit
avec des émotions fort étranges, et en démentant chaque matin son
jugement de la veille. On découvre enfin qu'on est devant un animal
extraordinaire, débris d'une race perdue, sorte de mastodonte égaré
dans un monde qui n'est point fait pour lui. On se réjouit de cette
bonne fortune zoologique, et on le dissèque avec une curiosité
minutieuse, en se disant qu'on n'en retrouvera peut-être pas un
second.
§ 1.