II

Supposez qu'un heureux hasard écarte ces causes de faiblesse et ouvre

ces sources de talent. Entre tous ces romans altérés paraîtra un roman

véritable, élevé, touchant, simple, original, l'histoire de Henry

Esmond. Thackeray n'en a pas fait de moins populaire ni de plus beau.

Ce livre comprend les mémoires fictifs du colonel Esmond, contemporain

de la reine Anne, qui, après une vie agitée en Europe, se retira avec

sa femme en Virginie, et y fut planteur. Esmond parle, et l'obligation

d'approprier le ton au personnage supprime le style satirique,

l'ironie répétée, le sarcasme sanglant, les scènes apprêtées pour

railler la sottise, les événements combinés pour écraser le vice. Dès

lors on rentre dans le monde réel, on se laisse aller à l'illusion, on

jouit d'un spectacle varié, aisément déroulé, sans prétention morale.

Vous n'êtes plus persécuté de conseils personnels; vous restez à votre

place, tranquille, en sûreté, sans que le doigt d'un acteur, levé vers

votre figure, vous avertisse, au moment intéressant, que la pièce se

joue à votre intention et pour opérer votre salut. En même temps, et

sans y penser, vous vous trouvez à votre aise. Au sortir de la satire

acharnée, la pure narration vous charme; vous vous reposez de haïr.

Vous êtes comme un chirurgien d'armée qui, après une journée de

combats et d'opérations, s'assiérait sur un tertre et contemplerait le

mouvement du camp, le défilé des équipages et les horizons lointains

adoucis par les teintes brunes du soir.

D'autre part, les longues réflexions, qui semblaient banales et

déplacées sous la plume de l'écrivain, deviennent naturelles et

attachantes dans la bouche du personnage. Esmond est un vieillard qui

écrit pour ses enfants et leur commente son expérience. Il a le droit

de juger la vie; ses maximes appartiennent à son âge; devenues des

traits de moeurs, elles perdent leur air doctoral; on les écoute avec

complaisance, et l'on aperçoit, en tournant la page, le sourire calme

et triste qui les a dictées.

Avec les réflexions, on souffre les détails. Ailleurs les minutieuses

descriptions paraissent souvent puériles; nous blâmions l'auteur de

s'arrêter, avec un scrupule de peintre anglais, sur des aventures

d'école, des scènes de diligence, des accidents d'auberge; nous

jugions que cette attention intense, faute de pouvoir se prendre aux

grands sujets de l'art, se rabaissait enchaînée à des observations de

microscope et à des détails de photographie. Ici tout change. Un

auteur de mémoires a le droit de raconter ses impressions d'enfance.

Ses souvenirs lointains, débris mutilés d'une vie oubliée, ont un

charme extrême; on redevient enfant avec lui. Une leçon de latin, un

passage de soldats, un voyage en croupe, deviennent des événements

importants que la distance embellit; on jouit de son plaisir si

paisible et si intime, et l'on éprouve comme lui une douceur

très-grande à voir renaître avec tant d'aisance, et dans une lumière

si pleine, les fantômes familiers du passé. Le détail minutieux ajoute

à l'intérêt en ajoutant au naturel. Les récits de campagnes, les

jugements épars sur les livres et les événements du temps, cent

petites scènes, mille petits faits visiblement inutiles, font par cela

même illusion. On oublie l'auteur, on entend le vieux colonel, on se

trouve transporté cent ans en arrière, et l'on a le contentement

extrême et si rare de croire à ce qu'on lit.

En même temps que le sujet supprime les défauts ou les tourne en

qualités, il offre aux qualités la plus belle matière. Cette puissante

réflexion a décomposé et reproduit les moeurs du temps avec une

fidélité étonnante. Thackeray connaît Swift, Steele, Addison,

Saint-John, Malborough, aussi profondément que l'historien le plus

attentif et le plus instruit. Il peint leurs habits, leur ménage, leur

conversation, comme Walter Scott lui-même, et, ce que Walter Scott ne

sait pas faire, il imite leur style, tellement qu'on s'y trompe, et

que plusieurs de leurs phrases authentiques intercalées dans son texte

ne s'en distinguent pas. Cette parfaite imitation ne se borne pas à

quelques scènes choisies; elle embrasse tout le volume. Le colonel

Esmond écrit comme en 1700. Le tour de force, j'allais dire le tour de

génie, est aussi grand que l'effort et le succès de Courier retrouvant

le style de l'antique Grèce. Celui d'Esmond a la mesure, la justesse,

la simplicité, la solidité des classiques. Nos témérités modernes, nos

images prodiguées, nos figures heurtées, notre usage de gesticuler,

notre volonté de faire effet, toutes nos mauvaises habitudes

littéraires ont disparu. Thackeray a dû remonter au sens primitif des

mots, retrouver des tours oubliés, recomposer un état d'intelligence

effacé et une espèce d'idées perdue, pour rapprocher si fort la copie

de l'original. L'imagination de Dickens elle-même eût manqué cette

oeuvre. Il a fallu, pour la tenter et l'accomplir, toute la sagacité,

tout le calme et toute la force de la science et de la méditation.

Mais le chef-d'oeuvre du livre est le caractère d'Esmond. Thackeray

lui a donné cette bonté tendre, presque féminine, qu'il élève partout

au-dessus des autres vertus humaines, et cet empire de soi qui est

l'effet de la réflexion habituelle. Ce sont là toutes les plus belles

qualités de son magasin psychologique; chacune d'elles, par son

opposition, ajoute au prix de l'autre. Nous voyons un héros, mais

original et nouveau, Anglais par sa volonté froide, moderne par la

délicatesse et la sensibilité de son coeur.

Henry Esmond est un pauvre enfant, bâtard présumé d'un lord Castlewood

et recueilli par les héritiers du nom. Dès la première scène, on est

pénétré de l'émotion modérée et noble qu'on gardera jusqu'au bout du

volume. Lady Castlewood, arrivant pour la première fois au château,

vient à lui dans la grande bibliothèque; instruite par la femme de

charge, elle rougit, s'éloigne; un instant après, touchée de remords,

elle revient. «Avec un regard de tendresse infinie, elle lui prit la

main, lui posant son autre belle main sur la tête, et lui disant

quelques mots si affectueux et d'une voix si douce, que l'enfant, qui

jamais n'avait vu auparavant de créature si belle, sentit comme

l'attouchement d'un être supérieur ou d'un ange qui le faisait fléchir

jusqu'à terre, et baisa la belle main protectrice en s'agenouillant

sur un genou. Jusqu'à la dernière heure de sa vie, Esmond se

rappellera les regards et la voix de la dame, les bagues de ses belles

mains, jusqu'au parfum de sa robe, le rayonnement de ses yeux éclairés

par la bonté et la surprise, un sourire épanoui sur ses lèvres, et le

soleil faisant autour de ses cheveux une auréole d'or.... Il semblait,

dans la pensée de l'enfant, qu'il y eût dans chaque geste et dans

chaque regard de cette belle créature une douceur angélique, une

lumière de bonté. Au repos, en mouvement, elle était également

gracieuse. L'accent de sa voix, si communes que fussent ses paroles,

lui donnait un plaisir qui montait presque jusqu'à l'angoisse. On ne

peut pas appeler amour ce qu'un enfant de douze ans, presque un

domestique, ressentait pour une dame de si haut rang, sa maîtresse;

c'était de l'adoration.» Ce sentiment si noble et si pur se déploie

par une suite d'actions dévouées, racontées avec une simplicité

extrême; dans les moindres paroles, dans un tour de phrase, dans un

entretien indifférent, on aperçoit un grand coeur, passionné de

gratitude, ne se lassant jamais d'inventer des bienfaits ou des

services, consolateur, ami, conseiller, défenseur de l'honneur de la

famille et de la fortune des enfants. Deux fois Esmond s'est interposé

entre lord Castlewood et le duelliste lord Mohun; il n'a point tenu à

lui que l'épée du meurtrier ne trouvât sa poitrine. Quand lord

Castlewood mourant lui révèle qu'il n'est point bâtard, que le titre

et la fortune lui appartiennent, il brûle sans rien dire la confession

qui pourrait le tirer de la pauvreté et de l'humiliation où il a

langui si longtemps. Outragé par sa maîtresse, malade d'une blessure

qu'il a reçue aux côtés de son maître, accusé d'ingratitude et de

lâcheté, sa justification dans sa main, il persiste à se taire. «Quand

le combat fut fini dans son âme, un rayon de pure joie la remplit, et,

avec des larmes de reconnaissance, il remercia Dieu du parti qu'il lui

avait donné la force d'embrasser.» Plus tard, amoureux d'une autre

femme, certain de ne pouvoir l'épouser si sa naissance reste tachée

aux yeux du monde, acquitté envers sa bienfaitrice dont il a sauvé le

fils, supplié par elle de reprendre le nom qui lui appartient, il

sourit doucement et lui répond de sa voix grave:

«La chose a été réglée, il y a douze ans, auprès du lit de mon

cher lord. Les enfants n'en doivent rien savoir. Franck et ses

héritiers porteront notre nom. Il est à lui légitimement; je n'ai

pas même la preuve du mariage de mon père et de ma mère[28],

quoique mon pauvre cher lord, à son lit de mort, m'ait dit que le

P. Holt en avait apporté une à Castlewood. Je n'ai pas voulu la

chercher quand j'étais sur le continent. Je suis allé regarder le

tombeau de ma pauvre mère dans son couvent; que lui importe

maintenant? Aucun tribunal, sur ma simple parole, n'ôterait à

milord vicomte son titre pour me le donner. Je suis le chef de la

maison, chère Lady; mais Franck reste vicomte de Castlewood, et,

plutôt que de le troubler, je me ferais moine, ou je

disparaîtrais en Amérique.»

Comme il parlait ainsi à sa chère maîtresse, pour laquelle il

aurait consenti à donner sa vie ou à faire à tout instant tout

sacrifice, la tendre créature se jeta à genoux devant lui et

baisa ses deux mains dans un transport d'amour passionné et de

gratitude tel que son coeur fondit et qu'il se sentit très-fier

et très-reconnaissant que Dieu lui eût donné le pouvoir de

montrer son amour pour elle et de le prouver par quelque petit

sacrifice de sa part. Être capable de répandre des bienfaits et

du bonheur sur ceux qu'on aime est la plus grande bénédiction

accordée à un homme. Et quelle richesse ou quel nom, quel

contentement de vanité ou d'ambition eût pu se comparer au

plaisir qu'éprouvait Esmond en ce moment, de pouvoir témoigner

quelque affection à ses meilleurs et à ses plus chers amis?

«Chère sainte, dit-il, âme pure qui avez eu tant à souffrir, qui

avez comblé le pauvre orphelin délaissé d'un si grand trésor de

tendresse, c'est à moi de m'agenouiller, non à vous; c'est à moi

d'être reconnaissant de ce que je puis vous rendre heureuse. Béni

soit Dieu de ce que je puis vous servir[29]!»

Ces tendresses si nobles paraissent encore plus touchantes par le

contraste des actions qui les entourent. Esmond fait la guerre, sert

un parti, vit au milieu des dangers et des affaires, jugeant de haut

les révolutions et la politique, homme expérimenté, instruit, lettré,

prévoyant, capable de grandes entreprises, muni de prudence et de

courage, poursuivi de préoccupations et de chagrins, toujours triste

et toujours fort. Il finit par mener en Angleterre le prétendant,

frère de la reine Anne, et le tient déguisé à Castlewood, attendant

l'instant où la reine mourante et gagnée va le déclarer héritier du

trône. Ce jeune prince, vrai Stuart, fait la cour à la fille de lord

Castlewood, Béatrix, aimée d'Esmond, et s'échappe de nuit pour la

rejoindre. Esmond, qui l'attend, voit la couronne perdue et sa maison

déshonorée. Son honneur insulté et son amour outragé éclatent d'un

élan superbe et terrible. Pâle, les dents serrées, le cerveau fiévreux

par quatre nuits de pensées et de veilles, il garde sa raison lucide,

son ton contenu, et explique au prince en style d'étiquette, avec la

froideur respectueuse d'un rapporteur officiel, la sottise que le

prince a faite et la lâcheté que le prince a voulu faire. Il faut lire

la scène pour sentir ce que ce calme et cette amertume témoignent de

supériorité et de passion.

Le prince murmura le mot de guet-apens. «Le guet-apens, sire,

n'est pas de nous. Ce n'est pas nous qui vous avons invité ici.

Nous sommes venus pour venger, non pour achever le déshonneur de

notre famille.

--Déshonneur! dit le prince en devenant pourpre; morbleu! il n'y

a point eu de déshonneur, seulement un peu de gaieté

innocente....

--Qui devait avoir une fin sérieuse.

--Je jure, milords, cria le prince impérieusement, sur l'honneur

d'un gentilhomme....

--Que nous sommes arrivés à temps. Il n'y a point eu de mal

encore, Franck,» dit le colonel Esmond en se tournant vers le

jeune Castlewood. Regardez; voici un papier où Sa Majesté a

daigné commencer quelques vers en l'honneur ou au déshonneur de

Béatrix. Voici _madame_ et _flamme_, _cruelle_ et _rebelle_,

_amour_ et _jour_, avec l'écriture et l'orthographe royale. Si

l'auguste amant eût été heureux, il n'eût point passé son temps à

soupirer.

--Monsieur, dit le prince enflammé de fureur, suis-je venu ici

pour recevoir des insultes?

--Pour en faire, sauf le bon plaisir de Votre Majesté, dit le

colonel en s'inclinant très-bas, et les gentilshommes de notre

famille sont venus pour vous remercier.

--Malédiction! dit le jeune homme les larmes aux yeux de rage

impuissante et de mortification. Que voulez-vous de moi,

messieurs?

--Si Votre Majesté veut bien entrer dans l'appartement voisin,

dit Esmond du même ton grave, j'ai quelques papiers que je

voudrais lui soumettre, et avec sa permission je vais l'y

conduire.» Puis, prenant le flambeau, et reculant devant le

prince avec grande cérémonie, M. Esmond passa dans la petite

chambre du chapelain. «Franck, veuillez avancer un siége pour Sa

Majesté, dit le colonel; et, ouvrant le secret au-dessus de la

cheminée, il en tira les papiers qui y étaient demeurés si

longtemps.

«Plaise à Votre Majesté, dit-il, voici la patente de marquis

envoyée de Saint-Germain par votre royal père au vicomte

Castlewood mon père. Voici le certificat du mariage de mon père

avec ma mère, de ma naissance et de mon baptême. J'ai été baptisé

dans la religion dont votre père canonisé a donné pendant toute

sa vie un si éclatant exemple. Voilà mes titres, cher Franck, et

voici ce que j'en fais. Au feu baptême et mariage, et le

marquisat, et l'auguste seing dont votre prédécesseur a daigné

honorer notre famille.» Et comme Esmond parlait, il jeta les

papiers dans le brasier; puis, continuant: «Vous voudrez bien,

sire, vous rappeler que notre famille s'est ruinée par sa

fidélité pour la vôtre, que mon grand-père a dépensé son domaine

et donné son sang et le sang de son fils pour votre service, que

le grand-père de mon cher lord (car vous étés lord maintenant,

Franck, par droit et par titre aussi) est mort pour la même

cause, que ma pauvre parente, la seconde femme de mon père, après

avoir sacrifié son honneur à votre race perverse et parjure, a

envoyé toute sa fortune au roi et obtenu en retour ce précieux

titre que voilà en cendres et cet inestimable bout de ruban bleu.

Je le mets à vos pieds et je marche dessus; je tire cette épée,

et je la brise, et je vous renie. Et si vous aviez achevé

l'outrage que vous méditiez contre nous, par le ciel, je l'aurais

passée dans votre coeur, et je ne vous aurais pas plus pardonné

que votre père n'a pardonné à Monmouth[30].»

Deux pages après, il parle ainsi de son mariage avec lady Castlewood:

«Ce bonheur ne peut être écrit avec des paroles. Il est de sa nature

sacré et secret. On ne peut en parler, si pleine que soit la

reconnaissance, excepté à Dieu, et à un seul coeur, à la chère

créature, à la plus fidèle, à la plus tendre, à la plus pure des

femmes qui ait été accordée à un homme. Et quand je pense à l'immense

félicité qui m'était réservée, à la profondeur et à l'intensité de cet

amour qui m'a été prodigué pendant tant d'années, j'avoue que je

ressens un transport d'étonnement et de gratitude pour une telle

faveur. Oui, je suis reconnaissant d'avoir reçu un coeur capable de

connaître et d'apprécier la beauté et la gloire immense du don que

Dieu m'a fait. Sûrement l'amour _vincit omnia_; il est à cent mille

lieues au-dessus de toute ambition, plus précieux que la richesse,

plus noble que la gloire. Celui qui l'ignore ignore la vie; celui qui

n'en a pas joui n'a pas senti la plus haute faculté de l'âme. En

écrivant le nom de ma femme, j'écris l'achèvement de toute espérance

et le comble de tout bonheur. Avoir possédé un tel amour est la

bénédiction unique. Auprès d'elle toute joie terrestre est nulle:

Penser à elle, c'est louer Dieu[31].»

Un caractère capable de tels contrastes est une grande oeuvre; on se

souvient que Thackeray n'en a point fait d'autre; on regrette que les

intentions morales aient détourné du but ces belles facultés

littéraires, et l'on déplore que la satire ait enlevé à l'art un

pareil talent.

[Note 28: Il l'a.]

[Note 29: "It was settled twelve years since, by my dear lord's

bedside, says Colonel Esmond. "The children must know nothing of this.

Frank and his heirs after him must bear our name. 'Tis his rightfully;

I have not even a proof of that marriage of my father and mother,

though my poor lord, on his death-bed, told me that Father Holt had

brought such a proof to Castlewood. I would not seek it when I was

abroad. I went and looked at my poor mother's grave in her convent.

What matter to her now? No court of law on earth, upon my mere word,

would deprive my Lord Viscount and set me up. I am the head of the

house, dear lady; but Frank is Viscount of Castlewood still. And

rather than disturb him, I would turn monk, or disappear in America."

As he spoke so to his dearest mistress, for whom he would have been

willing to give up his life, or to make any sacrifice any day, the

fond creature flung herself down on her knees before him, and kissed

both his hands in an outbreak of passionate love and gratitude, such

as could not but melt his heart, and make him feel very proud and

thankful that God had given him the power to show his love for her,

and to prove it by some little sacrifice on his own part. To be able

to bestow benefits or happiness on those one loves is sure the

greatest blessing conferred upon a man, and what wealth or name, or

gratification of ambition or vanity could compare with the pleasure

Esmond now had of being able to confer some kindness upon his best and

dearest friends?

"Dearest saint," says he--"purest soul, that has had so much to

suffer, that has blessed the poor lonely orphan with such a treasure

of love. 'Tis for me to kneel, not for you: 'tis for me to be thankful

that I can make you happy. Hath my life any other aim? Blessed be God

that I can serve you!"

(_Henry Esmond_, t. II, p. 119.)]

[Note 30: "What mean you, my Lord?" says the Prince, and muttered

something about a _guet-apens_, which Esmond caught up.

"The snare, Sir," said he, "was not of our laying; it is not we that

invited you. We came to avenge, and not to compass, the dishonour of

our family."

"Dishonour! Morbleu! there has been no dishonour," says the Prince,

turning scarlet, "only a little harmless playing."

"That was meant to end seriously."

"I swear," the Prince broke out impetuously, "upon the honour of a

gentleman, my Lords,--"

"That we arrived in time. No wrong hath been done, Frank," says

Colonel Esmond, turning round to young Castlewood, who stood at the

door as the talk was going on. "See! here is a paper whereon his

Majesty hath deigned to commence some verses in honour, or dishonour,

of Beatrix. Here is 'Madame' and 'Flamme,' 'Cruelle' and 'Rebelle,'

and 'Amour' and 'Jour,' in the Royal writing and spelling. Had the

Gracious lover been happy, he had not passed his time in sighing. "In

fact, and actually as he was speaking, Esmond cast his eyes down

towards the table, and saw a paper on which my young Prince had been

scrawling a Madrigal, that was to finish his charmer on the morrow.

"Sir," says the Prince, burning with rage (he had assumed his Royal

coat unassisted by this time), "did I come here to receive insults?"

"To confer them, may it please your Majesty," says the Colonel, with a

very low bow, "and the gentlemen of our family are come to thank you."

"_Malédiction!_" says the young man, tears starting into his eyes,

with helpless rage and mortification. "What will you with me,

gentlemen?"

"If your Majesty will please to enter the next apartment," says

Esmond, preserving his grave tone, "I have some papers there which I

would gladly submit to you, and by your permission I will lead the

way;" and taking the taper up, and backing before the Prince with very

great ceremony, Mr. Esmond passed into the little Chaplain's room,

through which we had just entered into the house:--"Please to set a

chair for his Majesty, Frank," says the Colonel to his companion, who

wondered almost as much at this scene, and was as much puzzled by it,

as the other actor in it. Then going to the crypt over the

mantel-piece, the Colonel opened it, and drew thence the papers which

so long had lain there.

"Here, may it please your Majesty," says he, "is the Patent of Marquis

sent over by your Royal Father at St. Germain's to Viscount

Castlewood, my father: here is the witnessed certificate of my

father's marriage to my mother, and of my birth and christening; I was

christened of that religion of which your sainted sire gave all

through life so shining an example. These are my titles, dear Frank,

and this what I do with them: here go Baptism and Marriage, and here

the Marquisate and the August Sign-Manual, with which your predecessor

was pleased to honour our race." And as Esmond spoke he set the papers

burning in the brazier. "You will please, Sir, to remember," he

continued, "that our family hath ruined itself by fidelity to yours:

that my grandfather spent his estate, and gave his blood and his son

to die for your service; that my dear lord's grandfather (for lord you

are now, Frank, by right and title too), died for the same cause; that

my poor kinswoman, my father's second wife, after giving away her

honour to your wicked perjured race, sent all her wealth to the king:

and got in return that precious title that lies in ashes, and this

inestimable yard of blue ribband. I lay this at your feet and stamp

upon it: I draw this sword, and break it and deny you; and had you

completed the wrong you designed us, by Heaven, I would have driven it

through your heart, and no more pardoned you than your father pardoned

Monmouth." (_Henry Esmond_, t. II, p. 303.)]

[Note 31: That happiness, which hath subsequently crowned it,

cannot be written in words; 'tis of its nature sacred and secret, and

not to be spoken of, though the heart be ever so full of thankfulness,

save to Heaven and the One Ear alone--to one fond being, the truest

and tenderest and purest wife ever man was blessed with. As I think of

the immense happiness which was in store for me, and of the depth and

intensity of that love, which, for so many years, hath blessed me, I

own to a transport of wonder and gratitude for such a boon--nay, am

thankful to have been endowed with a heart capable of feeling and

knowing the immense beauty and value of the gift which God hath

bestowed upon me. Sure, love _vincit omnia_; is immeasurably above all

ambition, more precious than wealth, more noble than name. He knows

not life who knows not that: he hath not felt the highest faculty of

the soul who hath not enjoyed it. In the name of my wife I write the

completion of hope, and the summit of happiness. To have such a love

is the one blessing, in comparison of which all earthly joy is of no

value; and to think of her, is to praise God. (_Henry Esmond_, t. II,

p. 310.)]

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5) · 第 37 / 109 题