III

Nul écrivain ne fut mieux doué que Thackeray pour ce genre de satire;

c'est que nulle faculté n'est plus propre à ce genre de satire que la

réflexion. La réflexion est l'attention concentrée, et l'attention

concentrée centuple la force et la durée des émotions. Celui qui s'est

enfoncé dans la contemplation du vice ressent de la haine pour le

vice, et l'intensité de sa haine a pour mesure l'intensité de sa

contemplation. Au premier instant, la colère est un vin généreux qui

enivre et qui exalte; conservée et enfermée, elle devient une liqueur

qui brûle tout ce qu'elle touche, et corrode jusqu'au vase qui la

contient. De tous les satiriques, Thackeray, après Swift, est le plus

triste. Ses compatriotes eux-mêmes[16] lui ont reproché de peindre le

monde plus laid qu'il n'est. L'indignation, la douleur, le mépris, le

dégoût, sont ses sentiments ordinaires. Lorsqu'il s'en écarte et

imagine des âmes tendres, il exagère leur sensibilité pour rendre leur

oppression plus odieuse; l'égoïsme qui les brise paraît horrible, et

leur douceur résignée est une mortelle injure contre leurs tyrans:

c'est la même haine qui a calculé la bonté des victimes et la dureté

des persécuteurs[17].

Cette colère exaspérée par la réflexion est encore armée par la

réflexion. On voit qu'il n'est pas emporté par une indignation ou par

une pitié passagère. Il s'est maîtrisé avant de parler. Il a pesé

plusieurs fois la coquinerie qu'il va décrire. Il en possède les motifs,

l'espèce, les suites, comme un naturaliste ses classifications. Il est

sûr de son jugement, et l'a mûri. Il punit en homme convaincu, qui tient

sur sa table une liasse de preuves, qui n'avance rien sans un document

ou un raisonnement, qui a prévu toutes les objections et réfuté toutes

les excuses, qui ne pardonnera jamais, qui a raison d'être inflexible,

qui a conscience de sa justice, et qui appuie sa sentence et sa

vengeance sur toutes les forces de la méditation et de l'équité. L'effet

de cette haine justifiée et contenue est accablant. Lorsqu'on achève de

lire les romans de Balzac, on éprouve le plaisir d'un naturaliste

promené dans un musée à travers une belle collection de spécimens et de

monstres. Lorsqu'on achève de lire Thackeray, on éprouve le saisissement

d'un étranger amené devant le matelas de l'amphithéâtre le jour où l'on

pose les moxas et où l'on fait les amputations.

En pareil cas, l'arme la plus naturelle est l'ironie sérieuse, car

elle témoigne d'une haine réfléchie: celui qui l'emploie supprime son

premier mouvement; il feint de parler contre lui-même, et se maîtrise

jusqu'à prendre le parti de son adversaire. D'autre part, cette

attitude pénible et voulue est le signe d'un mépris excessif; la

protection apparente qu'on prête à son ennemi est la pire des

insultes. Il semble qu'on lui dise: «J'ai honte de vous attaquer; vous

êtes si faible, que même avec un appui vous tombez; vos raisons sont

votre opprobre, et vos excuses sont votre condamnation.» Aussi, plus

l'ironie est grave, plus elle est forte; plus on met de soin à

défendre son ennemi, plus on l'avilit; plus on paraît l'aider, plus on

l'écrase. C'est pourquoi le sarcasme sérieux de Swift est terrible; on

croit qu'il salue, et il tue; son approbation est une flagellation.

Entre ses élèves, Thackeray est le premier. Plusieurs chapitres dans

_le Livre des Snobs_[18], par exemple celui des _snobs_ littéraires,

sont dignes de _Gulliver_. L'auteur vient de passer en revue tous les

_snobs_ d'Angleterre: que va-t-il dire de ses frères, les _snobs_

littéraires? Osera-t-il en parler? Certainement. Mon cher et excellent

lecteur, ne savez-vous pas que Brutus fit couper la tête à ses propres

fils? En vérité, vous auriez bien mauvaise opinion de la littérature

moderne et des modernes littérateurs, si vous doutiez qu'un seul

d'entre nous hésitât à enfoncer un couteau dans le corps de son

confrère en cas de besoin public.

Mais le fait est que dans la profession de littérateur il n'y a

point de _snobs_. Regardez de tous côtés dans toute l'assemblée

des écrivains anglais, et je vous défie d'y montrer un seul

exemple de vulgarité, ou d'envie, ou de présomption.--Hommes et

femmes, tous, autant que j'en connais, sont modestes dans leur

maintien, élégants dans leurs manières, irréprochables dans leur

vie, et honorables dans leur conduite soit entre eux, soit à

l'égard du monde.--Il n'est pas impossible peut-être que (par

hasard) vous entendiez un littérateur dire du mal de son frère;

mais pourquoi? Par malice? Point du tout. Par envie? En aucune

façon. Simplement par amour de la vérité et par devoir public.

Supposez par exemple que, tout bonnement, j'indique un défaut

dans la personne de mon ami M. Punch, et que je dise que M. P.

est bossu, que son nez et son menton sont plus crochus que le nez

et le menton d'Apollon et de l'Antinoüs; ceci prouve-t-il que je

veuille du mal à M. Punch? Pas le moins du monde. C'est le devoir

du critique de montrer les défauts aussi bien que les mérites, et

invariablement il accomplit son devoir avec la plus entière

sincérité et la plus parfaite douceur.--Le sentiment de l'égalité

et de la fraternité entre les auteurs m'a toujours frappé comme

une des plus aimables qualités distinctives de cette classe.

C'est parce que nous nous apprécions et nous nous respectons les

uns les autres que le monde nous respecte si fort, que nous

tenons un si bon rang dans la société et que nous nous y

comportons d'une manière si irréprochable. La littérature est si

fort en honneur en Angleterre, qu'il y a une somme d'environ

douze cents guinées par an mise de côté pour pensionner les

personnes de cette profession. C'est un grand honneur pour eux,

et aussi une preuve que leur condition est généralement prospère

et florissante. Ils sont ordinairement si riches et si économes,

qu'il n'y a presque point besoin d'argent pour les aider[19].

On est tenté de se méprendre, et pour entendre ce passage, on a besoin

de se rappeler que, dans une société aristocratique et marchande, sous

le culte de l'argent et l'adoration du rang, le talent pauvre et

roturier est traité comme le méritent sa roture et sa pauvreté[20]. Ce

qui rend ces ironies encore plus fortes, c'est leur durée; il y en a

qui se prolongent pendant un roman entier, par exemple celui des

_Bottes fatales_. Un Français ne pourrait continuer aussi longtemps le

sarcasme. Il s'échapperait à droite ou à gauche par des émotions

différentes, il changerait de visage et ne soutiendrait pas une

attitude si fixe, indice d'une animosité si décidée, si calculée et si

amère. Il y a des caractères que Thackeray développe pendant trois

volumes, Blanche Amory, Rebecca Sharp, et dont il ne parle jamais

sans insulte; toutes deux sont des coquines, et jamais il ne les

introduit sans les combler de tendresses: la chère Rebecca! la tendre

Blanche! La tendre Blanche est une jeune fille sentimentale et

littéraire, obligée de vivre avec des parents qui ne la comprennent

pas. Elle souffre tant, qu'elle les ridiculise tout haut devant tout

le monde; elle est si opprimée par la sottise de sa mère et de son

beau-père, qu'elle ne perd pas une occasion de leur faire sentir leur

stupidité. En bonne conscience, peut-elle faire autrement? Ne

serait-ce point de sa part un manque de sincérité que d'affecter une

gaieté qu'elle n'a pas, ou un respect qu'elle ne peut ressentir? On

comprend que la pauvre enfant ait besoin de sympathie; en quittant les

poupées, ce coeur aimant s'est épris d'abord de Trenmor, de Sténio, du

prince Djalma et autres héros des romanciers français. Hélas! le monde

imaginaire ne suffit pas aux âmes blessées, et le désir de l'idéal,

pour s'assouvir, se rabaisse enfin jusqu'aux êtres de la terre. À onze

ans, Mlle Blanche eut une inclination pour un petit Savoyard, joueur

d'orgue à Paris, qu'elle crut un jeune prince enlevé; à douze ans, un

vieux et hideux maître de dessin agita son coeur vierge; à

l'institution de Mme de Caramel, elle eut une correspondance avec deux

jeunes écoliers du collége Charlemagne. Chère âme délaissée, ses pieds

délicats se sont déjà froissés aux sentiers de la vie; chaque jour ses

illusions s'effeuillent, et c'est en vain qu'elle les consigne en

vers, dans un petit livre relié de velours bleu avec un fermoir d'or,

intitulé: _Mes Larmes_. Dans cet isolement, que faire? Elle

s'enthousiasme pour les jeunes filles qu'elle rencontre, elle ressent

à leur vue une attraction magnétique, elle devient leur soeur, sauf à

les mettre de côté demain, comme une vieille robe: nous ne commandons

pas à nos sentiments, et rien n'est plus beau que le naturel. Du

reste, comme l'aimable enfant a beaucoup de goût, l'imagination vive,

une inclination poétique pour le changement, elle tient sa femme de

chambre Pincott à l'ouvrage nuit et jour. En personne délicate, vraie

_dilettante_ et amateur du beau, elle la gronde pour ses yeux battus

et son visage pâle. Là-dessus, pour l'encourager, elle lui dit avec

ses ménagements et sa franchise ordinaires: «Pincott, je vous

renverrai, car vous êtes beaucoup trop faible, et vos yeux vous

manquent, et vous êtes toujours à gémir, à pleurnicher, à demander le

médecin; mais je sais que vos parents ont besoin de vos gages, et je

vous garde pour l'amour d'eux!--Pincott, votre air misérable et vos

façons serviles me donnent vraiment la migraine. Je crois que je vous

ferai mettre du rouge.--Pincott, vos parents meurent de faim; mais si

vous me tiraillez ainsi les cheveux, je vous prierai de leur écrire et

de leur dire que je n'ai plus besoin de vos services.» Cette pécore de

Pincott n'apprécie pas son bonheur. Peut-on être triste quand on sert

un être aussi supérieur que miss Blanche? Quelle joie de lui fournir

des sujets de style! car, il faut bien l'avouer, miss Blanche n'a pas

dédaigné d'écrire une charmante pièce de vers sur la petite servante

arrachée au foyer paternel, «triste exilée sur la terre étrangère.»

Hélas! le plus petit événement suffit pour blesser ce coeur trop

sensible. À la moindre émotion, ses larmes coulent, ses sentiments

frémissent, comme un papillon délicat qu'on écrase dès qu'on le

touche. La voilà qui passe, aérienne, les yeux au ciel, un faible

sourire arrêté sur ses lèvres roses, touchante sylphide, si consolante

pour tous ceux qui l'entourent que chacun la souhaite au fond d'un

puits.

Un degré ajouté à l'ironie sérieuse produit la caricature sérieuse.

Ici, comme tout à l'heure, l'auteur plaide les raisons du prochain; la

seule différence est qu'il les plaide avec trop de chaleur: c'est une

insulte sur une insulte. À ce titre, elle abonde dans Thackeray.

Quelques-uns de ses grotesques sont énormes, par exemple M. Alcide de

Mirobolan, cuisinier français, artiste en sauces, qui déclare sa

flamme à miss Blanche au moyen de tartes symboliques, et se croit un

_gentleman_; Mme la majoresse O'Dowd, sorte de grenadier en bonnet, la

plus pompeuse et la plus bavarde des Irlandaises, occupée à régenter

le régiment et à marier bon gré mal gré les célibataires; miss Briggs,

vieille dame de compagnie, née pour recevoir des affronts, faire des

phrases et verser des larmes; le Docteur, qui prouve à ses élèves

mauvais latinistes que l'habitude des barbarismes conduit à

l'échafaud. Ces difformités calculées n'excitent qu'un rire triste. On

aperçoit toujours derrière la grimace du personnage l'air sardonique

du peintre, et l'on conclut à la bassesse et à la stupidité du genre

humain. D'autres figures, moins grossies, ne sont point cependant plus

naturelles. On voit que l'auteur les jette exprès dans des sottises

palpables et dans des contradictions marquées. Telle est miss Crawley,

vieille fille immorale et libre penseuse, qui loue les mariages

disproportionnés, et tombe en convulsions quand à la page suivante son

neveu en fait un; qui appelle Rebecca Sharp son égale, et au même

instant lui dit d'apporter les pincettes; qui, apprenant le départ de

sa favorite, s'écrie avec désespoir: «Bonté du ciel! qui est-ce qui

maintenant va me faire mon chocolat?» Ce sont là des scènes de

comédie, et non des peintures de moeurs. Il y en a vingt pareilles.

Vous voyez une excellente tante, mistress Hoggarthy, du château de

Hoggarthy, s'imposer dans la maison de son neveu Titmarsh, le jeter

dans de grosses dépenses, persécuter sa femme, chasser ses amis,

désoler son mariage. Le pauvre diable ruiné est mis en prison. Elle le

dénonce aux créanciers avec une indignation vraie et le foudroie de la

meilleure foi du monde. Le misérable a été le bourreau de sa tante.

Elle a été attirée par lui hors de chez elle, tyrannisée par lui,

volée par lui, outragée par sa femme. Elle a vu le beurre prodigué

comme l'eau, le charbon dilapidé, les chandelles brûlées par les deux

bouts. «Et maintenant vous avez l'audace, emprisonné comme vous l'êtes

et justement pour vos crimes, de me prier de payer vos dettes! Non,

monsieur, c'est assez que votre mère tombe à la charge de sa paroisse,

et que votre femme aille balayer les rues. Pour moi, je suis à l'abri

de vos perfidies. Le mobilier de la maison est à moi, et, puisqu'il

entre dans vos intentions que madame votre femme couche sur le pavé,

je vous préviens que je le ferai enlever demain. M. Smithers vous dira

que j'étais décidée à vous laisser toute ma fortune. Ce matin, en sa

présence, j'ai solennellement déchiré mon testament, et, par cette

lettre, je renonce à toute relation avec vous et avec votre famille de

mendiants. J'ai recueilli une vipère dans mon sein, elle m'a

piquée.»--Cette femme juste et compatissante rencontre son égal, un

homme pieux, John Brough, esquire, membre du parlement, directeur de

la compagnie indépendante d'assurances contre l'incendie et sur la vie

du Diddlesex oriental. Ce chrétien vertueux a humé de loin la

réjouissante odeur de ses terres, maisons, capitaux et autres valeurs

mobilières et immobilières. Il court sus à la belle fortune de

mistress Hoggarthy, affligé de voir qu'elle rapporte à peine quatre

pour cent à mistress Hoggarthy, décidé à doubler le revenu de mistress

Hoggarthy. Il la rencontre à l'hôtel le visage enflé. (Toute la nuit,

elle avait été mangée aux puces.) «Bonté du ciel, s'écrie John Brough

esquire, une dame de votre rang souffrir une pareille chose!

L'excellente parente de mon cher ami Titmarsh! Jamais on ne dira que

mistress Hoggarthy, du château de Hoggarthy, pourra être soumise à une

si horrible humiliation, tant que John Brough aura une maison à lui

offrir, une maison humble, heureuse, chrétienne, madame, quoique

peut-être inférieure à la splendeur de celles auxquelles vous avez

été accoutumée dans votre illustre carrière! Isabelle, mon amour!

Belinda! Parlez à mistress Hoggarthy. Dites-lui que la maison de John

Brough est à elle depuis la mansarde jusqu'à la cave. Je le répète,

madame, depuis la cave jusqu'à la mansarde: je désire, je supplie,

j'ordonne que les malles de mistress Hoggarthy, du château de

Hoggarthy, soient en ce moment même portées dans ma voiture.» Ce style

fait rire, si l'on veut, mais d'un rire triste. On vient d'apprendre

que l'homme est hypocrite, injuste, tyrannique, aveugle. Affligé, on

se retourne vers l'auteur, et l'on ne voit sur ses lèvres que des

sarcasmes, sur son front que du chagrin.

[Note 16: Dans la _Revue d'Édimbourg_.]

[Note 17: Rôle d'Amélia dans _Vanity Fair_.--Rôle du colonel

Newcome dans _les Newcomes_.]

[Note 18: _Snob_, mot d'argot intraduisible, désignant un homme

«qui admire bassement des choses basses.»]

[Note 19: My dear and excellent querist, whom does the

schoolmaster flog so resolutely as his own son? Didn't BRUTUS chop his

offspring's head off? You have a very bad opinion indeed of the

present state of literature and of literary men, if you fancy that any

one of us would hesitate to stick a knife into his neighbour penman,

if the latter's death could do the state any service.

But the fact is, that in the literary profession THERE ARE NO SNOBS.

Look round at the whole body of British men of letters, and I defy you

to point out among them a single instance of vulgarity, or envy, or

assumption.

Men and women, as far as I have known them, they are all modest in

their demeanour, elegant in their manners, spotless in their lives,

and honourable in their conduct to the world and to each other. You

_may_, occasionally, it is true, hear one literary man abusing his

brother; but why? Not in the least out of malice; not at all from

envy; merely from a sense of truth and public duty. Suppose, for

instance, I good-naturedly point out a blemish in my friend _Mr.

Punch's_ person, and say _Mr. P._ has a hump-back, and his nose and

chin are more crooked than those features in the APOLLO or ANTINOUS,

which we are accustomed to consider as our standards of beauty; does

this argue malice on my part towards _Mr. Punch_? Not in the least. It

is the critic's duty to point out defects as well as merits, and he

invariably does his duty with the utmost gentleness and candour.

That sense of equality and fraternity amongst Authors has always

struck me as one of the most amiable characteristics of the class. It

is because we know and respect each other, that the world respects us

so much, that we hold such a good position in society, and demean

ourselves so irreproachably when there.

Literary persons are held in such esteem by the nation, that about two

of them have been absolutely invited to Court during the present

reign: and it is probable that towards the end of the season, one or

two will be asked to dinner by SIR ROBERT PEEL.

They are such favourites with the public, that they are continually

obliged to have their pictures taken and published; and one or two

could be pointed out, of whom the nation insists upon having a fresh

portrait every year. Nothing can be more gratifying than this proof of

the affectionate regard which the people has for its instructors.

Literature is held in such honour in England, that there is a sum of

near twelve hundred pounds per annum set apart to pension deserving

persons following that profession. And a great compliment this is,

too, to the professors, and a proof of their generally prosperous and

flourishing condition. They are generally so rich and thrifty, that

scarcely any money is wanted to help them. (_The Snobs of England_, p.

201.)]

[Note 20: «L'esprit et le génie perdent vingt-cinq pour cent de

leur valeur en abordant en Angleterre.» (Stendhal.)]

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 5 de 5) · 第 34 / 109 题