VIII

En faisant cette observation, Anie avait une intention secrète, qui

était d'envoyer tout simplement au baron les soixante-cinq mille francs,

le jour de son retour à Biarritz. Mais Sixte n'accepta pas cette

combinaison:

--En me prêtant vingt-cinq mille francs d'Arjuzanx a agi en ami, dit-il,

à ce titre je lui dois des égards, auxquels je manquerais en lui

envoyant sèchement son argent.

Il n'y avait pas à répliquer; tout ce qu'elle put obtenir, ce fut que

Sixte, au lieu d'aller à Biarritz dans la soirée, y allât dans

l'après-midi, avant le dîner, ce qui abrégerait sa visite.

Il n'était pas cinq heures quand Sixte arriva chez d'Arjuzanx qu'il

trouva assis devant une table d'écarté, ayant pour vis-à-vis un des

Russes avec lequel il avait dîné huit jours auparavant; deux des

convives de ce dîner étaient assis près d'eux.

Ce fut seulement quand d'Arjuzanx quitta sa chaise que Sixte put

l'attirer dans une pièce voisine.

--Je t'apporte ce que je te dois, dit-il.

Et il déposa sur une table plusieurs liasses de billets de banque qu'il

tira de sa poche gonflée.

--Qu'est-ce que c'est que tout ça? demanda d'Arjuzanx.

--Les soixante-cinq mille francs que je te dois.

--Tu me dois vingt-cinq mille francs que je t'ai prêtés.

--Et quarante mille que tu m'as gagnés.

D'Arjuzanx prit trois liasses, deux grosses et la plus petite, les mit

dans la poche de son veston et repoussa les autres.

--Reprends cela, dit-il.

Sixte le regarda étonné.

--As-tu pu penser que j'accepterais ces quarante mille francs? dit

d'Arjuzanx.

--Tu me les as gagnés.

--Et j'ai eu tort. Un emballement de joueur m'a troublé la conscience.

J'ai subi le vertige du gain comme toi tu subissais celui de la perte.

Mais, le calme me revenant, je me suis reproché ces quelques instants

d'erreur.

--Tu ne peux pas me faire un cadeau, qu'il ne m'est pas possible

d'accepter.

--Je n'en ai pas la pensée; mais tu peux me regagner ce que tu as perdu

et nous serons quittes. N'est-ce pas ainsi que les choses se sont

passées entre nous, quand au collège je t'ai gagné cent vingt francs que

tu aurais eu plus de peine à trouver à ce moment, sans doute, que tu

n'en as maintenant pour ces quarante mille francs. Je t'ai donné alors

ta revanche. Faisons-en autant.

--C'est impossible.

--Pourquoi?

--Parce que...

D'Arjuzanx lui coupa la parole:

--Tu sais que je suis obstiné, dit-il, je me suis mis dans la tête que

je ne prendrais pas ton argent, je ne le prendrai pas.

Et, le laissant seul, d'Arjuzanx retourna dans le salon.

Sixte remit les liasses dans sa poche et rejoignit d'Arjuzanx; la

discussion ne pouvait pas se continuer dans ces termes, il lui enverrait

les quarante mille francs par un chèque.

Pendant leur entretien d'autres convives du dîner de la semaine

précédente étaient arrivés, entre autres de la Vigne, la partie

continuait.

Pendant un certain temps Sixte resta debout auprès de la table regardant

le jeu machinalement, ayant en face de lui d'Arjuzanx debout aussi; puis

il fit un pas en arrière pour s'en aller discrètement; mais à l'instant

même d'Arjuzanx, qui avait vu son mouvement, l'interpella:

--Fais-tu vingt-cinq louis contre moi? dit-il.

Sixte eut une seconde d'hésitation; une nouvelle partie commençait, les

adversaires allaient relever les cartes données; Sixte crut sentir que

tous les regards ramassés sur lui l'interrogeaient.

--Pourquoi non? dit-il.

Au fait, pourquoi n'accepterait-il pas la revanche que d'Arjuzanx lui

offrait? Cinq cents francs, s'il les perdait, n'étaient pas pour le

gêner, et s'il les gagnait, ce serait un commencement de remboursement;

quelques coups heureux abrégeraient d'autant les mois de privation qu'il

allait imposer à sa femme.

Il perdit.

--Quitte ou double, n'est-ce pas? dit d'Arjuzanx.

--Soit.

Il perdit encore.

Si cinq cents francs n'avaient pas grande importance pour lui, il n'en

était pas de même de mille; il fallait donc tâcher de les regagner.

--Nous continuons? dit-il.

--Avec plaisir, continua d'Arjuzanx.

--Sixte va s'emballer, dit de la Vigne à son voisin.

--C'est fait.

En effet, il n'était pas difficile de remarquer, pour qui connaissait

les joueurs, les changements caractéristiques qui de seconde en seconde

se produisaient en lui: tout d'abord, quand d'Arjuzanx l'avait

interpellé, il avait rougi comme sous une impression de fausse honte,

puis instantanément pâli en répondant: «Pourquoi non?» maintenant cette

pâleur s'était accentuée, ses lèvres frémissaient et ses mains étaient

agitées d'un léger tremblement; penché sur la table de jeu, il semblait

qu'il prît avec ses yeux les cartes dans les mains de celui qui les

tenait, et les abattît lui-même, exactement comme au cochonnet le joueur

accompagne de la tête, des épaules et des bras, par un mouvement

symbolique, la boule qui roule.

Les cartes n'obéirent point à cette suggestion magnétique; pour la

troisième fois elles furent contre lui.

Évidemment la veine devait changer.

--Toujours? demanda-t-il.

--Parbleu!

Il gagna.

Raisonnable, il eut dû s'en tenir là, heureux d'en être quitte ainsi;

mais quel joueur écoute la raison quand il voit la fortune lui sourire!

ne serait-il pas fou de la repousser si elle venait à lui?

--Continuons-nous? demanda-t-il.

--Tant que tu voudras.

--Cent louis?

--Tout ce que tu voudras.

Il gagna encore.

Décidément la chance était pour lui; son heure avait sonné: encore

quelques coups et il pouvait rendre à sa belle-mère cet argent qu'il lui

avait été si dur de demander.

--Doublons-nous? dit-il.

--Assurément, répondit d'Arjuzanx.

La pâleur de Sixte avait disparu sous l'afflux d'une bouffée de chaleur

qui du coeur était montée au front et aux joues; il respirait plus

largement, ses mains ne tremblaient plus.

On s'était groupé autour d'eux; et chacun était plus attentif à leur

duel qu'à la partie elle-même, insignifiante comparée à leurs paris.

--Le baron voudrait perdre exprès qu'il ne s'y prendrait pas autrement,

dit de la Vigne à son voisin.

--Croyez-vous?

Qu'il le voulut ou ne le voulût point, toujours est-il que d'Arjuzanx

perdit encore.

--Je crois bien que tu as passé un engagement avec la veine, dit-il à

Sixte.

A ce moment un domestique entra dans le salon.

--Il est entendu que vous restez à dîner, dit d'Arjuzanx en s'adressant

à Sixte et à de la Vigne en même temps.

Ils voulurent refuser.

--Sixte, décide M. de la Vigne par ton exemple, dit d'Arjuzanx, et vous,

M. de la Vigne, gagnez Sixte par le vôtre.

On insista de divers côtés.

D'Arjuzanx avait ouvert un petit bureau:

--Voici ce qu'il faut pour écrire, dit-il, on portera immédiatement vos

dépêches au télégraphe.

Déjà de la Vigne avait pris place au bureau; quand il quitta la chaise,

Sixte le remplaça:

«Retenu à dîner avec de la Vigne; à ce soir.

«Valentin.»

Comme il remettait sa dépêche à d'Arjuzanx, celui-ci lui dit:

--Crois-tu maintenant qu'en refusant d'accepter ton argent j'avais le

pressentiment que tu me le reprendrais bientôt? ça me semble bien

vouloir recommencer notre fameuse partie du collège de Pau.

Cette insistance frappa Sixte; pourquoi donc d'Arjuzanx mettait-il un

empressement si peu déguisé à le pousser au jeu?

Ce fut la question qu'il se posa: d'Arjuzanx voulait-il lui infliger une

nouvelle perte? ou bien, honteux de la somme qu'il avait gagnée, ne

cherchait-il que des occasions de la perdre?

C'était de cette façon qu'il avait agi autrefois au collège; pourquoi

n'en serait-il pas de même maintenant? rien en lui ne permettait de

supposer qu'il fût devenu un homme d'argent, âpre au gain, capable

d'employer des moyens peu loyaux à l'égard d'un camarade. N'avait-il pas

reconnu lui-même qu'il était dans son tort en subissant une sorte de

vertige qui le faisait jouer gros jeu contre un ami malheureux?

Cependant, quoi qu'il se dit, il ne put pas pendant le dîner ne pas

regretter de n'être pas rentré à Bayonne, et ne pas trouver bien nulle,

bien vide, la conversation de ses voisins: assurément cette salle à

manger ne le reverrait pas souvent; qu'il sût profiter de sa soirée pour

regagner une partie de ce qu'il avait si bêtement perdu huit jours

auparavant, et elle serait la dernière qu'il passerait dans cette

maison. S'il vivait retiré quand il était garçon, ce n'était pas

maintenant qu'il avait un intérieur si charmant avec une femme jeune,

jolie, intelligente, adorée, qu'il allait l'abandonner pour ces réunions

banales.

Bien qu'il n'eût pas l'expérience du jeu, il savait, pour l'avoir

entendu dire, de quelle importance est un régime sévère pour le joueur;

ce n'est pas quand on est congestionné par une digestion difficile ou

échauffé par des vins largement dégustés, qu'on est maître de soi, et

qu'on garde en présence d'un coup décisif la sûreté du jugement ou le

calme de la raison; or, dans la partie qu'il voulait engager pour

profiter de la veine qui semblait lui revenir, il fallait qu'il eût tout

cela, et ne subir pas plus l'influence de son cerveau surexcité que de

son estomac trop chargé; il mangea donc très peu et but encore moins,

malgré l'insistance de d'Arjuzanx dont l'amabilité ne réussit pas mieux

que la raillerie à l'arracher à sa sobriété.

Quand de la salle à manger on passa dans le salon, il ne s'approcha pas

tout d'abord des tables de jeu qui avaient été préparées: une grande

pour le baccara, deux petites pour l'écarté; il voulait choisir son

moment et ne pas commettre les folies de ceux qui courant après leur

argent se jettent à l'aveugle dans la mêlée. C'était d'un pas ferme et

sûr qu'il devait y descendre; puisqu'une heureuse chance lui avait

permis de rattraper trois cents louis, il devrait manoeuvrer avec cette

somme de façon à regagner ses quarante mille francs sans se découvrir

jamais.

Comme il se tenait à la fenêtre, d'Arjuzanx vint le rejoindre:

--Tu ne me donnes pas ma revanche? dit-il.

--Est-ce que ce n'est pas à toi plutôt de me donner la mienne?

--Je suis à ta disposition.

--Tout à l'heure; le temps de finir ce cigare.

Son cigare achevé il alla rôder autour de la table de baccara, mais sans

s'y asseoir; il voulait rester frais pour sa partie contre d'Arjuzanx,

et, d'ailleurs, il craignait d'épuiser sa veine dans des coups

insignifiants, s'imaginant, par une superstition de joueur, qu'il ne

pouvait pas faire grand fond sur elle, et qu'il ne fallait pas lui

demander plus d'une courte série heureuse; quand il l'aurait obtenue il

s'en tiendrait là.

Enfin, une des tables d'écarté n'étant plus occupée, il fit un signe à

d'Arjuzanx, voulant, cette fois, tenir lui-même les cartes qui allaient

décider de cette lutte.

--Combien? demanda d'Arjuzanx en s'asseyant vis-à-vis de lui.

--Veux-tu cent louis?

--Parfaitement.

En prenant ce chiffre Sixte se croyait prudent, puisque, sur les trois

parties qu'il lui permettait de jouer avec son gain, il ne devait pas

les perdre toutes: il pourrait se défendre si la chance tournait d'abord

contre lui, et à un moment quelconque attraper la série sur laquelle il

comptait.

En prenant ses cartes Sixte eut la satisfaction de constater que ses

mains ne tremblaient pas et de se sentir maître de son coeur comme de

son esprit: il voyait, il savait, il jugeait ce qu'il faisait.

D'Arjuzanx, au contraire, paraissait ému, et, en le regardant, on voyait

clairement qu'il n'était plus le même homme; sa nonchalance, son

indifférence, avaient disparu et dans ses yeux noirs brillait une flamme

qui leur donnait une expression de dureté que Sixte n'avait jamais

remarquée.

Mais ce n'était pas le moment de se livrer à des observations de ce

genre; c'était à son jeu comme à celui de son adversaire qu'il devait

donner toute son attention.

La chance, au lieu de tourner contre lui, continua à lui être fidèle.

--Nous doublons, n'est-ce pas? demanda d'Arjuzanx.

--N'est-ce pas entendu?

--Alors cela est dit une fois pour toutes.

--Sans doute; au moins jusqu'à ce que nous soyons d'accord pour changer

cette convention.

--Nous serons d'accord.

Lentement ils avaient relevé leurs cartes.

--J'en demande? dit d'Arjuzanx.

--J'en refuse.

D'Arjuzanx avait un jeu détestable, Sixte le roi et la vole assurée.

--Tu ne vas pas être long à regagner tes quarante mille francs, dit

d'Arjuzanx.

--Je n'en serais pas fâché.

--Tu vois donc que j'ai bien fait de te garder à dîner.

Quelques-uns des convives, en les voyant s'asseoir à la table d'écart

avaient quitté le baccara qui ne se traînait que misérablement, et les

entouraient, attentifs, silencieux.

A son tour d'Arjuzanx fit trois points:

--Je commence à me défendre, dit-il.

Cependant il perdit; mais la partie suivante fut pour lui, et ils

recommencèrent avec un enjeu de cent louis qu'il gagna de nouveau.

--Faisons-nous quitte ou double? dit-il.

Sixte eut un éclair d'hésitation pendant lequel il se demanda si sa

veine n'était pas épuisée; mais, comme il avait eu quatre points contre

cinq, il crut que la fortune était hésitante et qu'il pouvait la

retenir.

--Oui, dit-il.

Il eut encore quatre points contre cinq, et cette fois il n'hésita pas;

il était à découvert, il devait au moins s'acquitter: puisque d'Arjuzanx

consentait à faire quitte ou double, il n'y avait qu'à continuer jusqu'à

ce qu'il gagnât, alors il s'arrêterait et ne toucherait plus aux cartes;

il était déraisonnable, impossible, absurde, contraire à toutes les

règles d'admettre que ce coup ne lui viendrait pas aux mains; le jeu

n'est-il pas une bascule réglée par des lois immuables?

--Toujours, dit-il.

Maintenant tout le monde se pressait autour d'eux, mais personne ne

parlait, ne les interrogeait directement, et c'était par des regards

muets qu'on se communiquait ses impressions.

Sixte fut surpris de sentir des gouttes de sueur lui couler dans le cou

et il s'en inquiéta; évidemment il n'était plus maître de ses nerfs;

cependant il n'eut pas la force de mettre cette observation à profit;

certainement l'émotion ne lui enlèverait pas son coup d'oeil.

Au moins lui enleva-t-elle la décision: par prudence, par excès de

conscience, il demanda des cartes et il en donna, quand il aurait dû en

refuser, et jouer hardiment.

Trois parties successives, perdues avec ce système, l'en firent changer:

ce n'était pas la chance qui le battait, mais sa propre maladresse, et

aussi le calme de d'Arjuzanx, attentif à se défendre et à profiter des

fautes de son adversaire, sans que la grandeur de l'enjeu parût exercer

sur lui la moindre influence. Ne pourrait-il donc pas retrouver lui-même

ce calme pour quelques minutes, quelques secondes peut-être?

Mais le changement de méthode ne changea pas la veine, au contraire; les

fautes qu'il avait commises par trop de timidité, il les commit

maintenant par trop d'audace. Et, chaque fois qu'il perdait, il répétait

son mot:

--Toujours.

Ceux qui étaient attentifs aux nuances pouvaient saisir dans sa

prononciation une différence qui en disait long sur son état; en même

temps son visage et ses mains s'étaient décolorés.

A mesure que l'enjeu grossissait, l'attitude de la galerie se modifiait:

on avait commencé par regarder ce duel avec une curiosité recueillie;

mais, maintenant, s'échappaient de sourdes exclamations ou des gestes,

qui étaient un relèvement et une excitation pour Sixte: puisque tout le

monde était stupéfié de sa déveine, cette unanimité prouvait quelle ne

pouvait pas durer: un coup heureux, et il s'acquittait.

Deux se suivirent malheureux encore, et comme Sixte répétait:

--Toujours.

Pour la première fois, d'Arjuzanx ne répondit pas:

--Parfaitement.

Il posa ses deux bras sur la table, et regardant Sixte en face:

--Comment toujours? dit-il d'une voix nette et dure.

--N'est-il pas entendu, répondit Sixte, que nous doublons toujours?

--Entendu jusqu'à ce que nous changions cette convention...

Il y eut un moment de silence saisissant.

--... Et j'estime, continua d'Arjuzanx, de la même voix nettement

articulée, que le moment est venu de la changer. Où en sommes-nous?

Il compta les jetons rangés devant lui.

-Voilà sept parties que je gagne. Est-ce exact?

-Oui, dit Sixte la gorge étranglée.

-Nous avons commencé à cent louis, qui doublés font quatre mille francs,

puis huit mille, puis seize mille, puis trente-deux mille; puis

soixante-quatre mille, puis cent trente-huit mille, et enfin deux cent

soixante-seize mille où nous sommes.

Il s'arrêta et, du regard, parut prendre ses invités à témoins de la

justesse de son compte, qu'il avait fait sans aucune hésitation; mais

personne ne pensa faire un signe affirmatif, chacun étant tout entier au

drame qui se dé roulait, et qu'on sentait terrible, sans comprendre

comment il s'était engagé et où il allait.

--Jouons-nous comme des enfants ou comme des hommes? continua

d'Arjuzanx.

Sixte ne répondit pas, il voyait maintenant combien était faux son

sentiment sur les intentions de d'Arjuzanx qui, au lieu de chercher à

lui faire regagner ses quarante mille francs, n'avait eu d'autre but, au

contraire, que de l'entraîner à perdre une somme beaucoup plus

considérable; en même temps il était frappé d'un fait, en apparence

insignifiant et cependant décisif:--le soin que d'Arjuzanx mettait à ne

pas s'adresser à lui directement, et surtout à ne pas employer le

tutoiement.

Le baron reprit:

--Si notre argent n'est pas sur cette table, notre parole y est; je peux

jouer cent mille francs, et même deux cent soixante-seize mille sur

parole, non cinq cent cinquante mille, qui excéderaient peut-être

l'engagement qu'on pourrait tenir.

Il se tut, et chacun évita de se regarder pour ne pas livrer ses

impressions; quelques convives prudents s'éloignèrent même de la table,

mais sans sortir du salon; de la Vigne ne fut pas de ces derniers: une

place étant libre auprès de son camarade, il s'avança pour la prendre.

Mais rien n'indiquait que Sixte dut se laisser entraîner à un éclat; son

attitude était plutôt celle d'un homme qui vient de recevoir un coup

sous lequel il est tombé assommé.

Cependant, après quelques secondes, il se leva:

--Il est évident, dit-il, que je n'ai même pas ces deux cent

soixante-seize mille francs sur moi.

--N'est-il pas admis par les honnêtes gens qu'on a vingt-quatre heures

pour dégager sa parole?

[Illustration]

L'Illustration, No. 2518, 30 Mai 1891 · 第 33 / 35 题