XI

La nouvelle se répandit à petit bruit dans le village, comme une pluie

qui filtre à travers la feuillée épaisse du bois. Ce ne furent d'abord

que des chuchotements épars, semblables aux gouttes d'eau roulant de

feuille en feuille, puis les rumeurs grossirent en passant d'une rue à

l'autre, et bientôt une tumultueuse averse de commérages ruissela de

tous côtés. La famille de Gertrude fut instruite l'une des premières, et

l'une des premières aussi fit éclater son indignation.

--Oh! oh! dit Gaspard après avoir lancé un juron formidable, on apprend

du nouveau tous les jours!.. Où cela s'arrêtera-t-il, bonté divine?...

--C'est une abomination! s'écria Honorine.

--Pour l'honneur de la famille, ajouta sévèrement madame de Mauprié, il

faut que ce scandale soit éclairci au plus vite... Dès demain, Honorine,

tu te rendras à B..., près de ces modistes, chez lesquelles Gertrude a

travaillé...

Le surlendemain matin, Honorine arrivait au magasin des demoiselles

Pêche. Elle y fut reçue par la grande Héloïse qui saisit avidement

l'occasion de raconter tout ce qu'elle soupçonnait; de sorte que la soeur

de Reine revint à Lachalade complètement édifiée sur ce qu'elle nommait

déjà la _faute_ de sa malheureuse parente. Lorsqu'au repas du soir, en

rougissant vertueusement, elle fit connaître le résultat de son enquête,

la veuve poussa de longs gémissements. Elle se fût volontiers couvert la

tête d'un sac, comme les Juifs de l'ancien Testament.

--Quelle honte! s'écria-t-elle en marchant avec vivacité à travers la

salle, et qui se serait attendu à une pareille affliction?

--Moi, rien ne m'étonne plus! grommela Gaspard.

Reine ne disait rien, mais intérieurement elle regrettait fort l'absence

de Xavier. Elle songeait à la figure que ferait son frère en apprenant

cet esclandre, et se promettait d'être la première à l'en informer à son

retour. En attendant, bien que la veuve eût recommandé avec affectation

de jeter un voile sur ce désastre de famille, elle ne laissait échapper

aucune occasion de répandre les nouvelles rapportées de B... par

Honorine. Madame de Mauprié, du reste, y aidait elle-même. Elle se

gardait de dire la chose ouvertement, mais lorsqu'on lui parlait de

Gertrude, elle avait une mine si mélancolique, elle poussait de tels

hélas! et se servait de si perfides insinuations, que la culpabilité de

sa nièce n'en devenait que plus évidente pour l'auditoire.

Bientôt le village entier ne douta plus de la faute de Gertrude.

Celle-ci, confinée dans sa solitude de l'Abbatiale, ignorait tout ce

bruit. Très occupée de l'installation de l'enfant, elle avait à peine

mis les pieds dehors depuis huit jours. L'orphelin était arrivé nu comme

un ver, et il avait tout d'abord fallu s'occuper d'un trousseau. Grâce à

la fille du vannier, Gertrude avait mené cette tâche à bonne fin.

Maintenant le marmot avait le nécessaire; il était chaudement

emmailloté, tendrement choyé par ceux qui l'entouraient, aussi sa figure

s'était épanouie; il ne pleurait presque plus, gazouillait comme un

jeune merle et se prélassait comme un petit roi dans sa bercelonnette.

Sa voix argentine, ses mignonnes façons d'enfant réjouissaient Gertrude

et l'empêchaient de penser trop souvent à la confidence embarrassante

qu'il faudrait faire à Xavier. Elle tremblait que cette aventure ne lui

fût contée par une autre personne, et qu'il n'arrivât à l'Abbatiale déjà

prévenu. Elle ne doutait pas un moment qu'il n'acceptât ses sincères

explications, mais elle était si fière qu'elle aurait voulu être

devinée, sans avoir à s'expliquer. La seule pensée du premier étonnement

de Xavier était déjà pénible pour elle, et la seule idée d'un soupçon

pouvant traverser le cerveau du bien-aimé, même avec la rapidité de

l'éclair, suffisait pour la mettre hors d'elle-même. Elle regrettait

maintenant de ne pas lui avoir tout dit lors de sa visite à l'atelier,

et elle attendait son retour avec une impatience fiévreuse.

Sachant qu'il devait rentrer le samedi dans la nuit, elle comptait le

voir dès le dimanche matin; aussi les cloches de Lachalade n'avaient pas

sonné la première messe que sa toilette était déjà faite. L'enfant

sommeillait encore dans sa bercelonnette masquée par un grand rideau, et

Gertrude achevait de mettre la chambre en ordre, lorsqu'elle entendit

tout à coup le bruit d'un pas rapide dans l'escalier... Son coeur battait

avec violence. On frappa brusquement à la porte, et, avant qu'elle eût

pris le temps de répondre, Xavier s'élança dans la chambre. Il était si

pâle et paraissait si agité, que Gertrude poussa un cri de surprise.

--Qu'est-il arrivé? demanda-t-elle avec inquiétude.

--Avant tout, dit Xavier d'une voix assourdie par l'émotion,

réponds-moi... Est-il vrai que tu caches ici un enfant?

Gertrude tressaillit, et regardant son cousin fixement:

--Je ne le cache pas... Le voici!

Elle souleva le rideau et montra l'enfant endormi. Xavier détourna la

tête, et faisant un geste de colère:

--Assez! murmura-t-il, cela me suffit.

Puis il marcha dans la chambre, les lèvres serrées. Le regard attristé

de Gertrude ne le quittait pas.

--Au moins, reprit-il avec une amère et subite violence, que ne

parliez-vous plus tôt? A quoi bon vous jouer de ma tendresse et

mentir?...

--Moi, j'ai menti! s'écria la jeune fille indignée.

--Cet enfant n'est-il pas le vôtre?...

Gertrude pâlit d'abord extrêmement, puis une vive rougeur lui remonta au

front, toute sa fierté se révolta.

--Vous l'avez cru... et vous osez me le dire!

--Je ne suis pas le seul... Les demoiselles Pêche, ma mère et tout le

village vous accusent.

--Vous l'avez cru? répéta-t-elle atterrée.

--Ah! je voudrais ne pas le croire! D'où sort cet enfant?...

Expliquez-vous; j'ai le droit de savoir la vérité... Je l'exige!

--Vous exigez maintenant!...

Elle sourit amèrement, puis faisant un effort pour se contenir, elle

ajouta:

--Je n'ai rien à vous dire.

--Quoi, vous refusez de répondre aux accusations répandues contre vous?

--Je les méprise.

--Mais votre famille... mais moi!... nous méprisez-vous aussi?

--Je n'ai qu'une réponse à vous faire, répliqua-t-elle avec fierté,

c'est que je ne suis pas la mère de cet enfant.

--Mais enfin vous savez d'où il vient? Vous pouvez prouver votre

innocence?...

Elle se tenait debout, les bras croisés, les lèvres serrées. Ses yeux

étincelaient, ses narines étaient agitées par un léger tremblement et on

devinait les souffrances de son coeur aux mouvements de son corsage... La

douleur qu'elle éprouvait était inexprimable: c'était un mélange de

honte, de tristesse et d'indignation. Il lui semblait qu'un affreux

déchirement venait de se faire en elle, qu'un abîme venait de se creuser

sous ses pieds, et que son amour y avait roulé... Tout à coup ses

regards sombres se relevèrent et rencontrèrent les regards soupçonneux

de Xavier, le sang lui remonta au front et elle eut un nouvel accès

d'emportement.

--Vous me demandez des preuves quand je vous donne ma parole?... Vous

vous oubliez, mon cousin!

--Je vous en supplie, Gertrude, répondez-moi!

Elle frappa du pied avec colère:

--Laissez-moi... Je n'ai rien de plus à vous dire!

--Gertrude, reprit-il, avant que je repasse le seuil de cette porte,

songez aux conséquences du silence que vous vous obstinez à garder... Je

voudrais au prix de mon sang avoir une certitude et pouvoir confondre

les mauvaises langues... Mais pour cela, il faut des preuves... Ne

comprenez-vous pas que vos refus, au lieu de détruire mes doutes, les

enfoncent plus douloureusement dans mon coeur?... Je vous en conjure au

nom de notre amour, au nom de votre père, répondez-moi afin que je

puisse vous défendre!...

--Chacune de vos paroles est une nouvelle offense, répondit-elle, nous

ne pouvons pas nous comprendre... Adieu!

--Vous l'avez voulu! murmura Xavier profondément blessé, eh bien!

soit!... Adieu pour toujours!

Il s'élança dehors et bientôt elle entendit son pas s'éloigner et

s'affaiblir. Alors la douleur de Gertrude, violemment contenue par son

orgueilleuse volonté, put faire explosion. Elle tomba à genoux, sa

poitrine se dégonfla, les larmes qui l'étouffaient commencèrent à

jaillir, et bientôt ses joues furent inondées. Elle se disait que tout

était fini... Dans les jours ternes et tristes de sa jeunesse, le seul

coin de ciel bleu, le seul rayon de soleil était l'amour de Xavier, et

voilà que les nuages s'épaississaient et que le coin d'azur

disparaissait pour toujours. Un vent mortel venait de souffler sur ses

rêves; l'avenir ne lui apparaissait plus que comme une plaine nue,

désolée et glaciale, et elle avait froid au coeur. Le souvenir cuisant de

ce qui venait de se passer faisait frémir tout son corps. Elle se

reprochait par moments d'avoir été trop emportée et trop fière; elle

aurait voulu courir après Xavier, mettre ses mains dans les siennes,

appuyer son front à son épaule, et tout lui conter doucement,

humblement... Puis tout d'un coup, l'air accusateur, les paroles brèves

de son cousin lui revenaient à la mémoire, et son orgueil se réveillait.

--J'ai fait ce que je devais, se disait-elle; s'il a pu me soupçonner un

instant, c'est qu'il ne m'estimait pas assez. Si son amour avait été

violent comme le mien, aurait-il pu croire à de simples apparences? Il

aurait dû tout nier d'abord et me défendre. Il aurait dû accourir vers

moi comme un consolateur, et non comme un juge plein de défiance. C'est

ce que j'aurais fait moi, si on l'eût calomnié... Je l'aurais soutenu

contre les accusations du monde entier... Lui, au contraire, n'a pas

même cru à mes affirmations. Il s'est montré plus sensible aux calomnies

de mes ennemis qu'à mes protestations énergiques... Non, il ne m'aime

pas, il ne m'a jamais aimée!

De nouvelles larmes plus amères ruisselèrent le long de ses joues, et

elle tomba dans un profond désespoir. Elle ne fut tirée des

préoccupations de sa douleur que par les cris du marmot qui demandait sa

nourrice. Elle courut à lui, le prit dans ses bras et le couvrit de

caresses et de larmes.

--Pauvret! lui disait-elle, tu es la cause innocente de mes chagrins,

mais je ne t'en veux pas... La promesse que j'ai faite à ton grand-père

et à ta mère est le seul lien qui me rattache à la vie... Va, je ne

t'abandonnerai pas... Tu seras ma seule consolation!

Xavier, pendant ce temps, rentrait chez lui dans un état à faire pitié.

Il était à la fois irrité et désespéré. En franchissant le seuil de

l'atelier, il vit les vases de faïence encore garnis des branches de

houx dont il les avait parés pour fêter Gertrude. Il arracha les rameaux

verts et les foula aux pieds; puis il jeta un marteau tout au travers du

panneau qu'il était en train de sculpter.

--Plus de travail! murmurait-il, plus de rêves, plus rien!

Et, ne pouvant plus supporter la vue de l'atelier qui lui rappelait tout

ce qu'il voulait oublier, il s'enfuit dans les bois.

Il allait comme un fou, cherchant à ne plus penser, ou du moins à

secouer et à confondre ses pensées par l'agitation d'une course

fiévreuse. Il plongeait au plus épais du fourré; les branches mortes

craquaient sous ses pieds; il brisait les ronces tendues d'arbre en

arbre, il heurtait le tronc des bouleaux endormis dans la brume et se

déchirait les mains aux buissons de houx. Rien ne ralentissait sa

marche, il aurait voulu ne s'arrêter jamais. Le taillis fit place à la

futaie; les grands hêtres dressèrent autour de lui leurs longues files

de piliers gris et silencieux; leurs ramures, décharnées par le vent du

nord, s'étendirent comme une voûte au-dessus de sa tête. Il s'enfonça

dans cette ombre, espérant n'en jamais voir la fin. La futaie avait

l'aspect désolé que donnent aux bois les journées pluvieuses de l'hiver:

un sol jonché de feuilles mortes, des cimes noyées dans le brouillard,

pas une herbe, pas un oiseau... Il allait toujours, glissant le long des

ravins, franchissant les ruisseaux grossis par les pluies; rien ne le

lassait.

--Plus loin! plus loin! se disait-il.

Il finit par atteindre la lisière de la futaie, et aperçut devant lui un

plateau nu, solitaire, horriblement triste. Tout à coup les branches

d'un roncier s'écartèrent, et Xavier vit bondir dans la bruyère un

chevreuil que le bruit de ses pas avait effrayé. Il fut pris d'une sorte

de vertige:

--Hallo! s'écria-t-il avec un rire sauvage. Moi aussi, je veux devenir

chasseur!

Et il se mit follement à la poursuite du gibier.

--Assez de rêves, assez de bois gâté! poursuivait-il, à demi grisé par

la course et le grand air. Je veux faire comme Gaspard: je montrerai aux

gens que je suis un verrier, que je sais tenir un fusil et vider un

verre... Hallo! à moi la forêt et la vie des libres chasseurs!

--Ohé! maître Xavier, cria brusquement une voix rude, quelle mouche vous

pique? Un peu plus, vous vous jetiez tête baissée dans mes fournaises!

Xavier s'arrêta comme réveillé en sursaut, et reconnut le maître

charbonnier de la Poirière... Puis il pâlit, poussa une faible plainte

et tomba évanoui sur le gazon. Au bout d'un quart d'heure, les soins de

la charbonnière le rappelèrent à lui; mais il semblait si épuisé, que le

charbonnier ordonna à un de ses apprentis de le reconduire à l'atelier.

Xavier s'y enferma et resta une semaine entière sans sortir...

Dans le village, le malignité publique commençait à s'exercer aux dépens

de Gertrude. Le feu, qui couvait d'abord sous la cendre, ayant été

attisé soigneusement par la veuve et ses filles, était devenu un

incendie. Tous les paysans, qui détestaient les verriers, et englobaient

Gertrude dans la haine qu'ils portaient à sa caste, toutes les vieilles

filles jalouses de sa jeunesse, ne cachaient guère leur indignation, et

ne se gênaient plus pour parler haut et dru. En se rendant à la messe le

dimanche d'après, Gertrude put facilement s'apercevoir de l'irritation

des esprits. Tous les yeux courroucés se dirigeaient vers son banc, et

quand, après l'office, elle traversa lentement la place, on évita de la

saluer, et derrière elle des groupes se formèrent. On se la montrait par

gestes et on ricanait. Elle n'en continua pas moins d'assister à la

messe chaque dimanche, et cette attitude qu'on taxa d'effronterie et

qu'on prit pour une provocation, acheva d'allumer la colère des bonnes

âmes:

--Elle n'a pas froid aux yeux! disaient les hommes.

--C'est une honte, reprenaient en choeur les femmes et filles. Les

garçons devraient aller lui faire un charivari!

Parmi les plus scandalisées se montrait la propre servante de

l'Abbatiale, la revêche et inflexible Franchette. Elle n'avait jamais pu

souffrir Gertrude, et rien qu'à la voir installée dans la maison de son

maître, elle ne sentait plus de bornes à son courroux. Un soir, n'y

tenant plus, elle vint trouver la jeune fille et lui demanda sèchement

son compte.

--Pourquoi voulez-vous quitter l'Abbatiale? dit Gertrude.

Et comme entre ses dents la vieille grommelait qu'elle aurait trop à

dire, si elle voulait répondre:

--Parlez! je le veux! s'écria mademoiselle de Mauprié.

--Eh bien! je ne me soucie plus de rester à votre service, ni à celui de

votre enfant!

Gertrude la chassa, et le soir même fit prier le notaire et le curé de

passer à l'Abbatiale. Quand ils furent tous deux assis dans le salon,

elle fit entrer Pitois et la nourrice avec le marmot; puis, s'adressant

aux deux notables du village:

--Messieurs, dit-elle, d'une voix ferme, vous connaissez les bruits qui

circulent dans le pays: on prétend que je suis la mère de cet enfant...

L'avez-vous cru, Monsieur le curé?

--Moi? s'écria le curé en levant les mains, me préserve le ciel de me

laisser surprendre par des jugements téméraires!

--Et vous, Monsieur Péchenart, l'avez-vous cru?

Le petit notaire la regarda avec ses yeux perçants.

--Mademoiselle, répondit-il, mes fonctions m'ont appris depuis longtemps

à ne rien croire que preuves en main... Dans les jugements humains, il y

a une bonne moitié qui est fausse, et une autre moitié qui est

contestable... Voilà mon opinion.

--Messieurs, poursuivit Gertrude, je ne puis vous dire dans quelles

circonstances cet enfant m'a été confié, mais je vous affirme que le

public se trompe.

Son livre d'Heures était posé sur la table; elle étendit la main sur les

pages ouvertes et reprit:

--Par les saints Évangiles et le nom de mon père, je vous jure que je ne

suis pas la mère de cet enfant!

Ils la regardaient d'un air à la fois surpris et subjugué. Tous deux

avaient été remués par l'accent de sincérité de ses paroles et par

l'éloquence puissante de sa beauté: ils s'inclinèrent silencieusement.

Gertrude alors les remercia d'être venus, et après quelques minutes ils

se retirèrent.

Quand elle fut seule, elle prit l'enfant des bras de la nourrice et le

baisa au front.

--Et maintenant, pauvre petiot, pensa-t-elle, nous voilà liés l'un à

l'autre, et je te consacrerai toutes les heures de ma vie.

Elle était plus calme, et se sentait satisfaite d'avoir soulagé son

coeur. Elle avait agi comme elle devait; c'était aux autres maintenant à

croire ce qui leur semblerait juste et vrai. Elle avait jugé inutile de

pousser plus loin ses confidences et de révéler à des étrangers le

secret de ce vieillard maintenant étendu sous la terre humide du

cimetière. Que lui importait à présent l'opinion du village? Pour un

seul être au monde elle aurait consenti à trahir son secret, et celui-là

justement lui avait retiré le premier sa confiance... A cette heure elle

avait sa conscience pour elle, et dans le naufrage de son amour cet

appui lui suffisait.

--Je t'aimerai et je te servirai de mère, disait-elle à l'orphelin en le

pressant contre sa poitrine.

Et elle songeait à ces vieilles demoiselles, filles ou soeurs de

verriers, dont elle avait vu parfois les portraits ou dont son père lui

avait conté l'histoire,--pieuses et nobles filles qui gardaient le

célibat et sacrifiaient leur jeunesse par dévouement pour leur maison.

--Je ferai comme elles, pensait-elle tout bas.

Quel que soit le testament de mon oncle, je n'abandonnerai jamais cet

enfant.

Ce soir-là elle ne voulut pas le quitter, et fit porter le berceau de

l'orphelin près de son propre lit.

Gertrude et Veronique · 第 14 / 24 题