LE «THÉÂTRE NOUVEAU»

Il justifie son nom. D'abord parce qu'il est le dernier venu, mais aussi

par l'innovation hardie dont témoigne sa disposition intérieure.

On nous annonce l'inauguration imminente d'autres salles de spectacles

renouvelées ou édifiées à neuf et qui étaleront, dans les quartiers

riches de Paris, leur luxe délicat. En plein quartier populaire, rue de

Belleville, 23, le Théâtre Nouveau, construit sur l'intelligente

initiative de M. Félix Soulier et dirigé par lui, est d'une

ornementation simple quoique agréable au regard et surtout d'un

agencement tout à fait ingénieux et pratique.

Pas un pilier, pas une colonne atténuant, d'une part, l'acoustique, et

gênant d'autre part la vision d'un certain nombre de spectateurs; rien

que des places «de face». L'architecte, M. Marcel Lemarié, aidé

d'ailleurs par l'ingénieur Lecoeur, a fait ici l'application d'un

principe séduisant. Tous les sièges, et par conséquent tous les

spectateurs, aussi bien sur les côtés que dans le fond, sont étages en

pente douce et disposés perpendiculairement au centre de la scène, d'où

la visibilité la meilleure dans les plus naturelles conditions de

confortable. L'aération quotidienne de la salle est enfin assurée par un

plafond mobile, sans compter les vastes dégagements qui permettent la

sortie du public en une minute et demie.

UNE APOTRE

DE L'ENSEIGNEMENT FÉMININ

Une Française vient de mourir qui, entre toutes les femmes de coeur dont

la vie fut consacrée à l'enseignement, laissera un souvenir

particulièrement respecté. Une existence toute de labeur et de dignité,

le caractère même de la mission qu'elle s'était imposée, une modestie

qui ne pouvait s'accommoder des vanités ordinaires, ne destinaient guère

Mlle Malmanche à la notoriété parisienne. Elle a pourtant accompli avec

une énergie d'apôtre, une vaillance peu commune, une oeuvre admirable,

sans que jamais grand bruit ait été mené autour d'elle.

[Illustration: Mlle Marguerite Malmanche.]

Mlle Malmanche a eu le singulier mérite de créer un enseignement

nouveau, répondant à un besoin nouveau de notre temps. Préparée par de

fortes études au professorat, elle dirigea toute son intelligente

activité vers l'éducation professionnelle des jeunes filles pauvres, que

la nécessité de gagner leur vie pousse vers les emplois

d'administration, de commerce ou de banque. Des cours spéciaux

existaient déjà pour les jeunes gens qui abordaient ces carrières. Elle

s'attacha, de toute sa volonté, à en organiser de semblables à Paris

pour les femmes, auxquelles elle fournissait ainsi les moyens

d'apprendre la comptabilité, les langues étrangères, et les notions

commerciales indispensables. Non contente de surveiller les progrès de

ses élèves, elle aimait à les guider dans la vie, avec une affectueuse

vigilance, et son efficace protection s'exerçait pour toutes celles dont

elle avait pu discerner le mérite.

Ses efforts avaient reçu, de toutes parts des encouragements précieux.

Mlle Malmanche avait été nommée inspectrice de l'enseignement commercial

et des langues vivantes de la Ville de Paris; et elle faisait partie du

Conseil supérieur de l'enseignement technique; décorée de la Légion

d'honneur depuis de nombreuses années, elle avait été, récemment, promue

au grade d'officier.

Elle disparaît à l'âge de soixante-cinq ans, en ayant mis plus de

quarante au service de la tâche la plus noble, la plus désintéressée.

L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913 · 第 24 / 33 题