Avec le sultan Zémio disparaît une des figures les plus curieuses et les
plus intéressantes parmi celles de nos grands chefs du centre africain.
Depuis longtemps il souffrait d'un mal intérieur dont une intervention
chirurgicale, consentie malgré le respect des traditions zaudées, avait
atténué les effets.
[Illustration: Le sultan Zémio.]
Par des guerres successives le sultan Zémio Igpiro (la foudre) avait
placé sous sa domination et organisé tout le bassin du haut fleuve
M'Bomou jusqu'aux confins du Soudan anglo-égyptien. Il avait joué un
rôle essentiel lors de la création des postes français au Bahr-el-Ghazal
et du passage de la mission Marchand (1896-1899). Tous ceux qui l'ont
approché et connu ont été frappés de l'urbanité et de l'intelligence de
Zémio qui, sous ses allures modestes de bonhomme, excellait à feindre et
à dissimuler.
Un poste avait été établi près de Zémio dès 1895; une compagnie de
tirailleurs occupe son territoire depuis les premiers mois de l'année
1912. Après sa mort, son commandement reste partagé entre plusieurs de
ses fils et la substitution de notre autorité à la sienne marque un
grand pas dans la voie du progrès et de la civilisation où la France
s'est engagée en Afrique équatoriale.
M. STANCIOF
ET LES PRINCES BULGARES
M. Stanciof, le distingué ministre de Bulgarie en France, qui avait, dès
le début de la guerre, quitté son poste pour aller remplir ses fonctions
de lieutenant dans un régiment de la garde, tandis que Mme Stanciof,
avec la plus vaillante abnégation, prenait rang comme infirmière dans la
mission française de la Croix-Rouge, est rentré ces derniers jours à
Paris où il a eu, aussitôt arrivé, une longue conversation avec M.
Poincaré.
[Illustration: M. Dimitri Stanciof, ministre de Bulgarie à Paris.]
Lors de la prise de Salonique, M. Stanciof se trouvait, avec les deux
jeunes princes bulgares, Boris et Cyrille, auprès du général Théodorof,
dont la colonne dispersa les dernières troupes turques réunies sur les
hauteurs au nord de la ville, tandis que le diadoque recevait les offres
de capitulation. Les rapports bulgares qui ont si vivement discuté les
rapports grecs sur la prise de Salonique affirment que ce fut seulement
en qualité d'aîné que le prince royal grec fit son entrée solennelle
dans la ville avant le prince royal bulgare. Mais il suffit de se
rappeler la vivacité de la controverse qui s'éleva, dès lors, entre les
commandements des deux armées alliées pour être persuadés que, en ces
circonstances, la présence auprès de ses princes, de l'habile diplomate
qu'est M. Stanciof ne fut pas inutile en attendant que tous les
incidents nés de l'occupation simultanée eussent été aplanis au cours de
l'entrevue récente du roi Georges et du roi Ferdinand dans la ville
contestée. Au lendemain du départ du souverain bulgare, les princes
Boris et Cyrille ont eux-mêmes quitté Salonique pour Sofia.
Ajoutons que M. Dimitri Stanciof, après avoir fait toute la campagne de
Macédoine, a reçu la croix militaire de la Bravoure pour faits de
guerre.