UNE FÊTE SPORTIVE

J'ai tenu à rester à Tien Tsin pour assister à la belle fête que les

troupes françaises ont donnée aux résidants européens et dont le

programme comportait, outre la lutte à la corde, des courses, assauts,

concours et matches variés entre les équipes des divers corps

d'occupation. Malgré le véritable intérêt sportif qu'elle présentait,

j'ai été séduit, surtout, par l'aspect vraiment curieux et suggestif de

la foule des invités.

[Illustration: Miss Chung avec la fille d'une de ses malades.]

Figurez-vous le pesage de Longchamp ou de Chantilly, de très jolies

femmes, d'élégantes toilettes, des sportsmen venus à cheval ou en auto

(il y a beaucoup d'autos à Tien Tsin). Et, par-dessus tout,

l'invraisemblable réunion d'uniformes de tous grades des principales

nations du monde,--je ne recommence pas l'énumération que je vous ai

déjà faite à propos des croiseurs. Il y avait même des Chinois! On peut

voir, de temps en temps, dans des fêtes officielles ou des cérémonies,

des militaires étrangers en grande tenue, mais ici tout le monde était

en blanc ou en kaki, presque en tenue de campagne.

Il a fallu les événements de 1900 et les troubles de février dernier

pour amener une telle fusion... apparente. Je m'attendais presque à

entendre la musique jouer _l'Internationale_.

M. de Margerie, notre ministre plénipotentiaire en Chine, était venu de

Pékin pour assister à cette belle réunion où les Français ont triomphé,

non sans peine, de l'équipe anglaise, au _tug of war_.

En revanche, un soldat anglais du régiment de Somerset a brillamment

gagné la course de 3 milles. La veille, un autre soldat anglais avait

été vainqueur de la course de 42 kilomètres (dite course de Marathon) en

2 heures 50.

Un détachement de notre petit corps d'armée est chargé de la garde du

consulat de France à Tien Tsin sous le commandement du lieutenant

Dubreuil, en Chine depuis une dizaine d'années, parlant très bien le

chinois et connaissant à fond les hommes et les choses de ce pays.

Le détachement qu'il commande est caserne près de notre consulat. J'ai

visité les chambres, le salon de lecture, où de nombreux hors texte de

_L'Illustration_ couvrent les murs, la cuisine où l'on était en train de

confectionner un savoureux et plantureux déjeuner dont voici le menu:

POISSONS FRITS

VIANDE FROIDE

SALADE DE HARICOTS

BOUDIN GRILLÉ

FROMAGE ET FRUITS

UN QUART DE VIN

THÉ A DISCRÉTION.

Dans un coin de la cour, le boy chinois de la compagnie avait la cruauté

d'écosser des petits pois sous l'oeil hagard de quelques canards qui

devaient, le lendemain, figurer au déjeuner en leur compagnie,

_Fort à l'aise en un plat, honneur dont la volaille_

_Se serait passée aisément,_

comme dit le bonhomme La Fontaine. Le voilà bien, le raffinement des

Chinois en matière de, supplices!

[Illustration: Un coin de vieille Chine, à Tien Tsin: le marché aux

poissons rouges.]

L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913 · 第 15 / 33 题