La suspension des négociations entre les délégués balkaniques et la
Turquie, à Londres, a, comme il était prévu, décidé les puissances à
tenir plus activement leur rôle de bons courtiers de la paix. Les
ambassadeurs, en conséquence, ont, avec l'approbation de leurs
gouvernements respectifs, rédigé, pour être remise à Constantinople, une
note collective, dont les termes, très modérés et très courtois, n'en
sont pas moins suffisamment nets. Dans cette note, les puissances,
désireuses d'éviter le retour des hostilités, attirent l'attention du
gouvernement ottoman sur la responsabilité qu'il encourrait en
prolongeant une lutte d'où pourraient résulter aussi des risques graves
pour le reste de l'empire. Qui peut garantir, en effet, si la guerre
recommence, que l'Arménie, le Liban, la Syrie, l'Arabie, resteront
tranquilles? Il est d'un intérêt évident pour la Turquie que la question
d'Asie, en ce moment, ne soit point posée. Aussi les puissances
conseillent-elles à la Turquie de ne point s'obstiner dans son
intransigeance et de céder sur Andrinople qui va succomber et sur les
îles qui sont perdues.
On conçoit d'autre part la répugnance de la Turquie à se mutiler d'une
ville non conquise, d'une ville musulmane qui est la seconde capitale de
l'empire ottoman, et l'on peut s'attendre encore à de suprêmes
résistances. Les alliés, de leur côté, ont déclaré que, si la démarche
des puissances demeurait sans résultats, ils n'hésiteraient plus à
rompre définitivement les négociations et à reprendre les hostilités
dans les délais prévus par le protocole d'armistice.
[Illustration: Comm. par M. de l'Écluse. M. J. Korostovetz, Prince Saïne
Noïne, plénipotentiaire russe, premier ministre mongol. Les ministres
mongols et le plénipotentiaire russe qui ont signé le récent traité
russo-mongol à Ourga.]
Et il semble à peu près certain, maintenant, que ce nouvel effort
militaire de la Bulgarie, s'il était nécessaire, ne serait plus paralysé
par l'attitude de la Roumanie dont les préparatifs militaires, soutenant
une demande de compensation territoriale, ont provoqué d'assez vives
inquiétudes ces derniers jours. D'après les dernières informations, on
serait, en effet, assez près d'arriver à une entente entre Sofia et
Bucarest. Et c'est, en somme, l'Autriche qui continue de préoccuper le
plus gravement l'Europe par le mystère de sa mobilisation ininterrompue.