Les événements des Balkans et les conférences de Londres priment à tel
point toutes autres actualités que d'autres graves questions de la
politique extérieure retiennent à peine l'attention du public. Ainsi,
tandis que ces dernières semaines les concentrations militaires sur les
frontières austro-russes absorbaient toutes les préoccupations, la
tension russo-chinoise, provoquée par le règlement difficile de la
question mongole, passait à peu près inaperçue ailleurs que dans les
milieux politiques. Depuis que la Chine est en république, la Mongolie,
qui, toujours, a possédé une indépendance de fait et s'est gouvernée
elle-même sous la suzeraineté chinoise, a manifesté des tendances encore
plus nettement séparatistes, dont s'est efforcée de profiter la Russie.
Et, tandis que Mongols et Chinois échangent des coups de feu dans le
Sud, un plénipotentiaire russe envoyé à Ourga signait avec les ministres
mongols une entente déterminant les droits des sujets russes et du
commerce russe en Mongolie. La presse japonaise s'est particulièrement
occupée de ce traité russo-mongol qui place, dit-elle, la Mongolie
septentrionale sous le protectorat à peine déguisé de la Russie.
Ce traité et les commentaires auxquels il devait donner lieu ont
provoqué naturellement la plus vive irritation en Chine. Et, tandis que
le ministre de Russie mettait en demeure, sous menace de rupture, le
gouvernement chinois de ne pas retarder davantage le règlement de la
question de Mongolie extérieure, c'est-à-dire d'approuver le nouveau
statut rédigé à Ourga, la chambre de commerce de Pékin aurait envoyé aux
maisons de commerce en Mandchourie une circulaire demandant aux
marchands chinois de placer une partie de leurs revenus à la disposition
du fonds de guerre contre la Russie. D'autre part, le ministre des
Affaires étrangères chinois, Lon Tsen Tsiang, attaqué très violemment
par la presse et les partis politiques à cause de son attitude
conciliatrice à l'égard de la Russie, s'efforce actuellement de modifier
son attitude dans le sens de la résistance.
[Illustration.]