TRANSMISSION DE POUVOIRS MINISTÉRIELS

Le président du Conseil et ses collaborateurs n'avaient pas été mis au

courant de cette mesure. Ils s'en émurent. Au Conseil des ministres de

samedi, M. Millerand leur expliqua ses raisons: s'il n'avait pas saisi

le conseil de cette affaire, c'est qu'il considérait qu'elle avait un

caractère purement administratif. M. du Paty de Clam, en effet, avait

introduit, contre la décision qui l'avait mis à la retraite, un pourvoi

devant le Conseil d'État. Ce pourvoi avait été rejeté. Le colonel avait

alors déposé contre le ministère de la Guerre une plainte pour faux et

forfaiture, se basant sur ce qu'on avait communiqué au Conseil d'État

une pièce où ses états de service étaient inexactement mentionnés. Plus

tard, sollicitant sa réintégration, au moment du «coup d'Agadir», il

avait obtenu de M. Messimy la promesse qu'il serait donné suite à sa

requête s'il se désistait de sa plainte. Il acquiesça. Ainsi, M.

Millerand n'avait fait, soutint-il, que tenir un engagement pris par son

prédécesseur,--étant couvert, d'ailleurs, par un avis du comité du

Contentieux.

Le ministre de la Guerre ajoutait, toutefois, que, si ses collègues ne

partageaient pas sa manière de voir, il était prêt à mettre son

portefeuille à leur disposition. Dans la soirée, il écrivait dans ce

sens à M. Raymond Poincaré.

Dimanche, la démission de M. Millerand était acceptée.

Quant à présent, selon un mot fameux, «l'incident est clos». Mais ne

pourrait-il avoir une répercussion sur le scrutin de Versailles? C'est

là ce qu'on se demande jusqu'au dernier moment, et encore à l'heure où

nous écrivons.

*

* *

En attendant le grand jour, «les gauches»--appellation qui comprend

l'ensemble des groupes républicains--tenaient une réunion plénière afin

de se mettre, s'il se pouvait, d'accord pour la désignation d'un

candidat, et procéder à une sorte d'avant choix parmi les cinq candidats

déclarés; MM. Raymond Poincaré, Antonin Dubost, Paul Deschanel, Pams et

Ribot.

La questure du Sénat avait attribué à cette assemblée l'ancienne

chapelle des pairs, au palais du Luxembourg. Elle est aujourd'hui

désaffectée et désignée sous le nom de salle de Brosse. Mais des

peintures y demeurent, oeuvres d'Abel de Pujol et de Jean Gigoux, qui

témoignent encore de son ancienne affectation. C'est ainsi qu'au tympan

de la porte d'entrée, le Père Éternel trône dans une gloire, au milieu

du concert des harpes célestes.

Une première réunion se tint mercredi. Le scrutin donnait à M. Poincaré

180 voix, à M. Pams 174, à M. Antonin Dubost 107, à M. Deschanel 83, à

M. Ribot 52. M. Dubost déclara alors se désister en faveur de M. Pams;

M. Deschanel annonça son désistement pur et simple. Un second tour

donna, sur 628 votants, 283 voix à M. Pams, 272 à M. Poincaré. Mais la

majorité absolue n'étant pas atteinte, il fut décidé qu'on se réunirait

de nouveau jeudi. Ce suprême scrutin ne donna pas de résultat plus

décisif, aucun des deux candidats, M. Pams avec 322 voix, M. Poincaré

avec 310 suffrages, n'ayant atteint la majorité absolue.

[Illustration: M. Jules Pams, sénateur des Pyrénées-Orientales, ministre

de l'Agriculture, arrivé en tête de liste avec 322 voix au scrutin

préparatoire des groupes de gauche des deux Chambres.--_Phot. H.

Manuel._]

[Illustration: La casbah de Dar el Kadi.]

[Illustration: Le Gal Brulard et le Cnt Massoutier.]

[Illustration: Le Cnt Marty et le Lnt aviateur Do-Hu.]

[Illustration: Blessés ramenés en cacolet.]

[Illustration: Section d'aéroplanes de guerre. Général Brulard. Général

Franchet d'Esperey. Compagnies de débarquement des croiseurs _Du Chayla_

et _Friant._ UN NOUVEAU FAIT D'ARMES AU MAROC: LA DÉLIVRANCE DE DAR EL

KADI.--Le retour à Mogador des colonnes Brulard et Massoutier.

_Photographie Georges Guérard.--Voir l'article à la page 52._]

[Illustration: Sir Edward Grey Comte Benkendorff (Angleterre). (Russie).

M. Paul Cambon (France). Prince Lichnowsky (Allemagne). Comte Mensdorf

(Autriche-Hongrie). Marquis Impérial (Italie). Le Conseil des

Ambassadeurs à Londres: la discussion de la note collective à la

Turquie.--_Dessin de S. Begg._]

L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913 · 第 8 / 33 题