Une fois, passant en voiture dans un quartier de Paris que je ne
connaissais pas, je me dressai tout à coup, debout, agitant les bras,
criant de toutes mes forces au cocher d'arrêter.
Qu'est-ce que j'avais vu?... Qu'est-ce qui me prenait?... Etais-je
malade, ou folle?...
--C'est la rue des Jeûneurs! la rue des Jeûneurs!
--Eh bien! qu'est-ce que ça nous fait, la rue des Jeûneurs? Ce n'est
pas là que nous allons.
--C'est la rue de Catherine!
--La rue de Catherine?...
--Oui, la rue où demeure son tuteur.
Et comme le cocher s'est arrêté, je veux absolument descendre. Ma mère
comprend qu'il n'y aura pas moyen de me faire entendre raison, et que
le plus court est de céder. Nous voilà donc avec ma sœur, toutes trois
sur le pavé de la rue des Jeûneurs.
--Eh bien! quel numéro? demande ma mère.
--Quel numéro?... Je ne sais pas.... Catherine ne me l'a pas dit.
--Et le tuteur, comment s'appelle-t-il?
--Je ne sais pas.... C'est le tuteur de Catherine....
--Il fallait te renseigner mieux.... Tu comprends que nous ne pouvons
pas aller demander, de porte en porte: le tuteur de Catherine.... Nous
nous ferions rire au nez.
Nous remontons dans la voiture. Je suis très penaude, mais encore
plus désolée; je pense que je ne sais même pas le nom de famille de
Catherine, je ne m'en suis jamais inquiétée. Il me semble qu'elle est
bien perdue pour moi, que je ne pourrai jamais la retrouver. Et ma
sœur, qui s'aperçoit que j'ai envie de pleurer, m'embrasse gentiment,
pour me consoler.