J'ai une vision confuse du mariage de Marie: la porte grande ouverte,
des gens inconnus, avec des rubans blancs à leur boutonnière, entrant
et sortant, la chérie en toilette, un petit châle vert, orné de
palmettes, attaché à ses épaules. C'est tout ce qui surnage, pour moi,
de cet événement.
Je retrouve ensuite Marie, installée dans le logement donnant du côté
de l'impasse, sur le même palier que nous.
Cela agrandissait mon domaine. Je pouvais maintenant courir d'un
logis à l'autre, et j'étais bien souvent autour de Marie, qui était
repasseuse, pour lui tendre à repasser des bouts de chiffons, beaucoup
plus pressés que son ouvrage.
Le mari me fut simplement un esclave de plus. Comme il était très grand
et très fort, je ne le ménageais pas: quand il était d'une promenade,
j'étais toujours fatiguée, afin d'être portée par lui; tandis qu'au
contraire, seule avec ma nourrice je ne m'avouais jamais lasse. Il
m'asseyait sur sa large épaule, et de cette hauteur, je voyais le monde
sous un jour nouveau, avec un petit frisson de vertige qui me plaisait.
De courses dans Paris, dont le but m'échappe, je retrouve surtout le
retour, à la nuit, aux passages des barrières,--car il fallait toujours
repasser une barrière pour rentrer chez nous.--La rangée de réverbères,
allumés au-dessus de la grille, me semblait être ce qu'il y avait de
plus beau, et je me retournais pour la voir plus longtemps, au risque
de tomber du haut de mon observatoire. Ce devait être des soirs de
dimanche, car le boulevard extérieur était bruyant et gai; des chants,
des cris le traversaient, et des enfants dansaient des rondes dans la
poussière, qui montait vers moi, avec une odeur de pain d'épices.