«Lyon, dimanche 22 mai.
«Nous partons demain pour Genève où je trouverai d'autres souvenirs de
vous. Reverrai-je jamais la France, quand une fois j'aurai passé la
frontière? Oui, si vous le voulez, c'est-à-dire si vous y restez. Je ne
souhaite pas les événements qui pourraient m'offrir une autre chance de
retour; je ne ferai jamais entrer les malheurs de mon pays au nombre de
mes espérances. Je vous écrirai mardi, 24, de Genève. Quand reverrai-je
votre petite écriture, soeur cadette de la mienne[338]?»
[Note 338: L'écriture de Madame Récamier n'avait pas de peine
à être plus petite que celle de Chateaubriand, lequel
écrivait en caractères d'un demi-pouce de haut, et comme s'il
n'y avait que des majuscules dans l'alphabet.]
«Genève, mardi 24 mai.
«Arrivés hier ici, nous cherchons des maisons. Il est probable que nous
nous arrangerons d'un petit pavillon au bord du lac. Je ne puis vous
dire comme je suis triste en m'occupant de ces arrangements. Encore un
autre avenir! encore recommencer une vie quand je croyais avoir fini! Je
compte vous écrire une longue lettre quand je serai un peu en repos; je
crains ce repos, car alors je verrai sans distraction ces années
obscures dans lesquelles j'entre le coeur si serré.»